‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 5)Chapitre 9 sur 488 · ARISTIDE — ARISTIPPE · texte numérisé non relu

ARISTIDE — ARISTIPPE

patrie, et accourut bien vite prévenir Thémistocle du danger qui la menagait. Touché de cette preuve de patriotisme, Thémistocle lui avoua que le bruit qu'il lui rapportait n’était qu’une ruse de guerre dont il s’était servi pour empécher la flotte grecque de se séparer. 1 le fit assister au conseil de guerre ; et comme on y résolut qu’on livrerait bataille le jour suivant, Aristide fut chargé de prendre position dans la petite ile de Psytallia, ol purent se réfugier ceux dont les navires sombraient pendant le combat. Aprés la victoire, le décret de bannissement fut rapporté. L’année suivante (479), lorsque Mardonius, arrivé en Gréce a la téte d'une armée formidable, fit faire des propositions de paix aux Athéniens par l’intermédiaire d’Alexandre, roi de Macédoine, on les repoussa tout aussitét, d’aprés les conseils d Aristide. A la bataille de Platée, c’estlui qui commandait les Athéniens, et il contribua beaucoup au succés de la journée.

En Van 477, il fit rendre une loi supprimant les res- |

trictions qui avaient jusque alors empéché une certaine classe de citoyens de parvenir aux charges publiques. Thé-

mistocle ayant annoncé quil avait un plan d'une haute |

importance pour la république, mais qu’i! ne pouvait le com-

muniquer en assemblée publique, Aristide fut chargé d’en |

prendre connaissance. Ce plan consistait a incendier tous les navires des différents peuples de la Gréce 4 ce moment réunis dans un port voisin, afin d’assurer ainsi aux Athéniens la domination des mers. Aristide déclaraau peuple que rien n’était plus avantageux mais en méme temps plus injuste que le plan proposé par Thémistocle; et on le rejeta sans autrement en délibérer.

En 475 Vinsolence de Pausanias ayant déterminé les alliés a refuser d’ob¢ir plus longtemps aux Spartiates et ayant ainsi donné aux Athéniens l’hégémonie sur mer, ce fut Aristide que l’on chargea de prendre les mesures nécessitées par un pareil état de choses. Pour couvrir les frais de la guerre contre les Perses, il fit consentir les Grecs 4 payer un impdt dont la perception était contiée a des magistrats élus en commun et dont le produit devait étre gardé a Delos. Picin de confiance dans sa probité, on chargea Aristide d’en faire la répartition; et il s’en acquitta 4 Ja satisfaction générale. Ii mourut en V’an 468, dans un age fort avancé, et si pauvre, qu'il fallut Penterrer aux frais du trésor public. Il Jaissait deux filles, que la république se chargea de doter, et un fils, auquel on fit don de 100 mines d’argent (environ 8,000 [r. de notre monnaie) et d’une plantation d’oliviers.

ARISTIDE (4itius), de Mysie, rhéteur ou sophiste du ‘deuxiéme siécle, est célébre par ses voyages en Asie, en Gréce, en Italie et en Egypte jusqu’aux confins de l’Ethiopie. Un tremblement de terre ayant détruit Smyrne, en 178, il détermina par son éloquence Vempereur Antonin a contribuer pour une forte somme 4 la réédification de cette ville, dont les habitants reconnaissants lui érigérent une statue d’airain. Comme orateur il s’efforca d’imiter les modéles de Vantiquité; et bien quil ait, pour ce qui est de l’invention et de l’expression , les défauts des sophistes postérieurs, il ne laisse pas que d’offrir des beautés et une énergie qui lui sont propres. Les anciens admiraient beaucoup la richesse, lingénieuse disposition et la force de ses arguments. Indépendamment du discours contre Leptines, découvert par Morelli, etdecelui contre Démosthéne, découvert par Mai, mais dont lauthenticité a été niée par Foss, on a de lui 55 discours et déclamations, ainsi qu’un ouvrage théorique - surl’éloquence publique et privée. Ses ceuvres ont été publiées par Walz dans ses Rhetores greci (Stuttgard, 1832).

ARISTIDE,, célébre peintre thébain, de l’école d’Euxinidas. Le premier il osa essayer de reproduire sur la toile les agitations de l’dme, les passions de homme, intérieurement soulevées comme Ja mer en courroux. Le plus célebre de ses tableaux représentait Le pillage d’une ville. Sur le premier plan, on aperceyait une jeune mére étendue

a terre, luttant contre la mort, avec un poignard enfoneé dans le sein. Elle repoussait faiblement son enfant, qui se cramponnait 4 son sein, et qui, au lieu de sucer son lait,

| suc¢ait le sang coulant de sa blessure ; tableau touchant, dont

tous les détails étaient si vrais, si saisissants, qu’il était impossible dele contempler sans frissonner @horreur et d’effroi.

Entre autres grandes toiles, Aristide avail encore peint une Bataille entre les Grecs et les Perses. Ce tableau ne comprenait pas moins de cent figures principales. Mnason , tyran d’Elatée, qui en fit Pacquisition, le paya a lartiste sur le pied de dix mines, c’est-a-dire de 360 kilogrammes pesant d'argent par personnage, ce qui portait le prix du tableau entier 4 36,000 kilogrammes d'argent, soit a plus de 8,500,000 fr. de notre monnaie. Pline le naturaliste nous apprend qu’Attiius offrit a Aristide 600,000 sesterces, c’esta-dire prés de six millions de notre monnaie, d’un tableau représentant Bacchus. Mummius, le barbare consul qui prit Corinthe, ne pouvant comprendre qu’un homme de godt attachat une telle valeur aun chef-d’ceuvre de ce genre, s’imagina, du moment ou on le payait sicher, que ce devait éire quelque précieux talisman ayant des vertus secrétes et incomparables; et il le fit en conséquence enlever de vive force a Aftilus. Aristide, contemporain d’Apelle, vécut vers Pau 300 avant notre ére.

ARISTIPPE, philosophe grec, fondateur d’une célébre école grecque, qui fut appelée cyrénaique, du nom de sa ville natale, Cyréne en Afrique. Il florissait ’an 380 avant J.-C. Envoyé a Olympie par son pére, probablement pour prendre part aux courses de cliars, il entendit parler de Socrate, et fut si avide de suivre ses lecons, qu’il partit aussift pour Athénes. Mélé parmi ses disciples, il n’adopta pas cependant tous ses principes. Il pensait, toutefois, ainsi que lui, quil faut s’abstenir de parler des choses qui sont audessus de Vintelligence humaine, et avait peu d’estime pour les sciences physiques et mathématiques. Sa morale, au fond, difiérait beaucoup de celle de Socrate : c’étail V’art des jouissances les plus délicates de la vie. Ses principales maximes étaient : « Toutes les sensations de (homme se réduisent 4 deux, le plaisir ef la douleur. Le plaisir est une agitation douce, et la douleur une agitation violente. Toutes les créatures vivantes recherchent le premier et évitent la derniére. Le bonheur n’est rien autre chose qu’une jouissance durable composée de jouissances isolées; et comme c’est le but oii tendent tous ies efforts de Phomme, il ne faut se soustraire 4 aucune jouissance. Il convient cependant de procéder avec choix, ef de prendre le govt pour guide. » Socrate, qui n’approuvait pas ces maximes, discuta souvent ayec lui, et pour échapper 4 ses remontrances Aristippe passait 4 Egine une partie de son temps ; il y était lorsque son maitre mouruf.

Il fit plusieurs voyages en Sicile, et y fut accueilli avec beaucoup de bienveillance par Denys le Tyran. Ses amis lui reprochant ses liaisons avec lui: « Que voulez-vous? leur répondit-il, je parle a la cour la langue de la cour, et chez le peuple le langage du peuple. » Un jour que, pour obtenir une grace, il s’était jeté aux genoux de Denys : « Est-ce ma faute, dit-il, si cet homme a les oreilles aux pieds? » Les charmes de la célebre Lais l’attirérent & Corinthe, et il se lia dintimité avec elie. Lorsqu’on lui reprochait de dépenser autant d’argent pour une femme qui se livrait & Diogéne sans en rien recevoir : « Je la paye, dit-il, pour quelle m’accorde ses faveurs, et non pas pour qu’elle Jes refuse & d’autres, » Il disait une autre fois : « Je posséde Lais ; mais elle ne me posséde pas. »

Il n’est pas vraisemblable qu’a son retour il ait ouvert une école a Athénes, ainsi que le prétend Diogéne Laerce ; car nous ne connaissons aucun de ses disciples. Sa doctrine ne fut cultivée que par sa fille, Arété, ef par Aristippe, son petit-fils. D’autres cyrénaiques se formérent une doctrine de la jouissance; mais ils furent, d’aprés leurs principes,

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