AUGEREAU
crité des cing directeurs, les fautes nombreuses dans lesquelles ils tombaient chaque jour, ne leur laissaient plus qu’un pouvoir déconsidéré; peu d’efforts suffisaient pour le renverser, et Bonaparte arrivait avec son génie et les veux de la France. En vain Jourdan, prévoyant un coup d’Etat , voulut faire déclarer la patrie en danger ; en vain Augereau, pour le seconder, soutint « que la téte du général de fructidor serait jetée bas avant que l’on osat rien entreprendre contre le gouvernement établi, » le 18 brumaire éclata; et Augereau, qui n’ayait point été appelé ay prendre part, alla trouver Bonaparte, et lui dit avec une apparente franchise : « Quoi! vous avez voulu faire quelque chose pour la patrie, et vous n’avez pas appelé Augereau! » Ces mots, suivis d’une accolade, sincére ou non, valurent & Augereau, dont les talents n’étaient pas d’ailleurs 4 dédaigner a cette époque, le commandement de l’armée gallo-batave, qui lui fut remis par les autorités hollandaises. Chargé de seconder les opérations de Moreau, il s’attacha au général Kalckreuth, que l’Autriche lui opposait, le combattit, le harcela, le poursuivit et le livra en quelque sorte 4 Moreau, qui remporta 4 Hohenlinden ce glorieux triomphe qui fixa les destinées de l’Allemagne. Remplacé en Hollande par le général Victor en 1801, il alla passer deux années dans sa belle terre de la Houssaye, occupé a rétablir sa santé chancelante et a organiser son immense fortune. Aprés la rupture du traité d’Amiens , il fut nommé général en chef dune expédition projetée contre le Portugal, qui n’eut pas lieu; il revint a Paris assister au sacre de l’Empereur, et grossir la foule des courtisans. Napoléon avait acheté son adhésion avec le baton de maréchal , le grand-aigle de la Légion d’Honneur, la présidence de l’assemblée électorale du Loiret, l’ordre d’Espagne de Charles III, le titre de duc de Castiglione, d’autres dignités, d’autres décorations encore, et, ce qui ne souriait pas moins peut-étre 4 !homme séduit, un beau million en or; et a ces conditions le général de fructidor, malgré ses promesses solennelles, avait laissé abattre pour la troisi¢me fois le gouvernement établi; ce qui ne l’empécha pas de dire dun ton frondeur, quelques jours aprés, « qui n’avait manqué a la cérémonie qu’un million de Frangais morts pour la destruction de ce qu’on voulait rétablir. »
Cependant, la guerre ayant éclaté entre la France et l’Autriche, fe nouveau maréchal fut chargé du commandement de larmée qui allait envahir Allemagne; il atteignit les Autrichiens sur la rive orientale du lac de Constance, les vainquit, leur prit plusieurs places importantes et concourut puissamment, par ses succés, a la paix de Presbourg. Bientét la guerre est déclarée au cabinet de Berlin ; Augereau bat les Prussiens 4 Iéna, et s’empare de leur capitale. Une nouvelle bataille signala année suivante, celle d’Eylau; le maréchal, dévoré d’une fidvre ardente, couvert de rhumatismes, malade et conservant & peine sa connaissance, fit des fautes qui faillirent lui arracher la victoire : mais bient6t , rappelant ses forces morales , sans recouvrer ses forces physiques, ranimé par le canon qui réveille les braves , comme dit le 63° bulletin, il remonte a cheval, s’y fait lier, s’élance vers l’ennemi, et fixe la fortune dans les rangs francais ; une balle lui avait traversé le bras pendant Paction, mais il ne s’en était pas apercu. Voila de ces faits qui n’appartiennent qu’a Augereau. Que ne sont-ils les seuls qui accompagnent son nom dans histoire !
Sa santé , gravement altérée par les fatigues de la campagne, le forca de rentrer en France : il y resta dix-huit mois, jusqu’en 1809, époque oui il recut ordre de passer en Espagne. Chargé de Ja direction du siége de Gironne, il obligea cette place 4 capituler. Complétement battu quelques
mois aprés, il se replia sur Barcelone, et fut remplacé
par Je maréchal Macdonald. Rappelé par Vempereur, qui
| n’aimait pas les généraux malheureux, il resta en disgrace
jusqu’a la campagne de Russie, en 1812. Un commandement
important lui fut alors confié, celui du onziéme corps, sta- DICT, DE LA CONVERS. — T, II.
lionné a Berlin, tandis que la grande armée marchait sur Moscou. Les liens qui attachaient l’Allemagne a la France commencaient 4 se rompre. Le duc de Castiglione fut attaqué dans son hotel par la populace de la capitale, et ne put rétablir ordre et pourvoir & sa sdreté qu’en faisant jouer lartillerie, 11 se retira 4 Francfort, dont il fut nommé gouverneur général, place qu’il réunit bientOt a celle de gouverneur du grand-duché de Wurtzbourg. Ce fut dans cette derniére ville qu’en 1813 il célébra pour Ja derniére fois, avec une grande pompe, la Saint-Napoléon. Deux mois aprés il faisait tous ses efforts pour soutenir, de ce coté, la retraite de notre armée. A la bataille de Leipzig, pendant Ja journée entiére, il défendit un poste important avec une poignée d’hommes, et fit des prodiges de valeur contre des forces infinimentsupérieures ; mais |’étoile de Napoléon s’éclipsait , et avec elle le dévouement d’Augereau.
Rentré en France, il regoit le cominandement en chef des 6° et 7° divisions militaires, et se rend a Lyon dans les premiers jours de l'année 1814. Il prend toutes les mesures de défense que les circonstances réclament, et publie une proclamation énergique pour rattacher le peuple 4 Napoléon. Il était encore fidéle a cette époque; mais il va bientot cesser de l’étre. Lorsqu’il aurait dd redoubler d’efforts et d’énergie pour la défense du sol sacré, il changea tout a coup: le vainqueur de Castiglione, d’Arcole, de Lodi, d’léna nest plus qu’un général timide, indécis, qui ne sait que disséminer ses troupes et les livrer en détail a Pennemi ; qui s’efforce de comprimer l’élan national, et oppose a peine quelques obstacles 41a marche du général comte de Bubna, qu'il lui était facile de vaincre avec des généraux aussi distingués, aussi actifs que Dessaix et Marchand, dont le dévouement aurait dd au moins lui servir d@exemple. En vain Napoléon lui écrit plusieurs fois pour lui rappeler ses anciens triomphes , les recommandations de l’empereur sont vaines. Au moment ow les troupes nombreuses qu'il a sous ses ordres, et des légions de gardes nationales, dés longtemps organisées, ne demandent qu’a combattre, sa conduite devient telle, qu’on peut l’accuser sans crainte d’ayoir vendu sa patrie a l’étranger : en effet, il entre en capitulation avec lui, oublie ce qu’il doit ala patrie, a des citoyens qui lui confient leur vie, 4 sa propre gloire ; il se replie sur Valence; et la, mettant le comble a sa honte, il publie une proclamation ou on lit cette phrase : « Soldats, vous étes déliés de Vos serments ; vous l’étes par la nation, en qui régne la sou- Veraineté ; vous 1’étes encore, s’il était nécessaire, par l’abdication d’un homme qui, aprés avoir immolé des millions dé victimes a sa cruelle ambition, n’a pas su mourir en soldat. »
« Depuis longtemps, dit Napoléon dans ses Mémoires, chez Augereau Je maréchal n’était plus le soldat; son courage, ses vertus premiéres l’avaient élevé trop haut hors de Ja foule; les honneurs , les dignités, la fortune l’y avaient replongé. Le héros de Castiglione edt pu laisser un nom cher a la France; mais elle réprouvera la mémoire du défectionnaire de Lyon ainsi que celle de tous ceux qui ont agi comme lui, »
Le duc de Castiglione devait, au reste, recevoir bientét la récompense de son zéle ; il sacrifiait aux Bourbons plus que sa vie, les Bourbons ne se montrérent pas ingrats : il fut nommé membre du conseil de la guerre, chevalier de Saint-Louis, pair de France, et, plus tard, commandant de la quatorziéme division militaire 4 Caen. Déja Vempereur, se rendant a la terre d’exil, a Iile d’Elbe, l’avait rencontré aux portes de Lyon, prés des lieux mémes ou sa conduite avait répondu si mal a sa confiance. Comme tout était fini, ilne voulut pas paraitre inutilement sévére ; il fit arréter sa voiture pour voir Augereau et lui dire adieu. La figure du maréchal exprimait tout a la fois la douleur et la compassion : Napoléon lui lanea un coup d’cil rapide, sourit , pronon¢a quelques mots, mais ne Jui témoigna aucune irritation. Le duc youlant parler, l’empereur coupa court a
ses explications ; et marchant a cdté de lui surlaroule, murmura avec émotion: « Eh bien! n’as-tu rien de mieux a dire A ton vieux camarade? »
Lors du miraculeux retour de Vile d’Elbe, les souvenirs de ’empereur avaient effacé chez Napoléon ceux de lancien compagnon d’armes. Mettant pied a terre au golfe Juan, il stigmatise Augereau en ces termes : « Un homme sorti de nos rangs a trahi nos lauriers, son pays, son prince, son bienfaiteur : la défection du duc de Castiglione livra Lyon sans défense a nos ennemis, etc. » Augereau néanmoins ne se regarda pas comme battu;; il répliqua par une proclamation dans laquelle il disait : « Soldats, durant sonabsence, vos regards cherchaient en vain sur vos drapeaux blancs quelque honorable vestige. Jetez les yeux sur lempereur! A ses cétés brillent d’un nouvel éclat vos aigles immortelles. Rallions-nous sous leurs ailes! elles seules yous conduiront & Vhonneur et a la victoire. » Napoléon, insensible a ces éloges intéressés , se vengea noblement du maréchal en ne lui donnant pas signe de vie. Cet adulateur chonté crut que le second retour de Louis XVIII lui serait plus avantageux ; mais de ce cété aussi on dédaigna son grossier encens ; tout ce qu’il put obtenir de ses anciens rois, ce fut d’étre réintégré dans sa pairie. Toutefois, empressons-nous de consigner ici un trait & sa gloire. Désigné , avec plusieurs maréchaux, pour procéder au jugement du prince de la Moskowa, i! suivit, en se récusant, le noble exemple donné parson collégue Moncey. Bientot pourtantilalla cacher ses regrets, sinon son repentir, au fond de sa terre de la Houssaye, ou i] mourut le {2 juin 1816, d’une hydropisie de poitrine.
Le maréchal Augereau comme guerrier aura des pages glorieuses dans notre histoire. Malheureusement son fourgon et ses trahisons continuelles le suivront dans la postérité. Artisan de sa fortune, il voulait la conserver a tout prix; il courba les genoux et la téte sous toutes les dominations, servit tour 4 tour Ja république, le Directoire, le Consulat , ’Empire, la Restauration, et ne resta fidéle qu’é la fortune. Napoléon le juge avec rigueur, mais il en avait le droit : « Augereau , dit-il, était incapable de se conduire. 11 n’avait pas d’instruction, peu de portée d’esprit, peu d’éducation ; mais il maintenait l’ordre et la discipline parmi ses soldats ; il en était aimé. Ses attaques étaient régulitres et faites avec ordre , il divisait bien ses colonnes, plagait bien ses réserves, se battait avec intrépidité ; mais tout cela ne durait qu'un jour. Vainqueur ou vaincu, il était le plus souvent découragé le soir. C’était la nature de son caractére. Augereau , tout au rebours de Masséna, était fatigué et comme découragé par la victoire méme : il en avait toujours assez. Sa taille, ses maniéres, ses paroles, lui donnaient Vair d’un bravache , ce qu’il était bien loin d’étre quand une fois il se trouva gorgé @honneurs et de richesses, lesquelles d’ailleurs il s’adjugeait de toutes mains et de toutes maniéres. »
AUGIAS ou AUGEAS, l'un des Argonautes et roi d’Elide, était fils, selon les uns, de Phorbas, roi des Lapithes, et selon d’autres d’Elius, d’ou vient qu’il a été quelquefois considéré comme fils du soleil, & cause de la conformité de ce nom avec le mot grec Aélios. Augias, dit la Fable, avait des étables qui ne contenaient pas moins de 3,000 boeufs, lesquelles n’avaient pas été nettoyées depuis trente ans: double circonstance qui semblait devoir rendre toute entreprise a cet égard difficile, sinon impossible. Hercule s’en chargea réanmoins, sur la promesse du dixiéme du troupeau. I] s’acquitta de sa mission en détournant le fleuye Alphée pour lui faire traverser les écuries. Augias ayant ensuite refusé de remplir les conditions du marché, Hercule, indigné, pilla la ville d’Elis, tua son roi, et mit sur le trone le fils d’Augias, Philée, qui avait encouru la colére de son pére et Pexil pour avoir décidé le différend en faveur d'Hercule.
AUGIER $(Guittaume-Vicror-Eatne ), auteur drama-
tique, est néa Valence (Drdéme), le 17 septembre 1820, Son pére était avocat, el par sa more il est petit-fils de Pigault-