ASTROLOGIE — ASTRONOMIE
fluence des constellations. On voit dans les Admirables Secrets d’Albert le Grand comment Saturne domine sur la vie, les sciences , les édifices; "honneur, les souhaits, les richesses , la propreté des vétements dépendent de Jupiter ; Mars exerce son influence sur la guerre, les prisons, les mariages , les haines; le soleil verse avec ses rayons l’expérience , le bonheur, le gain , les héritages; les amitiés et les amours viennent de VYénus; Mercure envoie les maladies , les pertes , les dettes; il préside au commerce et a la crainte ; la lune domine sur les plaies, les songes et les larcins. Les jours , les couleurs, les métaux , sont également soumis aux planétes : le soleil est bienfaisant et favorable ; Saturne, triste, morose et froid; Jupiter, tempéré et bénin; Mars, ardent; Vénus, féconde et bienveillante; Mercure, inconstant; la Lune, mélancolique. Les constellations ont également leurs qualités bonnes ou mauvaises. Les astrologues regardaient comme un des principaux mystéres de leur science la vertu des maisons du soleil. Pour construire ces maisons, ils faisaient une premiére division du jour en quatre parties , séparées , disaient-ils, par les quatre points angulaires , savoir : l’ascendant du soleil , le milieu du ciel, Poccident et le bas du ciel; ces quatre parties, subdivisées en douze autres, font ce qu’on appelle les douze maisons. « Ce qu’il y a de facheux, ajoute M. Ferdinand Denis , auquel nous empruntons cette description des mysteres astrologiques, c’est que les propriétés de ces diverses maisons varient selon les peuples et les auteurs. Ptolémée et Héliodore les envisagent d'une maniére opposée; les Grees, les Egyptiens , les Arabes , ne Jes considérent point de la méme maniére. »
L’opération la plus importante, et en méme temps la plus ordinaire, de l’art des astrologues, consistait a tirer un horoscope.
Ce fut dans le courant du seiziéme siécle que l’astrologie judiciaire acquit tout le développement dont elle était susceptible. Cette science avait adopté une foule de signes d’origine orientale , que l'on peut voir dans Cardan, et qui constituaient une espéce d’alphabet de langue particuliére , dont la connaissance demandait de longues et profondes études. Mais de tout temps ceux qui ont cultivé l’astrologie (et parmi eux l’on compte plus d’un homme de génie ) durent trouver un ample dédommagement de leurs travaux dans l’immense influence qu’on leur a toujours accordée, méme dans les temps qui se rapprochent le plus du nétre. Parmi les anciens , les hommes les plus illustres et les plus instruits ajoutérent foi aux prédictions astrologiques. Parmi les modernes, pour citer quelques exemples, Charles V, dit Je Sage, était tellement infatué de l’astrologie qu’il fonda un collége pour que cette science y fat enseignée publiquement, et qu’il combla de ses bienfaits maitre Gervais Chrétien, « souverain médecin, et astrologien du roi Charles-Quint, » dit Simon de Phares, dans son catalogue des principaux astrologues de France. Ces dispositions furent confirmées par une bulle du pape Urbain V, qui langa anathéme contre quiconque oserait enlever de ce collége les livres et les instruments qui servaient aux opérations astrologiques.
Mathias Corvin, roi de Hongrie, n’entreprenait rien sans avoir consulté les astrologues ; Louis Sforce, duc de Milan, le pape Paul, se dirigeaient également d’aprés leurs avis. Louis XI courba la téte sous leurs prétendus oracles. lls exererent une telle influence sur Catherine de Médicis, que sur la prédiction d’un des nombreux astrologues qu’elle avait amenés d’Italie, elle abandonna les Tuileries, qu’elle venait de faire construire 4 grands frais, et fit batir ’hdtel de Soissons, ou elle fit ériger cette colonne-observatoire qui existe encore adossée A la halle au blé, et ot elle interrogeait les astres sur ses futures destinées. Quelle impression de tels exemples ne devaient-ils pas faire sur la multitude! Aussi, lorsque Stoffler, l'un des plus fameux mathématiciens de
’Europe, eut prédit par l’inspection des astres un déluge universel pour le mois de février 1524, tous les peuples de Asie, de Europe et de l’Afrique, qui entendirent parler de celle prédiction, furent-ils consternés. Chacun, inalgré Parc-en-ciel , s’attendit 4 un nouveau déluge. Plusieurs auteurs contemporains rapportent que les habitants des provinces maritimes de ]’Allemagne s’empressaient de vendre a vil prix leurs terres & des gens qui profitérent de leur crédulité. Chacun se munissait d’un bateau comme d’une arche. Un docteur de Toulouse, nommé Auriol , en fit construire un immense pour lui, sa famille et ses amis. On pri les mémes précautions dans une grande partie de I’Italie. Enfin le mois de février arriva, et il ne tomba pas une goutte d’eau; jamais mois ne fut plus sec, et jamais les astrologues ne furent plus embarrassés.
Cependant, ils ne furent pour cela ni découragés ni négligés ; presque tous les princes, méme les plus éclairés, continuérent de les consulter. Henri IV ordonna au fameux Lariviére , son premier médecin, de tirer Phoroscope du jeune prince qui devait ¢tre Louis XIII. Le célébre Wallenstein fut un oes plus infatués des chiméres astrologiques. « II se disait prince, dit Voltaire, et par conséquent il pensait que le zodiaque avait été fait tout exprés pour lui. I] n’assiégeait une ville, ne livrait une bataille qu’aprés avoir tenu son conseil avec le cicl. Mais comme ce grand homme était fort ignorant, il avait établi pour chef de ce conseil un fripon d’Italien, nommé Jean-Baptiste Seni, auquel il entretenait un carrosse a six chevaux et donnait la valeur de vingt mille de nos livres de pension. Jean-Baptiste Seni ne putjamais prévoir que Wallenstein serait assassiné par les ordres de son gracieux souverain Ferdinand, et que lui, Seni, s’en retournerait a pied en Italie. » Des hommes que leur caractére semblerait avoir di mettre encore davantage audessus d’une telle superstition, Richelieu et Mazarin, consultaient Jean Morin en qualité d’astrologue, et ’on voit dans des mémoires sur la Russie combien, un peu plus tard, l’astrologie eut part aux décisions qui gouvernaient cet empire.
Ce ne fut guére que dans le siécle dernier que les progrés des sciences, de la philosophie surtout, portérent a l’astrologie un coup dont elle ne s’est point relevée, et cette limite que nous assignons a l’entiére décadence de l’astrologie en France est si juste, on: croyait encore si généralement a la puissance des sciences occultes vers la fin du siécle précédent, que lorsque en 1666 Colbert fonda l’Académie des Sciences, il crut devoir défendre expressément aux astronomes de s’occuper d’astrologie judiciaire et aux chimistes de chercher la pierre philosophale. L’astrologie est encore en honneur en Chine, en Perse, et dans presque tout l’Orient, bien que la doctrine de Mahomet lui soit opposée.
ASTROMETRE. Voyez Hétiométre.
ASTRONOMILE (de dotnp, étoile, et vonoc, loi), connaissance du ciel ou des astres ; science des corps célestes, en général, et de leurs mouvements vrais et apparents, en particulier, L’astronomie doit donc nous faire connaitre d’abord tout ce qui a été découvert sur la nature et les propriétés des corps célestes, ensuite et principalement les observations faites sur leur grandeur et leurs mouvements apparents pour en déduire les lois de leurs mouvements vrais, de leurs dimensions et de leurs distances. A Pégard de ce dernier et important objet de la science, cn divise ordinairement Pastronomie en trois branches principales : sphérique, théorique et physique.
L’astronomie sphérique traite des observations sensibles du ciel, de la position des astres sur la sphére céleste apparente, tant entre eux que par rapport a certains cercles imaginaires; de la connaissance des différents groupes d’étoiles réunis en constellations, connaissance désignée sous la dénomination particulitre @astrognosie. On pourrait lappeler astronomie empirique ou expérimentale, en cé qu’elle se borne a la représentation du ciel tel qu’il apparait
a Pobservateur. Le nom de sphérique tui vient de ce que le ciel étoilé se présente a l’ceil sous la forme d’une moitié de sphére.
L’astronomie théorique ou scientifigue, par opposition 4 l’astronomie expérimentale, dont il vient d’étre parlé, traite de cette importante question, qui se présente d’abord 3 la seule inspection des mouvements sensibles du ciel étoilé, de savoir quelle est explication la plus satisfaisante que permettent la contradiction apparente et l’inintelligibilité de ces mouvements ; si, par exemple, le ciel avec ses millions d’étoiles se meut autour de la terre d’orient en occident, ou si, au contraire, c’est cette derniére qui, dans une direction opposée, tourne sur son axe; si le soleil se meut, comme il nous semble, ou si c’est la terre qui gravite autour du soleil, ainsi qu’un raisonnement plus approfondi nous porte a le penser. L’astronomie théorique examine ces questions, et les résout par le secours des mathématiques. Elle va méme jusqu’a préciser les mouvements vrais des corps célestes, et nommément ceux qui appartiennent a notre systéme solaire, et 4 prédire, ce qui est d’une grande importance pour la vie civile, le lieu ose trouvera chacun de ces corps dans un espace de temps déterminé. Elle précise Pépoque des éclipses de soleil et de lune avec toutes les circonstances qui y ont rapport, les oppositions et les conjonctions; elle en déduit les conséquences nécessaires A la théorie des planétes et de leurs satellites; elle a porté cette théorie 4 une telle perfection que le navigateur, par exemple, trouve sur |’Océan une direction stre pour le lieu de sa destination, au moyen de tables astronomiques dressées sur la position réciproque de la lune et des étoiles pour chaque instant du jour.
Liastronomie physique traite des lois suprémes des mouvements combinés des astres, el analyse, d’aprés les régles de la mécanique, les phénoménes de l'attraction réciproque des corps célestes, ainsi que les régles qui lui sont applicables. On pourraitla réunir ala division précédente sous la dénomination commune d’astronomie scientifique. On peut comparer le ciel étoilé 4 une montre : le mouvement sensible des aiguilles est comme l’astronomie sphérique; les rouages et leur influence sur le mouvement des aiguilles comme l’astronomie théorique, et le ressort, cause premiére de tout mouvement, comme Il’astronomie physique. Tout le systéme théorique de cette science est contenu dans ces trois divisions.
L’astronomie pratique, ainsi nommée par opposition a celle dont il vient d’étre parlé, comprend tout ce qui a rapport aux observations, 4 la construction et a l’entretien des instruments, ainsi qu’aux calculs astronomiques.
Voici le portrait que Villustre et infortuné Bailly trace du véritable astronome. Aprés avoir fait ses observations..., « il rentre dans son cabinet avec les secrets qu’il a surpris, avec les dépouilles du ciel; son 4me a résidé jusqu’ici dans les sens de la vue et du tact : elle se retire avec elle-méme ; il va méditer sur ce qu’il a vu; il rappelle ce qu’on a vu jadis, pour comparer les faits présents avec les faits passés. Qu’on ne croie pas qu'il se borne a étre le témoin des phénoménes : ce n'est pas une sentinelle placée pour observer ce qui se passe au dehors de notre citadelles et dans les campagnes célestes; qu’on n’imagine pas qu’il a tout fait lorsque la célérité du coup d’cil et ’adresse de la main lui ont procuré une observation exacte: cette observation n’est qu’un moyen qui lui a été indiqué par son génie, et dont son génie lui prescrira usage. L’observation est placée entre les yues de esprit qui en ont montré Vutilité et cette utilité méme, qu'il faut avoir l’art d’en faire éclore. Mais cette prévision de lesprit, le pressentiment des phénoménes est étonnamment difficile; c’est un don trés-rare , c’est le génie lui-méme. 11 faut joindre & une vaste mémoire, oii tous les faits connus soient disposés, une intelligence proportionnée pour combiner ces faits, pour comparer ce qu'ils ont pro-
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duit avec ce qu’ils pouvaient produire; i] faut se représenter les phénoménes revétus de toutes leurs illusions, distinguer les cas ou ces illusions peuvent étre séparées, marquer en méme temps les instants ol l’une a toute sa force et peut étre plus facilement mesurée; il faut quelquefois l'art de la multiplier, en sommant, en réunissant ses effets pour la rendre plus sensible. Une découverte, soit dans \es principes, soit dans les phénoménes de la nature, dans les méthodes d’observer, ou dans les instruments, change souvent état des choses. I] faut alors revenir sur le passé, aperce-
voir les ressources nées de cette découverte, les moyens
qu’elle offre de pénétrer plus avant; considérer ce qu’un fait nouveau peut changer, rectifier, dans un ensemble de faits connus, et l’influence d’une idée sur un grand nombre d’idées acquises. C'est par cette divination, c’est par cette maniére d’interroger le ciel qu’on se rend digne des réponses favorables. Alors, quand l’astronome devient observateur, i} Pest avec toute la dignité de homme; il suit le plan qu’il a tracé, il agit d’aprés ses vues, comme la main exécute la pensée. Mais quand il a multiplié les observations, quand i] a amassé une multitude de faits, il faut qu’il remonte a la hauteur d’ot il est descendu; il faut que sa yue les pénetre, les embrasse. L’explication d’un phénoméne est souvent dans un fait éloigné et solitaire; les causes générales sont sous des masses de faits. Dans la variété de la magnificence céleste, on a bien de la peine a retrouver Ja simplicité : mais, organe et interpréte des choses divines, I’astronome s’agrandit par cette noble fonction. Le génie seul peut dire : Voila la marche, voila la régle de la nature. L’astronome a commencé par l’épier; il finit par la presser de toute |’intelligence humaine pour faire sortir ses vérités. »
Ovide, dans le premier livre des Fastes, fait ainsi loge des astronomes :
Felices animos, quibus hee cognoscere primis, Inque domos superas scandere cura fuit.
Credibile est illos pariter vitiisque locisque Altius humanis exseruisse caput.
Se 1G 0 ee eee 6 et See oe oe
Admovere oculis distantia sidera nostris Atheraque ingenio supposuere suo, Sic petitur caelum,
Histoire de astronomie. — « Le spectacle du ciel dut fixer l’attention des premiers hommes, dit La Place, surtout dans les climats od la sérénité de lair invitait a l’observation des astres. On eut besoin pour l’agriculture de distinguer les saisons et d’en connaitre le retour. On ne tarda pas a s’apercevoir que le lever et le coucher des principales étoiles , au moment oi elles se plongent dans Jes rayons solaires, ou quand elles s’en dégagent, pouvaient servir a cet objet. Aussi voit-on chez presque tous les peuples ce genre d’observations remonter jusqu’aux temps dans lesquels se perd leur origine. Mais quelques remarques grossiéres sur le lever et le coucher des étoiles ne formaient point une science ; et l'astronomie n’a commencé qu’a I’époque ou les observations antérieures ayant été recueillies et comparées entre elles, et les mouvements célestes ayant été suivis avec plus de soin qu’on ne l’avait fait encore, on essaya de déterminer les lois de ces mouvements. Celui du soleil dans un orbe incliné A l’équateur, le mouvement de la lune, la cause de ses phases et des éclipses, la connaissance des planétes et de leurs révolutions, la sphéricité de la terre et ga mesure, ont pu étre l'objet de cette antique astronomie; mais le peu qui nous reste de ses monuments est insuffisant pour en fixer l’époque et l'étendue, Nous pouvons seulement juger de sa haute antiquité par les périodes astronomiques qui nous sont parvenues et qui supposent une suite d’observations d'autant plus longues que ces observations étaient plus imparfaites. — Il parait que Pastronomie pratique des premiers temps se bornait aux observations du lever et du coucher des principales étoiles ,
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de leurs occultations par la Inne et par les planétes, et des éclipses. On suivait la marche du soleil au moyen des étoiles quetfagait la lumiére des crépuscules, et par les variations des ombres méridiennes des gnomons : on déterminait les mouvements des planétes par les étoiles dont elles s'approchaient dans leur cours. Pour connaitre tous ces astres et leurs mouvements divers , on partagea le ciel en constellations; et cette zone céleste nommée zodiaque , dont le soleil, la lune et les planétes alors connues ne s’écartaient jamais, fut divisée dans les douze constellations suivantes : le Bélier, le Taureau, les Gémeaux, |’Ecrevisse, le Lion, la Vierge, la Balance, le Scorpion, le Sagittaire, le Capricorne, le Verseau, les Poissons. On les nomma signes, parce qu’elles servaient a distinguer les saisons. »
Les observations les plus anciennes qui prouvent quel- - ques connaissances exactes en astronomie appartiennent aux Chinois; et bien que les premitres éclipses dont leurs annales font mention ne puissent servir qu’a la chronologie , par la maniére vague dont elles y sont rapportées, elles prouvent qu’a l’époque de ’empereur Yao, plus de deux mille ans avant notre ére, |’astronomie était cultivée a la Chine comme base des cérémonies. De temps immémorial on y célébrait des fétes a l’époque du solstice , dans Yespérance assez poétique de séduire le soleil, et de l’engager par des danses et des festins 4 retarder son départ vers les équinoxes. Le gnomon était connu en Chine dés les temps les plus reculés ; on y mesurait le temps par des clepsydres, et l’on y déterminait la position de la lune par | rapport aux étoiles dans les éclipses, ce qui donnait les positions sidérales du soleil et des solstices. La théorie a | confirmé trente et une de ces éclipses, entre les trente-six dont les éléments sont parvenus jusqu’a nous, et qui furent observées depuis l'année 776 jusqu’a l’an 480 avant notre ére. Les Chinois avaient méme construit des instruments propres a mesurer les distances angulaires des astres. Ils avaient ainsi reconnu que la durée de l’année solaire surpesse d’un quart de jour environ trois cent soixanteving jours : ils la faisaient commencer au solstice @hiver. Leur année civile était lunaire; et pour la ramener 4 l’année solaire ils faisaient usage de la période de dix-neuf années solaires correspondantes a deux cent trenle-ving lunaisons, période exactement la méme que, plus de seize siécles aprés, Calippe introduisit dans le calendrier des Grecs. Ils avaient partagé |’équateur en douze signes immobiles, et en vingt-huit constellations dans lesquelles ils déterminaient avec soin la position des solstices. Trois observations, qui remontent de l’an 1098 4 l’an 1104 avant notre ére, faites par les astronomes de la Chine, nous sont heureusement parvenues : deux d’entre elles sont des longueurs méridiennes du gnomon observées avec un grand soin aux solstices @hiver et d’été , et qui donnent pour l’obliquité de Vécliptique a cette époque reculée un résultat conforme a la théorie de l’attraction universelle. L’autre observation est relative a la position du solstice d’hiver dans le ciel a laméme époque. El!e s’accorde pareillement avec la théorie, autant que le comportent les moyens employés alors pour déterminer un élément aussi délicat.
Pour retrouyer d’autres vestiges certains d’observations astronomiques , il faut se transporter chez les Chaldéens, qui avaient, dit-on, des observations remontant 4 dix-neuf siécles avant Alexandre, et qu’Aristote, si ’on en croit Porpbyre, cité par Simplicius, se fit communiquer par l’entremise de Calisthéne. Ces observations ont été perdues ; mais Ptolémée nous en a transmis trois des plus anciennes et relatives 4 des éclipses de lune observées 4 Babylone dans
les années 719 et 720 avant notre ére; il les utilisa pour déterminer les mouvements de la lune. Les Chaldéens — connaissaient les planetes anciennes; ils avaient un z0- diaque divisé en douze constellations; ils possédaient une
sphére qui a servi de modéle @ la nétre; ils faisaient la terre creuse et semblable 4 un bateau, et ils savaient prédire les éclipses. La célébre période qu'ils appelaient Saros est le monument astronomique le plus curieux avant |’époque de école d’Alexandrie : elle contenait 6583 jours ;, pendant lesquels la lune fait 223 révolutions a l’égard du soleil, 239. révolutions anomalistiques , et 241 révolutions par rapport a ses neeuds. Ils ajoutaient +4, de la circonférence pour avoir le mouvement sidéral du soleil dans ses intervalles, ce qui suppose l’année sidérale de 365 jours :. Ptolémée atteste qu’ils observaient dés les plus anciens temps les occultations des étoiles par la lune ; et il parait aussi qu’ils connaissaient |’usage des cadrans solaires.
L’état et Vorigine de l’astronomie chez Jes Egyptiens sont enveloppés des plus profondes ténébres. Les nombreux monuments de ce peuple, couverts d’emblémes allégoriques, semblent presque tous étre en rapport avec des connaissances astronomiques : telles sont les pyramides, dont lesfaces ont des relations exactes avec les points cardinaux , et dont les bases ont un rapport remarquable avec les dimensions du globe terrestre; les obélisques, les sphinx, les temples, dont la porte était ouverte vers le soleil ou vers Je Nil, et une multitudede signes symboliques ; mais aucune des observations faites par les Egyptiens n’est parvenue jusqu’& nous, et le mystére qui entourait toutes les connaissances de cet ancien peuple reste encore pour nous impénétrable. Quant au célébre monument d’Osymandias, oi fut trouvé un cercle d’or de 365 coudées de circonférence , et présentant sur sa face supérieure une division en 365 parties égales, correspondant aux jours de l’année, il servait a observer le mouvement du soleil en déclinaison, Les zodiaques imparfaits de Egypte, et particulitrement celui de Denderah, dont on faisait autrefois remonter l’origine a4 une antiquité si reculée, paraissent aujourd’hui étre d’une date assez récente , comparativement 4 celle qui leur avait été dabord assignée. Quoi qu’il en soit, Macrobe attribue expressément aux Egyptiens la pensée des mouyements de Mercure et de Vénus autour du soleil. Leur année civile était de 365 jours ; elle était divisée en douze mois de trente jours, et ils ajoutaient a la fin cing jours complémentaires. Mais, suivant la remarque de Fourier, l’observation des levers héliaques de Sirius leur avait appris que le retour de ces levers retardait alors chaque année d’un quart de jour; et ils avaient fondé sur cette remarque la période sothiaque de 1461 ans, qui ramenait 4 peu prés aux mémes saisons leurs mois et leurs fétes. Cette période s’est renouyelée Pannée 139 de notre ére. Si elle a été précédée d’une période semblable , comme tout porte a le croire, l’origine de cette période antérieure remonterait 4 l’époque od |’on peut supposer avec vraisemblance que les Egyptiens ont donné des noms aux constellations du zodiaque, et ot ils ont fondé leur astronomie. Ils avaient obseryé que dans vingt-cing de leurs années il y avait trois cent neuf retours de la lune au soleil; ce qui donne une valeur fort rapprochée de la longueur du mois. Cette période remonte vraisemblablement a l’an 2782 avant notre ére.
Lorigine de l’astronomie en Perse et dans |’Inde se perd, comme chez tous les peuples, dans les ténébres des premiers temps de leur histoire. Les Tables Indiennes supposent une astronomie assez avancée; mais tout porte a croire qu’elles ne sont pas d’une haute antiquité. Elles ont deux époques principales, qui remontent, l'une 3 l’année 3102 avant notre ere, l'autre a 1491. Ces époques sont liées par les mouvements du soleil, de la lune et des planétes, de maniére qu’en partant de la position que les Tables Indiennes assignent a tous ces astres 4 la seconde époque, et remontant a Ja premiére au moyen de ces Tables, on trouve la conjonction générale qu’elles supposent a cette époque primilive. Il est trés-vraisemblable que la premitre époque, loin d’étre fondée sur les observations, a été imaginée, au
contraire, pour donner dans le zodiaque une commune origine aux mouvements célestes. « Nos derniéres Tables astronomiques, dit Laplace, considérablement perfectionnées par la comparaison de la théorie avec un grand nombre observations trés-précises, ne permettent pas d’admettre la conjonction supposée dans les Tables Indiennes; elles offrent méme a cet égard des différences beaucoup plus grandes que les erreurs dont elles sont encore susceptibles. A la vérité, quelques éléments de l’astronomie des Indiens n’ont pu avoir la grandeur qu’ils leur assignent que longtemps avant notre ére : il faut, par exemple, remonter jusqu’a six mille ans pour retrouver leur équation du centre du soleil. Mais indépendamment des erreurs de leurs déterminations, on doit observer qu’ils n’ont considéré les inégalités du soleil et de la lune que relativement aux éclipses, dans lesquelles ’équation annuelle de la lune s’ajoute a l’équation du centre du soleil, et ’'augmente d’une quantité 4 peu prés égale a la différence de sa véritable valeur a celle des Indiens. Plusieurs éléments, tels que les équations du centre de Jupiter et de Mars, sont trés-différents dans les Tables Indiennes de ce qu’ils devraient ¢tre aleur premiére époque : !’ensemble de ces Tables, et surtout Vimpossibilité de la conjonction générale qu’elles supposent, prouvent qu’elles ont été construites , ou du moins rectifiées dans des temps modernes. » Cependant l’antique réputation des Indiens ne permet pas de douter qu’ils aient dés 1’époque la plus reculée cultivé l’astronomie. ‘“
Chez les Grecs, disciples des Egyptiens et des Chaldéens, on trouve, mais bien plus tard a la vérité, des connaissances en astronomie qui prouvent qu’ils mettaient a profit leurs voyages. Le premier philosophe grec qui ait ouvert la carriére astronomique fut Thalés de Milet, qui vivait Yan 640 avant notre ére, et qui fonda, aprés avoir été sinstruire en Egypte, ’école ionienne, si fertile en grands hommes. II y enscigna la sphéricité de la terre, Vobliquité de Vécliptique, et les véritables causes des éclipses du soleil et de la lune. On dit méme qu'il parvint a les prédire, en employant sans doute les méthodes ou les périodes qui lui avaient été communiquées en Egypte. Thalés eut pour successeurs Anaximandre, Anaximéne et Anaxagore: les deux premiers introduisirent en Gréce l’usage du gnomon et des cartes géographiques. Pythagore, né a Samos, vers l’an 590 avant notre ere, disciple de Thalés, aprés avoir été visiter l’Egypte et l’Inde, fut le fondateur de la célébre école italique , ou il enseigna secrétement la théorie du double mouvement de la terre, que son disciple Philolaiis exposa ensuite publiquement. Il apprit aussi a V’Italie que les étoiles du matin et du soir, Hesper et Lucifer, n’étaient qu’un seul et méme astre, c’est-d-dire la planéte de Vénus, et que le soleil était immobile. Suivant les Pythagoriciens , les cométes elles-mémes sont en mouvement comme les planétes autour du soleil : ce ne sont point des météores passagers formés dans notre atmosphere, mais des ouvrages ¢ternels de la nature.
La seule observation faite par les Grecs antérieurement a Pécole d’Alexandrie est celle du solstice d@’été de ’'an 432 avant notre ére, par Méton et Euctémon. Ce fut aussi Méton qui, 4 laméme époque, proposa aux jeux olympiques sa fameuse période de dix-neuf années solaires, qui conciliait d’une maniére trés-heureuse les mouvements du soleil et de la lune (voyes Nompre v’on). Vers le temps d’Alexandre, Pythéas, de Marseille, se rendit célébre par une observation de la longueur méridienne du gnomon au solstice d’été dans cette ville : c’est la plus ancienne observation de ce genre aprés celle de Tcheou-Kong ; et elle est précieuse, en ce qu'elle confirme la diminution successive de Pobliquité de Vécliptique.
« Nous voyons pour ta premiére fois dans V Ecole d’Alexandrie, dit Laplace, un systéme combiné d’observations faites avec des instruments propres 4 mesurer des angles ,
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et calculées par les méthodes trigonométriques. L’astronomie prit alors une forme nouvelle, que les siécles suivants n’ont fait que perfectionner. La position des étoiles fut déterminée avec plus d’exactitude qu’on ne Vavait fait encore : les inégalités des mouvements du soleil et de la lune furent mieux connues ; on suivit avec soin les mouvements des planétes. Enfin, Ecole d’Alexandrie donna naissance au premier systéme astronomique qui ait embrassé l'ensemble des phénoménes célestes; systéme, a la vérité, bien inférieur 4 celui de ?école de Pythagore, mais qui fondé sur la comparaison des observations offrait dans cette comparaison méme le moyen de le rectifier et de s’élever au vrai systéme de la nature, dont il est une ébauche imparfaite. Aristille et Timocharis furent les premiers ob- — servateurs de cette école, 300 ans avant notre ére. Les observations qu’ils firent sur la position des principales étoiles dans le zodiaque ne furent point inutiles 4 leurs successeurs. »
Aristarque de Samos essaya de déterminer par un procédé ingénicux, mais inexact en pratique, le rapport des grandeurs et des distances du soleil et de la lune. C’est au moment oi il jugea l’exacte moitié du disque lunaire éclairé, qu’Aristarque mesura ’angle compris entre les deux astres. A cet instant, le rayon visuel mené de I’ceil de l’observateur au centre de lalune est perpendiculaire a la ligne qui joint les centres du soleil et de la lune; ayant done trouvé langle 4 V’observateur plus petit que langle droit dun trentiéme de cel angle, il en conclut que le soleil est dix-neuf fois plus éloigné de nous que Ja lune; résultat qui, malgré son inexactitude, reculait les bornes de l’univers beaucoup au dela de celles qu’on lui assignait alors.
Eratosthéne, qui vivait du temps de Ptolémée Evergete , entreprit de déterminer la mesure de la terre. Ayant considéré qu’a Syéne, au solstice d’été, le soleil éclairait un puits dans toute sa profondeur, et comparant cette observation a celle de la hauteur méridienne du soleil au méme solstice & Alexandrie, il trouva l’arc céleste compris entre les zéniths de ces deux villes égal 4 la cinquantiéme partie de la circonférence; et comme leur distance était estimée denviron cing mille stades, il donna deux cent cinquante mille stades 4 la longueur entiére du méridien terrestre. Il est peu probable que pour une recherche aussi importante cet astronome se soit contenté de l’observation grossiére dun puits éclairé par le soleil. Cette considération et le récit de Cléoméde autorisent a penser qu’il fit usage des longueurs méridiennes du gnomon aux solstices, a Syéne et 4 Alexandrie. C’est la raison pour laquelle are céleste qu’il détermina entre les zéniths de ces deux villes s’éloigne peu du résultat des observations modernes. Eratosthtne se trompa en placgant Syéne et Alexandrie sous le méme méridien, Il se trompa encore en n’évaluant qu’A cing mille stades la distance de ces deux villes, si le stade qu'il employa contenait trois cents fois la coudée du nilométre d’Eléphantine, comme il y a des raisons de le penser. Alors les deux erreurs d’Eratosthéne se seraient a fort peu pres compensées; ce qui porterait a croire que cet astronome ne fit qué reproduire une mesure de la terre anciennement exécutée avec soin , et dont l’origine s’était perdue.
Hipparque, de Nicée en Bithynie, qui vivait dans le second siécle avant notre ére, illustra A jamais Ecole d’Alexandrie. Il fut sans contredit le plus grand astronome dé Vantiquité : la science véritable ne commence méme qu’d lui. Peu satisfait de Pétat douteux ot se trouvaient alors Ja plupart des connaissances qu'on possédait en astronomie, il se décida a les soumettre toutes & un scrupuleux examen, et dn’admettre comme résullats définilifs que ceu qui seraient fondés sur Pexactitude, parfaitement reconnue, des observations antérieures, ou sur des observations en rement nouvelles plus précises que celles faites par ses p' décesseurs. « I] détermina, dit Laplace, la durée de l'an
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tropiqne, en comparant une de ses observations du solstice a@’été avec celle dun pareil solstice qu’Aristarque avait faite dans année 281 avant notre ére. Cette durée lui parut un peu moindre que l'année de 365j. } adoptée jusque alors, et il trouva qu’a la fin de trois siécles il fallait retrancher un jour; mais il remarqua lui-méme le peu d’exactitude d’une détermination fondée sur les observations des solstices, et Yavantage de se servir pour cet objet des observations des équinoxes. Celles qu’il fit dans un intervalle de trente-trois ans le conduisirent 4 peu prés au méme résultat. Hipparque reconnut encore que les deux intervalles dun équindhe a Vautre étaient inégaux entre eux, et inégalement partagés par les solstices, de maniére qu’il s’écoulait 94 j. + de ce solstice & ’équinoxe d’automne. Pour expliquer ces différences, Hipparque fit mouvoir le soleil uniformément dans un orbe circulaire; mais au lieu de placer la terre & son centre, il l’en éloigna de la vingt-quatridme partie du rayon, et il fixa Papogée au sixitme degré des Gémeaux. Avec ces données, il forma les premiéres Tables du soleil mentionnées dans histoire de lastronomie. » Hipparque calcula, par la comparaison d’éclipses choisies dans les circonstances les plus favorables, !es durées des révolutions de la lune, relativement aux étoiles, au soleil, & ses nceuds et a son apogée. I] détermina aussi Pexcentricité de lorbe lunaire et son inclinaison a lécliptique; et il les trouva a trés-peu prés les mémes que celles qui ont lieu maintenant dans les éclipses, ol. lon sait que l'un et l’autre de ces éléments sont diminués par Vévection et par Vinégalité principale du mouvement de la lune en latitude. Enfin, il détermina la parallaxe de la lune, dont il essaya de conclure celle du soleil, par la largeur du céne d’ombre terrestre au point ou la lune le traverse dans ses éclipses.. Il avait fait un grand nombre d’observations des planétes, et, persuadé du déplacement des étoiles, « il osa, dit Pline, par une entreprise digne des dieux, donner a la postérité le dénombrement du ciel et en déterminer toutes les parties avec des instruments de son invention, 4 laide desquels il marqua les lieux et les grandeurs des étoiles : par la il donnait les moyens de discerner 4 layenir si les étoiles pouvaient se perdre et reparaitre, si elles changeraient de situation, de grandeur et de lumiére; cest ainsi qu'il laissa le ciel en héritage a ceux qui seraient dignes d’en profiter. » Ce fut, dit-on, une nouvelle étoile qui parut de son temps qui lui fit entreprendre un catalogue de ces astres, le plus ancien que Pon connaisse, et qui en contient 1022. Le fruit de cette longue et pénible entreprise fut la découverte de la précession des équinoxes. C’est encore a Hipparque que la géographie est redevable de la méthode de fixer la position des lieux sur la terre par leur latitude et par leur longitude, pour laquelle il employa le premier les éclipses de lune. Lintervalle de prés de trois siécles qui sépare ce grand astronome de |’époque oui florissait Ptolémée nous offre Géminus, dont le Traité d’ Astronomie est parvenu jusqu’a nous, et quelques observateurs, tels qu’Agrippa, Ménélaiis et Théon. C’est dans cet intervalle qu’il faut placer la réforme du calendrier romain, pour laquelle Jules César fit venir d’Alexandrie 4 Rome l’astronome Sosygéne, ainsi que la connaissance précise du flux et du reflux de la mer, due-a Possidonius, qui reconnut que les lois de ce phénoméne étaient liées aux mouvements du soleil et de la lune, découverte dont Pline le Naturaliste a donné une description remarquable par son exactitude. A ce propos, disons que les Romains négligérent presque enti¢rement l’astronomie; cependant on sait que Pompée entretenait une correspondance avec Possidonius. Cicéron, dans un passage remar- quable de son traité de Republicd (liv. I, § xrv), parle de la sphére que Marcellus avait enlevée lors de Ja prise de Syracuse, et qu’il fit suspendre dans le temple de la Vertu a * Rome. Ce passage, quoique obscur dans plusieurs de ses
Lot nomiques des Romains avant que les relations quils établirent plus tard avec la Gréce ne les eussent davantage éclairés. ;
Claude Ptolémée, né a Ptolémais en Egypte, vers lan 130 de notre ére, perfectionnant les travaux d’Hipparque, essaya de donner un systéme complet d’astronomie, qui fut adopté pendant longtemps comme l’expression de la réalité, et qui, quoique reconnu erroné dans les temps modernes, se fait cependant remarquer par Vingénieuse invention des épicycles, au moyen desquels étaient expliquées les irrégulariiés apparentes des mouvements planétaires (voyes Monbe [Systémes du]). On lui doit la découverte importante de l’évection de la lune. Avant lui les astronomes n’avaient considéré les mouvements de cet astre que relativement aux éclipses, dans lesquelles il suffisait d’avoir égard & son équation du centre, en supposant |’équation du centre du soleil plus grande que la véritable. En suivant attentivement la lune dans toute sa course, Ptolémée reconnut que l’équation du centre de l’orbite lunaire était moindre dans les syzygies que dans les quadratures : il délermina la loi de cette différe et fixa sa valeur avec beaucoup de précision. Il confirma le mouvement des équinoxes découvert par Hipparque, et établit l’immobilité respective des étoiles, leur latitude 4 trés-peu prés invariable et leur mouvement en longitude. Bien que l’édifice astronomique construit par Ptoldnée, et qui subsista pendant quatorze siécles, soit aujourd’hui complétement détruit, Pouvrage qui en contient lexposé sous le titre de Composition mathématique, et qui est plus ordinairement connu sous le nom d’Almageste, que lui donnérent, au neuviéme siécle, les Arabes, lorsquils en firent une traduction du grec dans leur idiome, témoigne du génie supérieur dont était doué cet astronome.
Les progrés de Vastronomie dans l’école d’Alexandrie se terminérent par les travaux de Ptolémée. Cette école subsista encore pendant cing siécles; mais les successeurs de Ptolémée et d’Hipparque se contentérent de commenter leurs ouvrages, sans rien ajouter 4 leurs découvertes, et les phénoménes que le ciel offrit dans un intervalle de plus de six cents ans manquérent presque tous d’observateurs.
Lors de la chute de l’empire romain, ’astronomie, comme toutes les autres sciences, cessa d’étre cultivée pendant plusieurs siécles, ou on la vit bornée pour ainsi dire a la connaissance de louvrage de Ptolémée et aux réveries de Vastrologie. Cependant quelques khalifes arabes en encouragérent l’étude pendant les huitiéme et neuviéme siécles : le plus célébre cle ces khalifes fut Al-Mamoun, de la famille des Abassides, et fils du fameux Haroun-Al-Raschid : il régnait 4 Bagdad, en 814. Aprés avoir défait l’empereur grec Michel III, illui avait imposé, entre autres conditions de la paix, celle de lui remettre les meilleurs livres de la Gréce. L’ouvrage de Ptolémée était de ce nombre. Le khalife le fit traduire en arabe; ce qui aida puissamment a répandre chez les nouvelles nations de l’Orient les connaissances astronomiques. Al-Mamoun fit publier de nouvelles Tables du soleil et de Ja lune, meilleures que celles de Ptolémée, el qui furent connues sous le nom de Tables véri- Jiées ; il fit encore mesurer avec un grand soin, dans une vaste plaine de la Mésopotamie, un degré de méridien terrestre que l’on trouva de 200,500 coudées noires ; malheureusement on ne sait rien relativement & la longueur du module dont on fit usage dans cette mesure. Parmi les astronomes que ce khalife et ses successeurs encouragérent, il faut surtout citer Albatenius ou Albatégni, auquel on doit une observation de l’obliquité de l’écliptique qui, corrigée de V’effet de la parallaxe, donne 23°35'46’. Cet observateur perfectionna aussi la théorie du soleil : ilréduisit Pexcentricité de Vellipse solaire 4 0.017,325, le rayon de V’orbite étant pris pour Tlunité. Les écrits des astronomes arabes, tels qu’Aboul-Weéfa de Bagdad, Ebn-Jounis, qui observait
parties, donne une idée assez juste des connaissances astro- | au Caire, et Arzachel a Toléde, attestent de profondes
connaissances dans la science des mouvements célestes , ‘comme on peut le voir particuliérement dans ceux d’Aboul- Wéfa, qui dés Pan 975 avait constaté Pinégalité lunaire appelée variation, dont la découverte avait été a tort jusqu’a nos jours attribuée 4 Tycho-Brahe. Quelques monuments qui nous sont parvenus témoignent en outre de leurs travaux scientifiques : tels sont les globes célestes koufiques des musées de Rome, de Dresde et de Londres, ainsi que celui dont Observatoire de Paris s’est enrichi en 1836, et qui est semblable au globe du musée Borgia. Les figures représentant les constellations et les groupes d’étoiles, avec leurs noms en caractéres koufiques, les lettres exprimant les nombres, sont exécutées au burin sur ces globes avec une netteté remarquable. Le globe du musée Borgia porte pour date de sa construction l’année de hégire 622 (1225 de notre ére); et quoique celui de l’Observatoire de Paris ne porte pas la date de sa construction, on la fait cependant remonter 4 lannée de Vhégire 463 (le milieu du onziéme siécle de notre ére). F
Les Persans, longtemps soumis 4 la méme domination souveraine que les Arabes, ayant secoué le joug des khalifes vers le milieu du onziéme siécle, donnérent, par les soins de l’'astronome Omar-Cheyan, une forme nouvelle a leur calendrier, en y introduisant une intercalation ingénieuse, qui consistait 4 faire huit années bissextiles tous les trentetrois ans, Au treiziéme siécle, Nassir-Eddin se rendit célébre en Perse par les observations astronomiques qu’il fit a Méragah, et deux siécles aprés Oloug-Beg, prince de cette nation, dressa lui-méme a Samarcande, capitale de ses Etats, un nouveau catalogue d’étoiles, ef construisit’des Tables astronomiques qui sont meilleures que toutes celles que l’on connaissait avant Iui. Il mesura Pobliquité de l’écliptique ; et son résultat, en le corrigeant de la réfraction et de la fausse parallaxe qu’il avait employée, donne cette obliquité plus grande que de notre temps ; ce qui prouve sa diminution successive.
En cherchant 4 découvrir quelles pouvaient étre les connaissances possédées en astronomie dés la plus haute antiquité par les peuples qui habitaient cette partie du globe terrestre entiérement inconnue aux anciens, le Nouveau Monde, ce n’est certes pas sans étonnement que l’on a constaté que ces connaissances étaient trés-avancées , eu égard 4 l'état de civilisation de ces peuples. En effet, les Mezicains et les Péruviens observaient avec soin les ombres du gnomon aux solstices ef aux équinoxes. Les premiers connaissaient méme l’année tropique dune maniére plus exacte qu’Hipparque. Ils avaient une période de trois ans, un cycle de treize mois et un siécle de quatre périodes dont chacune se composait de treize années. Ils ninterposaient point, comme nous le faisons, un jour successivement de quatre en quatre années , mais treize jours tous les cinquante-deux ans.
En Europe, pendant Vobscurité du moyen 4ge, Alphonse X, roi de Castille, se distingua par les encouragements qu’il donna a l'étude de lastronomie ; mais il fut mal secondé par les astronomes qu’il avait rassemblés 4 grands frais 4 Toléde, et les tables astronomiques dites Tables Alphonsines, quils publiérent, ne valurent jamais les dépenses qu’elles durent occasionner.
Ii faut arriver & l’époque mémorable de la renaissance des lettres, des arts et des sciences, pour assister a la rénovation de Vastronomie, dont les données les plus positives avaient été pendant les siécles de barbarie obscurcies par mille réveries astrologiques (voyes Asrro.ocie ). Cette science s’éleva alors, par des progrés rapides, et en se dégageant des limites étroites dans lesquelles on Vavait tenue si longtemps renfermée , 4 un degré remarquable de certitude que les découvertes sublimes des temps modernes devaicnt encore accroitre. Purbach, Regiomontanus et Walterus se distinguérent 4 cette époque, les deux premiers en
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publiant de beaux travaux astronomiques, et le dernier en construisant de grands instruments d’observation ; mais a Copernic, néa Thorn, en Pologne, le 9 février 1473, était réservée Vimpérissable gloire d’accélérer les progrds de la science par son sysféme des phénoménes célestes produits par les mouvements de Ja terre sur son axe et autour du soleil. :
« En 1543, Copernic, dit M. Arago, brisa d’une main ferme et hardie la majeure partie de l’échafaudage antique et vénéré dont les illusions des sens et l’orgueil des géné rations avaient rempli univers. La terre cessa d’étre le centre, le pivot des mouvements célestes ; elle alla modestement se ranger parmi les planétes ; son importance matérielle dans Yensemble des corps qui composent notre systéme solaire se trouva presque réduite a celle d’un grain de sable. Vingt-huit ans s’étaient écoulés depuis le jour ot le chanoine de Thorn s‘éteignait en tenant dans ses mains d¢faillantes le premier exemplaire de Vouvrage qui devait répandre sur la Pologne une gloire si éclatante et si durable, lorsque Wittemberg vit naitre un homme destiné a produire dans la science une réyolution non moins féconde et plus difficile encore. Cet homme était Kepler. Doué de deux qualités qui semblent mutuellement s’exclure, une
imagination volcanique et une opinidtreté que ne rebutaient — pas les calculs numériques les plus fastidieux, Kepler de- —
vina que les mouvements des astres devaient étre liés les uns aux autres par des lois simples, ou, en nous servant de ses propres expressions, par des lois harmoniques. Ces lois, il entreprit de les découvrir. Mille tentatives infructueuses , des erreurs de chiffres , inséparables d’un travail colossal, ne l’empéchérent pas un seul instant de marcher résolument vers le but qu’il avait cru entrevoir. Vingt-deux ans furent employés 4 cette recherche, sans qu’il faille sven affliger! Que sont en vérité vingt-deux ans de labeur pour celui qui va devenir le législateur des mondes, qui inscrira son nom en traits ineffagables sur le frontispice dun code immortel? »
N’oublions pas d’ailleurs que les idées de Copernic durent principalement leur grande faveur aux travaux et aux malheurs de Villustre Galilée. « Un heureux hasard, dit Laplace, venait de faire trouver le plus merveilleux instrument que l'industrie humaine ait découvert, et qui, en donnant aux observations astronomiques une étendue et une précision inespérées , a fail apercevoir dans les cieux des inégalités nouvelles ef de nouveaux mondes. Galilée eut a peine connaissance des premiers essais sur le télescope, qu’il s’attacha a le perfectionner. En le dirigeant vers les astres, il découvrit les quatre satellites de Jupiter, qui lui montrérent une nouvelle analogie de la terre avec les planétes ; il reconnut ensuite les phases de Vénus, et dés lors il ne douta plus de son mouvement autour du soleil. La Voie-Lactée lui offrit un nombre infini de petites étoiles que Virradiation confond 4 la vue simple dans une lumiére blanche et continue : les points lumineux qu’il apercut au dela de la ligne qui sépare la partie éclairée de la partie obscure de la lune Jui firent connaitre existence et la hauteur de ses montagnes. Enfin, il observa les taches et la rotation du soleil , et les apparences singuliéres occasionnées par l’anneau de Saturne. En publiant ces découvertes , il fit voir qu’elles démontraient le mouvement dé la terre; mais la pensée de ce mouvement fut déclarée contraire aux dogmes religieux par une congrégation de cardinaux, et Galilée, son plus céldbre défenseur en Italie, fut cité au tribunal de l’Inquisition, et foreé de se rétracter, pour échapper A une prison rigoureuse. »
Avant lui, T ycho-Brahe, l'un des plus grands observateurs qui aient existé, né vers la fin de 1546, 4 Knudstorp, en Scanie, avait rendu de grands services A lastrononile, soit en inventant de nouveaux instruments, soil en aypostant des perfectionnements aux anciens; ce qui permié
systéme n’était au fond qu’un mélange habile ¢
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ane précision plus grande dans les observations. On lui doit : la découverte de deux nouvelles inégalités dans le mouvement de la lune, la variation et Péquation annuelle ; celle des inégalités du mouvement des nauds et de Vinclinaison de Vorbe lunaire ; la remarque importante que les cométes se meuvent fort au dela de cet orbe; une connaissance plus parfaite des réfractions astronomiques; enfin des observations trés-nombreuses des planétes, et un nouveau catalogue d’étoiles. Malheureusement pour sa mémoire, il employa inutilement un grand savoir 4 soutenir une hypothése pour expliquer les principaux phénoménes célestes. Privant la terre de son double mouvement et Yayant placée au centre du monde, il fit tourner autour Welle le soleil et la lune, tandis que Mercure, Vénus, Mars, Jupiter et Saturne devaient tourner autour du soleil. Ce trois systémes plus anciens, celui des Egyptiens , celui de Ptolémée et enfin celui de Copernic; bien supérieur aux deux premiers, il n’avait pas la simplicité remarquable du dernier.
Les travaux d’Huygens suivirent de prés ceux de Kepler et de Galilée. C’est & lui qu’on doit Vapplication du pendule aux horloges , l’un des plus beaux présents qu’on ait faits A l’astronomie et 4 la géographie : la théorie et la pratique du télescope furent aussi considérablement perfectionnées par lui. A Vai ated objectifs qu'il était parvenu a construire, il reconnut que les singuliéres apparences de Saturne sont dues a la présence de l’anneau qui entoure cette planéte, et son assiduité 4 observer ces apparences lui fit découvrir un des satellites de Saturne. A la méme époque, Hévélius se rendit célébre par ses observations sur Jes taches et Ja libration de la lune, et Dominique Cassini enrichit lastronomie d'une foule de découvertes : telles sont la théorie des satellites de Jupiter, dont il détermina les mouvements par les observations de leurs éclipses; la découverte de quatre satellites de Saturne, de la rotation de Jupiter et de Mars, de la lumieére zodiacale ; la connaissance fort approchée de la parallaxe du soleil, et surtout la théorie complete de la libration de la lune.
« Quand Descartes vint, dit Laplace, le mouvement imprimé aux esprits par les découvertes de l’imprimerie et du Nouveau Monde, par les réyolutions religieuses, et par le systeme de Copernic, les rendait ayides de nouyeautés. Ce philosophe, substituant 4 de vieilles erreurs des erreurs plus séduisantes , soutenues de |’autorité de ses travaux géométriques, renversa lempire d’Aristote, qu'une philosophie plus sage edt difficilement ébranlé. Ses tourbillons, accueillis @abord avec enthousiasme, étant fondés sur les mouyements de la terre et des planétes autour du soleil, contribuérent a faire adopter ces mouvements. I] était réservé 4 Newton de nous faire connaitre le principe général des mouvements célestes. La nature, en le douant dun profond génie, prit encore soin de le placer dans les circonstances les plus favorables. Descartes avait changé la face des sciences mathématiques par l’application féconde de Valgébre a Ja théorie des courbes et des fonctions variables. Fermat avait posé les fondements de Vanalyse infinitésimale par ses belles méthodes des maxima et des tangentes. Wallis, Wren et Huygens venaient de trouver les lois de la communication du mouvement. Les découvertes de Galilée sur la chute des graves, et celles d’Huygens sur les développées et sur la force centrifuge, conduisaient a la théorie du mouvement dans les courbes. Kepler avait déterminé celles que décrivent les planétes, et il avait entrevu la gravitation universelle. Enfin Hook avait trés-bien vu que les mouvements planétaires sont le résultat dune force primitive de projection, combinée avec la force attractive du soleil. La mécanique céleste n’attendit ainsi pour éclore awun homme de génie, qui, rapprochant et généralisant ces découvertes, sit en tirer la loi de la pesanteur
DICT. DE LA CONVERS, — T. ll.
( voyes Atrnaction ). C'est ce que Newlon exécuta dans son ouvrage des Principes mathématiques de la Philosophie naturelle, »
Ce furent les astronomes de l’Académie des Sciences de Paris qui successivement appliquérent le télescope au quart de cercle, inventérent le micrométre et Vhéliometre, déterminérent la propagation successive de la lumiére, la grandeur de la terre et la diminution de Ja pesanteur & Péquateur. L’astronomie n’est pas moins redevable a la Société Royale de Londres ; parmi ses membres qui étaient astronomes , nous devons spécialement citer Flamsteed, lun des plus grands observateurs qui aient paru; Halley , illustré par son beau travail sur les cométes, et par Vidée ingénieuse de déterminer la parallaxe du soleil & laide des passages de Vénus sur cet astre; enfin, Bradley, célébre par deux des plus belles découvertes qu’on ait faites en astronomie, l’aberration de la lumiére et Ja nutation de l’axe terrestre.
A la méme époque oli ce dernier astronome jetait une si belle gloire sur Angleterre, Lacaille, enFrance, et Tobie Mayer, en Allemagne, se montraient observateurs infatigables et laborieux calculateurs , perfectionnaient les théories et les Tables astronomiques, et formaient, sur leurs propres observations, des catalogues d’étoiles qui, comparés a celui de Bradley, fixent avec une grande exactitude I’état du ciel au milieu du dernier siécle.
« Laloide gravitation uniyverselle, dit Laplace, n’avait pas pour les contemporains de Newton et pour Newton luiméme toute la certitude que le progrés des sciences mathématiques et des observations lui a donnée. Euler et Clairaut, qui les premiers, avec d’Alembert, appliquerent Panalyse aux perturbations des mouvements célestes , ne la jugérent pas suffisamment établie pour attribuer a l’inexactitude des approximations ou du calcul les différences qu’ils trouvérent entre observation et leurs résultats sur les mouvements de Saturne et du périgée lunaire. Mais ces trois grands géométres et leurs successeurs ayant reetifié ces résultats, perfectionné les méthodes, et porté les approximations aussi loin qu’il est nécessaire, sont enfin parvenus a expliquer par la seule loi de la pesanteur tous les phénoménes du systéme du monde, et 4 donner aux théories et aux Tables astronomiques une précision inespérée. »
On peut résumer de la maniére suivante les découvertes astronomiques de la derni¢re moitié du dix-huitiéme siécle , qui a été couronnée par les magnifiques travaux analytiques de Laplace: les mesures des degrés des méridiens terrestres et du pendule multipliées dans les diverses parties du globe ; larc de méridien compris entre Dunkerque et Formentera déterminé par des méthodes trés-précises, et servant au systéme des mesures métriques ; les voyages entrepris pour observer les deux passages de Vénus sur le soleil, en 1761 et 1769, et la connaissance trés-approchée des dimensions du systéme solaire , fruit de ces voyages ; invention des lunettes achromatiques , des montres marines, de l’octant et du cercle répétiteur; la formation par Mayer de Tables lunaires assez exactes pour servir 4 la détermination des longitudes a la mer; la découverte de la planéte Uranus, faite par W. Herschelen 1781, et celle de ses satellites et de deux nouveaux satellites de Saturne, due au méme grand astronome.
Quant 4 Laplace, qui a jeté une si belle gloire sur la France, sa premiére découverte, l’invariabilité des distances moyennes au soleil, révéla son génie. Newton lui-méme n’avait pas osé concevoir Vidée de saisir l’ensemble des effets qui devaient résulter des actions mutuelles des planéies et des satellites de notre systéme solaire; et supposant méme que ce systéme ne renfermait pas en lui-méme des éléments de conservation indéfinie , il avaitcru qu'une main puissante devait intervenir de temps 4 autre pour réparer le désordre. Laplace aborda avec hardiesse cette grande question philo-
sophique. « Les recherches profondes et longtemps continuées de Villustre géométre, dit M. Arago, établirent avec une entiére évidence que les ellipses planétaires sont perpétuellement variables : que les extrémités de leurs grands diamétres parcourent le ciel ; qu’indépendamment d’un mouvement oscillatoire, les plans des orbites éprouvent un déplacement en vertu duquel leurs traces sur le plan de Vorbite terrestre sont chaque année dirigées vers des étoiles différentes, Au milieu de ce chaos apparent, il est une chose qui reste constante ou qui n’est sujette qu’A de petits changements périodiques : c’est le grand axe de chaque orbite, et conséquemment le temps de la révolution de chaque planéte ; c'est la quantité qui aurait dd principalement varier suivant les préoccupations sayantes de Newton. » En effet, Laplace démontra que la pesanteur universelle suffit 4 la conservation du systéme solaire, et qu’elle maintient les formes et les inclinaisons des orbifes dans un état moyen autour duquel les variations sont légéres; tout en reconnaissant d’ailleurs que si 4 des planétes se mouvant toutes dans le méme sens, dans des orbites dune faible ellipticité , et dans des plans peu inclinés les uns aux autres, on substituait des conditions différentes, la stabilité du monde serait mise en question, et suivant toute probabilité il en résulterait un épouvantable chaos.
Nonobstant la belle découverte de Laplace sur |’invariabilité des grands axes des orbites planétaires, et qui prouvait que l’attraction n’était pas une cause de désordre, on pouvait redouter toujours que d'autres forces se mélassent a celle-ci et produisissent ces perturbations graduellement croissantes qui donnaient lieu, de la part de certains esprits savants, 4 de sinistres prévisions, Comme les observations anciennes comparées aux observations modernes dévoilaient une accélération continuelle dans les mouvements de la Lune et de Jupiter, et une diminution non moins manifeste dans le mouvement de Saturne, il semblait que notre systéme planétaire était destiné & perdre Saturne, son mystérieux anneau et ses sept satellites, quis’enfoncaient graduellement dans les régions invisibles de l’espace, tandis qu’au contraire Jupiter serait allé par une marche inverse s’engloutir dans la masse du soleil, et que la terre aurait yu la lune se précipiter sur elle. Ce fut alors que Laplace, s’aidant de théories analytiques inusitées jusqu’a lui, fit surgir clairement les lois de ces grands phénoménes , en rattachant les variations de vitesse de Jupiter, de Saturne, dela Lune, a des causes physiques et évidentes, ce qui les fit rentrer dans la catégorie des perturbations communes, périodiques , dépendantes de la pesanteur. Les changements si redoutés dans les dimensions des orbites ne furent donc plus qu’une simple oscillation renfermée entre d’étroites limites; enfin, comme le dit M. Arago, « par la toute-puissance d’une formule mathématique’, le monde matériel se trouva raffermi sur ses fondements ».
On doit mettre au premier rang des travaux de Laplace le perfectionnement des Tables de la lune , perfectionnement qui a résolu le probléme des longitudes a la mer plus complétement gu’on n’avait osé espérer au point de vue scientifique, et plus exactement que ne le demandait l’art nautique dans ses derniers raffinements. Cet illustre géométre porta aussi le flambeau de l’analyse mathématique au inilieu des perturbations des satellites de Jupiter, et grace a lui les Tables de ces petits astres ont acquis toute la précision désirable et nécessaire pour qu’elles puissent servir de méthode des longitudes. Il avait annoncé dans un Mémoire publié en février 1789 que la cause qui empéchait gue les deux parties de Panneau de Saturne , placées a des distances différentes de la planéte, n’éprouvassent par l’action du soleil des mouvements de précession différents , était due a l’aplatissement de Saturne, produit par un mouvement de rotation rapide de cette plantte, mouvement qu'ilerschel constata au mois de novembre de la méme
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année. Enfin, il rattacha le phénoméne des marées & une théorie analytique dans laquelle les conditions physiques de la question figurent pour la premiére fois; et c’est lui qui le premier traita de la stabilité de l’équilibre des mers, « Une fois, selon les expressions de M. Arago, une seule fois, Laplace s’élanca comme Kepler, comme Descartes, comme Leibnitz, comme Buffon, dans la région des conjectures. Sa conception ne fut alors rien moins qu’une cosmogonie, »
Le siécle actuel, comme le fait observer Laplace, a commencé de la maniére la plus heureuse pour l’astronomie : son premier jour est remarquable par la découverte de la planéte Cérés, faite par Piazzi a Palerme; et cette découverte a bientot été suivie de celle de deux planétes, Pallas et Vesta, par Olbers ,et de la planéte Junon, par Harding.
L’étude suivie des étoiles doubles et des nébuleuses appartient entitrement a notre siécle. Un mémoire de W. Herschel publié en 1803 ouvrit dans le champ des cieux une voie nouvelle aux observateurs; et ce grand astronome ainsi que Bessel, John Herschel, J. South et Struve ont successivement publié plusieurs catalogues d’étoiles multiples qui en comprennent déja plusieurs milliers. L’examen attentif des groupes binaires et tertiaires a montré que dans chacun d’eux les plus petites étuiles sont en mouvement autour des plus grosses ; et certaines étoiles ont déja accompli une révolution entiére depuis qu’on les observe comme étoiles doubles : aussi a-t-on reconnu qu’on pouvait rendre compte de tous les déplacements apercus dans plusieurs groupes d’étoiles multiples , en supposant les étoiles qui les composent en mouvement dans des courbes elliptiques et soumises aux principes de l’attraction universelle, ce qui prouverait que cette grande loi de la nature s’étend jusqu’aux astres les plus éloignés que nous apercevons dans les cieux.
Laplace compléta, depuis le commencement de ce siécle, la Mécanique Céleste, \e plus vaste monument qu’on eit encore élevé aux sciences astronomiques, et Poisson puhlia successivement plusieurs mémoires sur les plus importantes questions de la théorie du systtme du monde. Plana en Italie, Gauss, Bessel, Encke, Olbers, Hansen, en Allemagne, Ivory, Lubbock, Hamilton, en Angleterre, se distinguérent pareillement par des recherches d’un grand mérite sur plusieurs points intéressants de l’astronomie théorique.
Les Tables du soleil par Delambre, publiées en 1806 et construites d’aprés les formules de Laplace et sur les obser~ vations faites 4 Greenwich par Bradley et Maskeline, et a Paris par l’auteur, sont encore les plus exactes quela science posséde, bien que Burckhardt en 1816, et M. Airy en 1827, aient indiqué quelques corrections essentielles aux éléments qui leur servent de base. On doit aussi 4 Bessel des corrections pour les Tables de Cassini, qui ne différent de celles de Delambre que par quelques dispositions particuliéres propres a faciliter les calculs, et ces corrections ont été généralement adoptées pour la construction de la Connaissance des Temps, des Ephémérides de Berlin, etc. Lindenau a établi des Tables de Mercure, de Vénus et de Mars , en se fondant sur la discussion des observations des astronomes les plus habiles et sur les formules des inégalités de Laplace. Les Tables de Jupiter et de Saturne par Bouvard sont ce que l’on posséde de plus exact et de plus complet en ce genre, quoique l’on doive y admettre, comme |’a démontré M. Leverrier, certaines corrections. Burckhardt publia en 1812 de nouvelles Tables de la lune, qui s’écartent peu de celles qu’avait publiées Burg au commencement de ce sidcle, Cependant ces Tables étaient fondées sur la réunion de Pobservation et de la théorie; aussi Académie des Sciences de l'Institut de France, jugeant que la théorie de la lune demeurerait imparfaite et dans un état peu digne de la haue teur A laquellese sont levées les autres parties de la théorie
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