HALLEBARDIERS — HALLER
herborisant, ce qui profita à son bagage poétique autant qu’à ses collections de végétaux : son poëme Sur les Alpes jouit encore d’une certaine réputation. Nommé par le roi d’Angleterre Georges II à la deuxième chaire de médecine de l’université de Gættingue, ville que Haller a enrichie et rendue fameuse, son arrivée fut marquée par un grand malheur : sa voiture de voyage versa dans: les tristes rues de Gœttingue, et sa jeune femme, Marianne de Wyss, qui l’accompagnait, mourut de sa chute. On peut juger de la douleur qu’il ressentit, par l’odeattendrissante où Haller a épanché ses regrets et dépeint les vertus de sa compagne, dont le souvenir lui semblait ineffaçable. Cependant, et sans doute grâce à l'étude, grâce aux travaux qui remplirent alors tous ses moments, Haller finit par se consoler, après deux ans, d’une douleur qu'il avait crue éternelle : il se maria même trois fois dans l’espace de dix ans. Dans les dix-sept années qu’il passa à Gœættingue, où il professait tout à la fois la chirurgie, la botanique et l'anatomie, il fonda un jardin des plantes, une école anatomique , une école d'accouchement, une académie de dessin, un temple protestant, une académie littéraire ; il publia des éditions annotées d’un grand nombre d'ouvrages célèbres, imprima plusieurs éditions de ses poëmes, ainsi que l’Enumération des plantes de la Suisse; il se livra en outre à d'innombrables dissections, et présida à beaucoup d’expériences de physiologie, bien que la vue du sang lui causât de vives émotions.
Comme botaniste, la science lui doit beaucoup moins qu’à Linné, qu’à Tournefort, qu'aux Jussieu, moins aussi qu'à Adanson. Comme anatomiste, il eut pour rivaux Camper, Winslow, Hunter, Daubenton, Duverney. Comme naturaliste et philosophe, il eut des vues moins élevées que Buffon, une pensée moins robuste, et comme écrivain, un style moins riche d'images, un renom d'une durée plus incertaine. Comme poëte et littérateur, Voltaire et Rousseau lui causèrent encore plus d’insomnies que Linné et Buffon, ses rivaux en d’autres carrières. Mais ce qui fait de Haller un homme incomparable, ce sont ses ouvrages de physi ologie, de même que son érudition scientifique : c’est en physiologie qu'il est roi, et ses Zibliothèques d'anatomie, de botanique et de chirurgie sont aussi impérissables que ses Elementa Physiologiæ (8 vol. in-4°). Après avoir fondé sa renommée par ces différents ouvrages , et principalement par ce dernier; après avoir formé des disciples comme Zinn et Meckel le père, déjà visité par des rois dans sa chétive bourgade , et en correspondance avec Buffon, avec Voltaire et le grand Frédéric, associé aux plus illustres académies, il fut nommé, en 1745, membre du conseil souverain de Berne (bien qu’alors il habitât loin de l’Helvétie), et l’em
| pereur François [°° l’anoblit én 1749. Ce fut alors qu’il se
décida à quitter Gæœttingue pour s'établir dans sa ville nafale, qui venait de marquer glorieusement sa place dans ses conseils,
Berne eut ainsi la préférence sur Berlin, où Frédéric IT appelait Haller de cette voix séduisante qui suscita à Voltaire lui-même tant de déceptions et de repentirs. Une fois à Berne, à l’âge d’environ quarante-deux ans, Haller montra une activité nouvelle. Tour à tour juge, préfet cantonnal, directeur des salines de la confédération helvétique, puis fondateur de l’université de Lausanne , plusieurs fois aussi il dut employer son éloquence à la réconciliation de quelques cantons voisins, tant ces austères confédérés suisses ont toujours été enclins à la discorde. Devenu vieux, il composa deux romans et des dialogues, dans le but de préconiser l'aristocratie, Haller était doué d’une mémoire étonnante : on l’a vu, à la suite d’un évanouissement, et comme essai des facultés qu'il récupérait, énumérer sans nulle erreur tous les fleuves qui se jettent dans l'Océan. Il possédait presque au même degré le français , l'allemand , l'italien et le suédois. Tantôt comme observateur, et tantôt par dissidence de doctrines, il eut à combattre tour à tour Coschwitz, Hamberger, Buffon, Lamettrie, Voltaire, etc. Mais les Lettres qu'il publia contre celui-ci étaient en alle-