ATELLANES — ATHAMAS
Colmar, ev. y mourut d’apoplexie le 4 septembre 1856. Son pére, originaire de Franche-Comté et conseiller au conseil souverain d’Alsace , mourut président de chambre A la cour royale. Participant a l’élan militaire qui enflammait alors toute la jeunesse, le jeune Athalin entra a |’école Polytechnique aprés un examen brillant, et suivit la carriére du génie. Aprés la bataille d’[éna, quand ’empereur fit venir 4 Berlin l’école d’application de Metz, le souslieutenant Athalin prit part & tous les combats qui précédérent la célébre bataille d’Eylau, a laquelle il assista. Passé lieutenant, il fut employé a divers travaux de défense; en mai 1807, il se distingua au siége de Graudentz, dans diverses reconnaissances périlleuses. Des missions 4 Stralsund et a Magdebourg lui furent aussi confiées aprés Ja paix de Tileitt. Aide de camp du général Kirchner, qui commandait le génie de la garde impériale, M. Athalin fit dans le corps d@armée du général Gouvion-Saint-Cyr toutes les campagnes de Catalogne. Sur la fin de 1809 il accompagna le général Kirchner a Anvers et 4 Walcheren, oi il se distingua par la rédaction d’un remarquable rapport sur les moyens de prévenir le retour d’une pareille invasion. En 1810 il fit un nouyeau travail sur les moyens propres a défendre la passe du Helder.
Ce fut en 1811, et sur la proposition du général Bertrand, que le capitaine Athalin fut nommé officier d’urdonnance de l’empereur. En cette qualité il recut Wimportantes missions, pendant lesquelles il correspondit directement avec le souverain. La premiére lui confiait le soin de voir tous les ports et toutes les iles, depuis Cherbourg jusqu’é Delfzyl ; de reconnaitre les passes , les embouchures des fleuves , de constater l'état des travaux, etc., etc. Pendant la désastreuse campagne de Russie il fut toujours au quartier général, et partagea toutes les souffrances et les privations de Varmée. En 1813 il fit avec lempereur la campagne de Dresde, y recut la croix d’officier et le titre de baron; en novembre de la méme année il fut nommé sous-directeur du cabinet topographique, et colonel aprés les combats de Brienne , Montmirail et Champaubert ; le 20 avril, il assista aux adieux de Fontainebleau.
Une carriére nouvelle s’ouvrit alors pour le colonel Athalin. Le due d’Orléans l’appela prés de sa personne, et il était son aide de camp quand l’empereur revint de Vile d’Elbe. M. Athalin rejoignit cependant Napoléon, qui le chargea de commander le génie & Landau. De nouveaux désastres ayant ouvert la capitale aux alliés , le colonel Athalin reprit auprés du duc @’Orléans une position qu'il n’avait, au reste, quittée que de Passentiment de ce prince. Il fit un voyage en Angleterre, ou il s’occupa beaucoup de Vart du dessin, et son godt fut encouragé par les lecons du célébre Daniel. A Neuilly il se lia avec Horace Vernet. En 1819 il publia de trés-belles lithographies dans louvrage de Charles Nodier intitulé l’Ancienne France; en 1824 il enrichit les Antfiquités @ Alsace , de MM. de Golbéry et Schweighzeuser, de
plusieurs belles planches. M. Athalin, qui excellait aussi dans Vaquarelle, peignit beaucoup de jolis sites dans les voyages qu’il fit avec le duc d'Orléans.
Au moment of la révolution de 1830 éclata, il était en Alsace. Revenu prés du roi des Frangais, celui-ci ’envoya & Berlin et & Saint-Pétersbourg notifier aux souverains du Nord la ferme volonté de la France de maintenir son indépendance tout en respectant les traités. Il pat dans sa mission. Successivement nommé maréchal de camp, député, pair de France, lieutenant général, le général Athalin resta a fa téte de la maison duroi tout le temps du régne de Louis: Philippe. Le 24 tévrier (848 il était souffrant; sa femme le sauva. [Il se retira & Colmar, d’oi il fit encore quelques visites A Claremont. *i9
ATHAMAS, fils d’ Bole, roi de Thessalie, et d’Ena- — réte , successeur de son pére dans cette partie de la Béotie — qui s’étend sur les bords du lac Copais et au pied du mont —
ATHAMAS — ATHEISME
Ptoon, et quia pris d’Fole le nom d’Eolide , épousa Néphélé, dont il eut Phrixus et Hellé, et la répudia ensuite pour se marier ayec Ino, fille de Cadmus, qui lui donna Léarque, Mélicerte et Euryclée. Junon, irritée contre Athamas et son épouse, parce qu’ils avaient élevé Bacchus, confié A leurs soins par Mercure, troubla lesprit d’Ino, qui fit manquer la récolte en brolant la semence, corrompit les députés envoyés pour consulter loracle a ce sujet, et leur dicta cette réponse, que le fléau ne cesserait que par le sacrifice des enfants qu’Athamas avait eus de Néphélé. Elle cherchait, en effet, a s’en défaire par tous les moyens; mais elle n’y put réussir, Néphélé, qui avait été aprés son divorce élevée au rang de déesse, les sauva sur le bélier Ala Toison d’or. Cependant la colére de Junon ne s'apaisa pas; elle jeta Athamas dans un accés de fureur pendant lequel il tua Léarque et poursuivit Ino, qui se précipita dans la mer avec Mélicerte du haut du rocher de Molouris dans la Mégaride.
Obligé de s’enfuir de la Béotie comme coupable d’un meurtre, Athamas se rendit dans la Phthiotide, en Thessalie, ov il batit Halos et épousa Thémisto , fille de Hypséus , qui le rendit pére de Schaenée, Erythrius, Leuconés et Ptoiis. Ce mythe a été altéré de différentes maniéres par les poétes tragiques, et surtout par les mythographes d’une époque postérieure.
ATHANASE (Saint), célébre Pére de l’Eglise , patriarche d’Alexandrie , naquit en cette ville, vers lan 260, et y ful élevé dans les principes de la foi chrétienne. Aprés avoir été pendant quelque temps secrétaire particulier de saint Alexandre, devenu plus tard patriarche d’Alexandrie , et & qui il succéda en cette qualité, il alla trouver saint Antoine, et mena auprés de lui la vie des ascétes, jusqu’a ce qwil revint enfin a Alexandrie, ot il fut ordonné diacre. Il accompagna alors le patriarche Alexandre au concile de Nicée, et dans les discussions qui y eurent lieu au sujet des doctrines d’ Arius, linfluence de sa parole ne contribua pas peu A les faire condamner. Son orthodoxie lui valut Phonneur de donner son nom a un symbole que l’Eglise catholique regarde encore comme la base de sa foi. En Van 335 lempereur Constantin, a la suggestion des ennemis d’Athanase, le traduisit devant le concile de Tyr, quile déposa de ses fonctions. Cette sentence ayant été confirmée en 336 par le synode tenu a J¢rusalem, Athanase fut exilé a Tréves. La mort de Consfantin mit fin a son exil. Constance , empereur d’Orient, le rappela en 338, en méme temps qu'il lui conférait le titre de patriarche d’Alexandrie; et son entrée dans cette ville fut un véritable triomphe.
Les ariens ne tardérent cependant pas a élever de nouvelles accusations contre lui; et dés Pan 341 quatre-vingtdix évéques ariens, rassemblés a Antioche, le condamnérent encore une fois. Par contre, cent évéques orthodoxes réunis 4 Alexandrie déclarérent ses doctrines irréprochables ; et ce jugement, auquel adliérérent plus de trois cents éyéques réunis en concile a Sardique, fut confirmé par le pape Jules. Enconséquence Athanase revint pourla seconde fois, en 349, occuper son siége. Mais quand, en 353, Constance se trouva unique souverain de !’Orient et de ’Occident, les ariens relevérent la téte; et Athanase , condamné de nouveau par les conciles tenus a Arles et a Milan en 356, fut encore déposé. Comme il avait déclaré giil ne se soumettrait qwa un ordre exprés de l’'empereur, cing mille soldats envahirent tout & coup l’église oii il cé- {ébrait une grande solennité religieuse, afin de s’emparer de sa personne. Heureusement la profection des prétres et des moines qui se trouvaient la avec lui favorisa son évasion, et il put se réfugier dans les déserts de 'Egypte. Sa téte ayant été mise a prix, il abandonna encore cet asile, pour ne pas exposer aux persécutions de ses ennemis les cénobites ani se refusaient a révéler le lieu ott il se tenait
caché ; et il se retira alors dans la partie la plus sauvage du désert, of le suivit un serviteur fidéle qui l’y nourrit au péril de ses jours. C’est 1a qu’il composa un grand nombre d’ouvrages , tous empreints de la plus haute éloquence et ayant pour but soit de confirmer les fidéles dans leur foi, soit de dévoiler les artifices de ses ennemis.
Quand Julien monta sur le tréne et permit aux évéques orthodoxes de reprendre possession de leurs églises, Athanase put, lui aussi, revenir 4 Alexandrie, en 361. La mansuélude avec laquelle il traita ses persécuteurs trouva des imitateurs dans les Gaules, en Espagne, en Italie et en Gréce, et ramena la paix dans I’Eglise. Toutefois elle ne tarda pas a étre troublée par les dénonciations des paiens, dont le zéle apostolique d’Athanase rendait les temples de plus en plus vides. Ils irritérent contre lui ’empereur, et pour sauver sa vie Athanase dut encore une fois se réfugier dans le désert de la Thébaide. A la mort de Julien, quand Jovien monta sur le trone impérial, Athanase revint prendre possession de son siége; mais huit mois plus tard, Valens ayant été proclamé erapereur, les ariens redevinrent encore une fois tout-puissants, et en 367 Athanase se vit de nouveau réduit 4 prendre la fuite. 11 demeura caché pendant quatre mois dans le tombeau de son pére, jusqu’au moment ot Valens, cédant aux instantes priéres et aux menaces méme des habitants d’Alexandrie, lui permit de reprendre Vexercice de ses fonctions, dans lequel il ne fut plus troublé jusqu’a sa mort, arrivée en 373.
Des quarante-six années de son épiscopat , Athanase en avait passé vingt dans l’exil. Il appartient incontestablement aux hommes les plus remarquables que l’Eglise ait jamais produits. A la plus vaste intelligence il unissait un rare savoir philosophique et une grande connaissance du monde. D’un caractére sévére et énergique, il ne sut pas assez modérer Pardeur de son zéle contre tout ce qui lui semblait hérétique. Ses écrits sont ou polémiques, ou historiques, ou encore relatifs 4la morale. Les premiers ont surtout trait aux dogmes de la Trinité, de ! Incarnation de Jésus-Christ et de la divinité du Saint-Esprit. Ses ouvrages historiques sont @une grande importance pour histoire ecclésiastique. Le style des uns et des autres est remarquable par sa clarté et son élégance. La meilleure édition qu’on ait de ses ceuvres est celle que Montfaucon en a donnée (3 vol. in-fol., Paris, 1698), ef le t. II de la Bibliotheca Patrum de Montfaucon (1706) peut en étre considéré comme le supplément.
ATHEK. Voyezs AtHéIsME.
ATHEISME (du grec & privatif, et 605, Dieu). C'est un systéme qui consiste 4 nier la Divinité. L’athée nonseulement méconnait Dieu; mais s’il est conséquent dans ses principes, il doit en rejeter la nécessité; alors, il lui faut recourir au hasard, ou bien a des propriétés inhérentes a la matiére et développant toutes choses, pour rendre quelque raison des phénoménes du monde physique et surtout du monde moral.
Legrand argument des athées est non pas l’invisibilité d’une cause toute-puissante et intelligente, car beaucoup d’autres causes et d’autres forces ne tombent aussi que par leurs effets sous nos sens, mais ¢’est existence du mal sur la terre. Aussi, d’anciens philosophes ont recouru a un principe malfaisant, qui combat le bon principe. Telle est la philosophie du dualisme @ Ahrimane et d’Oromaze, de Satan et de Dieu, d’Isis et de Typhon, etc. Les peuples les plus sauvages ont méme admis de bons et de mauvais génies, l'empire de la lumiére et celui des ténébres, ete. Quant aux athées, s’il en existe qui soient réellement convaincus de leur opinion, ils ne peuvent admettre le diable, puisqu’ils ne cro‘ent pas en Dieu. Ils font donc, avecles anciens épicuriens, ce raisonnementimpie : Ou Dieu veut et peut dter Je mal sur la terre, ou il nele peut ni ne le veut. S’il le veut 6ter et ne le peut pas, il n’est pas Dieu, il n’est pas tout-puissant. S’il ne le veut pas, quoiqu’il le puisse, il est méchant ou envieux, et
par conséquent ce n’est pas un Dieu. Enfin, s'il ne le peut ni ne le veut, ce n’est donc point un Dieu. Tel est Vargument cité par Lactance. Mais il est facile de répondre que tout le sophisme repose sur Pinterprétation a donner au mot mal. En effet, s’il existait dans le monde un mal abso!u, non pas seulement pour homme, mais pour toute chose, on en pourrait conclure ou que Dieu a creé ce mal exprés, ou qu'il p’a pas pu Pempécher. Mais si le mal pour un étre tourne a avantage d’autrui, ce peut étre un bien général; il n’offre done point réellement un mal, quel que soit Pinconvénient éprouvé par quelqu’un. C’est ainsi que sans la mort il n’y aurait ni amour ni reproduction; car la vie ne se soutient que par la destructicn. Que tout ait pu étre arrangé différemment, ¢t que aans l’infinie combinaison des mondes notre planéte ne soit pas la mieux partagée en bien, il reste a savoir si la nature des choses s’y préterait. Le mal peut non-seulement avoir sa nécessité, il peut méine offrir son cété indispensable. I] n’y aurait point de vertus si les vices n’étaient pas possibles.
L’existence du mal n’implique done pas la non-existence de la Divinité. Aussi les athées arguent des désordres de Punivers (au moins ce qui nous parait désordre ) qu’aucun dieu ne préside 4 sa direction. Prenez, disent-ils, des molécules diverses de toutes les maliéres de notre glohe , avec les propriétés qui leur sont inhérentes, avec leurs affinités, leurs attractions électives ; mélez-les comme dans un vase chimique : elles formeront spontanément une foule de combinaisons différentes, les unes imparfaites et destructrices d’elles seules, les autres mieux composées par le méme hasard, sans qu’on ait besoin d’invoquer un Dieu a son aide. Ainsi , ajoutent-ils , avec le concours des siécles, et dans les chances infinies qu’ils aménent, pourront se développer toutes les séries d’étres que nous voyons sur la terre. Ces successions d’événements aujourd'hui nous paraissent reguliéres, intelligentes, par l’effet de ’habitude ; mais ce ne sont pas moins, dans l’origine, des ceuvres d’abord informes da hasard. Telle est ’hypothése soutenue dés lantiquité par les Straton, les Diagoras : ils attribuent a la matiére le mouvement essentiellement, de telle sorte que toutes les combinaisons sont possibles et méme doivent nécessairement se développer par une espéce de fatalité inévitable. Il faut en effet, si toute matiére jouit dune quantité quelconque de mobilité par sa force inhérente, qu’elle Pexerce lorsque les circonstances sevont favorables. Dés lors, tout doit se produire dans I’éternité des temps et l'infinie varicté des événements. Mais il est facile d’objecter 4 ce systéme aveugle et tout mécanique que si rien d’intelligent, rien de sage ni @harmonieux ne préside aux opérations de la matiére ainsi abandonnée a toute limpétuosité brute du basard, il n’en peut résulter des séries constantes d’wnvres coordonnées , détres organisés pour un but, et dans un dessein de prévoyance, de correspondance aussi évidenle que le sont les rapports des sens avec les objets extérieurs , les sexes l'un relativement & Pautre, les végétaux , les animaux, d’aprés les lieux, les climats, etc.; enfin, Vaile pour Pair, la nageoire pour l’eau, le pied pour Ja marche, telle espéce de dents et d’estomac pour tel genre de nourriture, etc, La échouent toutes les explications des athées, et Vhistoire naturelle, ’anatomie, sont des traités de théologie, des hymnes 4 ja Divinité, comme lexprimait Galien.
En effet, lorsque rien d’intelligent ne préside 4 des mouvements fortuits, il est impossible que rien de réguliérement organisé puisse en émaner. Depuis plusieurs millers d’années, les cataractes du Rhin, du Nil ou du Niagara voient se précipiter un torrent d'eau du sommet d'un roc, Dans cette infinité de mouvements des molécules de l'eau entrainant d’autres matidres terrestres, quelles creatures nouvelles sont produites? Dans la fange impure meme ot # multiplient tant de races, quelles générations équivoques formert des espéces sans cesse différentes? Non; ce sont
ATHEISME
toujours les mémes qui se perp*tuent par la reproduction uniforme et selon des lois régulié¢res. Supposez qu’au leu eau, un torrent verse des millions de caractéres d’impri- Incrie, pensez-vous qu'il en sorte jamats Ja comb‘naison @une tragédie cu d'un théoréine d’alyébre? Le naturaliste Adanson, voulant trouver des noms pour toutes les nouvelles coquilles qu'il apportait du Sénégal, renferma dans une roue creuse beaucoup de caractéres alphabétiques; mais en la tournant il n’en tira au hasard que des lettres qui n’offraient qu’une suite de termes si bizarres qu’il fut obligé de les modifier pour les rendre un peu supportables. Admettez qu’on secoue d’a Ileurs des millions de lettres pendant des millions d’années, les mémes combinaisons de mots se renouveileront des milliers de fois et raméneront un certain nombre de chances. De méme, ce qu’un coup du hasard pourrait créer dans cet univers, un autre coup le détruirait, et les plus heureux événements seraient sans un lendemain, L’argument des athées se détruit done par les mémes moyens qu’il se construii, car les résultats des jeux de hasard prouvent qu’a la longue il y a égalité pour et contre. Ainsi, ce systéme ne produit rien, puisqu’il détruit tout autant qu’il construit.
On entend tous les jours répéter encore : Ce que vous voyes exisler est donc nécessuire, puisqwil subsiste ainsi. Eh bien, ce principe n’est pas plus certain que les autres. Combien, en effet, d’espéces d’animaux éteintes ou perdues ont laissé leurs ossements enfonis dans les couches du globe! Cuvier a eu la gloire de reconstituer par la science anatomique ces races inconnues. Les espéces actuellement vivantes peuvent étre un jour anéanties; des catastrophes immenses engloutissent les continents et leurs créatures, sans que le systéme entier de notre monde en soit ébranlé. La prétendue nécessité de l’existence des choses n’est donc nullement fondée,
Aprés avoir ainsi renversé les principaux retranchements de lathéisme, il reste 4 examiner I’hypothése du panthéis me, opinion ancienne, mais soutenue surtout entre les modernes par Spinosa et les matérialistes, qui accordent la vie, le sentiment, Vintelligence & la matiére elleméme. Ainsi Malebranche ne voyait que Dieu dans le monde, il était spiritualiste ; Spinosa ne voit que le monde, dont il fait un dieu; i] confond Pesprit et le corps dans une unique et méme substance, et ne sait plus que répondre a quiconque lui demande ou est l'esprit dans un cadavre, sinon qu’il s'est réfugié dans chacune des particules de cette charogne en pourriture, Leibnitz distingne de la matiére la force qui la gouverne; Hobbes et Collins, ete., font le dieu Pan le grand font dune nature unique. Mais c’est comme si l'on confondait le fer avec le magnétisine qu'il recoit et dont il peut étre privé, ou comme si l’on soutenait que le calorique est la substance méme du corps qu’on en a imprégné. Ainsi, autre chose est la matiére elle-méme, tangible ou tombant dordinaire sous le sens, et lintelligence ou la force qui la réyissent avec ordre, unité, régularité, harmonie. Les corps peuvent manifestement ¢tre doués ou privés de cette force, de cette vie, de cette intelligence. En outre, quoi de plus absurde et de plus extravagant, comme I’a fait voir Bayle , dans sa refutation de Spinosa, que d’associer des principes incompatibles dans un méme sujet? Certes, voila un singulier diew que celui qui, animant deux armées rangées en bataille Pune contre lautre, s’entr’égorge a la baronnette. Un dieu-juge envoie une autre portion de dieu criminelle aux galéres, Quand un dieu se donne la fidvre ou quelque chose de pis, quand il s'enivre, tue ou empoisonne un autre, c'est la Divinité elle-méme qui s’amuse aA se tourmenter! En un mot, il n'y a sorte de crime, de folie et de turpitude qu'on ne puisse par ce moyen établir, et Dieu se niera lui-méme dans Vathee, on se fonettera, etc., tant est extravagante cette monstrueuse hy pothdse,
Mais, de plus, si la matiére est Dicu, elle est en méme
OO i aa i
A'THEISME
temps agente et patiente dans la méme substance, en sorte qu’elle se détruit et meurt, en un mot se crée tous les maux, toutes les fureurs que nous voyons sur la terre. Car, puisqu’elle est tout, et sa propre autocratie, pourquoi renfermet-elle toutes les horreurs comme toutes les imbécillités ? La matiére-dieu de Spinosa, ou l’athéisme des matérialistes , est le comble de l’absurdité. I] faut done en revenir a la distinction des deux substances, 4 Vesprit et au corps, mens agitans molem; principes séparés, quoiqu’ils puissent étre coexistants, soit dans lespace, soit dans la durée. L’incompréhensibilité, ou Pinvisibilité d'une chose, n’est point un moti! valable pour la rejeter. Combien d’effets dans la nature dont les causes nous échappent et n’en sont pas moins des réalités!
Si vous remarquez les raisonnements des hommes qui prétendent se passer de la Divinité, tous sont obligés de multiplier les ressorts et les explications en traitant des étres organisés ou des parties anatomiques des animaux et des plantes. Pour établir leur coordination savante et leurs merveilleuses correspondances, il faut que les athées accordent a la matiére brute des pouvoirs extraordinaires; ils coneédent gratuitement l’intelligence, la sensibilité aux pierres mémes, ala terre, 4 lair, aux moindres molécules, pour étanconner leur échafaudage. Ils sont forcés de mettre Dieu en piéces, de le démembrer, et d’en incorporer, pour ainsi dire, les morceaux dans les substances les plus inertes, tant il leur est impossible de se passer d’une puissance intelligente dans univers, en sorte que les partisans de l’ath¢isme ne nient pas tant Dieu qu’ils en pénétrent, au contraire, davantage tous les corps naturels ; ils confondent sans cesse, comme Spinosa, |’ouvrier avec l’ouvrage.
Parmi les objections les plus fortes que l’on ait élevées dans le dix-huitiéme siécle contre existence d’un étre intelligent auteur des créatures, on a surtout vanté les arguments opposés aux causes finales par le livre intitulé Systéme de la Nature, attribué & Mirabaud, secrétaire de l’Académie Francaise. Hélas! notre bon Mirabaud, dit Voltaire, n’était pas capable d’écrire une page du livre de notre redoutable adversaire. Cet ouvrage, élogquemment écrit, mais diffus , rempli de sophismes , de pétitions de principes, est da au baron d’Holbach et a Diderot.
On ne peut empécher des raisonneurs d’attribuer 4 des causes secondaires des effets trés-considérables et trés-étendus dans le monde, en sorte qu’ils croient pouvoir se passer d’un premier moteur pour arranger, selon leur téte, leur petit univers. C’est ce qu’a déja remarqué Bacon : il dit que si lon ne gotte que des lévres les sciences naturelles, on peut ¢tre conduit 4 l’athéisme; mais qu’en s’abreuvant pleinement de cette féconde source de philosophie, !’on est ramené invinciblement vers la Divinité. Voila pourquoi furent religicux Newton, Linué, et tous les plus profonds savants qui ent scruté les secrets de la nature.
«Réveillé sur la terre, dit Linné, j’ai contemplé un Dieu immense, éternel, tout-puissant, sachant tout; je lai yu, et je suis tombé dans l’étonnement a sa seule ombre.
Jai cherché quelques-uns de ses pas au milieu des créa--
tures, et jusque dans les plus imperceptibles méme : quelle puissance! quelle sagesse! quelle perfection inextricable! J’ai observé les animaux sustentés par les végétaux, ceux-ci par les corps terrestres , et la terre roulant, dans un orbe inaltérable, autour du soleil, source ardente de sa vie; ce soleil, tournant sur son axe avec les planétes qui l’environnent, forme, avec les autres astres, indéfinis en nombre, et soutenus dans les éternels espaces, par le mouvement dans le vide, un immense systéme. Tout est régi par un moteur premier, incompréhensible, l’étre des étres, comme |’appelle Aristote, la cause des causes, le gardien, le recteur supréme du grand tout, lauteur, l'artisan, |’éternel architecte, selon Platon, d'un si magnifique ouvrage. » Voulez-vous |’appeler la Fatalité,vousne vous trompez pas, ajoute Séndque, toutes
choses dépendent de lui. Préférez-vyous le nommer Nature, vous n’errez pas ; toutes choses sont nées de lui. Le nommez-vous Provilence, vous parlez bien : c'est par ses ordres et ses conseils qae le monde déploie tous ses actes, Il est tout sentiment, tovt -<:), fout oreille, toute vie. Tout est lui-méme, et Vintelligence numaine reste incapable @empbrasser son immensité. I) faut croire, dit Pline, qu’il existe une Divinité éternelle, infinie, non engendrée, non créée. Cet étre, comme l’ex pose encore Sénéque, vette cause, sans laquelle rien n’existe , qui a tout bati et organisé, qui remplit nos regards et leur échappe, qui n’est saisissable que par la pensée, a dérobé son auguste majesté dans un asile si saint et si impénétrable, qu’il n’est permis qu’a notre seule intelligence d’y aborder. Voyes Dirvu.
Pour écraser en peu de mots les absurdités qu’entassent les défenseurs de l’athéisme, il suffira d’exposer un simple fait, aussi vulgaire que celui-ci, Attribuez telle force active Ou expansive que vous voudrez a la matiére, et voyons comment elle composera , je ne dis pas un homme, mais seulement un cil, avec toutes ses tuniques, dont chacune est différemment tissue et fabriquée. Il faut que cela s’opére avec tant de justesse et d’industrie, que les unes soient opaques pour former une chambre obscure, sphérique, noirciea l’intérieur, d’autres transparentes. I] faut que l’iris se resserre ou se relache & propos, afin de n’admettre que tel cone de rayons lumineux ; que l’humeur aqueuse de la chambre antérieure, la lentiile du cristallin et la courbure savante de ses segments de sphere, que I’humeur vitrée de la chambre postérieure, soutenue dans son réseau , comme le cristallin enchatonné, soient placés 4 des distances respectives si bien calculées, et en rapport pour réfracter les rayons, qu’fl n’y manque rien, afin que les images viennent exactement se peindre sur la rétine. Dire ensuite comment de telles impressions se transmettent au cerveau par des nerfs optiques entrecroisés, et comment de deux images, méme renversées dans nos yeux, nous ne voyons cependant qu’un seul objet droit, cela est trop inexplicable. Comment encore la matiére, supposée active , devinera-t-elle (sans une intelligence qui la dirige ) qu’il faut garantir l’@il au dehors, lui donner des paupiéres qui le recouvrent, des sourcils qui l’abritent , des cils pour écarter les insectes ou d’autres petits objets, une pupille dilatable ou contractile qui proportionne le degré de la lumiére afin de n’étre ni aveuglé du trop grand jour, ni plongé dans de trop épaisses ténébres de nuit?
Ce nest pas tout. Il fallait approprier cet veil au milieu qu’habite animal. Comme le poisson doit vivre dans !’eau, il est inutile qu’une chambre antérieure contienne de Phumeur aqueuse a son ceil. I] fallait au contraire que la forme du cristallin corrigeat la trop grande réfraction des rayons lumineux traversant un liquide dense comme l’eau. Ce n’est donc plus un cristallin lenticulaire; il est renflé en sphére comme un pois ( quoique la courbure de ses deux cotés ne soit pas la méme ), et par ce moyen, imaginé et exécuté avec la plus rare précision, le poisson distingue parfaitement les objets sous l’eau, ce que ne pourrait faire "ail de Vhomme. De méme, Voiseau, destiné a s’élancer dans un milieu rare et subtil comme l’air des hauteurs de l’atmosphére, devait , au contraire, avoir un ceil autrement conformé que celui du poisson; aussi la chambre antérieure de l’humeur aqueuse est fort bombée; son cristallin, au lieu d’étre sphérique, est plus aplatiméme que celui de ’homme, et selon les lois les plus savantes de l’optique. Mais ce qu’on remar quera de non moins merveilleux, c’est que la vue de Voiseau devait étre presbyte ( ou longue ) en volant pour distinguer les objets de trés-loin; puis, quand il est perché sur un arbre ou a terre, il faut qu’il puisse voir d’assez prés ce qui lentoure et qu’il prenne alors une portée de vue plus courte. Afin d’obtenir ce résultat, il faut tantot reculer le cristallin et tantot Pavancer, comme on tire plus ou moins les tubes d’une lunette d’approche, afin de ’approprier aus
diverses distances des objets. Aussi la savante Providence a placé dans lel de V’oiseau, de la rétine au cristallin, un muscle transparent en losange , qui recule ou laisse avancer cette lentille pour produire, au besoin de lanimal, telle ou telle étendue de vue.
Qu’un défenseur des forces aveugles de la matiére nous vienne chanter dans les beaux vers de Lucréce que, l’ceil s’étant trouvé formé par hasard a la suite de millions de conjonctures favorables, l’animal s’est servi de cette partie, mais qu’il n’y a point A cela de cause finale, certes, qui ne veit combien un pareil raisonnement est pauvre et absurde? Aussi, sentant le poids immense que les causes finales mettent dans Ja balance gour démontrer cette supréme intelligence qui créa tous les étres, divers auteurs ont tenté de discréditer ce genre de preuves. On a profité de quelques explications hasardées pour jeter du ridicule sur les partisans des causes finales (voyez Causatiré ); mais ce ridicule ne peut tomber sur les rapports manifestes des ¢tres, soit entre eux, soit avec les objets qui les environnent. On ne saurait méconnaitre que Vaile ne soit prédisposée pour le vol de Y'oiseau, du papillon, de la chauve-souris, comme la vessie natatoire pour soutenir hydrostatiquement le poisson dans les eaux, comme les aigrettes des semences du chardon et du pissenlit sont disposées afin que le vent les dissémine au loin. S’il y a jamais eu dessein prémédité et manifeste, c’est celui des rapperts des organes sexuels entre eux pour la perpétuité des espéces. La coordination des membres des animaux est tellement précise , inévitable, qu’en voyant telle dent, telle machoire d’un mammiftre, d'un insecte méme, le naturaliste exercé devinera sans peine le genre de vie, herbivore ou carnivore, et tous les autres rapports des intestins , des pieds ou grifles qui en résulteront, sans avoir vu l’animal; il devinera juste, parce que telle organisation est nécessairement enchainée a tel appareil de structure. Newton prouvait un Dieu par des soleils et des mondes; Linné, Réaumur, ou Cuvier, en prouvent non moins existence par des moucherons, des fleurs ou des fossiles.
Toute la nature est tellement riche de ces harmonies, et cette étude enchanteresse se lie si étroitement a toute lhistoire naturelle , qu’il est impossible de len séparer. Cette science devient la démonstration la plus compléte, la plus irréfragable de la puissance et du sublime génie qui préside & l'univers. C’est une fhéologie vivante et perpétuelle, la plus convaincante pour toutes les intelligences. Qu’est-ce donc qui réfute le mieux les dangereux systémes, ou des raisonnements de pure théologie dogmatique des écoles, ou bien des observations de la nature? Les plus incrédules, qui se jouent des dogmes, se sentent renversés par des faits positifs. Aussi, tels que les mauvais anges de Milton, ils soulévent en vain leurs tétes audacieuses et rebelles contre les épées flamboyantes des anges de lumiére: Ils appellent 4 leur secours la peste, les poisons, les maladies, !a mort, les ouragans destructeurs , toutes les puissances infernales, pour dégrader, noircir, envenimer les chefs-d’uvre du Trés-Haut. Si yous leur présentez une fleur, ils yous monfrent aussitét le ver qui lui ronge le sein.
Nous ne cherchons point a justifier ici les desseins de la nature, ou pjulot de son sublime auteur, et en vérité nous ne croyons pas qu’il ait besoin d’avocat auprés de ses eréatures. C’est une témérité non moins grande de décider dans notre petite sagesse que telle chose ne pouvait ¢tre mieux faite, que de blamer hardiment telle autre. II est évident que Phomme, é¢tre fragile et borné dans un coin obscur de cet immense univers, cette fourmi du globe, raisonnant avec suffisance de toutes choses, s’imaginant dans son orgueil étre Vanimal le plus important, le seul pour le bonheur duquel tout doit nécessairement conspirer, il est évident, dis-je, que pour lui c’est déchoir jusqu’aux derniéres limites du ridicule. Absolument parlant, nous
ATHEISME
sommes hors d’état de décider si telle chose est bien oy mal, non par rapport a nous (petite partie d’un infini ) mais par rapport au grand tout. N’est-il donc pas ét ‘ de voir un atome se redresser contre le supréme ordonnateur des mondes, et lui dire : Tu as mal fait? Mais , pour réfuter par un seul exemple tant de téméraires assertions prenons les plantes vénéneuses : leur création est, dira-t-on, une méchanceté gratuite sur la terre. Je vous dis qu’en cela méme brille la sage prévoyance de la nature. En yoicj des preuves. L’euphorbe est , comme la plupart des tithymales , un violent poison pour l'homme et la plupart des animaux ; l’odeur seule de ces plantes repousse. Il en est d’autres espéces toutefois qui les recherchent , comme des insectes et la belle chenille du tithymale, qui en font leur unique pature. On voit en Arabie les chameaux et dromadaires brouter avec plaisir de petits tithymales, dont le lait acre stimule apparemment l’estomac coriace de ces ruminants, comme les mets épicés fortifient le ndtre. La chéyre dévore sans danger la cigué; le persil , que nous mangeons devient poison pour les perroquets et d’autres oiseaux. Ainsi, le poison pour Tun devient l’aliment réservé pour Pautre. Chaque é¢tre ne trouve-t-il point ainsi sa portion daliment garantie sur la grande et commune table de la terre? La loi du venin est done une défense, un moyen imaginé habilement pour assigner 4 chacun sa part de nourriture sans qu’aucun autre s’en empare.
Nous ne prétendons point connaitre tous les desseing profonds de la Providence divine lorsqu’elle permet le développement des maux sur la terre; mais on peut voir par les bienfaits de la fécondité et de la reproduction sur tout le globe que ceux-ci ne pouvaient éclore que par la nécessité de la mort ou de la destruction, aliment de nouvelles existences. Quiconque nie la cause des causes est par cela méme dans l’impossibilité de découvrir les principes des choses et d’avoir aucune invention. Tournant dans un cercle vicieux, il ne sort pas de la matidre, ot il s’attache comme 4 la derniére ancre de son existence. Pétrifié et incorporé a cette terre, qui doit, selon lui, l’engloutir tout entier, il roule avec elle d’un mouvement perpétuel, soulevant, comme Sisyphe, un rocher qui l’écrase sans cesse. Toujours aheurté contre cette idée d'un Dieu qui resplendil comme le soleil sur toute la nature, et dont les rayons blessent ses yeux de toutes parts, il n’est occupé qu’a s’en défendre. Partoul tenté de Dieu, il ferme en vain ses sens a cet immense génie de l’univers dans lequel il se trouve plongé. En vain il oppose les monstruosités, les vices, 4 une sagesse incompréhensible; en vain il offusque toutes ses magnificences du fiel de la haine et de la détraction : les ciewx racontent sa gloire, et le télescope poursuit dans ’immensité la course des astres qui les décorent,
La vie, le sentiment, l'amour d’une mére pour son fils , seraient-ils donc, comme aux yeux de lathée, les jeux fortuits d’une matiére qui se forme, puis se désorganise sans cause, sinon par le hasard, ce pére aveugle, ce Saturne effroyable qui dévore toutes choses 4 mesure au’elles sortent du sein de la nature?
Tel est ce monstrueux systéme. Ol youlez-vous que le génie puisse se développer? De quoi saurait-il s’inspirer? Quelle invention éclatera du sein de cet abime de putréfaction? Tel qu’un cloaque infect exhale partout des vapeurs empestées, fel ce systéme destructeur entraine lame aux gémonies, oti elle ne peut contempler que decomposition, que crimes et que mort. Que sont dans cette hypothése les hommes, sinon des malheureux lancés sans consolation, sans espoir sur cette terre pour y étre tour a tour immolés par un sort inexorable, sans équité pour Pinnocence, sans frein pour le scélérat, Socrate vertueux égalé a Néron! Quelles horreurs sur ce globe si rien n'est méritoire, si rien n’est criminel, si la fraude et le vice heureux dominent avec impunité, enfin si les attentats sont absous par cela seul qu’ils sont triom-
ATHEISME — ATHENEE
phants aux yeux indignés des humains ? D’oti naitrait alors cette expansion généreuse, inspiratrice des nobles sentiments , des actions sublimes? Non, te coeur flétri par ces
désolantes croyances ne sait plus s’empreindre dun magnanime espoir d’immortalité. Cette communication avec la Divinité, qui nous tenait suspendus et aspirants aux cieux, cette chaine d’or désormais rompue, nous retombons de tout notre pdids vers la terre. Elle entr’ouvre ses entrailles sombres pour nous engloutir tout entiers avec nos espérances de renommée. Tel est l’ange déchu des régions célestes de la pensée; tel est celui qui nie Dieu et que ne vivitie plus le rayon éclatant de son génie : ce n’est plus qu'un cadayre.
L’athéisme, déshéritant ’homme de la Divinité, le transforme done , comme Nabuchodonosor, en béte. Il favorise, par lespoir de limpunité, tous les vives, et tend a désespérer la vertu, en la privant de toute rémunération a venir. C’est donc la destruction des liens sociaux, tandis que le théisme place la divine Providence au-dessus des nations et présidant a leurs destinées ; dés lors elle soutient Phomme juste dans ses sacrifices; elle menace en secret le criminel ; elle a les yeux ouverts sur toute la conduite cachée des hommes, et les défend souvent contre des tentations. Si depuis quarante siécles les raisonnements des athées n’ont pu désabuser le genre humain de la croyance en un Etre supréme, ordonnateur de la nature, il est a croire que tant defforts ne sont pas impuissants sans cause, et qu’un ouyrage prouve un ouyrier, comme une horloge suppose un horloger. :
Dieu sans doute est incompréhensible; approchons-en comme du feu et du soleil, pour en étre éclairés et échauffés, mais non pour nous précipiter dans ce foyer brulant, dans lequel nos pensées seraient bientét consumées et absorbées,
C’est souvent afin de se donner le relief d’esprit fort et indépendant, d’homme habile et instruit au dela du vulgaire, que certaines personnes affectent Vathéisme; mais s'il est certain, comme dit Bacon, qu’un peu de science cause cette présomption, les profondes connaissances raménent les plus grands génies au théisme. En considérant le peu qu’on est capable de savoir, le superbe orgueil des hommes tombe confondu de son ignorance. Dieu seul semble s’étre réservé la vérité de ’omniscience, et ne nous en avoir laissé qu’une faible lueur. Mesurer la Divinité a notre petitesse est l’amoindrir ; vouloir la définir, c’est borner son infinité. Plus on cherche 4 Vapprofondir, plus elle s’agrandit dans son incompréhensibilité. C’est Vabime qui engloutit PAme dans son horreur et sa majesté.
Que les athées devenus tels par le spectacle de ce monde, ou la vertu est si mal récompensée et le vice si orgueilleux de ses triomphes, désespérent moins de la justice supréme. fl est aussi dans les desseins de |’éternelle Providence des retours équitables et vengeurs. Sous l’or et la pourpre des tyrans régnent les remords et les déchirements du coeur, a défaut de supplices et de bourreaux. La joie et le bonheur whabitent point avec les méchants, et la couche la plus voluptueuse est souvent remplie de tortures morales, C’est une loi de notre organisation, qui ne peut nous soustraire a notre destinée, ef la chute est toujours proportionnée a I’éléyation, par une réaction nécessaire de la sensibilité.