HARALD — HARAS
raux d'armée, des chefs d’une troupe prête à combattre, ont été de tout temps un des moyens d’excitation que l’art de la guerre et du commandement ont dû mettre en œuvre. Les hymnes des chanteurs grecs, les encouragements des hérauts caducéateurs (caduceatores ), les allocutions des dictateurs et des consuls, participaient plus ou moins de ces barangues que l'imagination des historiens a mises dans la bouche des grands hommes de l'antiquité. Au temps des armées d’une force médiocre , au temps de l’ordre profond, au temps où l’éloquence dela tribune était un puissant élément de succès, chaque journée de guerre avait sa harangue ;
-mais gardez-vous d'ajouter foi à ces périodes apprêtées et prolixes, à ces déclamations ampoulées, dont les narrateurs
de batailles grossissent leurs récits. Homère et Thucydide, Quinte-Curce et Polybe, ne s’en font pas faute; les harangues de Tacite lui-même sont des chefs-d’œuvre maintenant peu goûtés, et Tite-Live, entraînant Paul Jove et tant d’autres, eût dû épargner d’aussi vains ornements à ses lecteurs. Le canon, l’ordre mince, l’immensité des armées, ne permettent plus que l'emploi du simple ordre du jour, tel que Napoléon I‘ l’entendait; et les deux volumes de harangues de Belleforêt sont devenus un des livres militaires les moins utiles. GA! BARDIN.
HARAS (du latin kara, étable). On nomme ainsi de grands établissements où l’on nourrit et où l’on élève et entretient des étalons et des juments, destinés à la reproduction de l’épèces, ainsi que leurs poulains. Dans le Nord, ces réunions de chevaux ont lieu simplement dans des plaines, ou au centre de vastes forêts, dans lesquelles ces animaux vivent et multiplient en toute liberté. Aussi appelle-t-on haras sauvages ces hippodromes naturels, où s’exercent journellement les rapides coursiers de l'Ukraine et de la Tartarie; l'Amérique, comme plusieurs contrées de l'Arabie, possède également des haras sauvages, d’où l’on ne peut ramener un cheval qu’en l’arrétant au passage, en lui jetant au cou une longue courroie de cuir, terminée par un nœud coulant. Cependant, les Arabes et les Orientaux, toujours envieux de conserver leurs excellentes races de chevaux, réunissent dans des locaux spéciaux les plus beaux étalons et les plus belles juments qu’ils puissent se procurer. Ils ont ainsi formé les premiers des haras particuliers, et il n’est pas rare de voir au milieu des sables de Arabie chaque chéick de tribu importante posséder son haras , auquel il est aussi attaché qu’à sa famille. L’Angleterre a imité ce mode de perpétuer et d’améliorer les races ; et beaucoup de riches propriétaires y ont des haras, à l’entretien desquels ils dépensent des sommes énormes ; en France aussi l’on a suivi cette méthode; mais les fortunes y étant plus divisées, les haras particuliers s’y sont trouvés moins bien entretenus, et le gouvernement s’est vu forcé, pour ne pas laisser s’appauvrir entièrement les races chevalines, de former lui-même, pour son propre compte, des haras et des dépôts, où l’on pôt retrouver, sans craindre de jamais le perdre, le type de telle ou telle race. Là on a pris soin de faire venir à grands frais des étalons arabes , qui ont bientôt rendu le nerf aux chevaux auvergnats et navarrais , l’élégance aux chevaux limousins, et le brillant uni à la force aux chevaux normands ; il a fallu même, pour retremper cette dernière race, plus belle aujourd’hui que jamais , rappeler d’Angleterre quelques étalons de pur sang, c’est-à-dire résultant du croisement d’un cheval arabe avec une jument anglaise.
Ces haras du gouvernement étaient fort nombreux en France avant la révolution de 1789, époque où ils furent tous supprimés ; cependant, l'utilité de quelque-uns ayant été reconnue, Napoléon fit relever en 1806 ceux de Pompadour, et du Pin en Normandie; puis, en 1815, Louis XVIII ordonna la formation de celui de Rosières, près de Dole, pour remplacer celui de Deux-Ponts.Il y eut alors chez nous {rois haras royaux, entretenant des étalons tant arabes que de sang anglais et de race indigène. Plus tard, sous la seconde république, il y en eut un à Saint-Cloud, supprimé après le