HALLE
HALLE ex Saxe (Halæ Saxonum), chef-licu du cerde «te Saale, dans la régence de Mersebourg, qui fait partie des provinces saxonnes appartenant à la Prusse, agréablement située sur la Saale, et renommée par ses salines et par son université, fondée par Frédéric 1%, roi de Prusse. Elle se compose de trois villes bien distinctes : Halle, proprement dite, avec ses cinq faubourgs , et les deux anciens bailliages de Glaucha et de Neumarkt ; on y remarque l'église de Marie, construite dans le style gothique vers le milieu du seizième siècle, par l'archevèque Albert de Mayence, qui résidait alors à Halle. Cette église est surmontée de quatre tours. En fait d’édifices publics, il faut encore mentionner les églises de Saint-Ulrie et de Saint-Maurice, Phôtel de ville, Phopital, l’université, la direction des pos tes, le théâtre, la statue de Hændel, la maison de détention pour hommes. Parmi les institutions de bienfaisance que possède cette ville on remarque surlout une école de sourds-muets , deux salles d’asile pour les enfants en pas âge, une maison d’aliénés, l'institut des jeunes filles nobles, l’association pour les orphelins du choléra, une caisse d'épargne. Halle est le siége de la direction centrale des mines pour les provinces de Saxe et de Thuringe. La saline qui l’avoisine, l'une des plus anciennes et des plus productives qu’il y ait en Allemagne, qui produit année commune environ {1,000 tonnes de sel, chacune pesant 2,000 kilogr. est exploitée de compte à demi par une société d’actionnaires et par l'État. Les ouvriers qui y travaillent, appelés communément Aalloren, ont une physionomie et des mœurs entièrement différentes de celles des habitants. Ils constituaient jadis une corporation toute particulière, dont les membres ne s’alliaient jamais qu'entre eux, et qu au seizième siècle pouvait au besoin mettre facilement 600 hommes sous les armes. Généralement on croit que cette race de mineurs provient d’un peuple étranger à l’Allemagne, comme par exemple les Celtes; et cette supposition est rendue encore plus probable par cette remarque que le patois dans lequel elle s’exprime diffère beaucoup du dialecte local vulgaire, de même que les ‘termes techniques dont elle fait usage dans le travail de la mine n’ont aucun rapport avec ceux qui sont usités dans les autres salines
de l’Allemagne.
La vie industrielle a pris dans ces derniers temps d’importants développements à Halle, surtout depuis que cette ville est devenue un point de jonction pour les chemins de fer Ce Leipzig à Magdebourg et Rhénan-Thuringien. La popopulation est de 52,639 âmes (1871), sans compter les étudiants et les élèves de l'institut de Francke, établis. sement où l'on recueille les orphelins.
La fondation de l’université de Halle remonte à l’année 1694; cn 1815 un ordre de cabinet du roi de Prusse y réunit l’ancienne université de Wittemberg. En 1829, le nombre des étudiants s’y éleva à 1,300, dont 944 pour la seule faculté de théologie, En juin 1872 il “tait de970, la moitié environ pour la faculté de philosophie. L'universit : possède une bibliothèque de 100,000 volumes, un cabinet de médailles et une collection de gravures,
HALLE. Ce mot désigne ordinairement un emplacement abrité où l’on expose des marchandises destinées à être vendues.
Les HALLes pe Paris et l’organisation de leur service forment un des traits les plus curieux de la physionomie générale de cètte grande ville.
. L'entrée de Paris est interdite aux voitures d’approvisionnement avant onze heures du soir. Les portes s'ouvrent alors pour elles, et de longs convois convergent de tous les points de l’immense enceinte, au centre même de la ville, aux halles, où elles apportent l’approvisionnement quotidien de la cité. Maraîchers, jardiniers, coqueliers, fermiers, pourvoyeurs de toutes espèces, sont tenus dès qu’ils sont arrivés de décharger leurs marchandises sur le carreau des halles , ct d’envoyer leurs voitures stationner sur des emplacements déterminés. Ils entrent ensuite en rapport avec les acheteurs ;
ceux-là sont de plus d’une sorte : regrattiers qui achètent en gros pour revendre sur place au détail, marchands des différents marchés de consommation de la ville, fruiliers qui viennent s’'approvisionner, traiteurs, restaurateurs, gargotiers, etc. A une certaine heure, le son de la cloche oblige les marchands à vider immédiatement la place.
Pour les marchandises qui doivent être vendues à la criée £ viande , marée, beurre, œufs, fromages, etc., l'intermédiaire des 54 facteurs préposés par l'administration est indispensable, et les480 fortsde la halle peuvent seuls faire les chargements et déchargements,
Paris, qui dort, ne se doute guère du spectacle bizarre que présente chaque nuit le carreau des halles at les rues adjacentes ; il n’a jamais vu cette population qui veille pour lui, et qui, été comme hiver, par la pluie, la bise et la neige, arrive, s’entasse dans cel étroit espace, s’agite, se bouscule, se heurte, jure, crie, trafique, et s’en retourne pour revenir le lendemain. Quand Paris s’éveille, il ne reste plus de tout ce tumulte qu'un mouvement encore considérable de voitures qui regagnent, vides, les barrières ou s’en vont, encore chargées, aux marchés et aux boutiques des fruitiers.
Ce rapide tableau permet de saisir les vices, les inconvénients, les dangers d’une organisation qui ne répond plus aux besoins grandioses de l’ère moderne.
Les halles de Paris remontent à Philippe-Auguste, qui les établit au lieu même qu’elles occupent aujourd'hui, et qui s'appelait autrefois Champeaux. Sous le règne de saint Louis elles furent considérablement agrandies, et des industries nombreuses s’y vinrent successivement établir. Bientôt les maisons affluèrent autour des halles : c'était une confusion, une gène, une infection générale, accumulation de choses, pêle-mêle d'hommes et de femmes, bruits, querelles, vols et débauches. Henri II essaya de mettre fin au désordre. « En 1551, dif Gilles Corrozet, les halles de Paris furent entièrement baillées et rebasties de neuf, et furent dresser, bastis et continuez excellents édifices, postals et maisons sumptueuses par les bourgeois prencurs des vieilles places et resynes, » Ces constructions nouvelles et presque partout uniformes offraient au rez-de-chaussée une galerie ouverte au public, qui circonscrivait l’espace réservé aux marchands, et que l’on appela les Piliers des Halles. Le pilori du roi était situé aux Halles; on y voyait aussi une croix de pierre, au pied de laquelle les débiteurs insolvables venaient faire cession de biens et coiffer le bonnet vert des mains du bourreau. Quartier redoutable aux jours d’émotions populaires, c'était toujours là que commencaient les émeutes et les séditions. Les Maiïllotins étaient des gens de la halle, dont Beaufort fut plus tard le roi. En tout temps, c'était le rendez-vous des filous et des gens sans aveu. Cependant, à la fin du dernier siècle, de nombreuses améliorations avaient été apportées au service général des halles ; on avait, par exemple, construit de belles halles particulières.
La halle au blé et à la farine, bâtie sur l’emplacement de l’hôtel-de Soissons par Le Camus de Mézière. Ce bâtiment est de forme circulaire et mesure 68 mètres 19 c. de diamètre; la tour astronomique de Catherine de Médicis a été conservée et se trouve légèrement engagée sur un point de sa circonférence. Une galerie couverte ayant un étage au-dessus du rez de chaussée règne tout autour de l'édifice; l'intérieur demeura longtemps à ciel ouvert, mais les abris
-pour les grains étant devenus insuffisants, cette cour fut
convertie en une immense rotonde, recouverte d’une charpente en forme de coupole. Elle fut construite par Legrand et Molinos , d’après les procédés de Philibert Delorme, c’està-dire avec des planches posées de champ et enchiainées l’une à l’autre par des tenons au fer. Cette coupole brûla en 1802; on la rétablit en fer en 1811; la lumière pé* pètre dans l’intérieur par une lanterne placée au sommet.
La halle aux cuirs, transférée en 1784 rue Mauconseil, sur l'emplacement de l'hôtel de Bourgogne, et de là en 1863 rue Censier.
La halle aux draps et aux toiles, construite par Mo-
linos en 1786, complétement incendiée en avril 1855. Un escalier à double rampe conduisait à ses salles, éclairées par 50 croisées.
On avait converti en marché le cimetière des Innocents ; après la Révolution, de nombreux marchés d’arrondissement avaient été créés, et le marché à la Volaille transféré sur le quai des Grands-Augustins ; mais les Halles proprement dites étaient demeurées dans toute leur barbarie primitive. D'abord, au point de vue architectural, des barraques en bois, confusément jetées çà et là dans un dédale de rues étroites,
obscures, tortueuses, où vivait entassée une population | malaisée, n'étaient pas dignes de la première ville du monde. !
Le manque d’air et d’eau jaillissante en faisait un foyer permanent d'infection , un auxiliaire funeste des épidémies. Si l’on ajoute à cela le défaut d’abris pour les approvisionneurs, l’absence de caves et de resserres, qui les obligeait à remporter leurs marchandises défraichies, et enfin les déplorables accidents qui résultaient trop souvent de cette énorme circulation dans un pareil quartier, on aura bientôt la conviction qne la reconstruction des halles centrales était une mesure d’une nécessité urgente, absolue.
Ce projet date de 1811. L'idée première en appartient, dit-on, à l’empereur Napoléon 1°’, qui le conçut, un jour qu’il était allé visiter la halle au blé et que de la lanterne du dôme il embrassait tout le quartier circonvoisin. « Je veux, dit-il en cette occasion, que les halles deviennent le Louvre du peuple. » D’après son projet, les halles auraient occupé tout le vaste parallélogramme compris entre l’église Saint- Eustache, la rue Saint-Denis, la rue aux Fers et la halle aux blés; ce lourd édifice aurait servi de type et les autres pavillons auraient été bâtis dans le même style. Les événements empêchèrent la réalisation du plan impérial, qui, durant toute la Restauration demeura enfoui dans les cartons de l’hôtel de ville.
Les études furent reprises après 1830, et M. de Rambuteau, en 1845, chargea une commission d’architectes de recueillir à l'étranger, en Angleterre, en Belgique, en Prusse, tous les renseignements possibles sur les améliorations, et les progrès obtenus. Des plans furent dressés, soumis au conseil municipal et approuvés par ordonnance royale du 17 janvier 1847; enfin, les travaux allaient être entrepris lorsque éclata la révolution de Février. Pendant deux ans l’état des finances municipales ne permit pas d'aborder une aussi lourde opération, Cependant, en 1850 la question fut reprise, et les plans de 1847 reparurent; mais ils n'étaient déjà plus à la hauteur des exigences; les grands travaux d'utilité publique que l’on avait à cette époque commencés à Paris, l'ouverture de la rue de Rivoli, le plan du boulevard de Strasbourg, engagèrent l'administration à demander de nouveaux plans à MM. Baltard et Callet.
Suivant le projet qui fut alors présenté, les halles devaient se composer de huit pavillons isolés et s'étendre d’une part entre la rue de Rambuteau et la rue dela Friperie, etde l'autre de la rue du Four à la rue Saint-Denis. Cependant à ce moment unarchitecte, M. Hector Horéau, proposa un nouveau plan, qui déplaçait complétement les halles et en circonscrivait le périmètre par la rue Saint-Denis, la rue Montmartre prolongée, la rue aux Ferset le quai de la Mégisserie, Ce plan reçut une grande publicité ; il fut exposé en relief au Palais National et soutenu devant l’opinion publique par un mémoire fort habile de M. Senard, si bien que le préfet de la Seine crut devoir le soumettre au conseil municipal.
Néanmoins, le 23 juin 1851 l’ancien projet fut adopté, et le 15 septembre la première pierre des nouvelles halles fut posée en grande pompe, Louis-Napoléon , président de la république, prononça à cette occasion un discours qui fit une certaine sensation. De 1851 à 1853 la ville expropria 106 maisons, occupant une superficie de 13,263 inètres, sur l'emplacement desquelles devaient être construits les huit pavillons; en même temps un de ces pavillons s'élevait en face de l’église Saint-Eustache ; les murs en étaient déjà terminés et la toiture en allait être posée , lorsque, dans les premiers jours de juin