‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 5)Chapitre 10 sur 488 · ARISTIPPE — ARISTOCRATIE · texte numérisé non relu

ARISTIPPE — ARISTOCRATIE

appelés hédoniques. On ne connait pas l’époque de sa mort. Tout ce qu’on sait, c'est qu’il rendit le dernier soupir A Lipara, d’ou il se préparait, sur la demande de sa fille, a partir pour Cyréne. Ses écrits ne nous sont pas parvenus. Dans le roman historique et philosophique @Aristippe et quelques-uns de ses contemporains , Wieland fait une peinture trés-agréable de la vie et des principes mis en application par cet aimable philosophe. Barthélemy, dans son Voyage d’Anacharsis, a consacré a Aristippe un de ses chapitres philosophiques les plus piquants.

ARISTO, mot nouveau, dont la révolution de Février 1848 aenrichi la langue francaise. Disons bien vite, toutefois, qu'il n’est que V'abréviation du mot aristocrate , qui a occupé une place si importante dans le vocabulaire spécial dont faisaient usage les hommes de 1793. Sans se soucier de son étymologie ( voyes ArisTocratie ), ils entendaient en faire une grosse injure; et malheureusement cette épithéte accolée au nom d’un adversaire politique équivalut souvent a un arrét de mort. En effet l'aristocrafe prétendait rétablir Vancien régime avec ses abus , alors méme qu’il n’appartenait pas lui-méme aux classes naguére privilégiées ; était donc Vennemi de la cause populaire, un conspirateur :

Ille diris oneretur Et orco detur.,..

Le mot aristo a eu de nos jours absolument la méme signification. Quiconque refusait d’admettre que le gouvernement républicain {it au-dessus du droit des majorités, de croire 4 la tyrannie du capital, au droit autravail, a l’égalité des salaires, aux charmes du communisme, ne pouvait étre qu’un ennemi du peuple, un aristo. Lui décerner cette épithéte, c’était le désigner aux coléres de Ja multitude pour quand viendrait l’heure de ses vengeances.

ARISTOBULE. Ce nom a été illustré par plusieurs personnages de l’antiquité. Un des fréres d’Epicure s’appelait Anisrogute. — Alexandre compta parmi ses officiers un AnIsTOBULE, qui écrivit histoire de ce prince, ouvrage cité pour son exactitude. — On compte encore un autre historien de ce nom, AristopuLe de Cassandrée, qui ne se mit a écrire qu’a l’dge de quatre-vingt-quatre ans. — ARISTOBULE, fils d’Hyrcan, et grand-prétre des Juifs vers ’'an 103 avant J.-C., acquit une triste celébrité, par le meurtre de son frére Antigone. — Un autre Aristopu.e, neveu du précédent, et comme lui mauvais frére, défendit Jérusalem contre Pompée, et mourut empoisonné.

Le plus célébre des AntsTopuLe appartient tout a la fois a histoire du judaisme eta celle de la philosophiegrecque, car il fut un de ceux qui tentérent de faire entrer dans la philosophie grecque les doctrines de Ancien Testament. Juif d’Alexandrie, vivant pendant le deuxiéme siécle avant lére chrétienne , péripatéticien érudit, il se trouvait dans des conditions favorables pour tenler cette révolution. Il composa dans cette vue un commentaire grec sur le Pentateuque, ouvrage qu’il dédia a Ptolémée Philométor. Aristobule s’était proposé de prouver aux Grees que le judaisme, Je plus ancien des systémes religieux et philosophiques , avait servi de source commune a tous les autres. I] ne craignit pas d’appuyer cette assertion sur des textes qu’il forgeait avec toute cette habileté que les largesses bibliomanes de la cour de Pergame et de celle d’Alexandrie avaient apprise 4 tant d’autres. Pour montrer que les Juifs avaient été les instituteurs de la Gréce, il produisit méme des yers sous le nom d’Orphée.

Sous les yeux d’une école critique qui révisait et altérait les textes anciens , et en face de ces aristarchéens qui discutaient chaque mot d’Homére, cela était dune témérité extréme. De plus, il s’appliqua avec soin a faire disparaitre par de savantes allégories tous les anthropomorphismes des codes judaiques qui auraient choqué des philosophes. Cet ouvrage avait pour but de mettre en rapport les philosophes

‘génération de cette école.

de la Gréce avec les docteurs du judaisme; mais il n’eut pas ce résultat du vivant d’Aristobule. Les prétentions des écrits sacrés nouvellement traduits des Juifs étaient trop absolues, leur esprit trop exclusif , pour que les Grees et les Egyptiens ne se roidissent pas contre cette domination et ne se liguassent pas dans leurs haines et dans leurs calomnies contre un ennemi commun. L’essai d’Aristobule fut done prématuré. Il fallut que les circonstances fussent plus favorables ; il fallut que les enseignements du christianisme, répandus dans Alexandrie, eussent disposé les écoles de cette ville a receyoir des doctrines plus profondes, pour qu’un éclectisme des doctrines orientales et grecques pat réussir.

Tel fut le systéme que proposa Philon. Plus heureux qu’Aristobule, dont il présentait la tendance principale sur un plan plus vaste, Philon devint le chef de cette savante école judaique qu’Aristobule a pour nous Je mérite d’ayoir fondée, mais dont il ne fut pas le créateur véritable. Ce titre appartient évidemment aux savants juifs qui, sur la demande des Lagides , traduisirent de ’hébreu en grec les codes sacrés de Moise. 1] est plus que probable qu’Aristobule ne fut que le représentant de la troisiéme ou de la quatriéme Albert Matter.

ARISTOCRATIE. Si l'on s’en tenait a Ja seule étymologie ( dptctos et xedto¢), l’aristocratie serait le gouvernement des meilleurs, des plus sages, des plus dignes. Que tel soit le but auquel doit tendre l’organisation sociale , nul n’en disconviendra; malheureusement il est difficile a atteindre, et l’expérience du genre humain depuis bien des siécles nous prouve que si cet idéal qu’il poursuit sans cesse n’est pas entitrement chimérique , il luireste du moins encore beaucoup a faire pour le réaliser. Sans donc rester dans le domaine de lutopie, examinons avec une attention sérieuse, calme, et dégagée de tout esprit de parti, ce qu’on doit entendre aujourd’hui par aristocratie, ce quwelle doit étre dans I’état actuel des sociétés civilisées ; si elle n’y a pas toujours une place nécessaire, quelle que soit la forme des gouvernements; enfin, a quelles conditions elle peut exercer une légitime influence, et se faire accepter méme des amis les plus sincéres de la liberté.

Aux temps ol nous vivons, il ne faut pas se le dissimuler, de terribles préventions s’élévent contre l’aristocratie, dans la pensée du plus grand nombre , de ceux surtout qui, dominés par des passions ou des idées exclusives, ne cherchent dans I’histoire que les faits propres a justifier le dédain ou la haine du passé. Sans doute , il est trop facile d’y trouver des exemples d’aristocraties égoistes , oppressives , préoccupées surtout des moyens de perpétuer leur pouvoir et de faire peser le joug sur les classes inférieures , condamnées a un travail abrutissant et sans aucun moyen de développer leur intelligence ou d’améliorer leur bien-étre. Telles furent les castes sacerdotales de l’Inde et de l’'Egypte, qui s’appropriaient non-seulement le monopole de la puissance et de la fortune publique, mais qui prétendaient confisquer & leur profit jusqu’au libre exercice de la pensée. Chez les Grecs méme, la domination cruelle des Lacédémoniens sur les ilotes, dont ils faisaient les vils jouets de leurs caprices, est un exemple odieux de empire absolu que certaines races d’hommes ont cru pouvoir s’arroger sur d’autres races. De nos jours encore, dans de vastes pays, le code barbare de l’es clavage subsiste, et prétend se justifier par dabsurdes préjugés, fondés sur Varistocratie de la couleur.

Si nous remontons aux origines de la plupart des Etats de l'Europe moderne, nous trouvons des hordes guerriéres, qui, apres des luttes prolongées contre les habitants indigones , démembrent des provinces entiéres par la conquéte, se partagent le sol, et y fondent des aristocraties territoriales. Telle fut Porigine de lanoblesse chez la plupart des peuplades germaniques ou scandinaves, qui sont venues s’établir sur les débris du vieil empire romain. Rome elleméme avait été longtemps gouvernée par une aristocratie

puissante, qui, pour maintenir la pureté de la race dominante, prohibait le mariage des familles patriciennes avec les plébéiens. Parlerons-nous de Venise, oi laristocratie, A son tour, était maitrisée par une oligarchie, composée du conseil des Dix et des inquisiteurs d’Etat, dont le gouyernement avait pour armes l’espionnage et la délation, et pour ressort la terreur ?

Ceci nous conduit & une distinction qu’il importe de faire entre Varistocratie et loligarchie, qui en est Pexcés, Pabus et la dégénération. Aristote, cet esprit puissant, qui le premier rédigea la politique en corps de doctrine, n’a pas négligé d’établir et de marquer la ligne qui sépare ces deux régimes. Voici, selon lui, les caractéres auxquels on reconnait les gouvernements oligarchiques. En général, les lois y sont faites dans lintérét des plus riches : ce sont encore ceux ou, pour parvenir aux magistratures, il faut payer un cens ou jouir d’un revenu si considérable, que les pauvres, qui sont toujours le plus grand nombre , ne puissent y atteindre; ceux ou le choix des magistrats est concentré dans un petit nombre de familles; ceux ou les charges sont héréditaires, c’est-d-dire ot le fils succéde a son pére dans les fonctions qu’il remplissait ; enfin, ceux ow lautorité absolue appartient aux magistrats, et non pas a la loi; en d’autres termes , ceux od n’existe pas la séparation des pouvoirs législatif et exécutif, et ou les mémes hommes qui font la loi sont aussi chargés de l’exécuter : ce qui n’est autre chose quele pouvoir absolu et arbitraire.

Si maintenant nous considérons Varistocratie en elleméme , indépendamment du role qu'elle a joué dans Vhistoire, nous pouvons en reconnaitre diverses especes : Varistocratie de naissance, quile plus souvent est unie a Yaristocratie territoriale, ou a la grande propriété; c'est celle qui domine en Angleterre. Celle-ci est en méme temps une aristocratie politique ; car, disposant des grandes forces sociales qu’elle a entre les mains, elle a des intéréts étroitement liés aux intéréts généraux du pays; elle prend toujours une large part aux grandes entreprises, quand elle ne les dirige pas elle-méme; en un mot, elle gouverne.

Laristocratie francaise, sans avoir jamais joué un si grand role, avait eu la méme origine, c’est-a-dire la conquéte. Aux siécles de la féodalité, les hauts barons, les grands yassaux , seigneurs terriens, propriétaires d’immenses domaines , furent longtemps en lutte avec la couronne , tout en opprimant le tiers état, sur qui pesait presque exclusivement la masse toujours croissante des impots. De la cette alliance presque constante, dans notre histoire, de la royauté avec le tiers état, qui lui dut presque exclusivement son émancipation successive , d’abord par l’établissement des communes, puis par les parlements, qui substituaient la juridiction royale a la justice féodale, par la création des armées permanentes, et par les états généraux, ou le peuple fit entendre plus d’une fois ses doléances, trop bien fondées. La profonde politique de Louis XI porta des coups terribles 4 la prépondérance des grands vassaux , que plus fard Richelieu finit par écraser, ne laissant plus 4 Louis XLV que l’ceuvre de les réduire au rdle de courtisans.

C’est dans cet état que la révolution de 1789 surprit la noblesse francaise. Un des plus admirables résultats de cette vaste rénovation sociale fut la transformation qu’elle opéra dans toutes les classes dont se composait alors la nation; ce fut surtout la création de Vunité nationale, par labolition de tous les priviléges, de toutes les barriéres qui séparaient les provinces, de toutes les classifications hiérarchiques qui divisaient les populations. L’aristocratie, cruellement décimée par les mesures révolutionnaires , dut se soumettre a des conditions nouvelles, dont les plus importantes étaient Pégalité de tous devant la loi, légale admissibilité de tous a tous les emplois, le partage égal des héritages entre fous les enfants d@un méme pére, c’est-a-dire l’abolition

du droit Wainesse, des majorats et des substitutions , d’oi |

résulta bientot le morcellement des grandes propriété.

Lorsque , aprés les orages et les convulsions auxquels l’établissement de la premiére république livra la France, l’ordre commenga a se rétablir; quand le gouvernement, réparateur a certains égards , du consulat et de empire , travailla A rasseoir la société sur des bases plus solides , les débris épars de Varistocratie se ralliérent successivement, et acceptérent la condition d’égalité imposée par un nouvel état social, en échange de la sécurité que leur offrait un pouvoir a la fois despotique et tutélaire. Enivré de sa prodigieuse élévation, Napoléon essaya de créer une noblesse nouvelle, 4 aide de ses soldats parvenus, soutiens de son trone éphémére, qu’il voulut décorer des oripeaux de la vieille monarchie. Ce fut l’aristocratie militaire, la pire de toutes, parce qu’elle ne reconnait pas d’autre droit que le droit du sabre, ni d’autres lois que la force brutale. Napoléon crut consolider ainsi & jamais sa puissance , et comprit trop tard que 1a n’était pas la force réelle de la France.

Aprés les désastres de deux invasions, les quinze années de paix qui suivirent sous la Restauration, puis les dix-huit années de paix du régne de Louis-Philippe, développérent dans ce généreux pays uae puissance nouvelle, celle du travail. L’industrie et le commerce y prirent un essor dont on n’avait pas eu d’idée jusque alors. Le travail enfanta la richesse , cette richesse mobiliére des capitaux , qui vint contrebalancer Vascendant des fortunes territoriales. Ici se révélait un élément social qui n’avait pas encore montré a la France toutes ses ressources , ef qui allait devenir 4 son tour le principe dune autre aristocratie, l’aristocratie

Jinanciére. Ce fut, en effet, le crédit qui nous sauva de

Vabime; et histoire ne saurait oublier le réle important que jouérent dés lors dans les chambres et dans le gouvernement les banquiers, dont le dévouement, la sagacité et la confiance en l’avenir de la patrie créérent le crédit public, et, aprés avoir tiré la France de la situation la plus critique, Yélevérent en quelques années a un degré de prospérité qu’elle n’avait pas encore connu. Faut-il s’étonner maintenant que l’influence politique soit allée & ces hommes , qui disposaient pour ainsi dire de la fortune de |’Etat, et croirons-nous que l’espéce de prépondérance sociale qu’ils obtinrent alors ne fut que l’effet d’un aveugle préjugé, et non pas la noble et juste récompense décernée par |’opinion du pays? Pas plus que d’autres, nous ne sommes enclin & sacrifier au yeau d’or ou a ravaler T’intelligence humaine et sa dignité morale devant la pure aristocratie d@argent; mais nous croyons aussi qu’il y aurait a la fois ingratitude 4 oublier de pareils services et imprudente imprévoyance 4 méconnaitre le réle qui appartient désormais dans les affaires publiques aux représentants de la haute finance, arbitres du crédit de l’Etat.

Il nous reste 4 voir ce que peut étre aujourd’hui !’aristocratie, si elle est encore possible , et & quelles conditions.

En présence du débordement démocratique qui pendant prés de quatre ans a comme un torrent inondé la France ne semblait-il pas, 4 la premiére vue, que !aristocratie fat pour jamais submergée, et qu’il fat puéril de se demander ce qu’elle pouvait étre encore ? Pourtant, il y a dans la force des choses et dans la nécessité indomptable des faits une énergie vivace, qui résiste aux préventions les plus passionnées, et qui maintient devant les plus Apres contradictions les droits de la vérité méconnue.

Et dabord, ces grands corps qu’on appelle des nations peuvent-ils se concevoir sans une téte? Quels que soient les réves d’égalité chimérique dont on berce la multitude , n’y a-t-il pas et n’y aura-t-il pas toujours dans lespéce humaine des inégalités naturelles, nécessaires, indestructibles ? A ceux qui seraient tentés de nier toute espéce d’inégalité ou de supériorité naturelle entre les hommes, nous demanderions s’il n’existe pas et s'il n’existera pas toujours dans le monde des caractéres actifs, énergiques, et des caractéres

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