‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 5)Chapitre 11 sur 488 · ARISTOCRATIE — ARISTON · texte numérisé non relu

ARISTOCRATIE — ARISTON

mous, paresseux; des esprits lents , étroits , bornés , et des esprits prompts, ouverts, pénétrants ? Enfin ‘ sil n’y a pas @un cété des intelligences cultivées, disciplinées par de longues et fortes études, riches de toutes les connaissances qu’un siécle de lumiéres met a leur disposition j et de l’autre edté des intelligences inertes, a peine | dégrossies, engourdies par lignorance, ou méme abrulies par un abandon complet a leurs appétits sensuels? Sans nous tenir 4 ces deux bouts extrémes de la chaine que forme Pespece humaine, on reconnaitra aisément qu'il y a une masse intermédiaire d’hommes vulgaires, qui, sans se distinguer par les éminentes facultés des uns, ou sans tomber tout a fait a Vétat déchu des autres, végétent dans une humble médiocrité et en sayent assez pour faire d’estimables marchands , de bons employés, des bourgeois sans prétention et d’honnétes électeurs. Eh bien, comparés a cette masse respectable, mais peu brillante, les premiers, que nous avons yus si heureusement doués des facultés intellectuelles et morales, ne sont-ils pas réellement élite de notre espéce ? Ne formentils pas une aristocratie naturelle, légitime , incontestable?

Remarquez bien qu’ici nous avons laissé de cdté toute autre supériorité, soit de naissance, soit de fortune, soit de position sociale. Aussi bien, ne ferons-nous nulle difficulté d’admettre que le temps des aristocraties fondées uniquement sur la naissance est fini, que d’autres conditions sont exigées pour mériter quelque prééminence sociale : si la naissance n’est pas un motif d’exclusion, elle n’est pas non plus un titre suffisant. Il en est de méme de la fortune, soit territoriale, soit mobiliére. Que si elle aspire a servir Etat dans quelqu’un des services publics, elle aura, comme tous, a faire avant tout preuve de capacité : car nul ne s’aviserait d’exclure, en qualité de propriétaire, quiconque montrerait d’ailleurs son aptitude a entrer dans cette aristocratie des lumiéres, des talents et des caractéres.

Pour nous résumer, puisque nous ayons reconnu des supériorités naturelles, ne tomberons-nous pas d’accord sur ce point, que la direction de la société appartient raisonnablement, naturellement, 4 ceux qui sont les plus capables de Ja conduire, c’est-a-dire aux plus intelligents, aux plus expérimentés, aux plus habiles, aux plus dévoués, aux plus désintéressés? Sans nous arréter aux monstrueuses absurdités recélées dans le principe que certains démagogues appellent Ze gouvernement direct du peuple par le peuple lui-méme, on ne peut nier ceci: Un gouvernement n’est pas moins nécessaire aux républiques qu’aux monarchies ; et pas plus dans une république que dans une monarchie on ne gouverne de bas en haut, 4 moins de vouloir mettre I’édifice social sens dessus dessous et dresser la pyramide sur sa pointe. C’est Ja téte de la société qui la dirige; et cette tete de la société, c’est ce que nous appelons l’aristocratie. Donc, dans I’Etat le plus démocratique il peut et il doit y avoir de laristocratie, sous peine de périr; car il n’est pas donné a homme de changer la nature des choses : c’est un des éléments indispensables de l'ordre; c’est une digue contre les tempétes révolutionnaires, c’est un contre-poids naturel et nécessaire a la turbulence démocratique. Sans cet élément aristocratique, Ja démocratie dégénére en ochlocratie : c’est l'empire de Ja ‘Multitude, c’est le gouvernement des clubs, ou l’anarchie. — En quelque dose qu’on admette le principe aristocratique, le droit @élection, principe essentiellement démocratique, et expression de la souveraineté nationale, aujourd hui racine de tous Jes pouvoirs, sera toujours une garantie suffisante contre les abus , s’ils étaient possibles.

Seulement, la vraie question qui reste, c'est la nature de cette aristocratie et les conditions qui la rendent légitime. Elle doit représenter les vrais intéréts de la société, ses idées, ses sentiments , Ses besoins les plus généraux. A cet égard la constitution ne laisse autre chose A faire, sinon de s’en rapporter a intelligence des électeurs, Tout le progrés désirable consiste A choisir parmi ces notabilités, parmi

ces candidats naturels aux fonctions politiques, les hommes qui par leurs lumiéres, leur expérience ou leurs services , par leur loyauté, leur dévouement et par une juste mesure de fermeté et de modération, présentent le plus d’aptitude pour la défense de la liberté et de l’ordre public.

Qui ne voit que l’aristocratie ainsi comprise ne peut plus étre un corps isolé dans la nation? Elle ne saurait deyenir oppressive : elle n’a plus de priviléges d’aucune espéce; elle est toute personnelle, et n’a rien dhéréditaire; elle n’a plus rien d’immobile ni d’exclusif : elle se recrute chaque jour librement dans toutes les classes de la société : ses rangs, toujours ouverts, sont accessibles 4 tous, sans autres. limites et sans autres conditions que celle du mérite et dela capacité. s ARTAUD.

ARISTODEME. Il y eut dans l’antiquité plusieurs personnages connus sous ce nom. Le plus ancien est un des Héraclides qui, a la téte des Doriens , vinrent conquérir le Péloponnése, de 1190 a 1186, et fut pére de Proclés et d’Eurysthéne, chefs des deux branches qui aprés lui régnérent conjointement a Sparte.

AnistopimE, roi de Messénie, soutint, de 744 & 724, la guerre la plus opinidtre contre les Spartiates. On dit que , sur la foi d’un oracle, il sacrifia sa fille pour le succés de la guerre, et qu’ensuite, pour obéir 4 un nouvel oracle, il se perca lui-méme de son épée.

Un autre AristopEME , grammairien d’Alexandrie, fut un des disciples et des successeurs immédiats du grand critique Aristarque. — Enfin, on compte parmi les épigrammatistes un ARISTODEME, qui recueillit les inscriptions de la ville de Thebes. ARTAUD.

ARISTOGITON. Voyez Harmonivs.

ARISTOLOCHE (d’dptotos, trés-bon, et de Aoyxela, les couches ). Le nom de Iaristoloche lui vient de ce que les anciens étaient persuadés que cette plante était propre & faciliter ’évacuation des lochies ou vidanges des femmes accouchées. De nos jours, les aristoloches n’entrent plus que dans quelques composés pharmaceutiques peu employés. Cependant il faut reconnaitre les propriétés stimulantes des racines améres de deux espéces indigénes, Varistoloche ronde et l'aristoloche longue. La plupart des autres espéces se trouvent principalement dans Amérique intertropicale : on distingue l’aristolochia serpentaria (serpentaire de Virginie), Varistolochia clematitis, et Yaristolochia sipho, plus connue sous le nom daristolor che & grandes feuilles. Cette dernitre est une plante grimpante, trés-recherchée dans Jes jardins, 4 cause de l’ampleur, de la forme et de la couleur de ses feuilles , qui unies aux fleurs du jasmin et de la clématite concourent a la décoration des berceaux. — Ce genre renferme prés de cent especes:

ARISTOMENE, roi et général des Messéniens, vers 684 avant J.-C., soulevya ses compatriotes contre les Lacédémoniens, et excita la seconde guerre de Messénie. Deux fois il fut fait prisonnier, et chaque fois il s’échappa de la maniére la plus merveilleuse. Il remporta de grands avantages, et soutint un siége de onze ans dans la ville d’Ira (671 ayant J.-C.); mais il ne put empécher l’asservissement de sa patrie, Aristoméne yaincu se retira en Arcadie avec les débris des Messéniens,

Anistoméne, poéte comique d’Athénes, contemporain d’Aristophane, appartint successivement & la comédie ancienne et A la comédie moyenne; son Adméde concourut avec le Plutus d’Aristophane, ARTAUD.

ARISTON, Plusieurs personnages de lantiquité ont porté ce nom, L’un était fils d’Agasiclds, de la seconde branche des rois de Sparte, et monta sur le tréne vers Van 560 avant J.-C, — On trouve ensuite trois péripatéticiens de ce nom : le plus conna est Ariston Judiedes, qué succéda & Lycon dans la chaire d’Aristote, — Un autre Aniston, fils de Miltiade, se fit remarquer dans la secte stoicienne, qu'il quitta bientot pour en fonder une od il pro

ARISTON — ARISTOPHANE it

fessait une morae moins sévére; mais son école fut bien vite abandonnée. Cependant, Ariston eut pour disciple le cé- Jébre Eratosthéne de Cyréne.

ARISTOPHANE, le seu! poéte comique gree dont on posstde des pieces entiéres, était fils @’un certain Philippe, et né & Athénes. Ses débuts comme poéte datent de la quatriéme année de la guerre du Péloponneése, en 427 ay. J.-C., et comme il s’était permis quelques plaisanteries sur le compte de Cléon, démagogue alors tout-puissant, celui-ci Vaccusa d’avoir usurpé le tilre de citoyen athénien. Aristophane ne se défendit qu’en citant les deux vers qu’Homére place dans la bouche de Télémaque, lorsqu’on lui demande s'il est le fils d’Ulysse.; « Ma mére dit qu’il est mon pére; moi, je Pignore, car personne ne sait qui l’a engendré. » Plus tard il se vengea de Cléon par sa comédie des Chevaliers , dans laquelle il joua lui-méme le rdle de Cléon, aucun acteur n’en ayant eu le courage.

C’est d peu prés 1a tout ce que nous savons de la vie d’ Aristophane, que les anciens appellent toujours par excellence le Comique, deméme que lorsqu’ils disent le Poéée ils entendent désigner Homére. Des cinquante-quatre comédies qu’il avait composées, onze sont parvenues jusqu’a nous : Les Acharniens, Les Chevaliers, Les Guépes, La Paix, Les Oiseaux, Les Femmes a la féte des Thesmophories, Lysistrata, Les Grenouilles, Les Femmes a Vassembléedu peuple, Les Nuées, et Plutus, Les Acharniens, La Paix, Lysistrata, ont pour but de montrer la nécessité de mettre fin 4 la guerre. Dans Les Guépes, Vauteur raille la passion que le peuple athénien avait pour les procés, les plaidoyers , les jugements. Les Oiseaux, Les Femmes & Vassemblée du peuple, sont de spirituelles parodies des utopies mises en ayant par les philosophes de cette république imaginaire que Protagoras avait décrite avant Platon. Les oiseaux s’avisent de batir dans lesairs une villeappelée Véphilococcygie, ou la ville des nuées et des coucous. A peine est-elle consacrée, qu’une foule d’aventuriers accourent dans |’espoir d’y trouver quelque chose a gagner. C’est un pauvre diable de poéte qui versifie en Vhonneur de la ville nouvelle, pour attraper un morceau de pain ou un habit; un devin avec ses oracles; etc. L’esprit satirique du poete se joue a l’aise dans ce cadre ow il passe en revue tous les ridicules, sans que les dieux eux-mémes soient 4 l’abri de ses traits. Les Femmes @ l’assemblée du peuple représentent une conspiration féminine pour opérer une révolution sociale. Aprés s’étre assurées dela majorité au moyen d’un stratagéme, elles font passer un décret qui les investit du gouvernement. Elles établissent ensuite une nouvelle constitution, fondée sur la communauté des biens, des femmes et des enfants. Une critique libre et hardie, une vive satire des meeurs athéniennes, yoila Punique but de auteur dans cette suite de scénes pleines de gaieté. Dans Les femmes a la féte des Thesmophories, dans Les Grenouilles et dans Les Nuées, le but de la critique est beaucoup plus liftéraire que politique; et c’est surtout contre Euripide que sont dirigés les traits du comique. Voici le sujet des Grenowilles : Bacchus, ennuyé des mauvaises tragédies qu’on jouait 4 Athénes depuis que Sophocle et Agathon étaient morts, veut aller chercher aux enfers un poéte digne de célébrer ses fétes. Il passe le Styx dans la barque 4 Caron, et les grenouilles l’accompagnent de leurs coassements. De la le titre de cette comédie. Arrivéau terme de son voyage, Bacchus trouve les enfers en émoi. Euripide, nouveau venu, dispute le tréne de la tragédie & Eschyle, qui loccupait avant lui. Plnton nomme Bacchus juge de ce différend. Les deux poétes s’attaquent tour & tour au sujet de leurs piéces, deleurs prologues, de leurs chceurs, etc. Bacchus finit par se prononcer en faveur d’Eschyle, et l’emméne avec lui sur Ja terre. Pendant son absence le sceptre tragique restera 4 Sophocle, C’est & tort que la tradition attribue aux Nuwées une part importante dans Ia mort de Socrate; car la représentation en eut lieu vingt-quatre ans au-

paravant. Tontefois, si Aristophane se trouve disculpé a cet égard par le simple rapprochement des dates, on ne saurait nier que dans les incriminations mélées de bouffonneries qu'il y éléve contre le philosophe on ne retrouve une bonne partie des motifs qu’on mit plus tard en avant pour le condamner. Le Plu/us peut étre considéré comme transition entre ’ancienne et Ja nouvelle comédie. Ne pouvant plus se prendre aux personnages vivants, l’auteur se jette dans la fiction et Palléegorie.

Pour bien saisir toute la finesse des allusions politiques que contiennent les piéces du théatre d’Aristophane, il faut étre profondément versé dans la connaissance des movurs et des idées des anciens. Le lecteur placé dans ces conditions ne manquera pas d’en admirer l’alticisme ingénieux, Phabileté et le soin extréme apportés dans la disposition du sujet ef dans l’exécution du plan, et @autres avantages de la forme, qui ont mérité a Aristophane d’étre placé au premier rang des poétes comiques. Son esprit et sa gaielé sont aussi inépuisables que sa hardiesse est sans bornes. Les Grecs étaient ravis de la finesse et de la grace de ses piéces, et Platon disaitde ce comique que les Graces avaient élu domicile dans son esprit. Avec les idées que nous avons aujourd’hui en matiére de décence, on serait plutot tenté de répéter avec Goethe qu’Aristophane fut enfant gaté des Graces. Il se servait de Vallégorie pour aborder des sujets politiques, pour flageller les vices et les ridicules de son époque. Au point de yue moral et politique, il se montre Je champion sévére de l’ancienne honnéteté, des anciennes meeurs, de l’art et de la science d’autrefois. Sur le champ de la satire personnelle la liberté de l’ancienne comédie permettait des choses incroyables : Ja hardiesse et imagination d’Aristophane usaient si largement 4 cet égard des priviléges du poéte comique, qu’il n’épargnait pas plus les dieux que les hommes, pour peu qwils lui donnassent prise. Il ménageait si peu Je peuple athénien lui-méme, que, sous le personnage de son vieux démagogue Demos, il n’hésite pas a le représenter de la maniére la plus dégradante. Il lui reproche continuellement sa lacheté, sa légéreté, son godt pour la flatterie, sa crédulité stupide et son penchant a se repaitre d’espérances exagérées. An lieu de s’en fdcher, les Athéniens l’en recompensérent en lui décernant une couronne d’olivier sacré, honneur alors des plus rares. Mais cette liberté poussée jusqu’a la licence était dailleurs le caractére méme de l’ancienne comédie, qu’on regarda pendant longtemps comine Pun des plus puissants moyens d’action de la démocratie, jusqu’a ce qu’aprés la guerre du Péloponnése on songea enfin 4 en réprimer les excés. En l’an 338 avant J.-C., une loi fut rendue quiinterdit de nommer al’avenir qui que ce {ut sur le thédtre. Aristophane donna alors sous le nom de son fils ainé Cocalus, comédie dans laquelle un jeune homme séduit une jeune fille et l’épouse quand il découvre quelle est son origine. C’est de cette piéce, on peut le dire, que date la comédie moderne. Aristophane, qui était déja fort agé, semble étre mort peu de temps apres.

M. Artaud, un de nos philologues les plus distingués, a publié une traduction en prose d’Arislophane (Paris, 1829, 6 vol. in-32) qui, au jugement de tous les critiques, reproduit avec une fidélité et un bonheur d’expression peu ordinaires la maniére d’Aristophane, et surtout cette vis comica que le poéte grec possédait au supréme degré.

ARISTOPHANE, célébre grammairien, néa Byzance, vers l’an 240 avant J.-C., vint de bonne heurea Alexandrie, y étudia sous Zénodote d’Ephése, premier directeur de la bibliothéque qui venait d’étre fondée dans cette ville, et lui succéda dans ce titre et dans sa chaire de grammaire. Il arrangea, mit en ordre et commenta les poésies d’Homére, Hésiode, Alcée, Pindare et Aristophane, et fut le maitre du fameux Aristarque. Mais le plus grand service qu’il aif rendu aux lettres, c’est incontestablement sa crilique et son commentaire des poémes homériques. A |’exception d'un

Page 1