‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 4)Chapitre 58 sur 552 · GABIES —- GABRIEL · texte numérisé non relu

GABIES —- GABRIEL

Toutefois, les contre-mattres sont choisis de préférence parmi les matelots ayant été gabiers. L'arrêté des consuls du 9 ventôse an 1v, relatif aux prises faites par les bâtiments de l'État, attribue 2 parts 1/29 à chacun des gabiers, tandis que les matelots n’ont droit qu’à une part. Le nom de gabier vient du mot gabie, qui dans la Méditerranée signifie demi-kune. Avant d’être une plate-forme à l'extrémité du mât, c'était une cage, en italien et en espagnol gabia, appliquée à l'arrière du sommet du mât et ayant la forme d'une hotte. Le premier gabier fut un guelteur, qui, l'œil ouvert sur tous les points de l'horizon, y cherchait quelque navire, ou la terre sur laquelle on gouvernait. Aujourd'hui, c’est un matelot très-important, dont les pieds portent rarement en plein, qui est toujours sur des cordes, ou sur un paquet de lattes, laissant des jours entre elles. Autrefois même, si le temps le permettait, il couchait dans la hune, et y déposait le sac contenant ses effets. Dans les rades il sert quelquefois de canotier, service honorable entre tous. MERLIN.

GABIES, eu latin Gubii, antique ville du Latium chez les Volsques, était une colonie d’Albe située entre Rome et Præneste (aujourd’hui Palestrina), sur les bords d’un lac appelé aujourd’hui {ago di Castiglione. A la suite d'un siége long et opiniâtre, un stratagème employé par Sextus, fils de Tarquin le Superbe, qui feignit de s’être brouillé avec son père et se retira chez les Gabiens en provoquant leurs symipathies pour les mauvais traitements dont il se disait l'objet, la fit tomber au pouvoir de ce prince. Ville jadis florissante et puissante, Gabies ne tarda pas à tomber en décadence et n'était déjà plus que des ruines au temps d’Auguste.

Les carrières de Gabies fournissaient aux Romains d’excellente pierre à bâtir.

On appelait à Rome gabinus cinctus une partie de vêtement empruntée aux Gabieus et ayant pour but de préserver la toge de toute souillure. On s’en servait lors des sacrifices et dans d’autres circonstances du culte public.

GABINIUS (AuLvs), Romain d’origine plébéienne, était tribun du peuple l'an 67 avant J.-C., lorsqu'il proposa et fit adopter une loi, appelée d’après lui Lex Gabinia, en vertu de laquelle des pouvoirs illimités étaient conférés à Pompée dans sa guerre contre les pirates. Plus tard il l’accompagna comme légat dans ses guerres d'Asie. Nommé consul avec L. Calpurnius Pison, par l'influence des triumvirs, l'an 58 avant J.-C., il appuya Clodius dans son opposition systématique contre Cicéron, que tous deux parvinrent à faire exiler. Nommé l’année suivante au gouvernement de la Syrie, il épousa la cause du grand-prôêtre Hircan contre son frère Aristobule et son neveu Alexandre. Pour satisfaire aux volontés de César et de Pompée, il passa en Égypte, et rétablit Ptolémée Aulète sur le trône. Pendant ce temps-là, sa province était ravagée par des bandes de pillards arabes, et Alexandre excitait de nouveaux troubles en Judée. Forcé par Crassus de retourner à Rome en 55, il fut accusé de lèse-majesté publique pour avoir, sans l’ordre du sénat et du peuple, abandonné son commandement. L'influence de Pompée, qui réussit à lui gagner les sympathies de Cicéron lui-même, et surtout l’influence des hommes qu’il réussit à corrompre, le fit absoudre de cette terrible accusation. Mais il fut condamné quelque temps après pour concussion et brigue, et sa fortune fut confisquée. En l’an 49, César le rappela d’exil, et, après la bataille de Pharsale, lui confia un commandement militaire. Il mourut à Salone, dans une expédition contre les Dalmates, au commencement de l’an 47 avant J.-C.

Il ne faut pas confondre Aulus Gabinius avec Quintus Gabinius , autre tribun du peuple, qui, l’an 140 avant J.-C., fit rendre une loi, dite également Lex Gabinia, d’après laquelle le scrutin secret dut être désormais employé pour la collation des suffrages.

GABION, terme d'artillerie par lequel on désigne un large panier sans fond, de forme cylindrique, qui a 0°,80

de hauteur, et 0,65 de diamètre extérieur, formé d’un elayonnage entrelacé autour de sept à neuf piquets dressés sur un cercle. Ces gabions servent dans les siéges , à garantir les troupes et les travailleurs du feu de mousqueterie de la place attaquée. C’est pourquoi on les appelle gabions de sape ou de tranchée. On les place debout les uns à côté des autres, et on les remplit de terre, pour en former le parapet des sapes, logements, tranchées et autres travaux de siége. La terre fouillée pour remplir les gabions sert de tranchée de communication. Avec ces gabions on construit particulièrement l’exhaussement de travail appelé cavalier de tranchée, que l’on élève en avant du chemin couvert d’une place assiégée. Une autre espèce de gabion, appelée farci ou roulant, de 2 ,30 de haut, et de 1m,30 à 1,50 de diamètre extérieur, farcie de 25 ou 30 fascines reliées par quatre ou cinq harts, remplie de laine ou de bourre, ou de menus copaux, etc., est employée couchée et roulée au moyen d’un crochet, en avant des travailleurs, pour les mettre à l'abri des coups de fusil des défensenrs de la place. Ce gabion a été substitué au mantelet, petite machine sur deux roues, servant jadis à la même destination. Couvrir une ligne de gabions, c’est la gabionner.

‘GABON (Côte de), située entre 3° 30’ de latitude nord, et 0° 45’ de latitude sud, sur la côte orientale de la Guinée, est un pays encore fort peu connu des Européens. En 1842, le gouvernement français a formé un comptoir fortifié à l’en bouchure du Gabon, fleuve appelé par les naturels Ouongavonga , et formant avec le Dandier, le Rio del Rey et le Rio de los Camerones, l’ensemble des grands cours d’eau qui arrosent celte vaste contrée, et viennent se jeter dans l'océan Atlantique. Cette possession s’est complétée en 1862 par la cession du territoire du cap Lopez, et plus récemment plusieurs chefs indi: ènes de l’intérieur ont reconnu la souveraineté de la France. La population noire est évaluée à plus de 100.000 individus, dont un quart environ nous est entièrement soumis. Le Gabon est administré par un gouverneur, qui a sous sa dépendance les comptoirs du Grand-Bassam, de Dabou et d’Assinie, situés sur la Côte d’Or. Il y a une garnison de 70 hommes. C’est le centre de la division navale des côtes occidentales d'Afrique. Ce pays produit en abondance la cire, le caoutchouc, le bois rouge, la gomme copal, l'ébène et le bois de teinture. Le mouvement commercial, en 1866, donnait, en y comprenant l'importation et l’exportation, 1,545,000 fr., et en 1868, 1,616,000 fr. Le port du Gabon est franc.

Parmi les produits précieux et peu connus de cette contrée, il faut signaler le pain de Dika, produit oléagineux d’une variété sauvage du manguier, et qui sert à la fois d’aliment, de cire et de savon; la graine du m/6ga qui contient 60 pour 100 d’hnile excellente au goût ; la graisse de l’ouissa, employée dans la préparation des aliments; l'écorce du combo, succédané du quinquina.

GABRIEL (L'ange). Son nom, en hébreu, veut dire force de Dieu. Gabriel, selon les rabbins, est l’ange de la mort pour les Israëlites, dont les âmes sont remises entre ses mains. D’après le Talmud, il est le prince du feu, il gouverne le lonnerre, il mûrit les fruits. C’est lui qui, par ordre de Jéhovah, mit le feu au temple de Jérusalem avant que les soldats de Nabuchodonosor ne vinssent le souiller. Ce sera lui enfin, toujours selon le Talmud, qui donnera unjour la chasse au grand poisson Léviathan et qui le vaincra avec l’aide de Dieu. Gabriel fut envoyé souvent sur la terre : il apparut deux fois à Daniel. et luj prédit la venue de Jésus-Christ. Gabriel vint aussi annoncer à Zacharie que sa femme Elisabeth lui donnerait un fils nommé Jean-Baptiste; et comme Zacharie doutuit, Gabriel, pour le punir de son incrédulité, le condamna à être muet jusqu’à la naissance de son fils. Mais le plus célèbre message de Gabriel, ce fut son entrevue avec Marie le jour de l’Annonciation,

Dans la tradition mahométane, Gabriel, un des quatre

favoris d'Allah, inspire ou dicte le Coran à Mahomet, qu'il aurait ravi jusqu’au septième ciel, dans un jour d’extase, avec une rapidité telle, que lé prophète aurait eu le temps de retenir dans sa chute, en revenant, un vase qu’il aurait heurté en partant.

Mahomet a fait le portrait de Gabriel. « Son teint était, dit-il, blanc comme la neige: sescheveux blonds, tressés d'une façon admirable, lui tombaient en boucles sur les épaules; il avait un front majestueux, clair et serein, les dents belles et luisantes, les jambes teintes d’un jaune de safran, Ses vèlements étaient tous tissus de poil et de fil d'or très-pur. »

x Anais SÉGALAS.

GABRIELLE D’ESTRÉES. Voyez EsrRées.

GABRIELLI (CarariNA), cantatrice célèbre par ses

succès et plus encore par ses caprices, naquit à Rome, le 12 novembre 1730. Son père était cuisinier du prince Gabrielli. Elle ne put donc être initiée de bonne heure aux secrets de l’art dans lequel elle devait briller ; il fallut qu’elle se révélät d'elle-même et sans le secours des maîtres, car de rares visites au théâtre, où la conduisait son père, furent d’abord toute son éducation musicale. Mais, au retour, sa voix suave et fraîche répétait avec tant de charme les airs que son heureuse mémoire avait retenus , que dans le palais on ne parla bientôt que de la petite cuisinière cantatrice, co- Sellacantatrice. Le prince lui-même l’entendit ; et de ce ,our le sort de Catarina fut fixé; on la transplanta des cuisines dans une école de chant. Porpora voulut présider à l'éducation du jeune prodige; et produite bientôt au grand Jour sousles auspices de l’illustre maes/ro, elle enleva tous les suffrages. Il ne fut plus bruit dans Rome que de la cochetta di Gabrielli. Le nom lui en resta si bien, que l’Europe entière ne distingua bientôt plus le nom de la protégée de celui du prince son protecteur. La Gabrielli n'avait pas dixsept ans que déjà elle était en possession de la plus brillante renommée à Lucques, où la So/onisbe de Galuppi avait servi à ses débuts, et où le célèbre Guadagni aida par ses conseils à la rendre une virtuose accomplie. A Naples, où elle parut en 1750, son succès fut plus grand encore. Elle y souleva dans la Didone de Métastase l’enthousiasme de tous les dilettanti. Le bruit de son triomphe eut du retentisseaent jusqu’à Vienne, où l’empereur François I°* l’appela sur l'invitation de Métastase. Elle devint chanteuse de la cour, et ce titre fut une puissance pour elle, Reine au théâtre par Métastase, son amant, soumettant à l’omnipotence de ses fantaisies les ambassadeurs de France et de Portugal, qui se disputaient ses faveurs, subjuguant l’empereur lui-même par le prestige de son talent, elle prolongea pendant quinze années son règne dans la capitale de l'Autriche,

A Palerme, où nous la trouvons en 1765, la même faveur devait l’accueillir, la même puissance y fut son partage ; mais là aussi, mieux encore qu’à Vienne, elle en abusa à force de caprices et de bizarreries. Un soir, sachant que le vice-roi désirait se rendre au théâtre pour l'entendre , elle résolut de tromper cette belle attente, feignit une indisposition subite, et refusa de paraître. On vint parlementer auprès d'elle, la supplier, et, de guerre lasse, la menacer de la prison : « Vous pouvez m'emprisonner et me faire pleurer, dit-elle, mais me faire chanter, jamais. » Ce fut sa seule réponse; et pour que la dignité du prince qu’elle faisait si insolemment attendre fût sauve, il fallut en effet user de rigueur et la faire enfermer. Elle s’y prêta de bonne grâce, fit de sa captivité une fête continuelle, régala royalement tous les prisonniers, paya leurs dettes; et, libre enfin, quitta Palerme de peur d’y être de nouveau violentée dans ses fantaisies, A Parme, où elle se rendit, l’infant Philippe se fit son amant déclaré, et malgré cette fortune, la plus haute que Ini eussent conquise son talent et ses galanteries, Catarina ne changea pas. Le prince se vit, comme un amant vulgaire, sacrifié à ses inconstancos, et chaque fois qu'il lui en faisait reproche, elle le raillait de la difformité de sa lille, et se donnait le plaisir de l’appeler gobbo maledetto

GABRIEL — GACHER

(maudit bossu), Ces incroyables licences furent causé qu'on la jeta encore en prison; mais, quoique de nouvelles galanteries du prince l’y attendissent encore , malgré la somptuosité de l'appartement qu’on lui avait fait préparer et la nombreuse suite qui s’y était rendue pour la servir, elle ne se sentit pas plus tôt libre qu’elle s'enfuit de Parme. La farouche fauvette avait peur même d’une cage dorée, On la demandait à Londres, mais elle refusa de s’y rendre : les désirs impérieux des Anglais et leur enthousiasme un peu brutal leffrayèrent : « Là, disait-elle, si je m’avisais de ne vouloir pas chanter, le peuple m’assommerait, et à tout prendre, j'aime mieux la prison quand il me plait de me passer une fantaisie, »

Elle partit pour la Russie, où Catherine JJ la faisait aussi appeler. Arrivée à Saint-Pétersbourg, elle traita de puis:

| sance à puissance avec la czarine. Elle demanda dix mille | roubles par an. «Mais je ne donne pas tant à mes feld-maré-

chaux , dit Catherine. — Eh bien, que votre majesté fasse

| chanter ses feld-maréchaux. » Cette boutade eût pu ouvrir à

la Gabrielli le chemin de la Sibérie, l'impératrice aima mieux en rire et céder. Quand la Catarina revint de Saint-Péters-

| bourg, elle n’avait pas moins de vingt mille écus de rente;

| mais cette fortune fut bientôt dissipée. A cinquante ans,

elle fut obligée de se mettre à la solde de limpresario de Venise. Par bonheur, elle avait encore assez de voix pour étonner le fameux Pacchiarotti lui-même, et régner sans rivale. C’est seulement à Milan, en 1780, que Marchesi, alors dans la plénitude de ses moyens, lui ayant été opposé, elle craignit une concurrence. Cette première atteinte portée à sa réputation lui servit d'avertissement, et sage pour la première fois, elle se retira du théâtre. C’est à Rome, sa ville natale, qu’elle passa les dernières années de sa vie, toujours prodigue dans ses plaisirs, mais aussi, disons-le, dans ses aumônes. Sa famille fut la première à se ressentir de ses bienfaits. Cette conduite lui rendit l'estime que ses désordres passés lui avaient fait perdre ; et quand elle mourut, en avril 1796, elle était entourée de la considération universelle. Édouard Fournier.

GABRYAS. Voyez BABRIUS.

GABURON où JUMELLE, pièce de bois creusée sur l’une de ses faces, arrondie sur l’autre, liée sur l'avant dun navire par de nombreux tours de cordages et le garanlissant des frottements du mât supérieur quand on guinde celui-ci ou qu'on le cale (qu'on le monte ou le descend). Le gaburon recouvre le bas-mât depuis sa naissance jusqu’au quart environ de sa longueur au-dessous de la hune. Faisant corps avec lui, il renforce le mât éclaté, endommagé où trop faible, et le préserve des contacts ruineux pour sa solidité, Garnir un mât de gaburons ou de jumelles, c’est le jumeler. À l’époque où le mât ne recevait pas encore un mât supérieur où de hune, il avait à son sommet un gaburon de bois tendre, servant de coussin pour le frottement de la vergue. C'était un chaperon, caperuccio , caperone, dont par corruption on a fait gaberon, puis gabwron.

GÂCHER, GÂCHEUX, GACHIS. Le verbe gâcher s’appliquait d'abord seulement au travail de ces apprentis manœuvres qui préparent ou gdchent le plâtre pour les trraçons. On en a fait un terme métaphorique et méprisant pour tout ce qui est exécuté avec maladresse où négligence, Ainsi, nous avons nombre de manœuvres dratiatiques qui gâchent des pièces , et d’apprentis littérateurs qui géchent des volumes. Quant au mot gâcheux, il s'emploie surtout dans les colléges. Les malins écoliers ont surnommé ainsi le pauvre sous-maître, qui, devant veiller, sur eux pendant les récréations, et contraint de rester dehors, quelque temps qu'il fasse, pour inspecter leurs jeux, «e rrchaufle en marchant, au risque de gdcher de la boue. Dans la langue collégienne, le Synonyme de ce terme est chien de cour.

Le gâchis, autre dérivé du verbe gdcher, est un mot dont on à souvent occasion de faire usage en France. II désigne, en général, tout ce qui manque d'ordre, de raison, de clarté, La lecture d'un ouvrage mat conçu, la représentation

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