AUBERT DE VITRY — AUBIGNAC
et rétablit les communications entre les principales villes de la Bretagne. A la nouvelle de Ja journée du 13 vendémiaire, Aubert du Bayet se disposait 4 marcher avec son armée au secours de la Convention, lorsqu’il apprit qu’elle avait triomphé de l'insurrection. La constitution de I’an JIT promul~ guée, et le Directoire installé, Aubert du Bayet accepta le portefeuille de la guerre en novembre 1795, et rendit, en sa nouvelle qualité, les plus grands services a l’armée. A la suite d’un grave conflit avec Carnot, il crut deyoir donner sa démission, et fut nommé ambassadeur prés la Porte Ottomane. Il avait su faire rendre, par sa fermeté, tous les droits et priviléges accordés sous la monarchie au représentant de la France, et conquérir une haute influence auprés du Divan, lorsqu’il mourut presque subitement 4 Constantinople, dune fiévre maligne, le 7 décembre 1797. A. Lecoyr.
AUBIER. Dans presque tous les arbres que l'on coupe horizontalement , ’on remarque une zone ou ceinture plus ou moins épaisse , plus ou moins dure, selon leurs diverses essences, placée immédiatement aprés l’écorce, et qui va se terminer vers le coeur du bois, en acquérant progressivement plus de dureté. Cette partie, que l’on a nommée aubier a cause de sa couleur blanchdtre, ne différe du vrai bois que par cette couleur, ainsi que par sa pesanteur ef sa densité, qui sont moindres chez elle. Elle est composée, ainsi que lui, de vaisseaux lymphatiques ou fibres ligneuses , de tissu cellulaire, qui, en partant de la moelle, vient se pordre dans l’écorce, en suivant une marche horizontale ; de vaisseaux propres, remplis d’une liqueur particuliére, et d’utricules oii cette liqueur s’élabore; enfin de trachées par lesquelles air circule. Toutes les parties arrangées par couches a peu prés concentriques autour du cceur de l’arbre, plus ou moins épaisses, paraissent et sont réellement destinées a deyenir bois dur, compacte et solide, lorsque le temps leur aura donné une plus grande densité. Le but de la nature, en formant Vaubier, est done de le faire passer insensiblement a l’état de bois. Ce but, elle l’atteint chaque jour, & chaque instant, & chaque ascension ou 4 chaque descente de la séve. Chaque retour du printemps voit naitre une nouvelle couche solide, tandis qu’entre l’écorce et le bois il se forme une nouvelle couche d’aubier. L’homme, a qui une vie toujours si. courte ne donne pas le temps d’attendre la nature et de suivre sa marche insensible, a tenté d’accélérer son ouvrage et de conyertir l’aubier en bois dur. Ses essais ont été couronnés d’heureux succes, et dans l’espace de deux ou trois ans il fait ce que la nature ferait a peine dans le cours d’un siécle, en faisant écorcer sur place les arbres destinés a étre abattus prochainement. L’aubier ainsi mis 4 nu durcit 4 Yair, et acquiert une consistance au moins égale a celle du reste de l’arbre. C’est pour les bois blanes surtout, qui n’ont presque que de laubier, que cette pratique est avantageuse, puisque, malgré un retrait assez considérable, ils acquiérent presque autant de solidité que le chéne. Le seul inconvénient de cette méthode serait de faire périr les souches, s'il n’était bien démontré aujourd’hui que la substitution des essences dans les foréts est avantageuse, et que la souche d’un vieux arbre ne donne que des sujets rabougris et de mauvaise venue.
AUBIGNAC (Francois HEDELIN, abbé n’), petit-fils par sa mére d’Ambroise Paré, naquit A Paris, le 4 aodt 1604, et mourut 4 Nemours, le 16 juillet 1676. Avocat, puis prétre, c’est & ce dernier titre qu’il fut choisi par le cardinal de Richelieu pour étre le précepteur de son neveu, le duc de Fronsac, et peu aprés pourvu del’abbaye d’Aubignac, dont il conserva le nom.
Le patronage du premier ministre lui donna plus d’influence et de réputation que ne lui en auraient valu son seul mérite et ses nombreux ouvrages, tous aujourd’hui justement oubliés. Il est auteur de da Pratique du Thédtre, sorte de commentaire de la Poétique d’Aristote ; de Térence justifié ; de Y Apologie des Spectacles ; des Conseils d’ Ariste
AUBIGNAC — AUBIGNE
a& Céliméne; de PHisfoire du temps, ou Relation du royaume de la Coquetterie ; de Macarise, ou la reine des Tles Fortunées. i fut du trés-petit nombre d’ecclésiastiques qui en France, et & une époque oii le clergé était encore fort mélé aux affaires du monde, s’occupérent du thédtre. 11 composa Zénobie , tragédie (1647); le Martyre de sainte Catherine , tragédie (1650); la Pucelle dOrléans , tragédie (1667), et enfin une tragédie en prose, Cyminde.
La difficulté de son humeur le faisait mal Vivre avec tous les gens de lettres célébres de son temps, qaoiqu’il fat fort lié avec eux et fanatique partisan des régles d’Aristote. Il eut surtout des querelles littéraires avec Corneille, dont il critiqua avec passion les tragédies, et avec Ménage, contre lequel il publia Térence justifié. D’Aubignac est un des premiers qui aient soutenu qu’'Homére est un personnage chimérique, et que les poémes qu’on lui attribue ne sont qwun recueil de pidces détachées. C’est ce fanatisme et son amour-propre qui lui attirérent cette saillie du grand Condé, laquelle, plus que toute autre chose peut-étre, a poussé jusquici le nom d’Aubignac. Sa tragédie de Zénobie avait été rudement sifflée, et !abbé se vantait pourtant de s’étre en tout point conformé aux préceptes de la rhétorique aristotélicienne. « Je yous sais bon gré, lui répondit le prince, d avoir suivi les régles d’Aristote ; mais je ne pardonne point aux régles @Aristote d’avoir fait faire une si mauvaise tragédie 4 Vabbé d’Aubignac. »
AUBIGNE (Tue opORE-AGRIPPA pb’), seigneur des Landes et de Chaillou, écrivain, guerrier et courtisan estimable, naquit dans la religion réformée, 4 Saint-Maurice , prés de Pons, en Saintonge, le 8 février 1550, d'une famille ancienne et noble, mais peu fortunée. Son pére, qui n’avait a lui léguer que des dettes, s’occupa du moins avec zéle de développer par l’étude les heureuses dispositions de son esprit et de son caractére. Les progrés de son éducation furent si rapides qu’a six ans il lisait le latin, le grec, et Phébreu. Dix-huit mois plus tard il traduisait en francais le Criton de Platon, séduit par la promesse que cet ouvrage irait par Vimpression répandre sa jeune renommée dans le monde.
Il n’avait que treize ans lorsque le massacre de trente religionnaires 4 Vassy alluma le feu de la guerre civile. Son pere, ardent calviniste, lui avait fait jurer dés sa plus tendre enfance de mourir pour la défense de sa religion. Aussi futil un des premiers a courir aux armes. Le sang-froid et la résolution dont il fit preuve au siége d’Orléans étonnérent dans un enfant de cet age. Resté orphelin et sans fortune 4 Ja mort de son pére (sa naissance avait cotté la vie a sa mére), Agrippa fut envoyé a Genéye, oti l’accueillit affectueusement Théodore de Béze. Les lecons et Jes conseils de ce savant homme ne furent pas sans profit pour le jeune d’Aubigné; mais la marche des événements en France ne permit pas d son impétuosité naturelle d’étudier longtemps la controverse dans les livres. Il s’échappa de l’école pour venir payer d’exemple, et le fit avec une telle distinction a Varmée du prince de Condé, que le roi de Navarre (depuis Henri IV), charmé de sa bravoure, de la gaieté vive et originale de son esprit, et plus encore de la noblesse de son caractére, l’attacha a son service, et lui youa une amitié que maltérérent jamais ni les écarts d’une franchise et d’une causticité souvent imprudentes, ni éclat d’une double disgrace. Comblé de distinctions, qui n’excitérent l’envie de personne, parce qu’elles furent toujours éclipsées par le mérite du fayori et achetées par le dévouement le plus entier et les actions les plus louables, d’Aubigné fut successivement gentilhomme de la chambre du roi, maréchal de camp, gouverneur de Vile et du chateau de Maillezais et viceamiral de Guienne et de Bretagne.
Surpris dans une embuscade et fait prisonnier par Saint- Luc, gouverneur de Saintonge et de Brouage (1585), il ob-
tint sur parole d’aller passer quelques jours 4 La Rochelle, principale place des religionnaires. A peine ¢tail-il parti, que Saint-Luc recut ordre de la cour de le faire transférer a Bordeaux, enchainé et sous bonne escorte. II n’était pas douteux que Catherine de Médicis et le duc d'Epernon ne voulussent le sacrifier & leur vengeance : il les avait offensés par des satires d’autant plus mortifiantes qu’elles étaient vraies. L’occasion de se défaire d'un ennemi dangereux était trop favorable pour que la reine et d’Epernon la laissassent échapper. Aussi les ordres qu’ils expédiérent & Saint-Luc étaient-ils impératifs. Ce dernier, qui estimait et respectait le courage malheureux dans une opinion contraire a la sienne, fit averlir secrétement d’Aubigné de ne pas revenir. Mais sa surprise et son admiration égalérent ses regrets lorsqu’il vit son prisonnier s’empresser de se remettre dans ses mains. « Je sais, dit-il 4 Saint-Luc, que ma mort est résolue. Me voici : que mes ennemis satisfassent leur haine! Je préfére le destin qwils me préparent a la honte d’avoir manqué 4 Vhonneur et & la reconnaissance, en yous compromettant avec une cour soupconneuse et cruelle. » Sur ces entrefaites, Guitaut, lieutenant du roi des iles de Ré et @Oléron, ayant été pris par les Rochelois, ceux-ci menacérent de le jeter 4 la mer si l’on transférait d’Aubigné a Bordeaux. Saint-Luc se fit un prétexte de cette menace pour garder son prisonnier et lui sauver la vie.
D’Aubigné continua de rendre au roi de Navarre les plus importants services, soit dans les armes, soit dans les négociations, ou ilne montra pas moins @habileté. Lorsque Henri monta sur le tréne de France, il gorgea ses ennemis de richesses, d’honneurs et de places, et parut oublier ses vieux compagnons de gloire et @infortune. Cette politique, qui paraissait aux uns de la faiblesse, aux autres de lingratitude, excita beaucoup de murmures. D’Aubigné surtout ne pouvait contenir son mécontentement. Une nuit quil était couché dans Ja garde-robe du roi avec le seigneur de La Force, il lui dit : « Notre maitre est un ladre vert, et le plus ingrat mortel qu’il y ait sur la terre. » La Force, qui sommeillait 4 moitié, lui demanda ce qu’il disait : « Sourd que tu es, répondit Henri IV, qu’il croyait endormi, il te dit que je suis le plus ladre et le plus ingrat des hommes! » Le lendemain le roi ne fit pas plus mauvais visage A d’Aubigné, mais il n’augmenta pas sa fortune d’un quart d’écu. Henri fut plus sensible au refus formel que lui fit d’Aubigné de servir ses amours. Celui-ci, ne voulant point descendre du réle de conseiller a celui de confident, se retira de la cour. Le roi lui écrivit plusieurs lettres pour le rappeler. D’Aubigné aurait résisté a toutes les exhortations, a toutes les promesses ; mais, touché apprendre que, sur la fausse nouvelle qu’il avait été fait prisonnier au siége de Limoges, Henri avait pris plusieurs bagues a la reine pour payer sa rangon, il revint a la cour. Des épigrammes qu’il langait a tout propos sur la reine Marie le forcérent a s’éloigner de nouyeau. Il se retira dans son gouvernement de Maillezais, toujours déyoué a son prince, et toujours aimé et hautement estimé de lui. Henri IV lui pardonnait tout, parce qu’aucun homme ne lui paraissait plus franc, plus loyal et plus sincére dans ses discours, ses actions et ses sentiments. Duplessis- Mornay ayant voulu dissuader le roi d’envoyer Je cardinal de Bourbon du chateau de Chinon dans celui de Maillezais, par Ja défiance que lui inspirait la disgrace de @Aubigné : « Demandez-lui sa parole , répondit Henri; je ne connais pas de plus sire garantie. »
Aprés la mort de ce monarque, d’Aubigné consacra plusieurs années passées dans Ja retraite la plus absolue 4 composer lhistoire de son temps (P Histoire universelle depuis 1550 jusqgw’en 1601, 3 vol. in-fol.), ouvrage éminemiment remarquable pour l’époque, surtout par la hardiesse des vues et lindépendance des opinions. Un arrét du parlement de Paris (4 janvier 1620) condamna cet ouvrage au bacher ; un autre condamna l’auteur a périr sur I’échafaud. C’était le
quatriéme arrét de mort prononcé contre d’Aubigné. Tl n’avait pas jngé a propos de Vattendre. Lorsque la nouvelle lui en parvint 4 Genéve, ouil s’étail réfugié, ilen fitpart dune riche veuve de |’ancienne maison de Burlamaqui, a laquelle on projetait de Punir. Cette femme courageuse ne changea pas de résolution pour cela, et leur mariage se conclut vers 1622. D’Aubigné était alors 4gé de soixante-douze ans. Son esprit avail conservé toute sa vivacité, et les nombreuses agilations de sa vie n’avaient point altéré la gaieté de son caractére. Il mourut le 32 avril 1630, et fut inhumé dans Péglise de Saint-Pierre de Genéve. D’Aubigné a laissé plusieurs autres ouvrages : ceux qui ont fait le plus de bruit sont les Aventures du baron de Faneste, et la Confession du sieur de Sancy, salires pleines de sel et de traits d’esprit contre les courtisans de |’époque. M. Lud. Lalanne a donné en 1854 une édilion originale des Mémoires de d’Aubigné.
D’un premier mariage avec Susanne de Lezay, Agrippa d’Aubigné avait eu entre autres enfants : Nathan d’Aubigné de La Fosse, qui exerga la médecine 4 Genéve, od il se fit recevoir dans la bourgeoisie en 1627, et dont le fils, Tite d’Aubigné, fut aussi docteur en médecine, puis ingénieur au service de Hollande; Constant d’Aubigné, baron de Surineau, gouverneur de Maillezais, pére de la célébre marquise de Mainten on; Charles d’Aubigné, gouverneur de Berry, chevalier des ordres du roi, mort en 1703; et Artémise d’Aubigné, femme de Benjamin de Valois, seigneur de Villette. LAINE.
AUBIN. En termes de manége, l’aubin est une allure défectuense, qui tient de l’amble et du galop.
AUBOUR. Voyez Cytise.
AUBRAC (Monts @). Cette chaine de montagnes, située dans Aveyron, est un rameau du mont Lozére, qui se rattache au systéme alpique. — Dans la partie la plus sauvage de ces montagnes s’élevait autrefois un célébre établissement du genre de ceux que l’on appelait domeries, hospices ot le voyageur égaré était toujours sir de trouver asile et protection. Une tradition locale en fait remonter la fondation A lan 1031. Adalard, vicomte de Flandre, s’en revenant d’un pélerinage a Saint-Jacques en Galice, et passant a travers ces montagnes désertes , oti il se commettait beaucoup de meurtres et de vols, eut, dit-on, une vision qui lui ordonna d’y fonder un hospice, ce a quoi il se conforma sur-le-champ. Il assigna méme des fonds considérables pour Ventretien de l’église et de ’hospice : aussi ne tarda-t-on pas a y voir une communauté @hommes et une communauté de femmes, qui se consacraient au service des pauvres pélerins. A cété de ces communautés charitables s’étaient formées des confréries de laiques, qui, avec le temps, avaient pris le titre de chevaliers de Vordre d’Aubrac, et qui portaient sur leurs vétements une croix bleue 4 pointes; ordre que fit supprimer Louis XIV. Au dix-huiti¢me siécle, le supérieur du monastére d’Aubrac jouissait encore d’un revenu de 40,000 livres de rente, et chacun des religieux , qui appartenaient a la régle de Saint-Augustin, avait pour sa part 15,000 livres. On voit qu’un établissement fondé uniquement dans un but de charité n’avait pas tardé a dégénérer et 4 devenir un des mille abus de ce ben vieux temps trop vanté, — Le hameau d’Aubrac, & 29 kilométres est-nord d’Espalion (Aveyron), commune de Saint-Chély-d’Aubrac, compte aujourd’hur 200 Ames au plus.
AUBRIOT ( Hucves ), prévot de Paris en 1367, sous le roi Charles V, naquit & Dijon, et obtint dabord la direction des finances par la protection du duc de Bourgogne et du prince de Conti. Charles V le chargea de terminer et de fortifier la muraille @enceinte de la capitale , construite cing ans auparavant par Etienne Marcel, II agrandit les bastilles ou forteresses situées aux principales portes de Paris, et posa la premiére pierre de la nouvelle Bastille Saint-Antoine. Non moins préoccupé de I'as-