‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 4)Chapitre 73 sur 552 · GALERIE -- GALÉRIEN · texte numérisé non relu

GALERIE -- GALÉRIEN

| soir qu'il fallait étudier le forçat; ses causeries élaient des cours complets de vol et d’assassinat, le récit de forfaits | inouïs, son badinage faisait peur ; ou craignait toujours que du poids de ses fers il ne broyât la tête qu’il semblait caresser. Mais le lourd bâton du garde de service planait sans cesse sur lui, et prévenait tout dénoûment tragique. Parfois des scélérats fameux s’apostrophaient et engageaient une conversation à tuestête, L’assassin, le faussaire, le voleur de grands chemins, le suborneur atroce, se chargeaïient tour à tour de peindre la société, sa justice et ses lois. La langue qu’on parlait là a son dictionnaire et sa grammaire, argot dé-

goûtant, plein de comparaisons fangeuses, où étincellent «

aussi d’effrayantes métaphores, des onomatopées terribles.

Au bagne tout était ignominie et lächeté; le fanatisme, la vanité, l'énergie, abandonnent bien vite l’homme dans les chaines; la trahison mine tout : c’était le grand levier de gouvernement de leur chef; à l’aide de quelques primes offertes à la délation, il se tenait au courant des plus sourds complots. Le cercle des plaisirs et des douleurs du forçat était très-petit ; pour lui, la pudeur et l'honneur n'étaient plus une barrière ou un aiguillon; les coups de bâton ne réveillaient pas son orgueil, il ne les mesurait qu’au taux de la douleur physique. Mais toute son apathie disparaissait au flair d’une mauvaise action; il allait quêtant sans cesse le conscrit ou le voyageur badaud , pour Ini escamoter sa montre et son argent ; il s’agissait de plumer l’oison, et alors il déployait une adresse et une activité prodigieuses : cependant, il ne résistait pas à la menace des coups de corde quand il était découvert : le vol, au bagne, n’était qu’un délit de discipline.

Survenait-il une grande catastrophe, l’âme du forçat, avide d'émotions fortes, s'élevait et semblait se purifier . on n’oubliera pas que quand Sidney-Smith vint incendier nos vaisseaux à Toulon, ce furent les forçats qui sauvèrent l'arsenal. Pendant le choléra, au moment où la peur faisait oublier les devoirs les plus chers, c'étaient eux qui ramassaient et enterraient les cadavres; ils jouaient avec la mort, et comme alors ils étaient l’objet de soins particuliers, dans leur reconnaissance diabolique, ils criaient : « Vive le choléra! » Lors de l’incendie du chantier du Roussillon à Toulon, ils se montrèrent pleins de zèle. Aucun ne chercha à fuir: Les évasions de forçats étaient du reste assez rares en général : il ne suffisait pas d’avoir franchi l'enceinte de l'arsenal, il leur fallait de l'argent pour gagner un asile, A l'expiration de leur châtiment, l'autorité leur donnait 12 fr. pour se procurer un vêtement ; le pécule qu’ils avaient amassé dans leurs années de captivité leur était payé à domicile. Mais le bagne était un tourbillon qui absorbait tout ce qui avait mis une fois le pied dans sa sphère d'activité. Que pouvait faire le forçat libéré? Objet des craintes ou des dégoûts de tout le monde, il ne pouvait que rarement trouver du travail pour exister; la société le forçait à la guerre, et il allait de nouveau, entraîné par une force invincible, peupler le bagne, qui ne lâchait que rarement sa proie pour longtemps. On voyait même quelquefois des prisoniers des maisons centrales commettre quelque crime dans le seul but d'aller au bagne.

Le mariage du bagne n’était point indissoluble ; souvent

chaine ; de là d’effroyables haines, des querelles, des luttes sanglantes; le divorce alors était prononcé, et d'autre unions se cimentaient,

Nulle femme n’entrait au bagne, nulle, excepté la religieuse hospitalière qui s’est dévouée à toutes les agonies de l'humanité; là il y avait des passions dont le nom soul fuerait la pudeur.

Les bagnes, qui ont été, excepté un, fermés récemment, n'étaient plus que l’ombre du tableau qui vient d'en être

tracé, Les bras du forçat ont été remplacés par des bras d'ouvriers libres. La loi sur l'exécution des travaux forcés transport à la Guyane les condamnés qui finissaient autrefois leurs jours dans les bagnes. Jusqu'à quel point les ga-

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