‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 4)Chapitre 56 sur 552 · CHAMPAGNAC · texte numérisé non relu

CHAMPAGNAC

G ou G sol ré ut (Musique). Cette lettre sert à désigner , dans l’ancien système de notation, la cinquième note de la gamme naturelle d’uf ou de so. Ce système n’est plus employé aujourd’hui que par quelques compositeurs allemands ou italiens, pour indiquer le ton d’un morceau de musique ou d’un instrument.

GABARE. Cemot, d’origine hébraïque (kabarah, bateau de passage), apparaît de bonne heure sur les rives de la Loire. Quand Nantes fut devenue une ville de commerce importante , les habitants eurent souvent besoin d'envoyer au bas de leur rivière des bateaux pour recueillir les cargaisons des navires étrangers, qui n’osaient remonter dans l’intérieur des terres, soit que le lit du fleuve n’eût pas assez d’eau pour leur navigation, soit qu’ils craignissent que les franchises de la ville ne fussent pas pour eux une suffisante protection contre l’avidité féodale des seigneurs riverains. Ces bateaux, larges et plats, d’une vaste capacité, et portant un seul mât, furent appelés gabares. C'était aussi le nom qu’on leur donnait sur la Bidassoa : nuncupatas gabarras, dit un titre fort ancien de la Bibliothèque Impériale, daté de Fontarabie. Les Hollandais qui trafiquaient sur nos côtes transportèrent cette appellation dans leur langue maritime, ils en firent een gabaar. Le mot s’est conservé ; la marine militaire l’a adopté, et lui a donné une importance inespérée, La gabare est essentiellement un navire de charge ; elle désigne à la fois ces lourdes et vilaines barques pontées et non pontées dont on se sert dans nos ports pour porter à bord des navires en rade les objets de consommation, et ces énormes corveltes, aux flancs larges, aux murailles droites, à ja £zrène vaste et profonde, qui vont dans nos colonies, dans les mers de l'Inde, et par delà le cap Horn jusqu’au Chili et au Pérou, ravitailler nos garnisons , nos escadres ou nos stations. Depuis l’occupation d'Alger, nos gabares sont fort employées dans la Méditerranée; elles font un continuel transport de troupes, de vivres et de munitions.

On appelle gabare à vase, ou Marie Salope, un gros bateau qui sert à récolter la fange que les machines à curer tirent du fond des ports.

En termes de pêche, on nomme gabare une espèce de filet plus petit que la seine ordinaire; on en fait usage sur nos côtes de l'Océan , à l'embouchure de nos rivières ; des morceaux de liége le tiennent suspendu à la surface de l’eau ; son propre poids, augmenté de quelques balles de plomb, lui donne une position verticale; on le tire à terre avec des cordes Les poissons qui se trouvent dans l’espace qu'il embrasse s'efforcent en vain de rompre cette barrière; les gros descendent dans le sac , les petits s'engagent dans les mailles, ef sont arrêtés par les ouïes. La pêche est d’antant plus abondante que le poisson s'approche plus de la surface de

l'eau : on la fait de préférence pendant la nuit; le tissu du filet disparaît dans les ténèbres ; le poisson ne distingue pas le danger. Enfin, l’on appelle aussi quelquefois gabare le bateau plat qui sert à cette pêche.

Théogène PAGE, capitaine de vaisseau,

GABARIT. On désigne ainsi, daus les constructions maritimes, le modèle sur lequel les charpentiers travaillent, en donnant aux pièces de bois qui doivent entrer dans la composition du bâtiment la même forme, les mêmes contours et les mêmes proportions. Par suite, on entend par gabarit la forme même d’un vaisseau. Le maître gabarit d’un ravire n’est autre que le mawrecouple.

GABELLE. Ce mot vient de l'allemand gabe , impôt, tribut. Le mot gabelle fut d'abord appliqué en France à diverses sortes d'impôts. On lit dans plusieurs Coutumes : gabelle de vin, gabelle de draps, gabelle de tonlieu. Mais ce mot s'applique spécialement à l'impôt du sel. L'origine en remonte à Philippe IV (1286). Philippe VI établit les greniers à sel en 1331. Cet impôt était d’un double sous Philippe le Long : il ne devait durer qu’une année. Il fut de six deniers sous le roi Jean ; il avait été renouvelé pour payer la rançon de ce prince. Charles V l’établit à perpétuité, et porta la taxe à huit deniers ; elle s’accrut encore sous les règnes suivants. Elle était de 12 deniers sous Louis XI et Charles VIIL. Francois 1°" l’éleva à 21 livres par muids ( ordonnance de 1542). Henri II, en 1553, vendità haut prix l'exernption de Pimpôt du sel à quelques provinces : au Poitou, à lAunis, à la Saintonge, à l’Angoumois, au Périgord, au haut et bas Limousin.;Le chiffre général de l’impôt ne fut point diminué par ces aliénations ; le tarif fut successivement augmenté de. puis.

Louis XIV organisa sur une plus grande échelle cette partie de l’administration fiscale ; lefaux-saunage fut classé au rang des crimes : des tribunaux d’exception furent érigés, et des offices de juges, derégisseurs, d'employés de tout grade, furent créés et vendus. Cette opération fut la plus remarquable de la fin du ministère de Colbert. L’ordonnance royale de mai 1680 divisa la France en pays de grande gabelle et de petite gabelle, etc. Tous les produits des salines furent livrés aux fermiers généraux, qui employaient à l'exploitation de leur monopole une armée de commis et de gardes, et en retiraient encore des bénéfices énormes ; les juridictions des greniers à sel, les cours supérieures, et surtout les juridictions prévôtales, se faisaient les auxiliaires des fermiers généraux. Cet impôt, qui pesait surtout sur les masses, avait souvent excité les plus graves désordres. En 1248, Bordeaux et toute la population de la Guienne s’insurgèrent contre les préposés de la gabelle. Le chef de Padininistration, Tristan de Moneins, fut assommé, dépecé et salé. I1 fallut faire marcher une armée contre cette province. Le connétable de Montmorency la commandait, et la province fut hérissée de gibets. Année commune, il y avait 4,500 saisies dans l’intérienr des maisons, plus de dix mille sur les routes ou les lieux de passage, et trois cents condamnations aux galères pour crime de contrebande de sel ou de tabac. Le nombre des prisonniers variait de dixsept à dix-huit cents, de tout âge et de tout sexe. On avait imaginé, pour intéresser les magistrats à la poursuite des faux-sauniers, d’assigner le payement de leur gages sur les produits de la gabelle.

Le chiffre de cet impôt variait de province à province, et même de ville à ville. Quelques localités en payaient peu, d’autres beaucoup, d’autres n’en payaient aucun, Quelques provinces n'étaient point taxées pour leur consommation, et dans d’autres chaque famille était obligée de prendre au magasin, ou grenier à sel, une quantité de sel déterminée,

Les pays de grande gabelle étaient ceux qui supportaient le maximum de cet impôt, à savoir : l’Ile-de- France, l’Orléanais, le Maine, l’Anjou, la Touraine, le Berry, le Bourbonnais, la Bourgogne, la Picardie, la Champagne, le Perche et la plus grande partie de la Normandie. Le chiffre de la vente obligée s'élevait annuellement à 760,000 quin- *

Page 1