HAUTERIVE
fui suscita dans l’exercice de ses fonctions, et surtout le mal du pays, le ramenèrent en France en 1787, où il se maria avec la fille de l’intendant de Rochefort, M. Marchais. En 1792 il sollicita et obtint un consulat aux États-Unis. Destitué comme ci-devant, en 1793, il ne rentra en France qu'’après le 15 fructidor, par la protection de Talleyrand, avec qui il s'était lié pendant son séjour en Amérique, et qui en 1799 l’appela à diriger l’une des divisions du ministère des relations extérieures, dont il avait le portefeuille, En 1801, un an après l'établissement du gouvernement consulaire , il publia sous ce titre: De l'Etat de la France à la fin de l'an vin, un livre dans lequel il expliquait les révolutions qui venaient d’agiter le monde par l'oubli des principes d'équilibre posés au traité de Westphalie. Ce n’était pas précisément le moyen de.se mettre bien dans l'esprit du premier consul, habitué qu’était celui-ci à traiter fort irrévérencieusement les traités de la vieille Europe, et à en remanier la carte toutes les fois que l’envie lui en prenait. M. d'Hauterive trouva pourtant grâce à ses yeux à cause de l’examen complétement apologétique de la constitution de lan vu qui terminait son livre. Il fut donc nommé conseiller d'État l’année suivante, et pendant les fréquentes absences que Talleyrand dut faire de Paris, ce fut lui qui tint le portefeuille des relations extérieures. En 1807 il fut nommé garde des archives de ce département, rencontra la même faveur auprès de la Restauration, fit l'intérim de M. Jaucourt, abandonnant le ministère devant Napoléon , fut exclu du conseil d’État pendant les cent jours pour avoir refusé sa signature à l'acte additionnel , y fut réintégré au retour des Bourbons, et conserva ces fonctions ainsi que celles de garde des archives jusqu’à sa mort, arrivée le 28 juillet 1830. Hauterive avait rédigé plus de soixante traités politiques ou commerciaux. On lui doit un curieux travail Sur La politique illimitée de l'Angleterre et de la Russie (Paris, 1814) ;un autre intitulé Théodicée ou Théorie de l'ordre; des Éléments d'Économie politique, qui datent de 1817 et sont l’un de ses plus importants ouvrages; des Considérations sur La Théorie de l’Impôt, etc., etc.
HAUTEROCHE (Norz LE BRETON, sieur pe), né à Paris, en 1617, était fils d’un huissier au parlement. Clerc de la basoche , il prit en dégoût une carrière qui allait mal à son caractère indépendant et aventureux, encore que son père voulût dès lors le marier et lui acheter une charge de conseiller au Châtelet. Abandonnant donc un beau jour l’étude enfumée de son père, il se sauva en Espagne, où il vécut pendant longtemps à la grâce de Dieu. Passant à Valence, il rencontra une troupe de comédiens français, et s’y engagea. Il eut bientôt appris les iceZles du métier, fit rire, fut applaudi, et plus tard , directeur d’un autre troupe nomade, qu’il avait formée, s’en alla outre Rhin faire une fructueuse concurrence au Hanswurst traditionnel et éminemment national des Allemands, à qui il fit connaître les principales productions de notre théâtre, naissant à peine, maïs déjà si supérieur au leur. De retour à Paris, il débuta au théAtre du Marais, et plus tard à l'hôtel de Bourgogne oùil jouait les rôles à manteaux dansla comédie et les confidents dans la tragédie, enrichissant ces deux scènes comme acteur et comme auteur. On a de lui une douzaine decomédies, où il fait preuve de beaucoup d'entente de la scène. Il excelle à bien conduire une intrigue ; son dialogue est vif et gai, mais déparé trop souvent par des gravelures. L'Esprit Jollet, Le Deuil, Crispin médecin, et Le Cocher supposé sont les meilleurs ouvrages de ce contemporain de Molière, avec qui il n’eut jamais la prétention de lutter pour la peinture des mœurs et des caractères ou le côté philosophique et moral de l’art. Hauteroche, mort en 1709, à l’âge de quatre-vingt-dix ans, avait quitté le théâtre dès sa soixante-cinquième année. Généralement estimé pour sa probité et sa droiture , il fut, lui aussi, honoré de la protection toute spéciale et même de la familiarité de Louis XIV, faveur bien enviée, dont il lui fut permis de faire confidence au public dans une de ses pièces La Comédie sans comédie , où il jouait sous son
— HAUTEUR propre nom et débifait ces deux vers au sujet du roi:
Il m'écoute parfois mieux que ses courtisans, Et l’habit que je porte est un de ses présens.
J existe plusieurs éditions de ses œuvres, en 3 voiumes in-12. La plus complète est celle de 1772.
HAUTEROCHE (ALLIER D’). Voyez ArLter D’'Hau- TEROCHE.
HAUTES-ALPES ( Département des). Voyez ALpes (Département des Hautes-).
HAUTE-SAÔNE (Département de la). Voyez Saône
(Département des Haute-).
HAUTE-SAVOIE (Département de la). Voyez Sa- VOIE (Département de la Haute-).
HAUTES-PYRÉNÉES (Département des). Voyez PYRÉNÉES (Département des Hautes-)
HAUTESSE, ancien terme de chancellerie, dont l’usage est aujourd'hui exclusivement réservé pour désigner le sultan ou padichah des Ottomans. La qualification de hautesse ou plutôt d’altesse a aussi été donnée à quelques rois de France de la seconde race. Les chartes Le traduisent par le mot latin a/titudo.
HAUTE-TAILLE ou plutôt TAILLE, deuxième des quatre parties de la musique en comptant du grave à l’aigu. Quand la taille se subdivise en deux parties , l’inférieure prend le nom de basse-taille ou concordant , et la Supérieure celui de kaute-taille.
HAUTEUR, Prise dans sa signification matérielle, la hauteur n’est autre chose qu’un synonyme d'élévation: l'on dira également l'élévation ou la hauteur d’un monument, d’une montagne; cependant il serait choquant de
dire élévation d'un arbre, d’un meuble, d’un homme.
Dans son sens moral, Lauteur est bien loin d’être synonyme d’élévation. L'élévation dans le caractère est aussi noble que la hauteur l’est peu. La hauteur consiste dans une affectation de supériorité dédaigneuse, accompagnant d'ordinaire l’orgueil et la vanité. L'homme Aautain a dans les manières une sécheresse qui glace en même temps qu’elle blesse : à ses yeux tout le monde est au-dessous de lui, les uns par le talent, si ce n’est par la fortune, les autres par leur position sociale, si ce n’est par leurs facultés. Aussi tous n’ont-ils droit d'attendre de lui que des égards sans cordialité, qu'une réserve vaniteuse qui craint à chaque instant de se compromettre par un mot trop bienveillant, par un geste trop affectueux. La kautewr, si nous pouvons hasarder cette définition, est un égoïsme des manières mêlé de politesse.
En astronomie, on appelle Aauteur la distance angulaire du centre d’un astre à l'horizon. Les hauteurs s’observent à l’aide de divers instruments, tels que le cercle mural, le sextant, etc. La hauteur vraie est la hauteur apparente corrigée de la réfraction, qui la rend plus grande, et de la parallaxe, qui la fait paraître plus petite. On appelle kauteur méridienne la hauteur d’un astre au moment de son passage au méridien d’un lieu. La hauteur de l’astre a alors atteint son maximum; elle sert à trouver la déclinaison de l’astre, lorsque l’on connaît la latitude du lieu, Prendre hauteur en mer n’est autre chose que mesurer la hauteur méridienne à l’aide de l'octant ou du sextant.
On appelle hauteurs correspondantes, en astronomie, deux hauteurs d’un astre prises à plusieurs heures de distance, d'abord avant son passage au méridien en montant, et ensuite autant de temps après son passage. La moitié de la somme du temps écoulé donne le moment où cet astre a passé au méridien, soit pour trouver exactement l'heure qu'il est, soit pour déterminer les différences d’ascensions droites entre les astres. Au reste, il n’est pas nécessaire, pour obtenir l'heure, d'observer dans le méridien, et la trigonométrie donne pour cela un moyen facile,
En termes de marine, fre à la hauteur d'un lieu veut dire que lon se trouve sous le même parallèle,
En topographie, on donne le nom de auteur à toutes
HAUTEUR les élévations qui diversifient la surface de la terre, mais plus particulièrement à tout relief de terrain moindre qu’une colline et supérieur à un mammelon, une butte : cet endroit est sur une hauteur, au pied de la colline.
HAUTE-VIENNE (Département de la). Voyez Vienne (Département de la Haute-).
HAUTEVILLE (Famille de). C’est près de Coutances,
en Normandie, que s'élevait le manoir de Hauteville, ap- | partenant à Ta nc rè de de Hauteville, souche des glorieux |
aventuriers du onzième siècle, qui, après avoir eu pour fout domaine quelques acres de terre sur le sol paternel, régnèrent sur la Sicile, la Pouille, à Antioche, etc. Tan-
crède eut de sa première femme, Morielle cinq fils : Guil- | laume Bras de Fer, Drogon, Humphred, Geoffroy et Ser- |
lon ; et de sa seconde femme, Frédesine, sept autres fils : Robert, Mauger, Alfred, Guillaume, Humbert, Tancrède et
Roger» Sur ces douze, il y en eut dix qui abandonnèrent | successivement le manoir paternel pour aller au loin courir |
la vie d'aventures. Le plus célèbre fut Robert Guiscard. Un des fils de ce dernier, Marc Boémond , devint la tige des princes latins d’Antioche,
HAUT-FOND. Les hauts-fonds sont des montagnes
sous-marines dont le sommet s'élève presque au niveau de | ka surface de la mer. Un bâtiment doit les éviter avec le | | tible avec toute fonction salariée. Il se vit d’ailleurs rap-
plus grand soin. En plein jour, on les reconnaît à la couleur verdâtre de l’eau au-dessus du point dangereux. F. Arago a donné dans ce Dictionnaire un moyen de constater leur existence (voyez Bas-Fonp).
HAUT FOURNEAU. Voyez Fourneau (Haut).
HAUT JUSTICIER. Voyez JusTiciEr.
HAUT MAL. Voyez ÉPILEPSIE.
HAUTPOUL (Azruonse-Henrr, comte p’), sénateur et lieutenant général, né à Versailles, le 4 janvier 1789, des-
cend d’une ancienne famille noble du Languedoc, et entra |
en 1805 à l’École Militaire de Fontainebleau. Il en sortit sous-lieutenant d'infanterie, et s’en alla faire avec ce grade les campagnes de Prusse, de Pologne et d’Espagne. Blessé grièvement à la bataille des Arapiles près de Salamanque, il fut fait prisonnier par les Anglais, et ne revit le sol français qu'après la Restauration. Promu au grade de colonel pour être demeuré fidèle aux Bourbons à l’époquedes cent jours, il fit à la tête de son régiment la campagne d’Espagne en 1823. Promu en 1828 au grade de maréchal de camp, il fut nommé en 1830 directeur de l’administration de la guerre et élu député par le département de l’Aude. A la suite des journées de juillet, pendant lesquelles il remplit les fonctions d’aide de camp près du maréchal Marmont, le nouveau gouvernement le mit en disponibilité, bien qu'il eût prêté serment au nouvel ordre de choses. Il se retira alors dans sa propriété de Saint-Papoul (Aude), où il fonda une manufacture de faïence et fit quelque bien dans les contrées voisines. En 1834 il rentra à la chambre, où l’envoyèrent les électeurs de Montpellier. Nommé en 1838 commandant de la {1€ division militaire, il passa lieutenant général en 1841, et en cette qualité fut envoyé à Alger comme inspecteur général de l'infanterie. En 1842 il eut le commandement du camp de Saint-Omer, et en novembre il prit la direction de la 11° division militaire, dont le quartier général était Marseille. En 1846 enfin, il fut nommé pair de France. C’est dans cette haute position que la révolution de Février le trouva. Le gouvernement provisoire le mit aussitôt à la retraite; mais l’année suivante un décret de l’Assemblée législative lui rendit ses droits militaires. Au mois de mai 1849, le département de l’Aude l’avait envoyé siéger à cette assemblée, où il vota constamment avec la droite. Au mois d'octobre de la même année, il fut appelé à prendre le commandement de l’armée d'occupation des États de l'Église ; mais il n’entra point en fonctions, et prit alors au contraire le portefeuille de la guerre. Dans ce poste il se posa franchement réactionnaire; il remit à la tête des pompiers le commandant que la révolution de Février en avait éloigné, disant que « ce rappel serait un enseignement qui mettrait en évi-
— HAUY 165
dence la valeur des destitutions prononcées par la révolte et des investitures qu’elle confère ». Bientôt on l’accusa d’être le soldat de la politique personnelle du président, et il eut de vifs démêlés avec le général Changarnier, Une maladroite circulaire à la gendarmerie avait pu faire penser qu’il voulait faire de ce corps d'élite une succursalle de la préfecture de police; aussi fut-il rudement attaqué par M. Carlier, dans un rapport confidentiel resté célèbre. Triste orateur du reste, il eut parfois le privilége d’égayer à la façon du maréchal Soult les séances de l'assemblée : c’est ainsi qu’un jour le général Lamoricière ayant demandé que la gendarmerie fût obligée d'acheter des chevaux français, le général d'Hautpoul soutint que les gendarmes devaient être montés sur d’é: normes chevaux, et qu'il leur fallait de grosses bottes et des chapeaux galonnés pour infliger de plus loin Le respect de la loi. Enfin, après le trouble que de bruyantes revues militaires avait causé dans les esprits et après de nouveaux démélés avec le général Changarnier, il dut se retirer, le 22 octobre 1850, et le Journal des Débats l'aceusait d’être un « esprit plus soucieux de faire du neuf que de maintenir la discipline et la bonne organisation de l’armée ». Chargé alors d’une mission temporaire comme gouverneur général de l'Algérie, il n’en garda pas moins son mandat de représentant, quoique la constitution déclarât ce mandat incompa-
pelé dès le mois d'avril suivant, et continua de voter avec la majorité. Après le coup d’État du 2 décembre 1851, le général d'Hautpoul, qui s’était empressé de se mettre à la disposition de l'Élysée, fut nommé membre du sénat avec les lucratives fonctions degrand-référendaire. Il mourut le 28 juillet 1865, à Paris.
HAUTPOUL (MariE-ConsrANT, marquis D’), frère aîné du précédent, né en 1780, au château de Lasbordes, en Languedoc, fut élève de l'École Polytechnique et de l'École d’Artillerie de Metz. Admis en 1802 comme sous-lientenant dans l’artillerie à cheval, il fit avec distinction les campagnes d'Allemagne, d’Espagne et de Russie, et fut nommé par Napoléon baron de l’empire. En 1813 il assista à la bataille de Lutzen comme lieutenant-colonel de son arme, et fut chargé pendant l'armistice de diverses missions diplomatiques ; mais une blessure grave qu’il reçut à la bataille de Dresde le mit hors de service. Lors de la Restauration, il se raliia à la famille de Bourbon. Promu maréchal de camp en 1818, il fut nommé en 1823 inspecteur général de l'artillerie. A l’époque des journées de juillet 1830, il défendit avec le général Latour-Maubourg l'Hôtel des Invalides, et se retira ensuite dans ses propriétés près de Blois. En 1833 il alla pendant quelque temps remplir à Prague les fonctions de gouverneur du duc de Bordeaux ; mais n’ayant pu faire admettre ses idées par la famille royale, il revint en France, où il est mort, à Toulouse, en janvier 1854. L. Louver.
HAUT-RELIEF. Voyez Bas-RELIEr.
HAUT-RHIN (Département du). Voyez Riu (Haut-).
HAUTS LIEUX, dans la Bible, est le nom donné à des endroits fort élevés , solitaires, d’un accès difficile, où les Hébreux, méconnaissant les preuves éclatantes que le Très-Haut ne cessait de leur donner de sa puissance et de sa bonté, se rendaïent fréquemment, à l'insu de leurs chefs, pour satisfaire leur irrésistible penchant à l’idolatrie. Enfin, la loi de Moïse vint interdire ces sacrifi@s particuliers ; elle voulut, pour ramener le peuple israélite à l'unité, que le vrai Dieu, l'unique Dieu, Jéhova, n'eût qu'un seul temple, et, pour couper court d'avance aux sectes ef aux hérésies, qu’une seule famille fût attachée au ministère des autels. Telle est l’origine du temple de Salomon, qui surpassa en beauté tous les sanctuaires de l’univers. Dès lors les Hébreux commencèrent à abandonner le culte des faux dieux, qui avait eu tant d’attrait pour eux, et désapprirent le chemin des hauts lieux, qui jusque alors avaient reçu tant de fois la visite de leurs tribus errantes.
HAUY (Rexé-Jusr), minéralogiste et physicien célèbre, chanoine honoraire de la cathédrale de Paris, membre de
l’Académie des Sciences, naquit à Saint-Just (Oise ), le 28 février 1743. Son père, qui exerçait le métier de tisserand, ne pouvait guère s’occuper de son éducation; heureusement le prieur des Prémontrés de sa ville natale s’intéressa à lui, et l’envoya à Paris, où il dut se contenter pour vivre d’une place d’enfant de chœur dans une église du quartier Saint- Anioine. Haüy devint du moins bon musicien; il était fort sur le violon et sur le clavecin, instruments qui charmèrent ses loisirs pendant toute sa vie. Enfin, grâce au zèle de ses protecteurs de Saint-Just, il obtint une bourse au collége
de Navarre, où, après avoir fini ses études , il devint maître |
de quartier, puis régent de cinquième. C’est dans ce collége que Brisson lui fit prendre quelque goût pour les expériences de physique; mais il ne les répétait que par délassement, Plus tard, il passa comme régent de seconde au collége du cardinal oine, où il se lia d’amitié avec le savant et modeste Lhomond. Lhomond aimait la betanique, Haüy étudia cette science, devint botaniste distingué. Il se prépara avec des soins extraordinaires un herbier dans lequel les fleurs conservaient leurs couleurs.
Le Jardin des Plantes était voisin de son collége. Un jour
qu'il s’y promenait, il entra écouter une leçon de minéralogie : que faisait Daubenton : à l'instant, il prit la résolution E de se livrer avec ardeur à l'étude de la nature des miné-
raux, de leur construction, etc. Sa perspicacité lui fit bientôt découvrir une grande lacune dans l’enchaînement des méthodes à l’aide desquelles les naturalistes prétendaient expliquer la contexture, la formation des minéraux. Il s’étonnait avec raison de ce que les fleurs, les fruits, les corps
des animaux, quoique composés de corpuscules mobiles, of- :
frent constamment les mêmes formes et les mêmes couleurs, le même développement, tandis que des minéraux de même espèce se présentent sous des formes et des volumes divers. Cependant, les principes constituants d’un sel, d’une pierre, sont dépourvus de mouvement, et leurs formes doivent être plus simples que les atomes qui constituent une rose, etc. Eh bien, les naturalistes n’avaient encore rien publié que Von pût donner comme réponse satisfaisante à des observations si piquantes et si justes : la gloire de la découverte des lois véritables de la cristallographie était réservée au fils du tisserand de Saint-Just. Toujours préoccupé de ces idées, voici à quelle occasion il fit le premier pas dans la carrière qu’il devait parcôurir d’une manière si brillante, Se trouvant chez un de ses amis, il eut, dit Cuvier, l’heureuse maladresse de laisser tomber un beau groupe de spath calcaire cristallisé en prismes. Un de ces prismes se brisa de manière à présenter sur la cassure des faces non moins lisses que celles du prisme entier, et qui présentait l’apparence d’un cristal nouveau, tout différent du prisme pour la forme. Ayant répété cette expérience et fait les mêmes observations : « Tout est trouvé, s’écria-t-il, les molécules du spath calcaire n’ont toutes qu’une seule et même forme, celle d’un rhomboïde; elles ne forment des cristaux différents qu’en se rompant diversement. » Ayant cassé d’autres cristaux, il trouva que les molécules élémentaires sont pour le grenat un tétraèdre, dans la pyrite un cube, etc., d’où il conclut que tous les cristaux sont formés d'éléments identiques. Pour s’assurer si les vrais principes de Ja cristallographie étaient trouvés, il fallait les soumettre au calcul; mais Haüy avait oublié le peu de mathématiques qu'on lui avait enseignées. 11 ne se rebuta point, et dans peu de temps il apprit autant de géométrie qu’il lui en fallait pour le guider dans ses découvertes. Lorsqu'il jugea que sa découverte était suffisamment élaborée, il en fit part à Daubenton, qui, en appréciant toute l'importance, le sollicita avec empressement d’aller la présenter à l’Académie. Cette illustre assemblée le combla d'éloges, et en témoignage de satisfaction, il fut nommé professeur-adjoint de botanique au Jardin des Plantes. 11 reçut encore une preuve bien plus flatteuse du cas qu'on faisait de lui. La Grange, Laplace, Lavoisier, Foureroy, etc., allèrent au collége du Cardinal- Lemoine prier lemodeste régent de leur expliquer sa théorie,
HAÜY
qui faisait prendre une face toute nouvelle à la minéralogje.
Suivant les statuts de l’ancienne université, les régents avaient droit à la pension de retraite après vingt ans de professorat. En 1784, Haüy avait fini sa tâche, Alors son ami Lhomond Jui conseilla de prendre sa retraite et de se donner tout entier à la culture des hautes sciences : il suivit cet avis. Il vivait paisiblement, dans sa retraite du Cardinal-Lemoiïne, de sa modique pension et du produit d’un petit bénéfice, quand Ja révolution éclata. Esclave de ses croyances et de ses devoirs, ayant refusé de prêter le serment que les novateurs exigeaient des membres du clergé, il fut privé de sa pension et de son bénéfice. Après la journée du 10 août, des hommes se présentent dans le réduit qu’il occupe, et lui demandent s’il n’a pas d’armes à feu : « Je n’en ai qu’une, répondit-il, la voilà », Et en même temps il tireune étincelle de sa machine électrique. Cette réponse les décon: certa un instant; mais après avoir bouleversé ses papiers, ses collections, ils le trainèrent dans le séminaire de Saint- Firmin. Dans sa prison, Haüy rencontra de nombreux amis. Ii fit venir des cristaux, et ses occupations reprirent leur cours ordinaire. Cependant, ses amis du dehors, appréciant le danger de sa position, se mirent en devoir d’obtenir sa délivrance. Des membres de l’Académie, des professeurs du Jardin des Plantes, etc., n’hésitèrent pas à solliciter sa grâce; elle fut accordée. Aussitôt, Geoffroy, élève du prisonnier, vole à Saint-Firmin avec un ordre d’élargissement.
| Qui le croirait? Comme il était un peu tard, Haüy voulut
passer encore cette nuit dans sa cellule. Le lendemain il fallut presque l’en extraire de force. Ce jour était l’avantveille du 2 septembre! Depuis lors, il ne fut plus inquiété. Une fois seulement, on le fit comparaître à la revue de son bataillon; mais on le réforma aussitôt sur sa mauvaise mine. L'année suivante (22 septembre 1793), la Convention le nomma membre de la commission des poids et mesures, et conservateur du cabinet des mines en 94; Lorsque Lavoisier fut arrêté, lorsque Borda, Delambre, furent destitués , ce fut Haüy, prêtre non assermenté, remplissant tous les jours ses devoirs religieux, qui n'hésita point à écrire en leur faveur, et, chose étonnante pour une telle époque, il n’eut point à s’en repentir.
Le savant cristallographe fut nommé professeur de minéralogie au Muséum d'Histoire Naturelle le 9 décembre 1802. Dès lors cet établissement commença à prendre une forme toute nouvelle; les collections prirent un accroissement rapide. Le professeur, dont les démonstrations étaient si lucides, compta dans son auditoire des minéralogistes accourus de tous les points de l’Europe. 11 était d’une complaisance parfaite : l'étudiant le plus humble était écouté, comme le personnage le plus savant et comme le plus auguste; car il a eu des élèves de tous les rangs. Lors de sa fondation, l’université porta le nom de Haüy sur la liste d’une de ses facultés, sans exiger qu'il donnât des leçons; mais Haüy, ne voulant pas d’un titre illusoire, appelait chez lui les élèves de l’École Normale, et Les iniliait à tous ses secrets. Peu de temps après, des lois sur le cumul lui firent perdre une pension devenue incompatible avec un traitement d'activité. C’est ainsi que Haüy se trouva réduit au strict
nécessaire.
Une chute que fit Haüy accéléra sa fin. Dans cet accident, il se cassa le col du fémur : un abcès qui se forma dans V'articulation rendit le mal incurable, Il expira le 3 juin 1822, à l’âge de soixante-dix-neuf ans, ne laissant à sa famille pour tout hérilage qu'une magnifique collection de cristaux de toutes les variétés, que les dons de presque toute l’Europe pendant vingt ans avaient portée à un degré de richesse qui n'avait point d'égal. Cette collection a été acquise par le Museum d'Histoire Naturelle, et se trouve dans la salle qui précède la galerie de minéraloge,
Les principaux ouvrages que nous a laissés Haüy sont un 7railé de Minéralogie, publié en 1801, en 4 volumes in-8°, et un otlas de planches in-4° : l’auteur en avait donné au public une sorte d'extrait en 1797, A l'époque de la re-
HAÜY
naissance des études fortes dans les colléges, Haüy fut chargé par le gouvernement de rédiger un Traité élémentaire de Physique. Malgré les vastes connaissances qu’il avait des matières qui sont du ressort de la physique, ilse crut au-dessous de la tâche dont on voulait l’honorer : il ne se décida a la remplir que sur les instances de l'abbé Émery, l’ancien supérieur de Saint-Sulpice. La Physique de Haüy ne contient aucune découverte notable dont on puisse lui faire onneur. Son livre n’en est pas moins digne des plus grands éloges : c’est assurément un de ceux qu’on a écrits sur la matière avec le plus de netteté, d'ordre et de précision. TEYSSÈDRE.
HAUY (Vazennn), frère du précédent , fondateur de la première institution ouverte à l’enfance des aveugles-nés, naquit à Saint-Just, en Picardie, le {3 novembre 1745. Ame-
né à Paris, fort jeune pour y faire son éducation, il se senti |
particulièrement porté vers l'étude des langues et des divers |
systèmes d'écriture. Cette propension décida d’abord de sa carrière : il entra dans les bureaux des affaires étrangères, et y fut employé à traduire les pièces officielles et la cor-
respondance chiffrée. C'était le temps où l'abbé de l'Épée :
éveillait la curiosité publique par ses tentatives pour développer l'intelligence des sourds-muets ; le jeune Haüy partagcait le sentiment général excité par les premiers succès du digne instituteur. Quand ses travaux le lui permettaient, il se rendait auprès de lui, etsuivait avec attention ies progrès de ses élèves. On croit que ce fut en assistant à ces exercices que lui vint la première idée de faire participer au bienfait de l'instruction une autre classe d’infortunés, laissée jusque là dans un triste abandon, les aveugles.
Quoi qu’il en soit, cette généreuse pensée une fois entrée
ce qui l’occupait , et rechercha soigneusement dans la biographie de quelques aveugles-nés distingués tous les moyens imaginés par eux pour mettre à leur portée les connaissances
du clairvoyant. Il a raconté lui-même la circonstance sin- !
gulière qui l’amena à ce qui est proprement sa découverte : Huit à dix pauvres aveugles, des lunettes sur le nez, placés le long d’un pupitre qui portait de la musique, exécutaient alors dans un lieu public une symphonie assez dis-
cordante, mais à laquelle la situation des concertants donnait un vif intérêt : la foule des promeneurs s’arrêtait autour de cet orchestre, alors nouveau : dans le nombre se trouva un jour Haüy, qui, toujours occupé de son projet, se demanda si l’on ne pourrait pas remplacer pour ces malheureux ce vain simulacre de partition qu’ils plaçaient devant leurs yeux fermés. « L’aveugle, se dit-il, connaît les objets à la diversité des formes, il ne se méprend pas à la valeur d’une pièce de monnaie; pourquoi ne distinguerait-il pas un wé d’un sol, un @ d’un f, si ces caractères étaient rendus palpables? » Telle est l’origine du mode spécial d'instruction créé par Haüy; ce fut ainsi qu’il en reconnut la base ingénieuse et simple, qui consiste à remplacer toujours par un signe en relief, offert au doigt de l’aveugle, le signe simplement tracé pour l'œil du clairvoyant. Parvenu à ce point, il chercha patiemment les moyens matériels de réalisation d’une théorie à peine élaborée; et enfin, pourvu de lettres, de chiffres, rendus sensibles au toucher, il s’'enquit d’un élève pour en faire l’essai pratique.
{1 avait quelquefois questionné un jeune aveugle, appelé Lesueur, qui, dépourvu de toutes ressources, mendiait à la porte des églises. Cet enfant lui avait paru doué d’heureuses dispositions; Haüy l’attira chez lui, l’engagea à suivre ses leçons, et, dans la chaleur de son zèle, promit de récompenser de sa bourse ce qu'il lui ferait perdre ainsi des produits quotidiens de l’aumône publique. Un plein succès couronna de si nobles efforts : au bout de six mois, le mendiant était en état de lire et de calculer avec ses doigts ; il savait de plus un peu de géographie et de musique. Cette prompte réussite excita l'attention de quelques amis de
Haüy; et peu après, dans une séance publique de la Société académique des Sciences et des Arts, il fut invité à !