HALLUCINATION — HAM
l'erreur des simples sensations. « Je propose, dit encore Esquirol, le mot Aallucination , comme n’ayant pas une acception déterminée, et comme pouvant convenir par conséquent à toutes les variétés du délire qui supposent la présence d’un objet propre à exciter l’un des sens , quoique ces objets ne soient pas à leur portée. Par cette définition, nous nous trouvons rapprochés; mais il nous paraît, toutefois , que le mot délire devrait être réservé à exprimer un désordre quelconque des fonctions du cerveau, et que le mot hallucination ne devrait être employé qu’à exprimer 1e seul désordre des sensations. »
Lorsque, dans l’hallucination, on croit voir une ou plusieurs personnes ; lorsque, après l’affection de l’organe de la vue, d’autres organes, celui de l’ouïe, par exemple, du toucher, ou tout autre, entrent en action, et participent à cette première illusion ; lorsque, enfin, par suite de ces sensations combinées, les organes cérébraux entrent à leur tour en activité, et réagissent comme si les perceptions provenaient de la réalité des objets qui affectent les sens, alors il y aura une vision ou le délire, qu’il ne faut pas confondre avec l’hallucination qui l’a provoquée. On peut dire la même chose pour les rêves, le somnambulisme, la manie, etc. L’halluciné est intimement convaincu de la présence réelle des objets qui l’affectent , et il juge , raisonne et agit en conséquence de cette persuasion. Allez donc dissuader un malade de cette nature qu’un tel fruit, une telle odeur, un tel objet, n'existent pas devant lui, lui qui éprouve réellement la sensation de leur présence? Voilà pourquoi tous les raisonnements ne servent à rien pour les convaincre du contraire. Les hallucinations sont ordinairement la suite de fortes impressions exercées sur le système nerveux , et d'une irritabilité particulière de certains individus. C’est une maladie, comme nous avons dit, de la partie cérébrale qui perçoit les sensations de chaque sens ; et très-souvent le cerveau entier participe du même désordre. D' Fossari.
HALM (FréDénic). Voyez Muncu BELLINGHAUSEN.
HALO. Parfois, autour du soleil et de la lune, à travers une atmosphère ou brumeuse ou sereine, on aperçoit de grands cercles brillants : ces cercles, presque toujours d’un éclat argenté quand ils environnent la lune, se teignent aux rayons du soleil de toutes les couleurs, mais un peu affaiblies, de J'arc-en-ciel. On a nommé ce phénomène Aalo, du mot grec &wç ou &hwv, aire, surface, parce qu’il apparaît {oujours comme une aire. circulaire autour des astres. La science a cherché à l'expliquer : d’abord elle a cru reconnaître que le diamètre du premier cercle sous-tend généralement un angle de 45 ou 46 degrés, que ses teintes suivent les dégradations des sept couleurs qui composent le rayon solaire, et sa première conclusion a été d’en attribuer la cause à la réfraction. Mais comment et à travers quelle substance a lieu cette réfraction ? Descartes, toujours riche d’imagination, sema dans les hautes régions de Pair des myriades de ces étincelantes étoiles qu’on remarque dans la neige, il renfla ces étoiles par leur milieu, et la lumière , réfractée à travers ces globes nouveaux, se dessina en cercles plus ou moins nombreux, selon les séries qu’elle avait traversées. Huyghiens modifia la rêverie de Descartes : il suspendit dans l'air des globules transparents à noyau opaque : tel serait un globule de neige comprimé au centre d’un globule de glace. Mariotte remplaça tout cela par de petites aiguilles de vapeur d’eau cristallisée; il les fit transparentes et prismatiques, leur donna un angle de réfringence de 60 degrés (c’est l'angle de déviation minimur ), les disposa à son gré pour produire sur l'œil du spectateur un faisceau conique de même teinte, et la lumière des astres se décomposa à travers ces petits glaçons comme à{ravers un prisme, Qu'y a-t-il de prouvé dans tous ces systèmes? Rien, Le seul résultat un peu certain auquel soit arrivée la science dans l'explication de ce phénomène , c’est qu’il est dû à la réfraction de la lumière dans l’atmosphère; car Arago, en soumettant à la polarisation la lumière du hälo, a reconnu qu’eile se conduisait comme les
DICT. DE LA CONVERS. — T. x.
rayons lumineux déjà réfractes. Les halos sont souvent accompagnés de parhélies. Théogène PAGE.
HALOEES (de ü)oéw , battre le grain), fêtes que les laboureurs athéniens célébraient en l'honneur de Cérès et de Bacchus au mois de possidéon; c'était le temps où l’on battait le blé de la récolle.
HALOMANCIE (du grec dc, sel, et uvreix, divination), divination par le sel. Les anciens regardaient le sel comme sacré : ils sanctifiaient leurs tables en y plaçant les statues des dieux et dessalières. L’oubli de cette formalité était pour eux un présage de grands désastres. Il devait aussi arriver malheur à qui s’endormait à table avant qu’on eût retiré les salières. Au dix-neuvième siècle encore, de bonnes gens regardent comme un signe funeste de renverser une salière.
HALS (François), peintre de l’école hollandaise, né à Malines, en 1584, avait un rare talent, mais manquait absolument de constance, et étudia son art sous la direction de Charles van Mender, sans avoir, pour ainsi dire, de plan ni s’astreindre à aucune règle. Sa fréquentation des cabarets, où, disait-il, il rencontrait la vie et la nature, l’amena à entreprendre le portrait, genre dans lequel il n’a été surpassé que par Van Dyck. Tous ses portraits, et le nombre en est considérable, sont ingénieusement conçus, traités avec une aisance toute particulière, et d’une ressemblance frappante. Il apportait un soin extrême aux détails du costume, et ses mains sont parfaites. Il fut l’un des plus habiles représentants de la peinture de portraits telle qu’on l’entendait en Hollande à une époque où les artistes ne s’efforçaient point d’idéaliser l'original, maïs de le mettre en lumière avec le plus d'énergie posstble et avec le caractère qui lui était particulier.
Hals mourut en 1666, et laissa plusieurs fils, qui se firent également un nom comme artistes.
HALTE. I! y a incertitude sur l’étymologie de ce mot, que les uns font venir du latin halitus, haleine, comme si l’on faisait halle pour reprendre haleine; d’autres, de allo, parce que jadis, dans les *altes, on plantait les piques. Nous croyons qu'il faut plutôt en chercher la source dans le mot allemand Aalten, s'arrêter. Halte, en termes de guerre, signifie pause, station que font des militaires dans leur marche. Dans les lieux abruptes et que coupent de nombreux défilés, la troupe est obligée de faire de fréquentes haltes. On donne aussi ce nom à de courts repos dans les marches non militaires, et, par extension, on s'en sert pour désigner le lieu fixé pour la halte, le repas que l’on fait pendant la Aalte. Les chasseurs se servent également de ce mot dans ces deux acceptions.
Halle est encore un commandement militaire, qu’on emploie pour enjoindre à une troupe de s’arrêter.
Halte-là veut dire : Arrêtez-vouslà, n’avancez pas davantage ! Il est principalement usité en termes de guerre : c’est ainsi que lasentinelle crie à une patrouille, à une ronde : Halte-là! Dans le langage familier, Lalte-là s'emploie lorsqu’une personne s’'émancine, pour l'arrêter.
HALTERE , instrument de gyanastique formé de deux boulets de fer, que relie entre eux une courte tige de même métal.
HALURGIE (de &Xç, sel, et Épyoy, œuvre). C’est le nom scientilique donné à l’art d'extraire, de purilier ou de fabriquer le sel employé tant dans les usages domestiques que par l’agriculture (voyez Sauwes). En chimie on réserve plus spécialement ce not pour désigner la partie de la science qui traite des sels en géneral.
HAM , ville forte du département de la Somme, avec 2,733 habitants (1872), des moulins à farine, des sucreries, et un vieux château, transformé en prison d’État, dont la principale tour, haute de 33 mètres sur autant de diamètre, passait jadis pour la plus forte de France. Les murs ont 12 mètres d'épaisseur. On y lit au-dessus de la porte d’entrée cette inscription en caractères gothiques : Mon mieux. Il fut construit vers 1470, par le connétable deSaint-Pol. Le château de Ham servit de prison d'État au célèbre marin
Cassard , à Marbœuf, à Mirabeau, à Victor Hugues, à Jules de Polignac, au capitaine de La Méduse. Sous Louis- Philippe, Peyronnet, Polignac, Chantelauze, Guernon- Ranville, signataires des ordonnances de juillet 1830, y subirent une assez longue détention, ainsi que Louis Bonapaite, à la suite de son échauflourée de Boulogne. Bou-Maza et Cabrera, les généraux Cavaignac et La Moricière, y passèrent aussi quelque temps.
[On battait monnaie à Ham dès le règne de Charles le Chauve. En 932, Herbert de Vermandoiïs s’en xendit maître; mais Ham fut remis sous le pouvoir du roi de France par Hugues Le Blanc et Gilbert de Lorraine. L'année suivante, Eudes, fils d’Herbert, s’en empara de nouveau, et par suite d'un accord signé en 934 avec Raoul de France, la possession lui en fut assurée. En 1369, sous le règne de Charles V, les Anglais, refouiés de la Guyenne dans le nord de la France, tentèrent inutilement de s’en emparer. Pendant les troubles désastreux du quinzième siècle, Ham soutint le parti du duc d'Orléans, et fut en butte aux attaques des Bourguignons : c'est ainsi qu’en 1406 cette ville fut livrée au pillage; qu’en 1411, lorsqu'elle se relevait à peine de ses ruines, elle fut assaillie par le duc Jean de Bourgogne; et, malgré la défense héroïque du connétable d’Albret, elle fut contraire de souffrir la loi du vainqueur ; « et là, dit Pierre de Fénin, chroniqueur contemporain, feirent les Flamens grand pillage et mirent le feu partout ». En 1414 Jean de Luxembourg s’en rendit encore maître, « et fut la ville toute robée et devêtue de tous biens ». Cependant, les Bourguignons s’y établirent , eten 1423, Othon de Xaintrailles ayant pénétré dans la place par escalade, en fut chassé peu après par Jean de Luxembourg. En 1434 les troupes royales y pénétrèrent encore, et la ville dut payer 40,000 écus d’or. Enfin, en 1468 un traité fut signé à Ham entre les députés de Louis XI et de Charles le Téméraire.
Après la désastreuse bataïlle de Saint-Laurent, Ham tomba au pouvoir des Espagnols (1557); mais par le traité de Cateau-Cambrésis, signé en 1559, cette ville fut rendue à la France Profitant des troubles de la Ligue, les Espagnols y rentrèrent, et gardèrent cette place jusqu’en 1595, où elle fut reprise par les Français, après un con:bat très-vif. En 1815 la ville obtint une capitulation honorable.
Cette ville possédait une abbaye qui est célèbre dans l'histoire. Fondée ou rétablie en 1108 par Odon, seigneur du château de Ham, comme il résulte de la charte donnée par Baudry, évêque de Noyon, elle fut occupée par des religieux augustins. Ham contenait autrefois trois paroisses; il n’y en a plus qu'une, dans laquelle on retrouve quelques restes d'architecture romane, A. D'HÉRiGOURT.
Ham fut pris par les Allemands en novembre 1870, et repris par les Français le 10 dtcembre suivant. La veille au soir, trois colonnes d’un bataillon, appuyées chacune de deux pièces d’artillerie, traversèrent la ville par divers passages el arrivèrent à l’esplanade du fort ; l’une d'elles détacha une compagnie vers la gare du chemin de fer, qui fut enlevée avec ses défenseurs. Après sommation, on tira quelques coups de canon contre les tours sans obtenir de résultat. La porte d’entrée etait fortement barricadée. Cependant vers deux heures du matin les Prussiens demandèrent à capituler; ils élaient 210. La retraite de l’armée du Nord nous força, à la fin du mois, d’évucuer cette place.
HAMAC, espèce de lit suspendu dont font usage la plupart des peuplades aborigènes de l'Amérique, et que beaucoup de créoles et d'Européens habitant le nouveau continent préfèrent aux meilleurs de nos lits d'Europe. Ce meuble fort simple d’ailleurs est susceptible de recevoir les ornements les plus variés. Les Aamacs des Caraïbes sont ceux dont on fait le plus de cas. Ils sont formés d’un grand Morceau d’étoffe de coton, épaisse comme du drap, d’un tissu très-6gal et très-serré, ayant la figure d’un parallélo-
Bramine, de trois mètres environ de long, sur deux de large. Tous les fils de l'étoffe sur les bords des deux longs côtés excèdent la lisière d'environ 20 centimètres. et sont dis-
HAM — HAMASA
posés par écheveaux formant des espèces de boucles dans lesquelles sont passées de petites cordes, de quarante à cinquante centimètres de longueur, qu’on nomme filet, servant à faciliter l'extension et le développement du hamac. Toutes ces petites cordes, réunies par une de leurs extrémités, forment une grosse boucle à chaque extrémité du Aamac. C’est dans ces boucles qu’on passe les rubans, ou grosses cordes, qui servent à suspendre la machine au baut de la case ou aux branches d’un arbre. Dans les colonies, les femmes riches se font transporter dans des hamacs suspendus par leurs extrémités à un long bambou que deux nègres placent sur leurs épaules. Dans les voyages, le hamac est suspendu à deux bambous, et porté alors par quatre nègres. On donne aussi à bord de nos navires le nom de hamac à un morceau de grosse et forte toile que dans notre ancienne marine, avant nos relations avec le Nouveau Monde, on appelait branle, et qui ne diffère de ceux que nous venons de décrire que par ses dimensions moindres ( 2 mètres sur 1). On le suspend au plancher d’une chambre, d’un entrepont , d’une batterie, au moyen de deux faisceaux de cordelettes appelées araignées, lesquelles s’attachent à différents points des extrémités de ce rectangle. On ÿ place quelquefois un matelas, des draps et une couverture. C’est le coucher ordinaire des matelots ; et quand une bataille doit avoir lieu, on se sert des hamacs en guise de parapet destiné à mettre les matelots à l’abri des coups de l'ennemi, ainsi qu’à protéger les principaux cordages. On attribue l’invention du hamac ( lectus pensilis) à Asclépiade. Mercurialis en parle longuement dans sa Gymnastique. Alcibiade fut sévèrement censuré par les Athéniens de ce qu’au lieu de se coucher sur le pont, il suspendaït son lit avec des cordes pour éviter les mouvements du roulis. Sénèque parle de baignoires suspendues.
HAMADAN. Voyez ECBATANE.
HAMADRYADES, nymphes que quelques auteurs, et Properce entre autres, ont confondues avec les dryades. Celles-ci étaient en général les protéctrices des forêts : une seule pouvait présider à un bois tout entier; chaque arbre, au contraire, avait sa déité, son hamadryade, qui y était renfermée : elle naïissait, croissait et mourait avec lui. Selon Athénée, on ne devrait compter que huit hamadryades, filles d'Hamadryas et d’Oxylos, son frère. Elles avaient donné leurs noms au noyer, au balanos ou palmier, au cornouiller, au hêtre, au peuplier, à l'orme, à la vigne et au figuier; mais il est évident que l’on doit faire une classe particulière des hamadryades qui présidaient à ces arbres, ou qu’elles avaient des attributs différents de ceux des nympbhes, dont le sort était, commeon l’a vu, entièrement dépendant de celui des divers arbres avec lesquels elles étaient nées. Nous ne connaissons qu’un très-petit nombre d'hamadryades sous les noms qui leur furent imposés. Suivant Hésiode, cité par Plutarque, la vie des hamadryades se serait, selon la supputation la plus modérée, prolongée jusqu’à 933,120 ans; ce qui ne s’accorderait guère avec la durée ordinaire des arbres, auxquels cependant leur existence était attachée. C'était particulièrement avec les chênes que les hamadryades étaient unies, comme l'indique leur nom, composé de &uæ, ensemble, et de ëpÿe, chêne. L'adoration des arbres et des divinités qui y étaient attachées est attestée par toute l'antiquité; les monuments ont conservé aussi le souvenir de ce culte, et les Pyrénées nous ont offert plusieurs autels qui rappellent les vœux qui furent adressés à des arbres, à cette époque où les Romains possédaient PAquitaine et la province Narbonnaise. Alexandre nu MÈGE. HAMASA , c’est-à-dire bravoure. C'est le titre d’une collection d'anciens chants héroïques arabes, que le poête Abou-Temam recueillit dans un grand nombre de sources manuscrites, et qu’il divisa en dix livres, dont le premier et le plus étendu contient les chants de guerre; d'où la dénorminalion générique donnée au recueil tout entier. Les autres livres contiennent des lamentations sur les morls, des chants d'amour, des sentences morales, etc. 11 n’y à pas d'ouvrage
HAMASA — HAMBOURG
qui reproduise d’une manière aussi actuelle et aussi saisissante, la vie, les idées et les sentiments des fils du désert. Les traits d’héroïsme les plus nobles, les pensées les plus délicates du cœur y alternent avec les éclats les plus sauvages de la vengeance et des plus odienses passions. Ces poëmes font bien comprendre le phénomène historique des victoires incessantes remportées par ce peuple que fanatisait la religion de Mahomet. Dès le onzième siècle, Tebrizi, écrivain arabe, composait des scolies fort étendues sur cet ouvrage; et Freytag les a ajoutées à sa traduction latine de l'Hamdsa (Bonn, 2 vol., 1828-1851). ,
HAMBACH, village du Pajatinat bavarois, avec les ruines d’un vieux manoir féodal, où se tint le 27 mai 1832 une grande fête populaire , à l’occasion de laquelle eurent lieu des démonstrations politiques qui alarmèrent grandement les souverains composant la confédération germanique. Un journal démocratique, La Tribune allemande, répandait alors dans les contrées rhénanes une grande agitation, par la hardiesse des opinions qu’il émettait au sujet du nonaccomplissement par les souverains allemands des promesses formelles de liberté qu’au jour du danger ils avaient faites à leurs peuples. L’anniversaire de l'octroi de la constitution bavaroïse fut considéré par le parti du mouvement comme une circonstance favorable à exploiter pour gagner duterrain dans l'opinion. Une grande fête populaire fut donc annuncée pour le 27 mai 1832 aux ruines du château de Hambach; et on convia les populations des diverses parties de l'Allemagne à s’y faire représenter. Environ 30,000 personnes répondirent à cet appel; et, comme il n'arrive que trop souvent dans les grandes réunions d'hommes, les esprits, sous l'influence des idés mises en circulation par une presse évidemmenf révolutionnaire, témoignèrent bientôt d’une exaltation extrême. A ce moment on distribua à la foule des milliers d’exemplaires de la traduction allemande de la Déclaration des droits de l’homme, puis on déploya l’étendard tricolore allemand. Des discours passablement incendiaires terminèrent cette démonstration patriolique, dont le retentissementen Allemagne fut immense, et qui provoqua tout aussitôt de la part de la diète germanique les mesures et les précautions répressives les plus énergiques. Une tentative faite l’année suivante pour renouveler à Hambach les mêmes scènes fut déjouée par le gouvernement. En 1842 le manoir de Hambach fut débaptisé pour être offert, sous le nom de château de Max (Maxburg), par la province du Palatinat, au prince royal de Bavière, Maximilien, à titre de présent de noces.
HAMBOURG, la plus grande des villes libres de l’AIlemagne et la plus importante de ses villes commerciales, est bâtie dans une belle contrée, sur les bords de l’Elbe, à 12 myriamètres de l’embouchure de ce fleuve dans la mer du Nordet surles rives de l’Alster, Au nord-estet encore au debors de la ville, PAlster forme un grand bassin (l’Aussenalster, V’Alster extérieur), communiquant avec un bassin moindre, situé à Pintérieur de la ville (le Binnenalster, PAlster intérieur); et tous deux sont en communication par des canaux avec l’Elbe, où l'Alster va se jeter à sa sortie de la ville, Un bras de l’Elbe, qui de l’est entre dans - la ville, s’y partage en canaux décrivant de nombreuses sinuosités, et qui se réunissent tous au sud de Hambourg Pour se confondre avec le canal de l’Alster et former un port profond, dit Oberhufen (port supérieur), à l'usage des nayires qui arrivent à Hambourg en descendant l'Elbe, puis va rejoindre le principal bras du fleuve. Celui ci, qui baigne la ville au sud, y forme le vaste port inférieur (Niederhafen), qu’on divise encore en port intérieur et port extérieur, et reçoit les bâtiments du commerce. Des canaux ( appelés ici Fleete) parcourent la partie basse de la ville dans toutes les directions. Un fossé assez profond, large de 40 mètres - €t rempli d’eau provenant en partie de l’Elbe, entoure en outre la ville. Les communications entre ces voies d'eau intérieures ont lizu an moyen de soixante ponts. L'immense pont de bois c'æ le maréehal Davoust fit jeter sur l’Elbe
en 1813, et qui reliait Hambourg à Harbourg, n'existe plus-
Hambourg est partagée en vieille ville (Aléstadt) et en ville neuve ( Neustadt}) avec les faubourgs de Saint- Georges et de Saint-Paul ou Hamburger-Berg. La vieille ville, qui en forme la partie orientale, et qui en grande partie se compose d’iles, et la ville neuve, qui en forme la partie occidentale, constituent un tout depuis 1615, et sont divisées en cinq paroisses : Saint-Pierre, la seule église qu’il y eut jusqu’au milieu du treizième siècle; Saint-Nicolas, la plus petite, mais la plus riche; Sainte-Catherine, qui contient les plus riches magasins; Saint Jacques, réunie à la ville au quinzième siècle, et Saint-Michel, la plus grande de toutes. Le faubourg Saint-Georges, situé à l’est de la ville, date du treizième siècle; mais il ne prit des développements considérables qu’à la fin du dix-huitième siècle, époque où les émigrés français vinrent en foule s’y établir. Le faubourg Saint-Paul, qui confine à l’ouest à Altona, est mentionné de bonne heure dans les annales de la ville, sous le nom de de Hamburger-Berg (Montagne de Hambourg); mais c’est dans ces derniers temps seulement qu’il a pris de plus en plus l'aspect d’une ville. Dès 1804 on avait démoli les anciennes fortifications qui entouraient la ville; quant à celles qui y élevèrent les Français au temps de l’occupation, la guerre ne fut pas plus tôt finie, qu’on s’empressa deles raser, et depuis 1819 de gracieux jardins anglais les ont partout remplacées. Toutefois, on a maintenu l’usage des Portes, qu’on ne peut plus franchir, le soir une fois venu, qu’en àcquittant un modique péage. Il n’y a pas longtemps qu’à minuit précis elles étaient strictement fermées jusqu’au lendemain matin.
Les rues sont bien payées, sillonnées à l’intérieur de la ville neuve par un vaste réseau d’égouts souterrains et éclairées au gaz. Parmi les rues les plus importantes, on peut citer l’ancien et le nouveau Jungfernstieg, l'Alsterdamm, l’Esplanade, le nouveau et l'ancien Rempart, la Ferdinandsstrasse et l’'Admiralitætsstrasse; et parmi les nombreuses places publiques, l'Adolphplatz, située à peu près au centre dela ville, où se trouve lanouvelle Bourse, inaugurée en 1841; est la plus considérable. A la suite duterrible incendie qui devasta cette ville en 1842, Hambourg a singulièrement gagné sous le rapport de l’aspect extérieur, parce qu’en reconstruisant on a fait disparaître les rues étroites et tortueuses, et que les rues nouvelles ont pour la plupart été reconstruites sur un plan nouveau. Indépendamment des cinq grandes églises paroissiales protestantes qui donnent leur nom chacune à un quartier de la ville, Hambourg possède deux églises succursales; une église réformée allemande et une église réformée française, toutes deux Gepuis 1785; une église anglicane (depuis 1818); une église réformée anglaise (depuis 1826); une église catholique; un temple israélite (inauguré en 1844) et sept synagogues. Le plus beau de ces édifices consacrés au culte est l'église Saint-Michel, avec sa tour, baute de 152 mètres, construite de 1762 à 1786, par l'architecte Sonnin et avec des dépenses immenses, quand un incendie eut détruit, en 1750, l’église du Saint- Sauveur. L’incendie de 1842 dévora les églises Saint-Pierre, Saint-Nicolas et Sainte-Gertrude; et à la suite d’un sinistre de même nature, l’Église de l'Hospice des Orphelins avait perdu sa tour en 1839. En fait d’édifices publics, on doit surtout citer, après la nouvelle Bourse, l’hotel de ville, sur le nouveau rempart, l’Amirauté et le nouvel arsenal, le nouvel Hôpital général, qui peut recevoir 3,500 malades, l'Hospice des Orphelins et le Mont-de-Piété. L’incendie de 1842 dévora l’ancien hôtel de ville, qui datait du treizième siècle, la Banque, qui nedatait que de 1827, l'ancienne Bourse, la Bærsenhalle, le Commercium avec sa bibliothèque, sa collection decartes marines et de cartes géographiques, etc., l'édifice appelé das Hohe ou Eimbeck’sche-Haus, avec les caves du conseil municipal, ete., sans compter la maison de correction et le dépôt de mendicité, qui déjà avaient été en partie ia proie des flammes en 1839. Mentionnons encore, en fait d’édifices remarquables , le Baumhaus, à cause de
sa ravissante situation sur l'Elbe, le Kaïiserhof, et la maison de Klopstock. Du haut de la tour de la grande machine hydraulique qui fournit la ville d’eau potable, l'œil découvre un admirable panorama.
Le territoire dépendant de la ville libre de Hambourg occupe une superficie de 409 kilom. carrés, et renferme (31 décembre 1871), y compris la ville, une population de 337,940 habitants; la ville seule en possède 235,365, Il se compose des îles et des villages silués près de la ville, du bailliage de Ritzebültel de Cuxhaven, de Pile de Neuwerk, et du bailliage de Bergedorf, dont Hambourg partage la possession avec Lubeck.
La constitution politique de Hambourg, aristocratie de la propriété foncière, ayant pour base le grand recès de 1712, dressé par une commission impériale , fut depuis 1814 jusqu’en 1860 ce qu'elle était avant 1810. Cette constitution fit place à celle du 28 septembre 1860, qui était plus en harmonie avec les sentiments modernes. Le gouvernement est exercé en commun par les deux chambres représentatives, le sénat et la bourgeoisie. Le sénat, qui a la plus grande part du pouvoir exécutif, se compose de 18 membres, choisis par moitié parmi les gradués en droit et les négociants. Chacun d'eux est élu à vie par les bourgeois, maïs il peut se retirer au bout de six ans. Les 4 bourgmestres sont élus pour deux années; au premier et au second appartient le droit de présider le sénat. La bourgeoisie forme un corps de 192 membres; 84 de ceux-ci sont élus au scrutin secret par tous les citoyens qui payent le cens; des 108 autres, 48 représentent les propriétaires les plus imposés et 60 les différentes corporations de métiers et les tribunaux. L'assemblée bourgeoise, qui se renouvelle par moitié tous les trois ans, est représentée par un comité permanent de 20 membres, dont un quart seulement n'appartient pas au commerce; ce comité est sp écialement chargé de contrôler les agissements du sénat et de veiller à l'exécution des lois, y compris celles volées par la chambre des bourgeois. En matière de législation, l'impôt excepté, le sénat a un droit de veto; et en cas de conflit l'affaire est remise à un conseil d’arbitres tirés en nombre égal du sénat et de la bourgeoisie. La justice est distribuée par diverses autorités en première instance, par le tribunal supérieur en appel, et en dernière instance par une cour suprême,
Les revenus publics de Hambourg ont de tout temps été fort considérables, sans que iamais l’impôt ait eu rien d’écrasant; et ce n’est qu’à la suite des dettes énormes que la ville contracta à l'époque de l'occupation française que les impositions foncières y subirent une notable augmentalion. Les ressources financières consistent depuis 1866 dans les impôts directs, notamment celui du revenu, impôt dont la fixation est laissée à la décision de chaque intéressé. De 1847 à 1851 les revenus municipaux étaient de 10 millions de fr. En 1871 ils s'élevaient au double, c’est-à dire à 21,167,650 fr., sur lesquels 3,400,000 francs proviennent de l'impôt du revenu. La dette publique monlait encore à 43 millions environ quand l'incendie de 1842 vint rendre nécessaire un emprunt de 48 millions; celui que la ville contracta à la suite des événements de 1866 aggrava de nouveau le poids de sa dette, qui s’élevait, en 1872, à 118,072,425 fr. Le privilège qui lui a été accordé par la Prusse de rester port franc coûte à chaque habitant 13 fr. par an, soit 2,557,000 fr. pour 1873. La ville fournit à l’armée de l'empire un contingent de 3,026 homes; elle entretient en outre une garnison prussienne,
Hambourg ahonde en sociétés charitables, en institutions de crédit, et les établissements d’instruchon publique n’y sont pas moins nombreux. Nous citerons entre autres l’ob-
servaluire, situé en avant de la porte d’Altona; le jardin botanique ; le nouveau Gymnase, sur la place de la cathédrale ; l'École supérieure, établissement tenant le milieu entre une université proprement dite et nos lycées, pourvu d'une