‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 5)Chapitre 130 sur 488 · AUBIGNE — AUBRY DE MONTDIDIER · texte numérisé non relu

AUBIGNE — AUBRY DE MONTDIDIER

sainissement de Paris que de sa défense, il purgea cette grande cité des immondices qui encombraient toutes les rues, et fit ¢tablir des égouts et des conduits souterrains pour en faciliter ’écoulement. C’est encore lui qui fit construire le Pont Saint-Michel, et entourer de murs la partie du quartier Saint-Antoine qui borde la Seine pour prévenir les débordements de ce fleuve; enfin il rebatit le Petit-Chatelet, pour contenir Ja turbulence des écoliers.

Hugues Aubriot, magistrat impartial et éclairé, protégea les juifs, ces parias du moyen age; et malgré Université, malgré le clergé, il leur fit rendre leurs enfants, qu’on leur avait enlevés pour les baptiser. La fermeté qu’il déploya en plus d@’une occasion contre les écoliers , et notamment lorsqu’aux obséques du roi Charles V ils voulaient prendre rang avant l’escorte du prévét et des échevins, lui avait attiré de nombreux ennemis. L’Université et le clergé se partagérent les rdles pour perdre le préyot de Paris; YUniversité le dénonga au tribunal de l’évéque sous la triple accusation d’hérésie , d’impiété et de débauche. On lui reprochait principalement, au témoignage de Juvénal des Ursins, « d’avoir compaignée charnelle a juives, de ne croire point 4 la sainteté du sacrement de J’autel et de ne se confesser point..... Il fut trouvé qu’il estoit digne d’estre bruslé; mais ala requeste des princes cette peine lui fut relaschée et le condamna-on a estre perpétuellement en la Force, au pain et a Peau ». Renfermé d’abord a la Bastille, il fut transféré quelques mois aprés dans les prisons de ’éyéché que Von nommait Oubliettes. En 1381 les Maillotins brisérent sa prison pour le mettre a leur téte; mais l’ancien prévdt de Paris, homme de meeurs douces et paisibles, ne pouvait pas étre le chef d’une insurrection. I] se sauva de Paris le soir méme, et se réfugia a Dijon, ot il mourut quelques années aprés.

AUBRY DE MONTDIDIER. C’est moins pour ce personnage que pour son chien fidéle et dévoué que Phistoire et la peinture ont conservé la mémoire dun événement curieux du régne de Charles V. Aubry , gentilhomme picard, né probablement 4 Montdidier, était attaché a la cour. Un chevalier nommé Macaire y remplissait aussi un emploi. La faveur dont jouissait le premier excita la jalousie et fit naitre la haine du second, qui ne chercha plus qu’a l’assouvir par un meurtre. L’occasion s’en présenta facilement, grace aux fréquents voyages que faisait Aubry & Montdidier. Un jour, en 1371, quwil y allait, suivi seulement d'un lévrier, Macaire J’assassina dans la forét de Bondy et l’y enterra. Mais le chien , témoin du meurtre , en avait gardé la mémoire, ainsi que celle du meurtrier. Le fidéle animal ne youlut pas quitter le lieu oi reposait son maitre : il ne s’en éloignait que fort rarement pour courir a Paris chercher le peu d’aliments nécessaire a sa vie. Ces courses continuelles , l’absence prolongée du maitre , les aboiements plaintifS et les tentatives que faisait le pauvre animal pour entrainer quelqu’un avec lui, déterminérent a le suivre. On découvrit la fosse, le cadavre et les blessures d’Aubry, auquel on rendit les honneurs de Ja sépulture.

Le chien était resté dans la famille, et il y était justement chéri. Un jour qu’il accompagnait ses nouveaux maitres, il apergut au milieu d’un groupe de seigneurs le chevalier Macaire , sur lequel il s’élanga avec fureur, et auquel il s’attacha obstinément sans que les cris ni les coups pussent lui faire lacher prise. Cette scéne s’étant répétée , on crut dautant plus volontiers a la culpabilité de Macaire que l'on connaissait sa haine pour Aubry de Montdidier, Informé de ces circonstances , le roi fit venir le lévrier, et fit placer le chevalier inculpé au milieu d'un grand nombre de personnes. Le chien ne balanga pas a s’élancer, a travers les assistants, sur Macaire, et, comme a lordinaire , il lattaqua avec furie. D'aprés ces indices accusateurs, on ne douta plus que ce ne fut 1a le vrai coupable. Interrogé par le prince lui-méme, il se retrancha dans des dénégations for-

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