‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 4)Chapitre 483 sur 552 · HAMBOURG — HAMILTON · texte numérisé non relu

HAMBOURG — HAMILTON

les hameçons ordinaires, dont la grandeur varie selon celle des poissons que l’on veut pêcher, il en est, destinés à le pêche à certaines heures et dans certaines circonstances, qui sont entourés de plumes, de manière à simuler des insectes , dont sont très-friands les habitants des eaux, ou, quand on pêche le gros poisson en haute mer, enveloppés d’étoupes, de manière à simuler un poisson-volant.

Hameçon s’est pris au figuré’: on: dit d’une personne qu’elle mord à l’hameçon, quand elle se laisse séduire par quelque artifice, ou quand elle s’abandonne à des déceptions dont l'apparence agréable est propre à abuser,

En botanique, on a donné le nom d’hameçon à une épine crochue ou à un poil recourbé.

HAMECONS (| Faction des). Voyez CaBILLAUDs.

HAMILCAR. Voyez AmILcar.

HAMILTON (Famille). Cette maison écossaise, justement célèbre par ses alliances, son influence et les rôles importants que jouèrent dans l’histoire un grand nombré de ses membres, descendrait, suivant une tradition qui n’est rien moins qu’authentique, d’un certain Gilbert Hamilton, dont le père, William de Hamilton, grand-chancelier d’Angleterre sous Édouard I, ayant eu querelle avec John Spenser, chambellan d’Édouard II, parce qu’il faisait devant lui l'éloge de Robert Bruce, roi d'Écosse, tua son adversaire en combat singulier, et dut venir se réfugier auprès de Bruce, qui en 1323 lui octroya à titre de fief la châtellenie de Cadyow, devenue de nos jours le bourg d'Hamilton, dans dans le comté de Lanark. On voit cependant un sir Walter de Hawizron figurer dès l’année 1282 dans les rangs de lanoblesse écossaise qui vint prêter serment de fidélité à Édouard [°"; c'est vraisemblablement celui-là qui obtint de Robert Bruce le fief de Cadyow. L'un de ses descendants, James HamiLrow, mort en 1460, ayant soutenu la cour contre Douglas, fut nommé, en 1455, lord et pair d'Écosse.

La considération et l'influence de cette maison s’accrurent encore lorsque le fils et héritier du précédent, James Hamir- Ton, mort en 1479, épousa la sœur aînée de Jacques III, Marie, qui lui apporta en dot le comté d’Arran. Rivale de la puissante maison de Douglas, la famille d'Hamilton se trouva dès lors en lutte perpétuelle avec elle; et leurs sanglantes querelles dégénérèrent souvent en guerres civiles.

James Hamiron, comte d’Arran, comme héritier de sa mère (à partir de 1503), prit pendant la minorité de Jacques V une part importante aux affaires publiques, devint en 1517 membre du gouvernement, et mourut en 1529. Son fils, James, deuxième comte d’Arran, obtint en 1549, du roi de France Henri 11 le duché de Châtellerault en Poitou. A la mort de Jacques V, arrivée en 1542, le parlement d'Écosse le déclara héritier présomptif de la couronne, et lui confia la régence pendant la minorité de la reine Marie Stuart. Mais comme Hamilton favorisa d’abord la réformation et soutint le parti anglais, le cardinal Beaton, la reine mère, Marie de Guise, et le comte de Lennox lui disputèrent l'administration du royaume. Ami de Ja paix et de la tranquillité, James Hamilton, après de nombreuses alternalives de succès et de défaites, finit par renoncer moyennant une pension annuelle à la régence en faveur de la reine mère. Lui et son frère John Hawizron, qui joua un rôle important comme secrétaire d’État et comme évêque de Saint-Andrews, se prononcèrent pour le parti catholique quand éclatèrent les dissensions religieuses , tandis que les autres membres de leur maison se signalaient par l’ardeur de leur zèle pour le protestantisme. Dans les troubles politiques dont le retour en Écosse de la reine Marie. Stuart fut le signal, les Hamilton, mus par des intérêts de famille, se prononcèrent pour cette princesse, Marie ayant été déposée, et Murray, son frère naturel, s'étant fait décerner la régence en 1567, les Hamilton formèrent le parti des amis du roi, lequel décida Marie Stuart à rétracter son abdication, et provoqua la bataille livrée en 1568 près du bourg de Langside, et à la suite de laquelle Marie dut aller demander un asile à l'Angleterre. De cette époque

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daten£ aussi les nombreuses persécutions dont la famille Hamilton fut victime.

Un certain James HamiLrow, qui avait été fait prisonnier à la bataille de Langside et, dont les biens avaient été confisqués, tua en guet-apens le régent Murray, en 1570, et s’enfuit en France. A la suite de ce meurtre, les Hamilton eurent encore un instant la prépondérance jusqu'au moment où l'appui de l'Angleterre permit au comte de Lennox de se saisir de la régence et de recommencer une violente persécution contre les membres de cette famille, L'évêque de Saint-Andrews, entre autres, fut pendu sans jugement par son ordre, en 1571, à Stirling. À ce moment, le lâche duc de Châtellerault se mit enfin à la tête de son parti; avec un grand nombre de seigneurs, il se déclara en faveur de la reine retenue captive en Angleterre, s’empara de la capitale, et prit d'assaut Stirling. Dans cette affaire, le régent Lennox fut tué au milieu de la mêlée. En 1572, le comte Morton, allié de la famille Hamilton, ayant pris la régence, le duc de Châtellerault se retira de la lutte, et mourut en

Son fils James Hamicron, que sa beauté et son esprit rendaient le favori des dames , visa à obtenir la couronne avec la main de la reine. Mais les Guise le poursuivirent à outrance, comme protestant, et lui enlevèrent le duché de Châtellerault, dont il héritait de son père. A la suite d’excès physiques, et affaibli encore par de rigoureuses pratiques religieuses, il perdit l'usage de ses facultées intellectuelles longtemps avant de mourir. Morton étant mort sur l’échafaud, en 1581, sous le règne de Jacques VI, qui fut plus tard le roi d'Angleterre Jacques 1%, la puissance de la maison d'Hamilton se trouva presque complétement anéantie par des exils et des confiscations. John et Claude, frères de James l'insensé, s’enfuirent en Angleterre, mais revinrent en Écosse après la chute de leur principal ennemi, James Stuart; le roi les accueillit comme de fidèles amis de sa mère, et leur fit rendre une partie de leurs biens. John, mort en 1604, fut créé en 1599 marquis d’Hamillon. Claude devint la tige de la äigne cadette des Hamilton, la famille des comtes d’Abercorn, qui subsiste encore aujourd’hui en Écosse.

Le fils de John, James Hamizton, comte de Cambridge eù Angleterre, homme d’État et favori de Jacquesl®", mourut en 1625, empoisonné, dit-on, par son rival le duc de Buckingham. Son fils aîné et héritier, James HAMILTON, compagnon d'enfance et favori de Charles If", alla rejoindre, pendant la guerre de trente ans, le roi de Suède Gustave- Adolphe à la tête d’un corps auxiliaire anglais considérable, et contribua au gain de la bataille de Leipzig. Rappelé en Angleterre, il se montra l’un des plus fidèles partisans de Charles I, qui en 1643 le créa duc d’Hamilton; et le 16 mars 1649, peu de temps après le supnhice du roi, il suivit son maître sur l'échafaud.

William Hawicron, frère du duc, cote de Lanarck et sécretaire d'État pour l'Écosse, était tombé en disgrâce auprès de Charles 1°", parce qu “il blâmait la guerre civile; en conséquence il rejoignit l’armée du parlement avec un nombreux corps auxiliaire. Mais il ne tarda pas à revenir au parti du roi, et, après la mort de son frère, Charles J{ lui conféra le titre de duc. En 1651, il fut fait prisonnier par Cromwell à la bataille de Worcester, et à quelques jours de là mourut de ses blessures. La descendance mâle de la ligne principale s'était éteinte en la personne de ce second duc d’Hamilton.

En 1660 Charles II conféra le titre de duc et les autres dignités de cette maison à William comte de Selkhirk, fils * cadet du marquis de Douglas, qui avait épousé Anna, la fille et héritière du premier duc d'Hamilton, dont il prit le nom et les armes. 11 mourut en 1694, laissant une nombreuse postérité. Son fils aîné, Jumes, quatrième duc d'HamiLron, fut créé en 1711 duc de Brandon et pair d'Angleterre. 1 fut employé dans de nombreuses missions diplomatiques sous le règne de la reine Anne; jacobite zélé, il travailla

ardemment dans les intérêts de la dynastie expulsée, et fut tué en duel en 1712, par lord Mohun.

Charles, troisième fils de William Douglas, reçut le comté de Selkirk, et en transmit le titre à son frère John, qui devint de la sorte la tige des comtes d’Hamilton-Selkirk. Georges, cinquième fils de William Douglas, qui se distingua comme général pendant les guerres de la reine Anne, et mourut en 1737, fonda la branche des comtes d'amilton- Orkney, qui s’est continuée jusqu’à nos jours en ligne fémimine. Archibald, septième fils de William Douglas, mourut en 1727, avec le titre d’amiral ; c’est son fils qui se distingua comme antiquaire (voyez ci-après), et qui plus fard ternit l'éclat de son nom en le donnant à une vile prostituée.

James, sixième duc d'Hamicron, mort en 1758, avait épousé la belle Élisabeth Gunning, devenue plus tard duchesse d’Argyle. Son fils, James-Georges, septième duc d'HaAmiLTON, hérita à la mort du duc de Douglas (1761) des titres de marquis de Douglas et de comte d’Angus. Lui et son frère, Douglas Hamilton, moururent sans laisser d'héritiers mâles; leurs titres et leurs domaines firent en conséquence retour à leur oncle Archkibald , neuvième duc d'Hamizron et sixième duc de Brandon (1799). Son fils, Alexandre HaAwiLTon, né le 3 octobre 1767, connu jusqu’à la mort de son père sous le nom de marquis de Douglas et de Clydesdale, entra à la chambre des communes en 1802, et y vota avec les whigs, qui lorsqu'ils arrivèrent aux affaires, en 1806, lui donnèrent l'ambassade de Saint- Pétersbourg. La paix de Tilsitt le ramena en Angleterre, et depuis lors il ne fut plus questiôn de luf en politique, quoique du vivant même de son père il eût eu entrée à la chambre haute. Il hérita de ses titres en 1819, reçut l’ordre de la Jarretière sous le ministère de lord Melbourne, et mourut le 18 août 1852. On le regardait comme le plus insolent aristocrate des trois royaumes, Peu après 1830, étant ve nu à Paris pour la santé de sa fensme, deux médicastres étrangers, auxquels il s’adressa, lui réclamèrent 400,000 fr. pour honoraires; le tribunal leur en alloua 24,000.

Son fs unique, William-Anthony-Archibald, né le 19 février 1811, futle {1e duc d'HamiLron, et siégea comme duc de Brandon dans la chambre des lords, où il prit place parmi les conservateurs, mais sans avoir aucun rôle politique. Il est mort en 1863, laissant de son mariage avec la princesse Marie de Bade un fils, S{ephen, né en 1845, et qui s’est plus fait connaître dans le monde du sport que dans la politique. C’est pour lui que Napoléon III releva, le 20 avril 1864, le titre de duc de Châtellerault, accorde par Henri IL à l’un de ses ancêlres.

Lord Claude Hamicron, fils cadet du feu vicomte d’Hamilton et petit-fils du premier marquis d’Abercorn, né en 1813, entra en 1839 au parlement comme représentant du comté de Tyrone en Irlande, où depuis le règne de Jacques [°° sa famille possède de grandes propriétés. Il s’y fit remarquer comme l’un des champions du parti conservateur et de la haute Église, et à partir de 1848 il s’y créa pour spécialité d’y défendre, d'accord avec Baillie Cochrane, les gouvernements autrichien et napolitain centre les attaques des libéraux. Quoiqu'il eût voté en faveur du libre échange, il accepta, en 1852, le poste de trésorier de la maison de la reine (éreasurer of the household) dans le ministère de lord Derby.

HABIILTON (Sir Wilrian,,antiqui re distingué. né en 1730, remplit à St de 1764 les fonctions der d'Angleterre à Naples, où il prit une part active aux découvertes dont Herculanum et Pompéi devinrent le théâtre. Le déroulement d’un rouleau de papyrus carbonisé l'ayant vivement intéressé, il chargea de ce soin le père Antonio Piaggi, et rétribua royalement son travail. Aidé par sa seconde femme, iady Emma HAMILTON (voyez ci-après ), il réussit, en 1793, à amener la conclusion d'un traité d'alliance offensive et défensive entre la cour de Naples et le gouvernement anglais, traité dirigé contre la France républicaine. En 1798 une armée française ayant envahi le

royaurne de Naples, sir William Hamilton suivit en Sicile le monarque auprès duquel il était accrédité. Lors de son retour en Angleterre, en 1800, un naufrage lui fit perdre la plus grande partie des richesses artistiques qu’il avait amassées. Il avait vendu déjà auparavant au British Museum une précieuse collection de vases antiques, que les deux cent quarante dessins de Tischbein ont fait connaître (4 volume, Londres, 1791). Il mourut à Londres, le 6 avril 1803. Ses Observations on mount Vesuvius, etc. (1772), et ses Campi Phlegræi (1776, 1777), contiennent les résultate de ses recherches sur le Vésuve et sur l’Etna. On peut dire aussi que ce fut lui qui créa la science des vases antiques. Consultez sur ses collections l'ouvrage de Kirk, intitulé : Gravures au trait d'après les tableaux, etc., de vases étrusques, grecs et romains, recueillis par feu sir William Hamilton (Londres, 1806).

HAMILTON (Lady Emma), non moins fameuse par la part qu’elle prit aux sanglantes réactions dont la ville de Naples fut le théâtre, en 1798, que par les scandaleux déportements de sa vie privée, naquit vers 1761, dans le comté de Chester, et était la fille d’une servante du pays de Galles, appelée Harte, et d’un père inconnu. A l’âge de treize ans, elle entra en service, comme bonne d'enfants, à Hawarden, et se rendit trois ans après à Londres, où elle devint fille de cuisine chez un marchand de la cité, puis femme de chambre d’une grande dame, qui ne tarda pas à la renvoyer, à cause de sa passion pour la lecture des romans et pour le théâtre. Elle entra alors comme fille de salle dans une taverne du plus bas étage, où pour racheter un sien cousin, qui venait d’être pressé comme matelot, elle se livra à son capitaine, sir John Willet Payne, par la suite amiral, dont elle devint alors la maîtresse déclarée ; et cet officier, après lui avoir fait donner une teinture d'éducation, la céda à un certain chevalier Featherstonhaugh, qui vécut pendant quelque temps avec elle, dans son domaine du comté de Sussex , puis la mit un beau jour à la porte. Après s’être pendant quelque temps livrée à Londres à la prostitution du plus bas étage, elle fit la connaissance d’un charlatan appelé le docteur Graham, qui se disait inventeur d’un philtre inspirateur de l'amour, et qui prodiguait sa compagne à ses clients comme sujet d’expérimentation. 11 la nommait sa déesse Hygie, et la faisait voir voluptueusement couchée sur ce qu’il appelait son lit céleste, dans un état de nudité complet, mais assez mal dissimulé par une gaze diaphane.

C’est à une de ces singulières exhibitions que le spirituel Charles Greville, de la famille de Warwick, s’éprit de cette aventurière, Il ’enleva à son protecteur médicastre, et la rendit mère de trois enfants. Il était même sur le point de l’épouser, lorsque sa complète déconfiture, arrivée en 1789, vint mettre obstacle à la réalisation de ses projets. Dans l'espoir d’exercer sur son oncle, sir William Hamilton, alors ambassadeur à Naples, un genre de fascination analogue à celni que le docteur Graham pratiquait sur ses libidineux clients, et de le déterminer ainsi à venir à son secours, Charles Greville lui dépêcha à Naples son Emma; et, comme il l'avait prévu, le diplomate ne tarda pas à devenir si éperduement amoureux de la maîtresse de son neveu, qu’il lui proposa bientôt un marché également ignominieux pour tous trois, et aux termes duquel le vieux débauché s’engagea à payer les dettes du jeune prodigue moyennant la cession pleine et entière de la Vénus vénale qui avait su réveiller chez lui des feux depuis longtemps éteints. Le but de Charles Greville était atteint; et en 1791 sir William Hamilton épousait à Londres, en légitime mariage, au grand scandale de la société aristocratique, une femme dont les nymphes habituées de certains trottoirs de cette capitale avaient conservé le souvenir. A son retour à Naples, il présenta lady Emma Hamilton à la cour; et, grâce à la conformité de leurs mœurs et de leurs goûts, une étroile liaison ne tarda pas à s’élabiir entre la reine Marie-Caroline et l’ambassadrice, Ce fut par les confidences de Marie-Caroline à lady Hamilton que l’Angleterre se trouva prévenue des dispositions hostiles

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du roi d’Espagne à son égard, dispositions dont Charles IV ne faisait pas mystère dans les lettres qu’il écrivait à Ferdinand 1°"; et l'Angleterre se crut autorisée en conséquence à capturer les vaisseaux espagnols sans déclaration de guerre.

A ce moment Nelson commandait la flotte anglaise de la Méditerranée. Pendant ses fréquentes stations dans les eaux de Naples, il eut occasion de se lier avec lady Hamilton, et après la bataille d’Aboukir il devint publiquement son amant, ou, comme le disent pudiquement les Anglais, son ami, Car le cant britannique s’oppose le plus souxent à ce qu’on appelle les choses par leur nom. Ce fut à son bord qu’en 1798 sir William et lady Emma Hamilton se refugièrent à l’approche de l’armée de Championnet; et il tes transporta à Palerme. L’année suivante à les ramenait à Naples. La violation de la capitulation qui livra Naples aux forces anglo-siciliennes est une tache qui pèsera éternellement sur la mémoire de Nelson. Ce fut à l'instigation de lady Hamilton, agissant conformément aux indications de Marie-Caroline , qu’il permit à l’affreux Ruffo de livrer au bourreau la plupart des patriotes qui s'étaient compromis lors de la proclamation de la république parthénopéenne et une foule de citoyens distingués que l'honneur et l’humanité lui faisaient un devoir de protéger. Cette femme impudique le domina même bientôt à tel point, malgré ses quarante ans bien sonnés, que l’année suivante ( 1800) il résigna son commandement pour l'accompagner en Angleterre. Il était impossible que la grande société anglaise acceptât lady Hamilton et ses honteux précédents. Objet du mépris général, repoussée de tous les cercles aristocratiques, elle accoucha à Londres d’une fille, dont Nelson se déclara le père.

A la mort du héros de Trafalgar (1805), lady Emma Hamilton retomba dans les habitudes crapuleuses de sa jeunesse, ef ne tarda pas à se trouver réduite à une faible pension pour toutes ressources. Elle se retira sur le continent avec sa fille, et mourut aux environs de Celais, le 46 janvier 1815. La même année parut la Correspondance intime de Nelson, restée une tache ineffaçable pour sa mémoire , et qu’elle ne craignit point de vendre à un spéculateur de scandale. La beauté vraiment remarquable d'Emma Harte fit sa réputation et aussi sa honte; c’est elle seule qui put donner de la vogue aux exhibitions médico-plastiques, si fructueuse ment faites par le docteur Graham, son protecteur; genre de spectacle éminemment propre à agir sur ies sens, qu’on imagina de reproduire en Allemagne sous le nom d’a/titudes, et dans lequel elle servit de modèle à la Hændel-Schütz. Les tableaux vivants peuvent donner une idée de ce que devaient être les poses plastiques, électriques, érotiques et musicales d'Emma, guidée par le docteur Graham. La danse da châle, pas voluptueux destiné à exciter les désirs charnels chez les hommes blasés, fut aussi, dit-on, inventée par cette courtisane.

HAMILTON (aAnroe, comte n’), celui peut-être de tous nos écrivains qui après Voltaire offre dans son style l’image la plus fidèle du caractère français, naquit en Irlande, vers 1646, d’une branche de l’illustre famille d'Écosse de ce nom, qui s'était montrée dévouée à la cause de Charles I°". Après la mort du roi, Hamilton, encore au berceau, fut amené en France par ses parents, qui suivirent dans leur émigration le prince de Galles et le duc d'York, son frère, Ce fut donc dans notre pays que l’ingénieux auteur des Mémoires de Gramont reçut sa première éducation; ce fut aussi dès cette époque qu’il commença à se familiariser avec notre langue, qui sous sa plume devint plus tard si flexible, s enjouée, si gracieuse. Le prince de Galles ayant été rétabli sur le trône de ses ancêtres sous le nom de Charles II, Hamilton, Agé alors de quatorze ans, le suivit en Angleterre, et ne tarda pas à briller, par la tournure piquante de son esprit, à la conr de ce prince, qui était toute française par le ton, le langage, les manières, les plaisirs et la gaieté, C’est vers cette époque que parut à Saint-James le fameux che= valier, depuis comte, de Gra mont, qui venait de s’attirer la disgrâce de Louis XIV en voulant lui enlever une de set.

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maltresses, M'° de La Motte-Houdancourt. Gramont , fertile en bons mots et en contes amusants, fut recherché partout avec empressement. Le tour plaisant de sa conversation plut singulièrement au jeune Antoine Hamilton, qui le choisit alors pour son modèle, comme plus tard il devait le prendre pour son héros. En même temps, le chevalier de Gramont, subjugué par les charmes de la sœur d'Hamilton , et réduit cette fois à la constance, s’engageait à épouser celle qu’il aimait. Mais bientôt, soit retour de son naturel volage, soit toute autre préoccupation, ayant appris que le roi son maître le rappelait en France, il part de Londres sans remplir sa promesse. A cette nouvelle, Antoine Hamilton, blessé de cet oubli injurieux, court sur les traces du fugitif, l’atteint à Douvres, et lui crie, du plus loin qu’à: l’aperçoit : « Chevalier de Gramont, n’avez-vous rien oublié à Londres? — Pardonnez-moi, répondit aussitôt le courtisan français, j'ai oublié d’épouser votre sœur. » Et il retourna à Londres pour conclure ce mariage.

Le chevalier de Gramont ayant emmené sa femme en France, Hamilton fit souvent la traversée pour venir les voir. Tant que vécut Charles II, Antoine Hamilton, quoique aimé de ce prince, n’eut aucun emploi ; mais sous Jacques IL il obtint un régiment et le gouvernement de Limerick, en Irlande. La révolution de 1688, qui renversa Jacques IT, trouva Hamilton fidèle au malheur : il quitta sa patrie pour accompagner son souverain sur la terre d’exil, et fut constamment du nombre de ceux qui formaient la petite cour de ce prince au château de Saint-Germain-en- Laye. C’est dans ce séjour qu'il composa tous ces charmants ouvrages auxquels il doit sa réputation. Il mourut dans cette résidence, le 6 août 1720. Ses productions seront toujours des modèles d’atticisme et de grâce. Les Mémoires de Gramont y figurent en première ligne. Ce livre est semé de traits précieux, qui font bien connaître l’histoire du temps, surtout celle des principales cours de l’Europe. Ses Contes, moins connus queles Mémoires, sont également dignes de l'être. Le Bélier est fréquemment cité par Voltaire comme un modèle degrâce, surtout le début, qui est en vers. Fleur d’Épine, la seule de ces productions que l’auteur ait achevée, est un chef-d'œuvre de narration : intérêt, invention, naturel, bon goût, tout s’y trouve. Les Quatre Facardins et Zénéide, dont Hamilton n’a laissé que le commencement, prouvent qu'il avait une imagination aussi chaude que singulière. Enfin, ses œuvres diverses, où il y a autant de vers que de prose, rappellent fréquemment les qualités que nous venons de signaler. « C’est toujours, dit Grimm, le ramage le plus ingénieux qu’il soit possible d'im aginer. »

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