GAIL — GAILLARD
dans les ordres, devint titulaire de celte même chaire en 1799, par la démission spontanée de Vauviliiers; démission qui tenait à des persécutions politiques. Il accepta la place; mais, dans une déclaration écrite le jour même de son installation, il fit connaitre au gouvernement que .ce n'était qu’à titre de dépositaire. Le torrent de la révolution erossissant de jour en jour, Vauvilliers ne reparut plus dans sa chaire, et Gail continua de l’occuper avec succès. Sous da loi des suspects, ami dévoué et hardi, il ne craignit pas d'entretenir une correspondance avec La Harpe, frappé de proscription. Dans ces temps malheureux, il ouvrit un cours gratuit de grec pour les jeunes gens sans ressources, qu’il aidait de ses lumières et de ses livres : une maison contiguë au Collége de France lui servait à cet effet de succursale. L'université n’eut point égard à un tel dévouement ; elle n’admit point ses ouvrages au nombre de ses livres élémentaires. Cependant, ses nominations successives à la troisième classe de l'Institut, devenue plus tard l’Académie des Inscriptions, et la croix de la Légion d'Honveur, qu’il reçut de Louis XVIII, vinrent adoucir toutes ses petites amertumes littéraires. Une tribulation d’un autre genre lui entra plus profondémenent au cœur ; elle tenait à son honneur de savant, à son amour-propre national : un Grec venait de remporter le prix décennal à la face de tous les hellénistes de France, et cela, avec sept pages : ce Grec était Koray, de Smyrne. Le professeur, piqué au vif, lança un vol. in-4°, espèce de manifeste dans lequel il s’efforçait de relever les contre-sens, et qui pis est, les hellénismes de l’helléniste Koray, qu'il accusait de complétement ignorer la langue de cefte Académie même dont il tenait une couronne. Louis XVIIL vint encore verser du baume sur cette plaie : il voulut que Gail occupât la place de conservateur des manuscrits grecs et latins, vacante par la mort de La Porte du Theil. Ce fut aux yeux des savants une profanation; ils lancèrent l’anathème contre l’impie helléniste.
Gail est auteur d’un grand nombre de livres élémentaires, et de traductions d'auteurs grecs, entre lesquelles celle de Thucydide tient le prernier rang, par son importance, sa difficulté et son mérite. Sa version de Théocrite est aussi un chef-d'œuvre de style, de correction et de fidélité : c’est la simplicité, ia naïveté même ; c’est enfin le miroir de l’origina} ; c'était l’œuvre favorite de l’helléniste, l’œuvre de sa jeunesse. Gail mourut le 5 février 1829, ne laissant pas moins de 90 volumes imprimés. DENNE-BARON.
GAIL (ELE-SoPaie GARRE, M°), née à.Paris, en 1776, était fille d’un habile chirurgien. Elle montra de bonne heure un goût prononcé et les plus heureuses dispositions pour l’art musical. Élève de Perne, elle avait composé et publié à douze ans d’agréables romances. En 1794, elle épousa le célèbre helléniste Gaïl; mais cette union ne fut pas heureuse : les goûts des deux époux étaient trop opposés : une séparation volontaire les rendit bientôt entièrement, l’un aux sciences graves et sérieuses, l’autre aux distractions de la société et aux arts. Après quelques années de voyages, M€ Gail revint à Paris, et commença à travailler pour lOpéra-Comique. Son début, en 1813, fut la partition des Deux Jaloux, petit chef-d'œuvre de fraicheur et de grâce, dont presque tous les morceaux, surtout le délicieux canon Ma Fanchette est charmante, devinrent rapidement des airs populaires. La musique de Mademoiselle de Launay à la Bastille, autre opéra en cinq actes, représenté la même année, n'aurait peut-être point semblé trop inférieure à celle des Deux jaloux, si la froideur du poëme ne l'eût entrainée dans sa demi-chute. M° Gail ne fut pas plus heureuse dans le choix de ses poëtes lorsqu’en 1814 elle écrivit les partions d'Angéla et de La Méprise. Les connaisseurs toutefois rendirent justice à un talent qui aurait pu s’exercer sur de plus heureux sujets ; et les succès de vogue de ses nocturnes et de ses romances lui offrirent une compensation des échecs qu’on ne pouvait lui attribuer, Plus tard elle sn obtint une plus flatteuse et plus complète dans la réus-
site du joli opéra de Za Sérénade, de Regnard, arrangée par Alexandre Duval et M®° Gay. Encouragée par ce nouveau succès, elle s’occupait de compositions plus vastes, lorsqu'une maladie aiguë l'enleva en 1819, à peine âgée de quarantetrois ans.
Mnie Gail joignait à son talent musical un esprit distingué, qui permettait à peine de remarquer le peu d’agréments de sa figure. Éprise de tous les arts, de celui de la poésie plus encore peut-être que du sien, elle avait été liée avec La Harpe, avec Delille; et son salon réunissait presque toutes les notabilités littéraires et artistiques de la capitale. Ce qui contribuait encore à les y attirer, c'était le charme et l'éclat de ses improvisations sur le piano, que souvent on trouva supérieures encore à ses ouvrages. Mébul avait applaudi à ses premiers essais. Ounry.
GAIL (JEAN-FranGois), fils des précédents, né à Paris, le 28 octobre 1795, occupa deux chaires d'histoire, et suppléa son père au Collége de France. On a de lui : Thèse sur Hérodote (in-8°, 1813). La thèse latine qu'il soutint également pour le doctorat avait pour sujet la réfutation du système d’Helvétius. On lui doit encore des Recherches sur le culte de Bacchus, couronnées par l’Académie des Inscriptions (in-8°, 1821 );une Dissertation sur le Périple de Scylax (in 8°, 1825); ses Geographi Græci minores (3 vol. in 8°, 1826-1831); une traduction, avec M. de Longueville, de la Grammaire grecque de Matthiæ (4 vol. in-8° , 1831-1839), et bon nombre d’articles dans le Dic tionnaire de la Conversation. 11 est mort en 1845.
GAILLAC, ville de France, chef-lieu d'arrondissement du Tarn, à 21 kil. ouest, sur le Tarn et le chemin de fer d’Alby à Toulouse, compte 7,870 habitants. 11 y aun tribunal civil, un collége, une bibliothèque publique et des fabriques de toiles de ménage et d'emballage, des briqueteries, des teintureries, des tanneries. On y fait un grand commerce de vins blanes eslimés. Parmi ses édilices, citons Saint-Michel. avec une nef du treizième siècle; Saint- Pierre, église plus romane qu'ogivale; la tour dePalmata, avec de curieuses peintures de chevalerie. Sur la place Vaisselte, on a élevé une stalue au général d’Hautpoul.
GAILLARD (Marine), parties du pont supérieur, situées l’une à l'avant, l’autre à l'arrière des bâtiments. Il n'existe de gaillards qu'aux bâtiments de grande dimension. Le gaillard d’arrière s'étend depuis le couronnement jusqu’au grand mât; le gaillard d'avant est compris entre les apôtres et le bout de l'arrière des porte-haubans de misaine. Avant la suppression des passavants, on communiquait d’un gaillard à l’autre par ce moyen; maintenant, c’est par le pont supérieur. Les gaitlards, comme les autres ponts, sont armés de bouches à feu, mais d’un calibre inférieur et d’une manœuvre plus facile. C'est sur le gaillard d’arrière des vaisseaux de ligne que sont placées les dunettes. Pendant les traversées, et dans la vie ordinaire du bord, les officiers seuls, etles passagers admis à la table de l'état-major, ont le privilége de se promener sur le gaillard d'arrière : c’est une terrasse où l’on se présente toujours sinon en toilette, du moins dans le costume de gens de bonne compagnie. Dans le port ou en rade, lorsque le bâtiment est à l'ancre, le côté de tribord du gaillard d'arrière est la place d'honneur; et quand le commandant y parait, tout le monde passe à babord. Si le bâtiment est suns voiles, tribord n’a plus son privilége : le côté honorable est celui du vent. MERUN.
GAILLARD (Château). Voyez ANDELYS.
GAILLARD (GapreLz-HeNri), historien et critique, né le 16 mars 1726, à Ostel, près de Soissons, mort le 13 février 1806, à près de quatre-vingts ans, avait dans sa jeunesse quitté le barreau pour ies lettres. II débuta en 1745 par une Rhétorique française à l'usage des demoiselies, souvent réimprimée, et une Poetique française à l'usage des dames. Elles furent suivies d'un Parallèie des quatre Etectre, en 1750. Mais ce fut dans ses Mélanges litléraires, imprimés en 1756, que se révéla sa vocation pour l’histoire : on y re-
76 GAILLARD — GAIMARD
marqua une Vie de Gaston de Foix, écrite avec intérût. Un an après, il publia l'Histoire de Marie de Bourgogne, fille de Charles le Téméraire, qui eut un succès de vogue. Cette production et une collaboration très -importante au Journal des Savants ouvrirent à Gaillard les portes de l’Académie des Inscriptions et belles-lettres en 1760. Les quatres premiers volumes de l'Histoire de François I, qu’il publia en 1766, prouvent de vastes ef consciencieuses recherches ; mais l’ordre complexe qu’il a suivi enlève toute unité à l'ouvrage, et fait disparaitre la grandeur du sujet. Trois ans après il fit paraître les trois derniers volumes. L'Histoire de François 1° a été plusieurs fois réimprimée; elle est encore fort estimée, malgré ses défauts. On peut en dire autant de son Histoire de Charlemagne, publiée en 1782, quoiqu'on ait prétendu qu’elle était Zongue et plate, comme l'épée de ce héros.
Deux autres compositions ñistoriques de Gaillard, qui ne sont pas sans mérite, pèchent encore par le plan : ce sont l'Histoire de la Rivalité de la France et de l'Angleterre (1771-1777), et l'Histoire de la Rivalité de la France et de l'Espagne (1801). On lui doit encore le Dictionnaire historique qui fait partie de l'Encyclopédie méthodique; enfin, quatre volumes d’Observations sur l'Histoire de France de Velly, Villaret et Garnier, et des éloges de Charles V, de Henri IV, de Corneille, de Molière, de La Fontaine, de Massillon, de Bayard, un discours sur les avantages de la paix, et différentes pièces de vers, qui obtinrent des prix ou des accessits à l’Académie Française et dans des Académies de province. Lors du concours de l’année 1760, il envoya à l’Académie Française cinq pièces , dont une seule obtint l’accessit; elle avait pour titre Épitre aux Malheureux , composition très-faible, qui fit dire à Grimm que M. Gaillard était un gaillard bien triste. En 1755 il partagea avec Thomas le prix d'éloquence pour l’£loge de Descartes. I fut admis parmi les quarante en mai 1771. Dans son discours de réception, il donna le premier l'exemple de ne pas louer sans restriction le cardinal de Richelieu. Mais en février 1785 il éprouva une disgrâce sans exemple : un morceau qu'il lut sur Démosthène fut outrageusement sifflé : il fallut lever la séance et emporter l'orafeur évanoui. Quelques mois après, Gaillard se dédommageait de cette disgrâce en lisant une dissertation sur Jeanne d'Arc, qui fut plus goûlée. Retiré dansune studieuse solitude à Saint-Firmin, près de Chantilly, il échappa aux persécutions révolutionnaires. La classe d'histoire et de littérature ancienne de l’Institut l’admit dans son sein en lan 1v.
Charles Du Rozoir.
GAILLARDE, C’est, dit Roquefort, une femme délibérée, aimant le plaisir et en prenant à son aise. On a donné encore ce nom à une danse venue d'Italie, appelée d’abord la romanesque, qui n'est plus en usage depuis longtemps, et qu’on exécutait tantôt terre à {erre, tantôt en cabriolant. Thoinot Arheau la décrit dans son Orchésographie. En imprimerie, la gaillarde est un caractère entre le petit: romain et le petit-texte,
GAILLARDISE. C'est une certaine tournure d'esprit, gaie, vive, féconde en allusions relatives aux plaisirs des sens, de sorte qu’on peut dire non-seulement que toute gaillardise est d’assez mauvais goût, mais qu’en général la morale la condamne. Elle est toujours déplacée dans la bouche d’un jeune homme. Entre gens d’un âge mûr, une gaillardise spirituelle et gazée peut quelquefois être permise.
Dane la liberté d’un entretien particulier ou d’une corres- :
pondance épistolaire, une mère risque avec sa fille, surtout quand elle est mariée, des gaillardises, qu’on est tenté d’appeler charmantes : ainsi en use M" de Sévigné avec M” de Grignan, Mais hors ces exceptions, on ne saurait trop réprimer le penchant aux gaillardises. Satvr-Prosrer,
GAILLET. Voyez CAILLE-LAIT.
GAILLON, chef-lieu de canton du département de l'Eure, avec 3,219 habitants, une fabrication de tissus de
fabriquent des tresses de paille pour chapeaux, des ouvrages en paille, de la bonneterie, de la rouennerie, de la ganterie. C’est une station du chemin de fer de Paris à Rouen et au Hâvre. La maison de détention a été construite sur l'emplacement de l’ancien château de plaisance des archevêques de Rouen, bâti par le cardinal Georges d'Ampoise; il n’en reste plus que des vestiges enclavés dans les murs de la prison, quatre tourelles gothiques, une galerie, une terrasse. Une des façades, dites l'arc de Gaillon, a été transportée à Paris par les soins de M. Alexandre Lenoir. Elle a été réédifiée dans la première cour de l’école des Beau x- Arts à Paris. Cet édifice, ainsi que la plupart de ceux qui ont été élevés à cette époque de la renaissance de l’art en France, est de très-petite dimension, ce qui lui donne l'air d’une pièce d’orfévrerie sculptée et ciselée avec tout le soin imaginable. Les portes et les fenêtres, par une singularite qui caractérise l'époque de transition à laquelle appartient le monument, ne sont ni en plein cintre ni en ogive. Les angles supérieurs des croisées sont arrondis, et l'arc de la porte est surbaissé,
Le château de Gaillon a été détruit en 1792; il se composait de quatre corps de Jogis de hauteur égale, formant une cour carrée irrégulière, au milieu de laquelle était une fontaine à plusieurs vasques de marbre blanc superposées. Elle se trouve aujourd'hui au Musée de la sculpture française au Louvre. Les stalles du chœur , les boïseries de la chapelle, travaillées avec un art infini, sont actuellement dans Péglise de Saint-Denis. Le château de Gaillon fut une des premières et des plus belles productions du style de la renaissance; le clocheton, la dentelure et l’ogive gothiques s'y mariaient sans désaccord avec le pilastre italien et les arabesques florentines. Tous les auteurs qui ont parlé de ce palais en ont attribué la construction à Giocondo, célèbre architecte véronnais que Louis XII fit venir en France à cette époque, Cette magnifique demeure était entourée de délicieux parterres, terrasses, pièces d'eau, orangeries, serres chaudes , grottes et pavillons à l’imitalion des villas de lItalie.
GAIMARD (PauL), médecin de la marine de l'État et zoologiste, a passé sa jeunesse à voyager, et fut désigné, en 1831, avec le docteur Gérardin, pour aller étudier le choléra en Russie. Né dansle département du Var, vers les six dernières années du dix-huitième siècle, f1 se lia avecle docteur Quoy, aujourd’huiinspecteur général du service de santé de la marine française ; suivit, comme lui, les hôpitaux de marine, fit avec lui divers voyages de long cours, et plusieurs fois le tour du monde, d’abord sous la conduite des capitaines Freycinet et Duperrey et plus tard avec Dumont d’'Urville. Quoy et Gaimard furent pendant dix-sept ans des noms inséparables, Ensemble ils étudiaient des peuplades inconnues, suivaient ensemble les instructions de l'Institut et recevaient.ses éloges ; tous deux attachant leurs noms à ces beaux voyages dont l'État favorisait Ja publication, de même qu'à ces innombrables et nouvelles espèces d'animaux dont le Muséum s’est enrichi par leurs récoltes. M. Gaimard est peut-être, de ces temps-ci, le seul voyageur homme d'esprit qui ait eu le don de plaire aux maîtres dogmatiques qui prolitaient de ses découvertes en les classant et les décrivant. 11 montrait tant de déférence pour les systèmes d'autrui et une telle indifférence à faire prévaloir ses idées particulières, qne les académiciens les plus susceptibles ne voyaient en lui qu'un ambassadeur pour leurs amours-propres, qu'un délégué de leur génie. Cependant il arriva un moment où, fatigué de Dumont d’Urville encore plus que des voyages, M. Quoy résolut de rester sédenture et d'en rovemir à sa chaire et à son hôpital de Toulon, Ce fut pour M. Gaimard l’occasion d’un grand ennui et d’une sorte d’embarras.
Cependant, l'homme d'esprit vint au secours du savant trop isolé, On était en 1837 ou 38, M. Molé était président du conseil, et M. de Rosamel ministre de la marine; ce ministre
soie cb peluches et une maison centrale, où les détenus ! connaissait M. Gaimard, et rendait justice à son caractère
GAIMARD — GAÏTE
conciliant et à ses différents mérites. Or, à l'époque dont nous parlons, on méditait une expédition vers le Nord. Louis-Philippe avait à témoigner de sa reconnaissance envers une femme respectable vivant dans ces contrées etdontilavaitreçu l'hospitalité dans l'exil. Le roi lui destinait une pendule de
prix. Ce fut à l'occasion de cette mission personnelle qu'un voyage de découvertes fut décidé. Louis-Philippe lui-même |
en traça l'itinéraire. Une commission scientifique fut alors composée, et M. Paul Gaimard en fut nommé président. On lui adjoignit, selon ses vœux, MM. Martins, Robert, X. Marmier, le peintre Biard et M°"° Biard, MM. V. Lottin, Bravais, Bevalet, savants français ; et d’autres savants, danois, suédois, norvégiens et lapons : MM. Læstadius, Kroyer, Due, Vahl, Boeck, Mayer, Gyldenstolpe, Lilliehook, Sundevall, Siljestrom , en tout vingt savants sous ses ordres ; dix Français et dix étrangers. Cette académie voyageuse, qui ne se compléta que peu à peu, de royaume en royaume, fut embarquée à bord de Za Kecherche, curvette déjà célèbre, dont le capitaine Fabvre avait le commandement. On visita successivement les îles Ferroë, Hammersfest, le nord du Spitzberg, puis l’île Cherry et de nouveau Hamwersfest, d'ou la corvette se rendit à Brest, pendant que la colonie savante explorait la Laponie. M. Gaimard accompagna la corvette, et passa à Paris le rigoureux hiver de1839. L'année suivante, les savants étrangers, qui avaient euxmêmes visité un instant leur patrie, durent se réunir du 15 au 20 juin à Hammersfest, rendez-vous convenu avec M. Gaimard, Pendant cela, MM. Bravais et Lottin avaient établi à Bossekop, dans le West-Finmark, plusieurs observatoires, soit pour l'astronomie, soit pour le magnétisme et la météorologie. On recueillit de nombreu échantillons de plantes et d'animaux, à peu près de toutes les classes, productions . jusque là presque inconnues, et dont l’Institut fit grand bruit et le Muséum son bénéfice. L'expédition fit au Spitzberg des observations dont quelques-unes semblent en désaccord avec celles de Saussure, Humboldt et Gay-Lussac. On remarqua que la température s'élevait au lieu de diminuer, à neaure qu’on s'éloignait du sol. Quatorze expériences successives, soigneusement faites, donnèrent des résultats semblables, et tous contradictoires des lois établies : par exemple, la température était de 18 degrés centigrades audessous de 0 à la surface du sol, elle n’était plus que de 14 degrés au-dessous de 0 à 60 mètres d’élévation dans l’atmosphère ; ce qui donne en effet 4 degrés de chaleur en plus. Ce résultat inspira quelque étonnement à l'Institnt, qui évita d’en parler. Cependant les thermomètres dont on se servit étaient de M. Walferdin ; de plus, etafin d’atteindre plus positivement leur but, les savants du Nord s'étaient munis de ballons à gaz hydrogène de 2 à 4 mètres de diamètre, ballons qu’on élevait daus l'atmosphère par un temps calme, et auxquels on appendait des thermomnètres de Walferdin et des thermoraèlres à index de Bunten, servant à se contrôler les uns les autres. On prit aussi la température des geisers. M. Gaimard se réserva personnellement les observations physiques et morales sur l’espèce humaine, 11 étudia l’influence du froid sur la stature de l’homme et des animaux, comme aussi sur les dimensions du crâne; cherchant à découvrir s’il existe quelques corrélations appréciables entre certains arrêts de structure et la somme de l'intelligence ou l'activité des instincts. 11 fut d’ailleurs encouragé päâr des savants de premier ordre, accueilli de toutes parts avec distinctior, même par des têtes couronnées, décoré des ordres de Suède et de Danemark, et les poëtes de ces contrées glaciales sortirent de leur léthargie séculaire pour le fêter un moment. Ce voyage célèbre eut cependant son mauvais côlé, comme tant de choses de ce monde. M. Gaimard se montra si généreux avec les savants ses coopéraleurs, que les gouvernants d'alors trouvèrent ses dépenses excessives, Ce savant est mort le 10 décembre 1858. D° Isidore Bounpon.
GAIN. Ce mot se dit en général de tout profit que l’on tire de son travail, de son industrie; il est opposé à perte,
til
On appelle encore gain les bénéfices par les jeu x de hasard, les paris, l’agiotage. En termes de pratique, gain de catise se dit du succès obtenu dans la poursuite d’une affaire litigieuse. On appelle gains nuptliaux et de survie les avantages qui ont lieu entre époux au profit du survivant. On appelle encore gains de survie tousles avantages qui se stipulent entre toutes sortes de particuliers au profit du survivant,
GAINE, étui d’un couteau, d’un poignard, d’une paire de ciseaux : on appliquait même autrefois le nom de gaine au fourreau d’un sabre, d’une épée; de là les verbes dégatner, rengainer, employés encore aujourd'hui dans cette acception.
En architecture , une gatne est une espèce de support à hauteur d'appui, plus large du haut que du bas, sur lequel ou pose des bustes : quand la gaîne et le buste sont d’une seule pièce, on leur donne le nom de {erme.
Gaïne est aussi usité dans les sciences naturelles, pour désigner, en botanique, une espèce de tuyau que la base de certaines feuilles forme autour de la tige ; en anatomie, certaines parties qui ont pour usage d’en contenir d’autres, auxquelles elles servent d’enveloppes, telles que les gaînes de l'apophyse styloïde, de la veine-porte, etc.
GAINIER (Technologie), ouvrier qui faittoutes sortes de gaines, d’étuis, pour des couteaux, des lunettes, des instruments de mathématiques : il y avait autrefois à Paris un corps de métier de gaîniers, fourreliers et ouvriers en cuir bouilli, établi par une ordonnance de 1393.
GAINIER (Botanique), genre d'arbres de la famille des papilionacées, ayant pour caractères essentiels : Calice à cinq dents obtuses ; carène à deux pétales distincts ; ovaire pédiculé ; dix étamines inégales, libres; gousse aiguë, trèsaplatie ; graines presque globuleuses ; embryon au centre d’un endosperme charnu, les fleurs de ces arbres se développent par fascicules sur les branches, les rameaux et quelquefois les tiges. Après elles, naissent les feuilles simples, nervulées, cordées à leur base.
Le gaînier commun (cercis siliquastrum , Linné) croit dans les contrées méridionales de l’Europe, et dans la Turquie d’Asie, particulièrement dans la Judée, d’où lui est venu le nom d’arbre de Judée. J1 s'élève à plus de huit mètres. C’est un des plus beaux arbres qu’on puisse cultiver dans les jardins d'agrément ; mais il redoute le froid. Ses fleurs, d’un rose pourpre éclatant, ont une savenr piquante; elles servent à assaisonner les salades, ou sont confites au vinaigre.
Le gaïnier du Canada (cercis Canadensis, Linné), vulgairement bouton rouge, est plus bas que le précédent. Ses fleurs sont d’un rose plus pâle.
GAINSBOROUGH ( Tnowas), l’un des plus célèbres paysagistes anglais, né en 1727, dans le Suffolkshire, à Sudbury, développa de bonne heure son remarquable talent pour la peinture et eut ensuite pour maître, à Londres, Gravelot. 1| fut l’un des membres de la Société royale des Arts, et mourut à Londres, le 2 août 1788. Ses portraits se distinguent par la plus frappante ressemblance. On cite surtout ceux des divers membres de la famille royale, du compositeur Abel et de l'acteur Quin. Ses plus beaux paysages sont : The Shepherd’s Boy; The Fight between little boys and dogs ; The Sea-Shoreetthe Woodman in the storm. Le plus célèbre ce tous est The Blue Boy, qui orne la galerie Devonshire, toile peinte en opposition décidée à la manière de sir Josuah Reynolds et “emeurée victorieuse dans cette lutte.
GAITE , autrefois gaieté, mot dérivé de gaudium, joie ou joyeuseté (du grec yatw, ynñéw). La gaîté dépend du caractère, du tempérament, de l'humeur (kw mour des Anglais); la joie peut n’être qu’une affection passagère. Or, quelles sont les conditions physiologiques qui donnent, même en permanence, un caractère gai, malgré les circonstances les plus tristes? C’est d’abord la santé, ou lebien-être corporel, état qui résulte éminemment du développement expansif de la jeunesse, et de l'accroissement de tous les êtres. Voyez les jeunes animaux ; ils ne songent, après s'être
bien repus, qu’à jouer, parce que les fonctions, dans l’enfance , s’opèrent avec facilité : le sang circule avec liberté, la nourriture se répand dans le corps : la vie heureuse, sans soucis, s'épanouit comme les fleurs sous les rayons bienfaisants du soleil ; on ne rêve qu'amours, plaisirs, espoir ; on savoure le nectar de l'existence. La compiexion sanguine, jeune, encore spongieuse, dilatable, dans laquelle fermentent la chaleur et la vivacité, avec des organes neufs, souples , sensibles, contient une source inépuisable de gaîté. Qui n’a pas vu, au milieu des combats, parmi les fatigues, le dénuement complet, les privations et les souflrances , la gailé française se faire jour, par un bon mot électrique, dans les rangs de nos jeunes conscrits, voler de bouche en bouche, ou éclater dans ces refrains Joyeux qui trompent la douleur présente ? Qui ne relit avec attendrisserugnt ces gais propos faisant trêve à nos discordes civiles et désarmant tout à coup l’'émeute?
De tous les peuples de la terre, aucun n’est aussi gai peut-être que le Français. L’Ilalien est plus bouffon, le Grec plus fin, l'Espagnol est sérieux ou grave dans sa folie même. Non-seulement la jeunesse est naturellement rieuse, chaude, sanguine, insouciante, mais toutes les causes qui procurent des dispositions semblables développent la gatté. Ainsi les passions expansives, l'amour, le désir, l'espérance, entretiennent cette ardeur juvénile; ainsi, des boissons excitantes ou spiritueuses , prises avec modération, rallument le fen de la vie; ainsi, les plaisirs de la table sans excs réchauffent ou rajeunissent l’organisme épuisé de fatigue et de travaux ; ainsi, le sommeil, réparant les forces, appelle au matin le contentement , la jovialité. De même, tout ce qui dissipe les longues pensées ; tout ce qui écarte les tourwuents de l'avenir ou l'ambition d’une haute fortune et de vains honneurs, amène le calme salutaire de la gatté dans Y'économie.
Ce n’est pas la splendeur toujours enviée et périlleuse des trônes, ce ne sont ni les fêtes des palais environnées d'éclat et d'embûches; ni les festins, suspects de poisons; ni les Jouissances semées d’inquiétudes ou d’assassinats, qui apellent la gaîté. Où elle naît pure, sans jalousies , sans efforts, c’est sous l’huymble cabane, après un travail rustique ; c’est au foyer modeste où cuisent des aliments simples et réparateurs. Voyez quelle gaité bruyante, quelles joies inextinguibles dans les guinguettes où le pauvre secoue ses haillons, et dans ces fêtes villageoïises où se mêlent la vicillesse et l’enfance, où souvent les plusfndigents sont les plus gais. Sans songer au lendemain, ils mangent, ils boivent, ils dansent, ils se gorgent de viandes et de vin, puis ils s’endorment heureux. De même, les nations pauvres et laborieuses des pays froids vivent joviales; les peuples riches des contrées chaudes sont mélancoliques. J.-J, VIREx.
GAITÉ (‘Théâtre de la). Ce théâtre, le plus ancien de tous ceux du boulevard du Temple, y fut fondé en 1760, par Nicolet, sous le titre de TAcütre des grands danseurs du roi, Des danses de corde, des tours de sauteurs et d'équilibristes, devaient toujours faire partie des représentalions, qui se composaient, en outre, de grandes pantomimes et de petites comédies du genre bouffon. Taconnet, acteur de ce spectacle, y eut longtemps la fourniture presque exclusive de cette dernière sorte de pièces. Dégagé, à l'époque de la révolution , des entraves que lui imposait son privilége, il fut, après la mort de son fondateur, exploité, en 1795, par Ribier, qui lui donna d'abord le nom de Théätre d'Emulation , puis celui de Thédtre de la Gaité, qu'il a conservé. Ribier fut remplacé en 1796 par une administration d'acteurs sociétaires , à laquelle succédèrent la direction du comédien Mayeur, ensuite celle de Martin et de Coffin-Rosny. Ce fut sous cette dernière, vers 1800 , que l’on y vit les premiers mélodrames, dout le genre sombre contrastait singulièrement avec le nom inscrit au frontispice de la salle, Le théâtre n’en prospéra pas moins sous la seconde administration de Ribier, qui l'avait repris en 1802. Le succès fou de la grotesque féerie du Pied de Moutan fut pour lui une