‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 4)Chapitre 72 sur 552 · GALER IE · texte numérisé non relu

GALER IE

bourg, la galerie de l’Ermitage ; en Angleterre, les galeries de Marlborough, Stafford et Cleveland, DUCuESNE ainé.

GALERIE (PFortification). On distingue deux espèces de galeries souterraines, l'une servant à l’attaque, l’autre à la défense des places. La galerie dite de communication est construite par les assiégés pour communiquer du corps de la place ou de la contrescarpe aux ouvrages détachés, afin de n’être point aperçu de l'ennemi, La galerie de mine est un fossé construit par les assiégeants pour aller, à l'abri de la mousqueterie, au pied de la muraille et ÿ attacher le mineur. Cette galerie a 1%, 30 de hauteur, sur 1 mètre environ de largeur ; elle fait partie des travaux d'approche. La galerie de contre-mine consiste en une espèce de tranchée établie par les assiégés pour interrompre ou détruire les travaux de mine. Celle-ci, qui appartient au système de défense, est ordinairement maçonnée, tandis que la première est creusée en terre et étayée avec des planches à mesure que le mineur avance. On appelle galerie d'écoute celle qui est pratiquée le long des deux côtés des galeries de communication pour y placer des personnes chargées d'écouter et de découvrir l'endroit où travaille l'ennemi.

L'origine des galeries souterraines est fort ancienne : Enée le tacticien, qui écrivait vers le milieu du quatrième siècle avant J.-C., en parle comme d’une invention connue depuis long-temps. Chez les Grecs et chez les Romains, elles étaient beaucoup plus larges que les nôtres , et exigeaient par conséquent un travail plus longetplus minutieux. Lorsque les Romains eutreprenaient un siége, ils établissaient d’abord des tranchées, ou parallèles continues. Des sapes couvertes communiquaient, sans péril, du camp à ces tranchées, et de ses ouvrages aux batteries de jet. D’autres sapes conduisaient au bélier lorsque le moment de faire manœuver cette machine était venu. Les galeries souterraines leur servaient de mine, mais ils ne faisaient usage de ce moyen qu’à l’instant où le bélier jouait avec le plus de force, c’està-dire lorsque le siége touchait à sa fin. Ces galeries se pratiquaient en établissant des étais sous les murs et sous les tours des assiégés. Lorsqu’elles étaient achevées, on y apportait des fascines goudronnées, auxquelles on meltait le feu. L’'abaissement qu’occasionnait l'incendie des étais faisait crouler à la fois et la partie du terrain qui s'étendait au-dessus et la construction qui s’y trouvait placée. C’est aussi sous l'abri des galeri*s qu’on faisait jouer le bélier. Une des galeries les plus remarquables était la vigne (vinée, vinea) ou treille, destinée à faciliter l'approche d’une place. Construite en bois de charpente, elle avait 5 mètres de long, 27,60 de haut, et 22,25 de large. La couverture était plate et se composait d’une double toiture, dont l’une en planches, l’autre en clayonnage. Les côtés étaient revêtus, en dedans, d’osiers préparés pour cet usage; en dehors, de cuir mouillé. On mettait ordinairement plusieurs vignes à la suite les unes des autres pour en former une longue galerie. +

GALERIE ( Mines). Lorsqu'on s’est assuré, par un moyen quelconque, de l’existence et de la position d’un filon, et de la nature du minerai dont il est composé, on y parvient par des chemins souterrains, que l’on appelle puits ou bures, lorsqu'ils sont perpendiculaires ou très-obliques. Ces chemins prennent le nom de galeries quand leur direction est horizontale où du moins très-peu inclinée. Si la galerie est percée dans le sein d’une montagne, et si sa longueur est un peu considérable, on ouvre, au-dessus, des puits de distance en distance. C’est par ces puits ou soupiraux que l’air de la galerie se renouvelle. TEYSSÈDRE.

GALERIE ( Marine). C'était une espèce de balcon établi à l'arrière, au-dessus du gouvernail, faisant un peu saillie en dehors, décoré d’ordinaire d’une balustrade, et servant de promenade au capitaine. Aujourd’hui la galerie est à peine saillante, parfois même elle n’est que simulée, Autrefois il y en avait souvent deux élages, et on les appelait jardins, à cause des fleurs dont on les embellissait, On les fermait avec des rideaux de soie ou de velours, garnis de passementerie,

On nomme également galerle un couloir ou corridor pratiqué dans l’intérieur d’un vaisseau de guerre, à la hauteur du faux-pont, c’est-à-dire à la flottaison. Elle sert aux charpentiers pour la visite qu’ils font de la muraille du vaisseau, et facilite, pendant le combat, les réparations que nécessitent les blessures faites à la coque du bâtiment par les boulets ennemis.

GALÉRIEN. Avant la suppression des bagnes, quand un voyageur venait visiter nos grands arsenaux maritimes, son oreille était d’abord frappée d’un bruit de chaînes lentement traînées sur le pavé; ce bruit sinistre l'accompagnait Partout : sur les quais, sous les voûtes des édifices où s’exécutent les travaux du port; puis à chaque pas il rencontrait des hommes vêtus d’une manière étrange et accouplés deux à deux ; un lien de fer les unissait, rivé par chacune de ses extrémités à la cheville de leurs pieds : des souliers informes, un pantalon en laine jaune, une chemise rouge bigarrée de jaune et marquée de numéros divers, un sale bonnet avec une plaque de plomb numérotée, tel était leur accoutrement; et l'étranger qui s’arrêtait devant le passage de ces bandes d’hommes enchainés ne demandait pas même leur nom à son guide : il avait reconnu les galériens, hommes qui ne conduisaient plus de galères, mais qui en avaient gardé leur dénomination ; il avait lu leur condamnation, travaux forcés, dans les deux lettres TF, imprimées sur le dos de leur chemise. Un premier sentiment de pitié ou de douleur s’éveillait au fond de son âme quand il voyait le garde chargé de ramener au parc ces êtres humains accélérer leur marche avec le bâton, et, semblable au chien du berger qui rôde en grognant autour du troupeau, rallier par d’effroyables menaces ou par des coups le tratnard qui s’écartait des rangs; mais s’il fixait un instant son œil sur toutes ces figures hälées et bronzées, il frémissait involontairement sous leur regard oblique et fauve; sa pitié s’effaçait et faisait place à la crainte ou au dégoût : c’est que tous portaient sur le front un stigmate de réprobation et de haine invétérée; c’est qu’il pressentait instinctivement que cette horde de brigands, au milieu même du châtiment qu’ils subissaïent, ne cherchait dans la nature entière que de nouveaux moyens, de nouvelles occasions de crime,

Une fatale destinée présidait à la vie du galérien. Arrivé au point de sa destination, on lui arrachaït ses vêtements, dernier souvenir de la société qui le répudiait; il endossait l'uniforme dégradant du forçat; on lui jetait au hasard un compagnon qui devait partager sa chaîne, son sommeil, ses travaux, sa nourriture, son repos, son existence de tous les instants; on le mariait.… Épousailles étranges ! une chatne de fer, rivée sous le marteau de l’exécuteur, était la bandelette sacrée du mariage du forçat, un garde-chiourme était son dieu d’hyménée!.… et alors s’ouvraient devant lui les grilles du Gagne. C'était dans ce séjour maudit que venait se naturaliser le forçat. Si cette terre ne lui était point étrangère, ou, pour nous servir du langage consacré des habitants, s’il était vieux fagot, il se voyait à l'instant entouré, serré, embrassé, porté en triomphe par ses anciens compagnons; il racontait ses courses vagabondes, ses hauts faits, sa gloire et sa chute; il terminait par une nouvelle méthode de tromper l’argousin. Mais si le condamné apparaissait pour la première fois dans cette enceinte de bannis, si son nom n’y avait pas encore été apporté par la renommée, s’il était bois vert, en un mot, ou jeune fagot, il subissait un interrogatoire, et on l’initiait à la morale du lieu, morale brûlante conime un fer rouge, et dont l’horrible langage trouvait le moyen d’éveiller un dernier rayon de pudeur au front même de j’homme qui a laissé toute honte sur la seliette des assises. Dans les enseignements qu’il recevait, tout remords s’effaçait; il prenait confiance en lui-même; la réprobation universelle cessait de peser sur son âme; il trouvait des amis, des (rères.

Le soir, quand le forçat était rentré, il soupait, causait et badinait, puis, au coup da sifflet d'un adjudant des chiourmes, U se taisait et s’endormait, C’était au milieu de ses ébats du

| | H | | | | deux existences antipathiques se trouvaient fixées à la même

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