HAITI
les colons furent massacrés ; très-peu réussirent à se sauver. En 1793, les Espagnols et les Anglais ayant attaqué la co-
| lonie, les bandes des Nègres insurgés se joignirent aux
troupes françaises débarquées dans l’ile sous les ordres du. général Lavaux et leur rendirent les meilleurs services contre.
| les colons révoltés comme aussi contre les Anglais et les
Espagnols. Ces derniers durent céder à la France la partie
| orientale de l'ile par la paix de Bâle, et les premiers, re-
poussés pas à pas par les généraux Rigaud et Toussaint- L'Ouverture, à la tête des insurgés, furent contraints d’évacuer l'ile en 1797.
Pour reconnaître leurs services, l'Assemblée nationnale, par décret du 4 février 1794, proclama l'émancipation des noirs dans les colonies françaises et leur accorda les mêmes droits qu'aux blancs. En même temps le Directoire nomma Toussaint-L’Ouverture général en chef de toutes les troupes de l’île. Toussaint voulut se rendre indépendant; il donna. une constitution à la colonie, le 9 mai 1801, et organisa le gouvernement avec sagesse. Pour le réduire à l’obéissance, le premier consul Bonaparte envoya à Saint-Domingue, comme capitaine général, le général Leclerc avec une armée de 25,000 hommes. Toussaint essaya de s'opposer au débarquement des Français; mais il fut repoussé dans l’intérieur et dut se soumettre, Arrêté par trahison, il fut envoyé en France. Les colons qui avaient échappé aux massacres. ayant voulu rétablir l’esclavage, une nouvelle insurrection éclata, sous la conduite du général nègre Dessalines. Les troupes françaises, décimées par les maladies, qui avaient enlevé le général Leclerc, furent forcées de se rembarquer, au mois de novembre 1803, et furent ramenées en France par Rochambeau,
Avec leur départ cessa la domination des blancs à Saint- Domingue. Dessalines restitua à l'ile son ancien nom caraïibe de Haiti (pays montagneux ), se fit couronner empereur, sous le nom de Jacques I”, le 8 octobre 1804, octroya. une nouvelle constitution, le 20 mai 1805; mais dès le 17 octobre il fut tué, dans une émeute provoquée par ses barbaries. A la tête de la conjuration étaient le général nègre Henri Christophe et le mulâtre Alexandre Pétion. Dès cette époque l’ancienne haine se manifesta de nouveau entre les mulâtres et les nègres; et c’est dans la rivalité des deux castes qu’il faut chercher les causes plus ou moins cachées de toutes les luttes intérieures du nouvel État, Pétion, comme le chef des mulâtres, et Christophe, comme celui des nègres, se disputèrent l’autorité jusqu’en 1808. Le résultat. de cette lutte fut l'établissement d’une république de mulätres au sud, avec Pétion pour président, et d’un État nègre au nord, avec Christophe pour président et général en chef. En 1811 Christophe se declara roi, sousle nom de Henri I°° : en même temps il proclama une nouvelle constitution et de nouvelles lois, calquées sur les législations européennes. On doit reconnaître pourtant qu’il gouverna avec habileté. Malgré la paix qui régnait entre les deux États, ils étaient divisés par une haine implacable, dont les prétentions de la Restauration française arrêtèrent seules l'explosion. Le 2 juin 1816 Pétion donna à la république une constitution qui abolit l'esclavage, reconnut la liberté de la presse et la responsabilité des fonctionnaires, établit un pouvoir législatif, composé d’une chambre de représentants et d’un sénat, et confia le pouvoir exécutif à un président nommé à vie, À sa. mort, arrivée le 27 mars 1818, Henri chercha à réunir la république mulâtre à son royaume; mais le général mulâtre Jean-Pierre Boyer, qui avait succédé à Pétion, déjoua ses projets par sa sagesse et sa prudence, Henri lui-même, que les révoltes des mulâtres de ses États avaient entrainé dans des actes de répression trop sévères, et que ses cruautés avaient rendu odieux, fut appelé, au mois de septembre 1820, à combattre une nouvellemsurrection ; mais, abandonné de ses troupes et paralysé par une attaque d’apoplexie, il fut réduit à se donner la mort, le 8 octobre 1820. Son armée ayant reconnu le président Boyer, l'ile entière ne forma plus qu'une seule république (26 novembre), sauf la petite por