AUDOUIN — AUDRY DE PUYRAVEAU
peu de zéle, ne lisait que des romans dans les dix derniéres années de sa vie, Audouin ne succéda point & un zoologiste, mais a un agriculteur, lui qui aurait eu peine a discerner le sainfoin d’avec laluzerne, Il frustra donc un candidat légitime, un véritable agronome, d’une place que celui-ci avait pris soin de mériter par vingt années d’études et de sacrifices.
Audouin, d’une santé chancelante et @un esprit peu fertile, savait s’associer avec habileté 4 ceux qui travaillaient. Il se lia d’abord, dés 1819, et sous les auspices de M. de Mirbel, alors secrétaire général du ministére de M. Decazes , avec Havet , jeune homme plein dardeur, qui, & peu de temps de 1a, alla mourir & Madagascar, ou il s’était follement épris de la fille ainée du roi René, souverain de Vile. Audouin avait entrepris avec Havet, et d’aprés ses idées, un peu inspirées par celles de Bernardin de Saint- Pierre , un conrs public sur les insectes selon les plantes quils habitent et dont ils se nourrissent par préférence. Il s’associa, versla méme époque, avec un condisciple presque mourant, M. Lachat, pour la publication dun bon travail sur l’anatomie des insectes, et en particulier sur la composition du corselet et du thorax de ces animaux. Plus tard, il se rangea parmi les partisans du systéme si hasardé de M. Geoffroy-Saint-Hilaire, concernant la prétendue analogie de structure des divers animaux, et il essaya de retrouver dans un cloporte ou un charancon les piéces principales du squelette des mammiféres. A cette époque M. Strauss composait cette admirable anatomie du hanneton, qui causa a Audouin bien des insomnies. Audouin , toujours défiant de ses forces isolées de tout concours étranger, s’unit ensuite a M. Milne-Edwards, Anglais d’un studieux mérite , pour entreprendre quelques ouvrages; et plus tard 4 M. Brullé et 4 Bory de Saint-Vincent, etc., pour d’autres travaux. En sorte que de tant de publications morcelées concernant une branche d’ailleurs restreinte de la zoologie, presque aucune ne fut le fruit de sa propre pensée et de son travail vraiment personnel.
Daprés des renseignements authentiques qu’il tenait de M. Berthelot, un des auteurs de l’Hisfoire des Canaries , Audouin put entretenir l'Institut des soins qu’il conviendrait de prendre pour acclimater utilement la cochenille dans |’Algérie, dans la Corse, et peut-étre méme en Proyence. De méme que les vers 4 soie, originaires des Indes, ont pu étre introduits partout ou le mdrier croit et prospére, la cochenille deviendrait productive dans tous les lieux ou, comme au Mexique, sa vraie patrie, on pourrait Jui offrir pour pature et pour habitation des nopals, des tuneras ou divers cactus. Toujours comme collaborateur auxiliaire ou suppléant, il concourut un peu au grand ouvrage sur l’Egypte, en donnant l’explication trés-sommaire des planches dentomologie, etc., qu'une cruelle névrose aux yeux empéchait M. Lelorgne de Savigny de composer lui-méme et avec la perfection de ses autres ouvrages. Audouin pour ce travail, qui ne lui yalut pas l’assentiment de son titulaire et maitre , obfint du moins les remerciments du ministre et la croix @’Honneur.
A la vérité il composa seul quelques ouvrages de détail sur la cochenille, sur les cantharides (sa thése de docteur, car il était recu médecin) , sur le puceron des pommiers , sur cette maladie contagieuse des vers 4 soie qu’on nomme muscardine, sur les insectes qui nuisent a la vigne, et en particulier sur la pyrale , le meilleur de ses travaux. Il attacha son nom a quatre-vingt-deux petits travaux de cette espéce , notes, mémoires, descriptions d’insectes, la plupart desquels , comme on |’a vu, furent composés en commun ayec divers collaborateurs , rarement les mémes , 4 une ou deux exceptions pres; en sorte qu’Audouin fit de la science comme dautres ont fait des vaudevilles, en participant aux idées de quiconque s’en montrait prodigue. Ce fut encore ainsi quil publia un journal d’histoire naturelle avec ses deux beaux-fréres, MM. Ad. Brongniart et J.-B. Dumas, tous
deux, comme lui, membres de l'Institut. La famille Brongniart & elle seule composait la treiziéme partie de l’Académie des Sciences.
Toujours fidéle & son idée fixe d’association avec des esprits féconds par qui pdt étre voilée la stérilité du sien , Audouin était de toutes les réunions scientifiques, de toutes les entreprises collectives , grandes ou petites. On était sdr de retrouver son nom parmi les collaborateurs des diverses encyclopédies de ’époque, et a peu prés toujours en téte, a raison de Vheureuse initiale dont le hasard avait doté sa vanité. Il en concluait tout naturellement qu’il n’existait qu’un ou deux hommes qui fussent véritablement avant lui : M. Arago a l'Institut, M. Adelon ou M. Andral ailleurs.
Audouin était professeur au Muséum d’Histoire Naturelle, membre de |’ Institut et de la plupart des académies de Paris ; au Jardin du Roi, il avait succédé & MM. de Lamarck et Latreille; & Académie des Sciences il occupait le fauteuil de M. Teissier, le savant abbé 4 qui la science a en quelque sorte di Cuvier. Né a Paris, en 1797, il mourut dans cette ville, le 9 mars 1843. Isid. Bourbon.
AUDRAN, famille de graveurs. Le premier fut Charles AupRAN, né a Paris, en 1594, ef mort en 1674. Aprés lui se distinguérent son frére Claude (1597-1677) et Germain, fils de Claude, né a Lyon, en 1631, mort en 1700; mais le plus illustre de tous et un des plus célébres graveurs de Pécole francaise fut Gérard Aupran, né a Lyon, en 1640. Devenu de bonne heure d’une rare habileté dans son art, il alia encore se perfectionner 4 Rome, ou il ¢tudia pendant trois ans sous Carlo Maratti, et se rendit dés lors célébre par un portrait du pape Clément IX. Sa brillante réputation décida le ministre Colbert a lappeler a Paris, ou il recut le titre de graveur du roi. Il y reproduisit les principaux ouvrages du peintre Lebrun, dont il était devenu l’ami intime, et contribua 4 sa gloire, tout en s’*immortfalisant lui-méme par la gravure des Batailles d’ Alexandre, planches admirables , qui sont a bon droit considérées comme des chefs-d’ceuyre. On a encore de lui six planches représentant des cartons de la coupole du Val-de-Grace, d’aprés les dessins de Mignard; la Mort de saint Francois, d’aprés Carrache ; Enée fuyant avec Anchise, le Martyre de sainte Agnes, le Baptéme des Pharisiens, la Femme adultére, Coriolan touché par les larmes de sa mere, Pyrrhus dérobé aux recherches des Molosses, le Temps sauvant la Vérité, V Empire de Flore, le Martyre de saint Laurent. Il mourut a Paris, en 1703.
Ses neveux Benoié AuprAN, né a Lyon, en 1661, mort & Paris, en 1721, et Jean-Louis AupRAN, né & Lyon, en 1670, et mort a Paris, en 1712, se formérent a son école, sans toutefois atteindre 4 la hauteur de son talent.
AUDRY DE PUYRAVEALU ( Pierre-Frangois), issu dune riche famille du département de la Charente , naquit a Puyraveau, le 3 septembre 1773. En 1790 il fut envoyé a la grande fédération par la garde citoyenne de sa ville natale. Elu député 4 Rochefort en 1822, il alla tout aussitét siéger a l’extréme gauche de la chambre, et se fit bien vite remarquer par l’ardeur de son opposition. Dans les derniéres années qui précédérent la révolution de Juillet, il s’était mis a la téte d’une grande maison de roulage; mais il parait que cette opération , trés-compliquée dans ses défails, loin de donner des bénéfices, se soldait déja par des pertes annuelles. M. Audry de Puyraveau, cédant aux entrainements de la politique, se signalait dés lors par la vivacité avec laquelle il combattait le ministére Polignac. L’un des signataires de la fameuse Adresse des 221, il fit partie, aprés la dissolution des chambres, du petit nombre des députée qui crurent ne pas devoir quitter Paris , 4 l’effet de travaillee Pélément populaire. Le jour oi furent publiées les fatales ordonnances qui codtérent 4 la branche ainée des Bourbons le plus beau tréne de l’univers, M. de Puyraveau se jeta téte baissée dans la résistance A cette audacieuse et folle tentative de contre-révolution.
Dés la matinée du 27 juillet, sa maison était devenue “arsenal de l’insurrection populaire qui avait éclaté la veille au soir, et il mhésitait pas a livrer au peuple, indépendamment d’une quantité considérable d’armes A feu qui se trouvaient alors dans ses magasinsa la destination des Etats de l’Amérique du Sud, tout ’immense matéiel de son établissement de roulage pour en faire des barricades. Les députés présents a Paris se réunirent chez lui le 928 au matin ; inais tous les efforts tentés par M. Audry de Puyraveau pour les engager A se mettre a la téte des combattauts demeurérent inutiles: aussi refusa-t-il de s’adjoinire a la députation qui se rendit aux Tuileries, auprés du duc de Raguse, pour demander le retrait des ordonnances et la Tnise en jugement des ministres, moyennant quoi tout rentrerait dans ordre, Dans Ja nuit, M. Audry de Puyraveau fit imprimer, sous sa responsabilité, un arrété qui pommait le général Lafayette commandant général de la garde nationale. Le lendemain la réunion des députés eut lieu chez M. Laffite, et on sait les résolutions qui y furent prises. M. Audry de Puyraveau, sur le refus de M. Oudier, se vit désigner pour faire partie de la commission municipale , et lorsque les envoyés de Charles X se présentérent a |’Hotelde-Ville, apportant au peuple les humbles excuses de la royauté humiliée et vaincue, ce fut lni surtout qui décida ses collégues a répondre qu’il é/ait trop tard!
Obéré comme il I’était déja avant les événements de Juillet, la géne de M. Audry de Puyraveau s’était accrue des pertes réelles qu’il avait faites dans les journées de l’insurrection. Un prét de 300,000 francs l’edt sauvé : il n’obtint a titre de secours de |’Etat que 100,000 francs, pour lesquels il dut hypothéquer ses propriétés.
Pressé de plus en plus par ses créanciers, M. Audry de Puyraveau eut alors l’idée de mettre en loterie ses trois terres de Blamery, Boistableau et Ja Boissonnerie, Poursuivi correctionnelllement, il se vit condamner 4 une amende de 3,000 fr. et aux frais de instance. Enveloppé dans le proces davril, a Voccasion de la lettre aux accusés , dont il était un des défenseurs, il refusa de donner aucune explication sur sa conduite 41a chambre des députés, qui accorda |‘autorisation nécessaire, et la chambre des pairs, devant laquelle il ne se présenta pas, Je condamna, le 4 juin, a un mois de prison et A 200 fr. d’amende ; mais plutot que de la payer , il laissa vendre ses meubles,
L’année suivante, en présence des réclamations, toujours plus pressantes, de ses créanciers, M. Audry de Puyraveau comprit la nécessité de donner sa démission de député, I] se retira en Suisse. La réyolution de 1848 Valla chercher dans sa retraite pour le porter a |’Assemblée constituante. Oublié, il mourut obscurément a Maisons-Laffite (Seine-et- Oise), le 6 décembre 1852.
AUDUBON (Jean-Jacques), célebre naturaliste américain, naquit le 4 mai 1780, a la Louisiane, de parents protestants d’origine francaise. Dés l’enfance, il montra une vive passion pour |’étude de la nature. A quinze ans, il fut envoyé a Paris pour compléter son éducation, et fréquenta Vatelier du peintre David. A son retour en Amérique (1798), son pére lui fit présent d’une magnifique plantation en Pensylvanie. Il s’y maria. « Un invincible attrait, dit-il , m’entratnait vers les antiques foréts du continent américain. La, j’accomplis absolument seul, de longs et périlleux voyages, et bien des années s’écoulérent ainsi loin de ma famille. » Aprés un séjour prolongé sur les bords de I'Ohio, Audubon se rendit & Philadelphie pour y publier une série de 200 dessins oiseaux exécutés d’aprés nature et sur les lieux mémes. L’'incurie d'un de ses parents laissa détruire ce précieux recueil, Sans perdre courage, le savant reprit son fusil, sa gibeciére, son album et ses crayons, et se replongea pendant prés de cing ans dans les profondeurs @es fords. En 1826, Audubon s’embarqua pour l’Angle- Ere; la belle collection de dessins qu’il avait de nouveau