HAINE — HAÏTI
Aésintéressée ou méritée n’a point ce caractère méprisable et hideux, elle doit néanmoins être aussi condamnée pour ses conseils , toujours funestes, et elle l’a été avec raison par celui qui avait lu si avant dans le cœur de Phomme, et qui lui prêchait une religion toute de bienveillance ct d'amour. En effet, cest le mal seul et l'erreur que nous dévons détester. Quant à nos frères qui se trompent ou qui font le mal, ne devons-nous pas plutôt les plaindre et eur accorder une indulgence que nous avons si souvent besoin de réclamer pour nous-mêmes? C.-M. PAFFE.
HAIRE. Voyez CiLice.
HAÏTI ou HAYTI, nom indigène d’une île de l’Amérique, nommée Hispaniola par Christophe Colomb lors de sa découverte, puis appelée San- Domingo ou Saint-Domingue, nom sous lequel elle est encore connue dans le monde commercial. Elle occupe parmi les grandes Antilles le second rang par son étendue et le premier par ses richesses naturelles et sa fertilité, Située entre 17°45 et 20° de latitude septentrionale, sous 70245’ de longitude occidentale, cette île a 600 kilom. de longueur, sur une largeur de 27 à 230 kilom.; sa superficie, en y compreuant les petites îles de la Tortue, de L1 Vach», de Samana, de Gonar, de Siona el les îles Beata, est de 76,036 kil. car. ; etsa propre circonfé rence de 129 myriamètres, ou de 258, si l’on tient compte des courbures des côtés, différence qui prouve combien elle est richeen golfes, en baies et en havres. L’ile est trèsmontagneuse. Une chaine de montagnes, le Cibao, la coupe de l’est à l’ouest, s'élevant au centre à 2,000 mètres et àson point culminant à 2,800. De ce point se détachent plusieurs rameaux qui courent vers la mer en formant une multitude depromontoires, de presqu’iles, de baies. Ses pentes, plus roides au nord , s’abaissent doucement vers le sud, surtout vers le sud-est, et se perdent dens de vastes savanes. Cette chaîne de montagnes , dont les formes sauvages annoncent l’origine volcanique , est susceptible de culture presque jusqu’au sommet ; elle est couverte de forêts vierges, et donne naissance à un grand nombre de rivières, dontles principales sont la Neiba, la Yuna, le Yaqui et PArtibonite. À 37 kilomètres de la côte méridionale, ie lac Henriquillo , qui a 37 kilomètres de long sur 7 kilomètres de large, se fait remarquer par son flux et reflux périodique ainsi que par ses crues partielles. Les vallées bien arrosées sont d’une extrême fertilité, et les savanes sont couvertes d’un sol neu profond. mais d’uns grande fécondité.
Le climat est celui des tropiques, tempéré dans les haules régions, brûlant sur les côtes et dans les plaines, où des brises de mer en modèrent pourtant les ardeurs, et à tout prendre, plus salubre que dans les autres Antilles, quoiqu'il tonvienne moins aux Européens qu'aux gens de couleur. La quantité de pluie qui tombe chaque année est de 3,29. Cependant la saison des pluies n’arrive pas à la même époque pour toutes les parties de l’île. Ainsi, vers la fin de novembre, les districts du nord-est sont rafraîchis par d’abondantes ondées ; ceux du sud et en partie de l’ouest ont à souffrir d’une sécheresse continuelle. Dans l’ouest et lesud, de même que dans l’intérieur , l'hiver, c’est-à-dire la saison des tempêtes et des pluies, règne de mai en octobre; c’est le contraire au nord de l'ile. Haïti est quelquefois ravagée par des ouragans et des tremblements de terre. Aucune des Antilles ne lui est comparable pour la richesse de la végé-
tation et des productions naturelles. Elle abonde surtout en,
denrées coloniales, en bois précienx, en poissons, en bêtes à cornes, en chevaux. Les montagnes offrent des pierres précieuses, du sel, des métaux de toutes sortes ; mais c’est à peine si on les exploite aujourd'hui.
La populalion est évaluée à 850,000 habilants (1871), dont la majorité est de race nègre; le reste se compose de mulâtres et d’un petit nombre de blancs. Tous appartiennent à l’Église catholique ; mais les uns parlent espagnol, les autres français. Les nègres ni les mulâtres n’ont rem- - ph les espérances que leur émancipation avait fait cencevoir. Sous le rapport physique comme sous le répport
intellectuel, ils se montrent d’une paresse presque invincible; ils ne trouvent du plaisir que dans les jouissances sensuelles ; ils sont restés, en un mot, ce qu'ils étaient dans l'esclavage. L'agriculture, lindustrie, le commerce sont extraordinairement déchus ; et une foule de cantons autrefois florissants sont aujourd’hui déserts. En 1789 on comp- {ait dans la partie occidentale ou française seule 813 plantations de sucré, 3,117 de café, 3,151 d’indigo, 789 de coton et beaucoup d’autres; la valeur des exportations pour la France était de 135,600,000 fr., celle des importations de 7 millions ; et le commerce de la France occupait 710 navires
montés par 18,466 matelots. Antérieurement l’île exportait année commune 141 millions de livres de sucre et 70 millions de livres de café. Après la première révolution, il se passa de longues années avant que la production et le commerce d'exportation d'Haïti se relevassent du coup qu’elle leur avait porté. L’exportation du sucre cessa entièrement, celle du café reprit peu à peu; mais celle du bois J'acajou et du bois de teinture augmenta. En 1842, peu de jours avant la dernière révolution, l’exportation ne dépassait pas 2 millions 1/2 de kilogrammes de café, 1 million de kilogrammes de tabac, 250,000 kilogrammes de cigarres, 1,500,000 kilogrammes de coton, 240,000 kilogrammes de ca
ca0, 80,000 peaux, 13 millions dekilogrammes de bois de tein-
ture et 140,000 mètres cubes de bois d’acajou. De nouvelles
guerres intestines ont encore hâté la décadence du commerce; mais il serait impossible , au milieu du bouleversement de toutes les positions, de donner une idée un peu exacte de l'état commercial, financier, etc., de l’île.
Depuis 1844 deux Etats se partagent l’île : la république Dominicaine, formée par la partie orientale, et la république «Haïti, comprenant la partie occidentale.
La république haïlienne compte, sur un territoire de 286 myr. car., une population d'environ 760,000 habitants, composée en grande majorité de nègres et de mulâtres que leurs compatriotes noirs tiennent dans l'oppression. La capitale était autrefois Port-au-Prince, appelé quelquefois Port Républicain. Cette ville, centre du commerce et de la culture haïtienne, est située sur une grande baie de la côte occidentale et possède un excellent port. Fondée en 1745, elle fut entièrement détruite par un tremblement de terre en 1770 , et ravagée en 1791 et en 1843 par des incendies. Sa population , qui était d’environ 30,000 âmes avant la révolution de 1843, a peut-être diminué de moitié. Aujourd’hui le siége du gouvernement est établi à Guarico ou Haïti, appelé aussi cap Haîlien, et autrefois cap Français, on simplement Le Cap, sur la côte septentrionale de l’île, à 13 myriamètres de Port-au-Prince, avec un très-bon port, et jadis centre d’un grand commerce, mais presque entièrement miné, en 1842, par un tremblement de terre.
Les autres villes les plus importantes sont les Cayes, Saint-Louis, Rainet el J: cmel, sur la côte méridionale; Jérémie et Les Gonaïves, sur la côte septentrionale de la longue presqu’ile du sud-ouest ; Saint-Marc, sur la côte occidentale; Saint-Nicolas, sur la pointe nord-ouest; Dondon, dans l’intérieur.
La forme du gouvernement est monarchique, et voici les principales dispositions de la constitution octroyée dans ces derniers temps par l'empereur Faustin 1° : Aucun blanc ne peut acquérir à Haïti les droits de bourgeoisie; mais tous les Africains et les Indiens sont citoyens. Haïti et les iles qui en dépendent forment le territoire indivisible de l’em-
, pire. La liberté civile et la liberté religieuse sont garanties ;
cependant l'Église catholique est particulièrement protégée et dotée. Liberté de la presse et de l’enseignement; Jury institué pour les causes criminelles. Haïti est régi par un sénat permanent, à la nomination de l’empereur, et par une chambre élective , renouvelée tous les cinq ans et tenant chaque année une session de quatre mois. La dignité impériale est héréditaire dans la ligne masculine, La liste civile de l’empereur, indépendamment du domaine de la couronne, est fixée à 840,000 francs; et l’impératrice
reçoit en outre 280,000 francs. T1 y a trois ministres responsables, et un conseil d'État de neuf grands dignitaires choisis par l’empereur. Les dépenses sont évaluées à 19 millions et demi; la dette publique à 32 millions ; le papier en circu-
lation à 23 millions de francs. Dans un compte-rendu des |
finances publié en 1848, l’ensemble des dépenses était porté à 28,888,854 fr. 40 c., et les revenus à 21,014,504 francs. Le commerce, déjà fort languissant , fut entièrement paralyÿsé en 1849, par les fausses mesures du gouvernement, qui ne Les a révoquées en partie qu’en 1850. L'armée, portée depuis 1849 à 20,000 hommes, a été augmentée d’une garde impériale, composée de trois régiments d'infanterie et de plusieurs escadrons de cavalerie. L'équipement des troupes laisse beaucoup à désirer ; l'état-major est trop nombreux. La marine militaire consiste en huit transports armés de 16 canons. Les écoles élémentaires sont en petit nombre; le lycée national de Port-au-Prince est encore peu fréquenté.
Haïti fut decouverte le 3 décembre 1492, par Colomb, qui lui donna le nom d’Hispaniola et y fonda le premier établissement des Espagnols en Amérique. A cette époque elle était habitée par une peuplade indienne, qui pouvait compter un million d’âmes, et qui était gouvernée par cinq caciques indépendants. Cette peuplade appartenait vraisemblablement à la tribu des Caraïbes ; elle fut bientôt détruite par les horribles traitements des Espagnols, surtout par le travail des mines et des plantations, auquel ils l’astreignirent. Dès 1533 elle avait presque disparu. Cependant plusieurs villes s’étaient fondées, entre autres Saint-Domingue, qui donna son nom à l’île; mais la colonie ne prospéra pas, quoiqu’on y eût déjà introduit des nègres. Les flibustiers s’y établirent , et avec. leur secours il se forma des établissements français dans la partie occidentale de lle, dont la France finit par prendre possession et qu’elle se fit céder par le traité de Ryswick (1697). Cette portion de Saint- Domingue prit un rapide développement, et devint trèsflorissante, surtout depuis 1722; mais en même temps les relations des blancs avec leurs innombrables esclaves nègres et le relâchement de tous les liens moraux jetèrent dans la colonie le germe de sa ruine. Le mélange de la race blanche avec la race noire engendra une foule de mulâtres, qui pour la plupart, traités avec prédilection par leurs pères et affranchis par eux, jouissaient des avantages d’une meilleure éducation que les blancs, sans parvenir à se placer vis-à-vis d'eux sur le pied de l'égalité. 11 était donc naturel que ces hommes, dont les prétentions étaient froissées par leur position sociale, accueillissent avec enthousiasme la révolution de 1789, et leur exaltation fut encore nourrie par la société française des Amis des Noirs et par la Société anglaise pour l'abolition de la traite.
La Révolution jeta la désunion parmi les blancs eux-mêmes, qui se divisèrent en plusieurs partis ennemis; comme les grands et les petits blancs (propriétaires fonciers et artisans), les constilulionnels etles monarchistes, les partisans et les adversaires du gouvernement colonial. La convocation d’une assemblée coloniale en 1790, les querelles qui ne tardèrent pas à s'élever entre elle et le gouverneur, les irrésolutions de l’Assemblée nationale, qui tantôt accordait certains droits aux hommes de couleur et tantôt les retirait, provoquèrent enfin un soulèvement. La révolte des mulâtres et des nègres éclata le 23 août 1791, dans les environs du Cap Français; mais le danger ne put rapprocher les blancs ni décider la mère patrie à prendre des mesures pour comprimer l'insurrection, qui poursuivit sa marche au milieu des plus terribles dévastations et des plus cruels massacres. L'imprudence des blancs, qui osèrent se mettre en hostilité ouverte avee le gouvernement de la république,
assura même aux insurgés la coopération des représentants du peuple Polverel et Santhonax, qui avaient été envoyés dans l'ile comme administrateurs, Avec leur appui, les Nègres se saisirent du Cap Français (21-23 juin 1793), dont-ils égorgerent toute la population blanche et qu'ils livrèrent au pil-
lage ; puis, l'incendie gagnant de proche en proche, presque tous