‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 4)Chapitre 8 sur 552 · FRIBOURG · texte numérisé non relu

FRIBOURG

ressources l'industrie agricole alpestre (fabrication des fromages de Gruyères), et la culture des céréales, de la vigne, du tabac et des légumes. Les montagnes fournissent du grès, de la pierre calcaire,de la nature du marbre, et un peu de houille.

La ville de Fribourg, fondée en 1179, par le duc Berthold IV de Zæhringen, sur les bords de la Saane, profondément encaissée entre deux rangées de rochers, fut pendant cent cinquante années en constantes hostilités avec Berne, à cause de sou attachement à ses seigneurs. Aux termes du traité de Stanz, elle fut admise en 1481 avec son territoire dans la confédération. Là aussi la démocratie dégénéra insensiblement en oligarchie bourgeoise. En effet, indépendamment du grand-conseil, investi de la puissance législative et du petit-conseil, chargé du pouvoir exécutif, il s’y forma un conseil des Soixante, exerçant le droit de censure sur les autorités supérieures , au-dessus duquel s’éleva encore plus tard une chambre secrète, armée des pouvoirs les plus étendus. La domination exercée par les familles patriciennes alla toujours se consolidant davantage; et dans leurs longues luttes contre la cour de Rome, de même que contre les évêques de Lausanne, qui depuis la Réformation résidaient à Fribourg, ces families s’emparèrent de toute l'autorité civile. Toutefois, dès 1581 les jésuites obtenaient l'autorisation de fonder un établissement permanent à Fribourg. Sous la Restauration, en 1818, non-seulement on y admit les liguoristes et bientôt après les jésuites, mais encore on leur restitua leurs anciennes propriétés.

Vers la fin du dix-huitième siècle commencèrent à se manifester des germes de révolte contre le joug de l’oligarchie, tant dans les campagnes que dans la ville et au sein même des populaticus françaises. Occupé le 2 mars 1798 par les Français, Fribourg devint partie intégrante de la république Helvétique, puis, sous le régime de la médiation, l'un des dix-neuf cantons et l’une des six directions ( Vororte ). La restauration venue, l’aristocratie rétablit son ancienne domination, tout en en adoucissant quelque peu les formes; et il en fut ainsi jusqu’à ce que, en 1830, un soulèvement populaire eut pour résultats la reconnaissance du principe d'égalité de droits et la constitution de janvier 1831. De même que dans les autres cantons régénérés , cette constitution garantissait la liberté de la presse, la liberté individuelle, etc.; mais elle décidait en outre que la religion catholique romaine était la seule religion officielle du canton, à l’exception de l'arrondissement de Morat, où le culte de la confession réformée était seul permis par la loi. Elle stipulait aussi la possibilité de reviser le constitution après un délai de douze ans. Cependant, en présence d'une opposition libérale qui croissait toujours en forces, le parti aristocratique et sacerdotal ne laissait pas que de conserver sa prépondérance, et il s’en servit notamment dans l’affaire des couvents d’Argovie et à propos de la question des jésuites. En 1847 Fribourg accéda de même au Sonderbund. Une tentative à main armée faite par les libéraux en janvier 1846 à l’effet de renverser le gouvernement et de forcer le canton à se retirer du Sonderbund, échoua complétement. L’occupation de Fribourg par des troupes fédérales, le 16 novembre 1847, put seule amener la chute du parti jésuitico-aristocratique. Elle donna le pouvoir non pas seulement au parti libéral, maïs au parti démagogique.

Le lendemain de cette occupation, un gouvernement provisoire fut élu et établi en remplacement du précédent. En même temps une assemblée législative et constituante, produit du suffrage universel et direct, fut convoquée; et la constitution de 1848, libérale dans la plupart de ses dispositions et garantie par la confédération, sortit des délibérations de cette assemblée. On omit toutefois, et pour cause, de soumettre le nouveau pacte constitutionnel à l'acceptation formelle ou au rejet du peuple; à l'instar de la constitution de 1830, elle exigeait en outre qu’il s'écoulât un delai de quatorze années pour qu’il fût possible d’en entreprendre

la révision, Tous les citoyens avaient le droit de prendre :

part aux élections ayant pour but la nomination de cette assemblée constituante; mais on s'explique que sous l’impression immédiate de l'occupation par les troupes fédérales, le parti naguère dominant et maintenant vaincu se soit abs. tenu. Les autorités établies en vertu de la nouvelle consti tution décidèrent d’ailleurs que les citoyens qui se refuse raient à prêter serment à la constitution seraient privés de l'exercice du droit électoral. Ces dispositions, et surtout la longueur du délai fixé pour la possibilité de modifier la constitution, excitèrent beaucoup de mécontentement; et les meneurs du parti aristocratique et sacerdotal n’eurent garde de ne point le mettre à profit. Il en résulta diverses tentatives d’insurrection, notamment en 1850 et le 22 mars 1851. Cette dernière se termina par la déroute des insurgés, commandés par un individu du nom de Nicolas Carrard, et qui déjà avait pris part aux précédentes insurrections. Six ou sept insurgés furent tués sur place, et les deux frères Carrard faits prisonniers. La sentence rendue le 16 juin 1851 contre les insurgés restés au pouvoir de la justice, les condamna à quinze ans d'emprisonnement dans une maison de correction; mais dès la fin de janvier 1852 la peine de Carrard était commutée en quinze années d'’exil du territoire fédéral. De même, dans l'insurrection d’octobre 1850, malgré les faits de haute trahison qui avaient été positivement prouvés, il n’y eut que onze accusés de condamnés à un certain nombre d'années de bannissement. Indépendamment de ces tentatives de révolution à main armée, il s’organisa alors dans les formes légales une continuelle agitation, destinée à tenir constamment sur le quivive le gouvernement existant, et qui, il faut bien le reconnaître, ne représentait que la minorité. Or qui ne sait que plus les minorités qui réussissent à s’emparer du pouvoir sont faibles, et plus elles sont violentes et tyranniques ? Une pétition issue d’un comité central et revêtue de la signature de 14,000 citoyens, adressée à la diète fédérale, dont on sollicitait l'intervention pour amener un changement dans la constitution ayant été repoussée, l'opposition essaya de parvenir au même but par des démonstrations d’un autre genre, Le parti elérical eut recours encore une fois à la force (21 avril 1853) ;mais ses adhérents, commandés par le colonel Perrier, furent de nouveau battus. Il prit sa revanche dans les élections de 1856, où il eut le dessus. Le grand conseil, qui venait d’être élu, prépara un projet de constitution, qu’il fit adopter à une assez forte majorité (1858). Une amnistie fut proclamée en faveur des personnes compromises dans les derniers événements; on rétablit plusieurs couvents, on rendit aux jésuites leurs propriétés, et l’on confia au clergé l'instruction publique. Le canton de Fribourg est divisé en sept arrondissements. Les principales localités qu’il renferme sont après son cheflieu : Estavayer, dans une position charmante, sur le lac de Neufchâtel; Bulle, petite ville assez agréable, située à l’entrée des vallées de Gruyères, où se tiennent d'importantes foires de bétail et de fromages; Mor at, sur le lac du même nom, ville de 15 à 1600 habitants, célèbre par la bataille qui s’y livra en 1456. Un obélisque a remplacé le célèbre ossuaire détruit par les Français en 1798; Romont, la plus

| jolie ville de tout le canton, bâtie sur une colline dont le

pied est baigné par la Glaise, 900 habitants; Rue, sur la Broye; enfin Gruyères, en allemand Greyerz, petite ville de 4 à 500 âmes, au pied du Molisson : elle a donné son nom à toute la contrée environnante, centre d’une importante fabrication de fromages.

Les suites de la guerre du Sonderbund, la politique jésuitique du précédent gouvernement, et les troubles provoqués par les violences du gouvernement actuel, ont exercé des résultats fâcheux sur ses finances. Depuis longtemps il y a (ous les ans une diminution constante sur les recettes, et la dette publique s'élevait, en 1865, à 41,091,320 fr. On ne saurait nier cependant que le gouvernément actuel n’ait fait beaucoup pour améliorer la situalion intellectuelle et morale des populations, C’est ainsi

que depuis la révolution de 1847 l'institution du jury a été introduite dans le canton, et fut mise pour la première fois en activité à Morat, en avril 1851 ; qu'un comité soutenu par le gouvernement a été établi pour perfectionner l’agriculture, et que l’industrie de l'horlogerie, dont le grand centre est à Lachaux-de-Fonds, a été introduite à Morat.

FRIBOURG, chef-lieu du canton, avec 11,000 habitants, :

qui parlent français dans la ville haute et allemand dans la ville basse, s'élève bâtie en terrasses-sur les deux nves escarpées de la Saane. Elle occupe une vaste superficie, est au total bien bâtie, et entourée sur presque tous les points d'une haute et solide muraille. Pour épargner aux voyagoeurs arrivant à Fribourg la fatigue de descendre et de remonter les rives si escarpées et si élevées de la Saane, un pont en fil de fer de 272 mètres de développement a été en 1834 jeté d’une rive à l’autre, à une élévation de 52 mètres au-dessus de la rivière. Parmi les quatre églises qu’on compte à Fribourg, on remarque surtout celle de Saint- Nicolas, avec son immense orgue de Moser et sa tour de 112 mètres de hauteur. L'ancien collége des jésuites s’élève semblable à un château-fort, sur une hauteur, à peu de distance de la ville. Près de Fribourg, on a construit un hardi viaduc, qui donne passage au chemin de fer de Lausanne à Berne. | FRIBOURG EN BRISGAU, ci-devant capitale du Brisgau, aujourd’hui chef-lieu du cercle du Haut-Rhin, dans le grand-duché de Bade, siége d’un archevèché, est situé sur le Treisam, qu’on y passe sur un beau pont, et sur le chemin de fer de Bade à Bâle, à 15 kilomètres du Rhin, au pied de la forêt Noire, dans une belle et fertile contrée, riche en vignobles, compte une population de 20,000 mes, non compris la garnison et les étudiants. La fabrication de la chicorée, du tabac, du papier et de la potasse, la tannerie, la librairie et la typographie constituent les

principales industries de cette ville. Sa cathédrale, avec sa

tour découpée à jour et haute de 118 mètres, dont la construction, commencée en 1152, ne fut achevée qu’en 1513, est un chef-d'œuvre d'architecture gothique. L'intérieur en est magnifiquément orné, et on y voit un grand nombre de tombeaux, parmi lesquels on remarque surtout celui de Berthoïd V , duc de Zæhringen. En fait d’autres édifices remarquables, on peut encore citer la maison de vente, le théâtre, le palais archiépiscopal, l’ancien hôtel des états de la province, et l'hôtel de ville. L'université catholique fut fondée en 1457, par l’archiduc Albert d'Autriche, et possède encore de riches fondations dans le pays de Bade,en Wurtemberg et en

Suisse, quoique la révolution française lui en ait fait perdre |

une bonne partie, qui étaient situées en Alsace. Au commencement de 1864 on y comptait six professeurs pour la faculté de théologie, six pour la faculté de droit, sept pour la faculté de médecine, et autant pour la faculté de philosophie, deux professeurs extraordinaires et dix agrégés. Le nombre des étudiants était à la même époque de 349, dont 71 étrangers. A l’université est adjointe une bibliotheque de plus de 100,000 volumes, Fribourg possède en outre un gymnase et un lycée. De son archevêché relèvent les évèchés de Mayence, de Fulda dans la Hesse, de Rottenberg dans le Wurtemberg, et de Limbourg dans le duché de Nassau. Les souverains de ces divers États, de même que celui du grand-duché de Bade, professant la religion protestante, il n’est malheureusement pas rare de voir de graves conflits d'autorité et d'attributions éclater entre l’archevêque de Fribourg ét tantôt l’un, tantôt l’autre des gouvernements dans les États duquel habitent les ouailles dont il a la direction spirituelle. C’est ainsi qu’à la fin de 1853 l'archevêque en est venu à lancer, comme il eût pu faire au moyen âge, une excommunication publique contre le grand-duc de Bade, en punition des empiétements qu'il reprochait à ce prince de commettre sur sa juridiction spirituelle.

La ville de Fribourg fut fondée en 1118 par le comte Berthold IV de Zæhringen, et élevée en 1120 au rang de ville libre, avec jouissance du droit de Cologne, Déclarée ville

Page 1