‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 5)Chapitre 128 sur 488 · C. Touzarp ainé · texte numérisé non relu

C. Touzarp ainé

AUBERT (Jean-Louts, abbé), le premier des fabulistes francais aprés La Fontaine, au jugement de Voltaire, qui disait des Fables le Merle, le Patriarche et les Fourmis : « C’est du sublime écrit avec naiveté, » naquit 4 Paris, en 1731, et se youa de bonne heure au culte des Muses. Ses premiers apologues parurent dans le Mercure de France. En 1752 on lui confia, pour la partie littéraire, la rédaction des Annonces et affiches de la province et de Paris ; et ses articles, pleins de malice, de bon gott et d’érudition, firent pendant yingt ans la fortune de ce recueil. Ce fut en 1756 qu’il publia ses Fables, qui obtinrent une vogue européenne. A certains égards elles méritaient ce succés. On y trouve du naturel, de la grace, souvent de la poésie. Ces qualités se font remarquer surtout dans Fanfan et Colas , Chloé et Fanfan, V Abricotier, le Miroir, la Force du Sang, la.Poule et ses Poussins, le Billet d Enterrement et le Billet de Mariage. L’abbé Aubert a publié aussi des Contes moraux en vers. Il vyoulut s’essayer, en outre, dans le ~ genre dramatique; mais ici il échoua : la Mort d’Abel,

drameen trois actes, qu’il donna en 1765, n’est qu’une froide imitation du poeme de Gessner, Il ne fut pas plus heureux quand ilentreprit, en 1769, derefaire en vers de dix syllabes la Psyché de La Fontaine. Il y a certaines ceuvres de génie auxquelles il n’est pas permis de toucher,

L’abbé Aubert travailla encore au Journal des Beauax- Arts , et dirigea depuis 1774 la Gazette de France. En 1773 on ayait créé pour lui au Collége de France une chaire de littérature francaise, qu’il occupa jusqu’en 1784. A cette époque il cessa de faire son cours; il est mort en 1814.

AUBERT (M™e Constance). Yoyez ABRANTES.

AUBERT (Mademoiselle Anais ), actrice du Théatre- Francais, fille d'un maitre de poste des environs de Chartres. Aprés avoir été élevée dans l’aisance et avoir recu un commencement d’éducation brillante, la mort de son pere et la perte de sa fortune conduisirent M'"® Anais vers la carriére dramatique, et a ge de quinze ans, sous la direction de Baptiste cadet et sous la protection de M. le duc de Duras, premier gentilhomme de .la chambre du roi, elle débuta, le 10 novembre 1816, au Thédtre-Francais, dans les ingénuités, Angélique de /’Epreuve nouvelle, et Eugénie de la Femme jalouse.

Malgré le succes de ses débuts, cet emploi étant alors

tenu par M"®* Bourgoin et Volnais, et surtout par M''® Mars, DICT. DE LA CONVEKS. — T. Il. ie

M'® Anais ne put pas résister aux ofstacles et aux degodts de toute nature qui lui furent suscités. Elle ne fut done point engagée par le comité du theatre, et alla jouer a Londres avec la troupe francaise qui, patronisée notamment par le duc de Wellington, donnait des représentations a Argyle-Room’s. Wannée suivante, M''® Anais reparut encore au Théatre-Frangais. Les mémes causes l’en éloignérent presque aussit0t, et lorsque le Gymnase s’¢tablit, elle y passa quelques mois seulement, et vint, en 1821, au second Théatre-Frangais (Odéon ), ou, en jouantle grand répertoire de la Comédie-Frangaise, elle établit avec succés plusieurs roles nouveaux, entre autres celui de Juliette , dans la tragédie de ce nom de M. Frédéric Soulié.

Elle revint en 1831 au Thédtre-Francais, quelle n’a quitté qwen 1851 pour prendre sa retraite, On la dil née en 1802. Sans renoncer a l'emploi des ingénues, et au milieu de la quantitéde personnages nouveaux qu’elle avait eréés avec talent, Mile Anais, dans Jes réles travestis de Chérubin du Mariage de Figaro, du duc @’York des Enfants d’ Edouard, et du Novice de Don Juan d’Autriche, avait su se distinguer encore par la physionomie naive, espiégie, malicieuse, mélée d’une sensibilité touchante, qu'elle avait imprimée a chacun de ces personnages. Par les avanlages extérieurs de sa taille mignonne et de sa voix juvénile, Mlle Anais effrait une nouvelle et agréable preuye du charme et de illusion que le talent peut longtemps prolonger au théatre. — Elle est morte en 1871 4 Louveciennes.

AUBERT DE VITRY (Francots-Jean-PuILiBert ), né a Paris, le 2 avril 1765, d’une famille consulaire, fit avec éclat ses études humanitaires aux colléges d’Harcourt et de Mazarin. Passionné pour les lettres et les arts, il se décida cependant, afin de plaire a sa famille, A étudier le droit et la procédure; mais il n’en poursuivit pas moins sa vocation, et publia, en 1789, quelques brochures et un ouvrage politique intitulé Rowsseau a lV Assemblée nationale, qui lui valut Vamitié et les conseils de Bernardin de Saint-Pierre , de Condorcet et de La Harpe. Unsecond livre, intitulé Etudes sur Education, vit le jour en 1792.

De sanglantes saturnales préludaient déja, en place de Gréve, a la tourmente révolutionnaire. Les clameurs de la foule éveillérent Aubert de Vitry au fond de sa retraite. Aprés les massacres de septembre il s’était lié avec le girondin Godefroi Izarn de Valady, qui siégea depuis a la Convention. Le {4 mars 1793 il attaqua, dans un journal-affiche intitulé Cassandre aux Troyens, la faction des Jacobins , et Saint- Just dénong¢a a la tribune cette satire quotidienne. Frappé de mandats d’arrét, il fuit la capitale sans savoir ou reposer sa téte.

Apres mille périls, il rejoint 4 Caen son ami Izarn, partage avec lui la proscription des girondins, les suit de Brest a Bordeaux sur le navire I’ Industrie, et se fait arréter en leur cherchant un asile prés de Périgueux. De 1a il fut transféré a Versailles. Remis en liberté sous le Directoire , dhomme de lettres consciencieux il devint administrateur intégre, suivit, comme secrétaire, son vieil ami Girault (d’Eure-et-Loir) & la légation de Bruxelles ; fut chargé, de 1801 & 1805, d’une mission de confiance dans les Bouchesdu-Rhéne; devint, enfin, successivement chef de bureau au ministére de Vintérieur , sous-préfet , secrétaire général de préfecture , et secrétaire général du conseil des minis{res de Westphalie, sous le roi Jéréme.

Mis a la réforme en 1815, a son retour en France, Aubert de Vitry se vit foreé, pour vivre, de reprendre sa plume de littérateur. Versé dans les langues allemande et anglaise , il publia avec succés plusieurs traductions, entre autres celles des Contes Moraux de Mistress Opie et des Mémoires de Geethe, qui ne lui pardonna jamais de ne pas Pavoir assez encensé dans son introduction. Le premier en France, il fit paraitre en 1815, sous le titre de Recherches sur les vraies causes de la misére et de la félicité pu-

tliques, un examen critique de la désespérante doctrine de Malthus. Plusieurs feuilles quotidiennes, le Journal de Paris, le Courrier frangais , le Constitutionnel, le Moniteur, ouvrirent leurs colonnes & ses analyses et A ses critiques. Il fit ins¢rer des articles capitaux dans Zncyclovédie moderne de Courtin, comme plus tard il paya un riche tribut A la Revue mensuelle d’ Economie politique et a notre Dictionnaire de la Conversation. Enfin, de 18244 1830, il rédigea en chef la sixiéme section du Bulletin Universel des Sciences et del Industrie de Férussac.

Cependant, en dépit de ses efforts multipliés , le besoin vint frapper A la porte de ’homme de lettres. Il avait, de plus, &sacharge une sceur qui, aprés avoir perdu son mari et ses enfants, se trouvait sans ressources; mais la Providence avait conservé 4 Aubert un vieil ami.... M. de Kératry obtint pour lui de M. Girod (de l’Ain), ministre de l’instruction publique, un secours annuel de 1500 fr. Peu de temps aprés, lui et sa sceur, 4 laquelle il survécut de quelques années, se réfugidrent ensemble dans Vasile de Sainte- Perrine, ou il s’est éteint en juin 1849, conservant toute sa présence d’ésprit, et disant 4 ses amis en leur montrant un Bossuet : « Voila le plus grand des moralistes! »

Emile pe Kératry.

AUBERT DU BAYET (Jean-Baptiste-ANNIBAL), né A la Louisiane, le 19 aodt 1759, était en 1780 sous-lieutenant au régiment de Bourbonnais. Il se distingua dans la guerre de l’indépendance américaine, ou il regut le grade de capitaine. Rentré en France peu de temps avant la révolution, il n’hésita pas & en épouser les principes. Député, en 1791, A l’Assemblée législative, par le département de VIsére, il prit une part active a ses travaux. Il proposa que le roi fat prié d’inviter les puissances étrangéres a discontinuer leurs préparatifs de guerre et 4 dissoudre le corps d’émigrés qui s’organisait milifairement sur nos frontiéres ; il demanda qu’un délai de grace fit accordé aux fonctionnaires qui n’avaient point encore prété serment 4 l’Acte constitutionnel ; il défendit Lafayette et Dupont-Dutertre, attaqués 4 la fois par les girondins et par la Montagne ; il combattit la formation d’une fédération générale, qu’il considérait comme dangereuse pour la sdreté intérieure de I’Etat; il proposa Vordre du jour sur une adresse du département de Loir-et-Cher, qui, en félicitant l’'assemblée de ses mesures contre les émigrés et les prétres réfractaires, attaquait le cété droit; il émit, enfin, avis de prohiber le costume ecclésiastique , parla en faveur du divorce, et proposa de joindre au serment de haine contre la royauté celui de ne sduffrir jamais qu’un étranger régnat sur la France.

Aprés le 10 aodt, Aubert du Bayet se sépara du parti exalté de l’assemblée. A la dissolution de la Législative, il reprit du service comme capitaine au régiment de Bourbonnais, fut fait peu de temps aprés lieutenant-colonel , et nommé général de brigade en 1792. A la reddition de Mayence , ou il commandait une partie de la garnison, il se vit décrété d’accusation ; mais on le mit en liberté le 4 aout, & la suite d’un rapport sur la prise de cette place. Le 7 du méme mois, fort de son innocence, il se présente a la barre de la Convention, et se justifie avec tant de succés que, sur la demande de l’assemblée, le président lui donne l’accolade fraternelle. Parti pour la Vendée avec la garnison de Mayence, il débute par une défaite & Clisson, ot ennemi lui enléve son artillerie, ses bagages, et lui tue quelques centaines @’lommes ; mais il prend une éclatante revanche a Mortagne, oi: il engage laction au’mépris d’un ordre du comité de salut public, qui le destituait et le rappelait.

Arrivé a Paris, il est arrété, jeté en prison, puis remis de nouveau en liberté, sur un rapport de Merlin de Thionville, et renvoyé en Vendée, ot il coopére activement, sous les ordres de Hoche, a la pacification du pays. Nommé général de division et commandant en chef de l’armée de Cherbourg, il poursuit les chouans A outrance, les combat, les disperse,

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