‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 4)Chapitre 81 sur 552 · GALL · texte numérisé non relu

GALL

et on n'avait jamais cherché à étudier les lois de sa formation et les rapports existant entre ses diverses parties ; mais, par suite de ses recherehes et de ses découvertes, il fut définitivement reconnu pour l'organe le plus important de la vie animale; sa véritable structure fut découverte, et le déplissement de ses circonvolutions fut annoncé et démontré aux savants ‘de l’Europe étonnée. Le cerveau fut proclamé l'organe unique, indispensable à la manifestation des facultés de l'âme ou de l'esprit; il fut prouvé, au moyen de la physiologie, de l'anatomie comparée et de la pathologie, que le cerveau m'était pas un organe simple, homogène ; mais qu’il était une agrégation d'organes différents, ayant des attributs communs et des qualités propres spécifiques. Dans ses ouvrages, non-seulement Gall à démontré toutes ces vérités, mais il a indiqué le siége de ces organes dans le cerveau et la possibilité de connaître leurs fonctions respectives par le degré d'énergie de certaines facultés , en raison du développement plus où moins considérable de certaines parties cérébrales.

Gall, pour arriver à découvrir et à démontrer les vérités de sa nouvelle doctrine, dut dépenser beaucoup d’argent et beaucoup de temps, acquérir une collection nombreuse de crânes d'hommes et d'animaux, de têtes moulées en plâtre de personnages connus par quelque faculté ou par quelque talent très-énergique, de préparations en cire, de portraits, etc. Il était donc obligé de contiuuer l'exercice de la médecine pour pouvoir subvenir à detels frais, en mêmetemps que pour être libre de se livrer à ses études, force lui était de réduire le plus possible le nombre de ses visites.

C’est 1796, à Vienne, que Gall commença à faire des cours publics pour vulgariser ses idées; et en 17985, dans une lettre au baron de Retzer, publiée dans le Mercure allemand , il donna pour la première fois un aperçu général de sa théorie. Ses cours devenaient de plns en plus suivis. Les auditeurs y accouraient de toutes parts, avides de recueillir des idées nuuvelles sur la structure et les fonctions du cerveau et de s’initier à la connaissance d’une nouvelle philosoph'e des facultés humaines. Mais en même temps que la réputation de Gall grandissait. de jour en jour à Vienne, Vignorance, le fanatisme et l'hypocrisie, qui ont toujours si facilement accès pres des trônes, réussissaient à faire interdire par l’autorité ses leçons publiques , ainsi que la vulgarisation par la voie de la presse des vérités qu'il avait eu la gloire de découvrir.

Fatigué de ces sourdes persécutions, Gall quitta Vienne au commencement de 1805, et pendant deux ans et demi, accompagné de son élève et ami, le docteur Spurzheim, il parcourut le nord de l’Europe, Ja Prusse, la Saxe, la Suède, la Hollande, la Bavière, la Suisse, et vint s'établir à Paris, Pendant son voyage, les savants les plus distingués, des princes, des rois même, vinrent assister avec le plus vif intérêt à ses démonstrations physiologiques et anatomiques ; et des médailles furent frappées à Berlin en son honneur. Arrivé à Paris en 1807, il y fit immédiatement un cours public à l’Athénée. Les savants français l’écoutèrent avec la même faveur que jes savants d’outre-Rhin ; le célèbre Corvisart, entre autres, se montra l’un de ses plus enthousiastes admirateurs. Malheureusement la France portait alors le joug d’un maître absolu, qui avait en horreur la phijosophie et les philosophes, qu’il appelait des idéologues. 11 n’en fallut pas davantage pour que ses courtisans et cer-

tains savants, doués d’un esprit aussi souple que ieur colonne:

vertébrale , se déclarassent contraires aux idées du docteur allemand De là les ridicules et ignobles plaisanteries que débitèrent à l’envi le Journal de l'Empire et la plupart des journaux de Paris; moyen indigne, s'il en fut, quand il s’agissait d’une question aussi grave que celle des facultés de l’âme et des fonctions du cerveau. Sans doute ces vaines clameurs n’attcignirent jamais l'âme élevée du philosophe, mais elles contribuèrent beaucoup à entraver l'étude et la propagation des vérités que Gall avait annoncées. A la fin, ses ouvrages parurent, el jes homines de bonne foi furent

alors surpris de l'immense quantité d'observations qu’ils contenaient, ainsi que de la haute capacité et de la profondeur d’esprit de l’auteur.

Gall, fixé à Paris depuis plusieurs années, s’en fit une patrie adoptive, et obtint des lettres de naturalisation par une ordonnance du roi en date du 29 septembre 1819. On lui avait dit qu'une fois naturalisé il lui serait facile d’obtenir les distinctions honorifiques auxquelles il aspirait. A l'insinuation d’un de ses amis, il se mit sur les rangs en 1821 pour une place à l’Académie des Sciences : il n’obtint que la seule voix de l’ami qui l'avait décidé à poser sa candidature, la voix de Geoffroy Saint-Hilaire!

Depuis 1805, époque de son départ de Vienne, jusqu’en 1813, il avait toujours eu auprès de lui le docteur Spurzheim, son élève et protecteur, et ensuite son collaborateur. Il est fâcheux que les rapports d'amitié qui existaient entre ces deux estimables savants aient cessé alors, et que rien nait pu les rapprocher dans la suite,

Gall, homme de génie, philosophe profond , avait aussi de rares qualités du cœur. Il aimait à aider et à encourager les jeunes gens en qui il reconnaissait des talents et de l'avenir. Généralement bienveillant pour tous, il accordait difficilement son amitié. Sa franchise et sa loyauté n’excluaient ni la finesse ni la circonspection; il était doué de la plus admirable perspicacité. L'élévation de la pensée, l'indépendance de l’esprit et la fierté de l'âme dominaient en lui; elles expliquent la profonde indifférence que toujours il témoiïgna pour les critiques injurieuses dont sa doctrine fut l’objet. Pendant son séjour à Berlin, il avait vécu dans l'intimité du célèbre Kotzebue; et c’est à ce moment même que celui-ci fit représenter sa pièce intitulée Za Crdniomanie. Gall assista à la première représentation de cet ouvrage, et avec le public rit de tout son cœur du feu roulant de plaisanteries, de quolibets dirigé contre son système.

En 1823 Gall fit pour la première fois un voyage à Londres. On lui avait mis en tête qu’en y faisant des cours il réunirait un très-grand nombre d’auditeurs, et qu’il gagnerait ainsi des sommes considérables. Cette idée lui sourit, parce que les fortes dépenses de sa maison lui faisaient désirer d’un côté une meilleure position, et que de l’autre son âge avancé lui faisait sentir trop péniblement les fatigues de la vie du médecin. Croyant donc réaliser ses espérances, il partit pour Londres dans le mois d'avril, et en revint deux mois après, bien désabusé. Ses frais avaient absorbé bien au-delà de ce qu'il avait retiré de ses cours. Il en ressentit un vif chagrin. Pendant son absence, il m'avait chargé du soin de ses malades et de la correction des épreuves d’un travail qu’il avait sous presse. De retour à Paris, il continua à faire des cours, et acheva la publication de son dernier ouvrage. Devenu veuf en 1825, 11 se remaria ; mais les fatigues de la pratique médicale et les travaux d'esprit avaient miné sa lorte constitution. Dès le commencement du printemps de 1828 sa santé devint chancelante. Le 3 avril, rentré chez jui aprèsses visites, ilme dit qu’il venait d'éprouver un éfourdissement assez fort, et qu'il s'était trouvé comme fou pendant un quart d’heure. En parlant, : sa langue était embarrassée et sa bouche un peu de travers : j'en fus effrayé. Les vertiges se succédèrent; sa faiblesse augmenta, les fonctions digestives se dérangèrent. A la paralysie succéda l’assoupissement, et finalement, après environ cinq mois de maladie, il cessa de vivre, le 22 août de la même année 1828, dans sa maison de campagne, à Montrouge, près de Paris. 11 avait ordonné que ses restes mortels fussent portés directement de !a maison mortuaire au Père-Lachaise, et il m’avait fait promettre de veiller à ce que son crâne fût placé dans sa collection. 11 s’y trouve, ct la collection entière existe actuei:ement au Muséum d'histoire naturelle au Jardin des Plantes.

Je ine bornerai à citer de Gall, ses Recherches sur Le système nerveux en général el sur celui du cerveau en particulier (Paris, 1809, in-4°),et son Anatomie el physiologie du système nerveux en général et du cerveau en particutiers

(4 vol. avecatlas, 1801-1818); Sur les fonctions du cerveau et sur celles de chacune de ses parties, avec des observations sur la possibilité de reconnaitre les instincts, les penchants, les talents ou les dispositions morales et intellectuelles des hommes et des animaux, par la configuration de leur cerveau et de leur tête (Paris, 1822-25, 6 vol. in-8°). Gall a en outre donné les articles Cerveau et Cräne au Dictionnaire des sciences médicales. De Fossarr.

GALLAIT (Louis), l’un des peintres d’histoire les plus remarquables de notre époque, et membre de l’Académie des Sciences et beaux-arts de Belgique, né à Tournai, en 1810, étudia son art d’abord dans sa ville natale, puis à Anvers et à Paris. Ce qui distingue cet artiste, c’est une conception à la fois profonde et poétique de ses sujets, une habileté extrême à grouper ses personnages, et l’harmonieuse distribution de ses couleurs. Ses toiles les plus remarquables sont : Le Tasse en prison ( au palais du roi, à Bruxelles), L'Abdication de l’empereur Charles-Quint

dans la salle d’audience de la cour de cassation, à Bruxelles), les Derniers Moments d'Egmont ( propriété particulière d’un amateur allemand), enfin l'Exposition des cadavres des comtes d'Eygmont et de Hoorn après leur supplice (1851), tableau acheté par la ville de Tournai. Jeanne la Folle devant le cadavre de Philippe de Bourgogne (1859) est peut-être la meilleure de ses compositions. 11 a peint aussi des tableaux de genre et d’excellents portraits, entre autres celui de Pie IX, en 1861. M. Gallait a été élu, en 1870, associé de l’Académie française des beaux arts,

GALLAND (Aron), orientaliste, célèbre par sa traduction des Mille et une Nuits. Né à Rollot, près de Montdidier, en 1646, septième enfant d’une famille trèspauvre, et orphelin dès l’enfance, il aurait été réduit à chercher sa susbsistance dans quelque humble métier sans Ja protection de respectables ecclésiastiques qui lui procurèrent le moyen de commencer ses études à Noyon, et de les terminer dans la capitale au collége du Plessis. Passionné pour le grec, l'arabe et l’hébreu, il se voua au classement et au catalogue des manuscrits orientaux de la Sorbonne. Il dut à ses premiers succès dans cette carrière l’occasion de faire trois voyages en Orient. Dans les deux premiers, il accompagna Nointel, ambassadeur de France, d’abord à Constantinople , puis à Jérusalem : on lui avait recommandé de visiter les églises grecques de Syrie et de Jérusalem, et d’y recueillir les traditions sur des articles de foi qui occasionnaient à cette époque des contestations très-vives entre Arnauld et le célèbre ministre protestant Claude. 11 entreprit le troisième voyage avec une mission spéciale de la Compagnie des Indes.

Ce fut dans ses excursions en Syrie que Galland rassembla une multitude de contes épars, dont les Arabes s'amusent depuis un temps immémorial, et dont les premiers narrateurs ne sont guère plus connus chez eux que parmi nous les auteurs des anciens fabliaux, des contes des fées, et des ro: mans de la Bibliothèque bleue. Un passage de Massoud a accrédité l'opinion que ces histoires remontent au quatrim siècle de l’hégire. On y voit figurer l’empereur Chah- Kiar, le vizir et les deux filles de ce ministre, bien digne d’un tel maitre, Chehezad et Dinarzad. Ce sont précisément, à un léger changement d'orthographe près , les noms des personnages du premier conte des Mille et une Nuits. Cette histoire sert de lien à toutes les autres, par un artifice aussi simple mais moins ingénieux que celui dont Ovide a fait usage pour les Méfamorphoses. Le premier titre du recueil dans la langue originale a été Les mille Contes. Mille ici était pris dans un sens indéterminé,

Appelé, en 1701, à faire partie de l’Académie des Inscriptions, Galland obtint en 1709 une chaire d’arabe au Collége de France, et mourut le 17 février 1715, à soixante-neuf ans. Boze a dit de lui : « 1] travaillait en quelque situation qu'il se trouvât, ayant très-peu d'attention sur ses besoins , n’en ayant aucune sur ses commodités... Simple dans ses mœurs

Page 1