ARITHMETIQUE — ARIUS
@Etaples, fut Algorithmus demonstratus de Jordanus. On n’avait pas encore eu de traité complet d’arithmétique pratique jusqu’en 1556, époque a laquelle Tartaglia fit parattre le sien. Les principaux arithméticiens de ce siécle furent les Francais Clavius et Ramus , les Allemands Stifelius et Henischius, et les Anglais Buckley, Diggs et Recorde. Bient6t Stevin posa les principes du calcul des fractions décimales, En 1614 Villustre Ecossais Néper imagina les tables de Jogarithmes.
Mais cet immense développement de |’arithmétique était dd & Yintervention de Palgébre, qui depuis continua a l’enrichir de ses admirables découvertes. Aussi 4 partir de ce moment Vhistoire de ces deux sciences devint commune, et il nous faudrait recommencer Ja liste des noms illustres que nous avons déji donnés, depuis Fermat et Pascal jusqu’a Gauss et Fourier. , i
On a publié un grand nombre de traités @arithmétique, appropriés aux différents besoins de la société. Parmi ceux de ces ouvrages destinés aux candidats aux écoles du gouvernement, et généralement aux hommes qui veulent acquérir des connaissances théoriques, les plus estimés sont dus 4 Bezout, Mauduit, Clairault, Lacroix, Cirodde, 4 M. Finck et & M. Guilmin, E. MERLIEUX.
ARITHMETIQUE POLITIQUE. Cette expression, que l’on ne retrouve plus que rarement dans les ouvrages contemporains , était plus souvent employ¢e par les économistes du siécle dernier. Arthur Young publia sous ce titre un livre qui traite des causes qui donnaient alors 4 l'agriculture de la Grande-Bretagne une si grande supériorité sur celle des autres Etats. L’arithmétique politique n’était done pour lui qu’un ensemble de considérations sur économie sociale en général, ou plus particulitrement de recherches sur la population, !’agriculture, etc.
D’autres économistes font de \’arithmétique politique un synonyme de statistique plus ou moins raisonnée, appelant & son aide l'économie politiqué pour expliquer la cause et la portée des faits numériquement constatés.
Au contraire, Jean-Baptiste Say circonscrit Pusage de I’arithmétique politique, qui dans le sens qu'il lui donne exprime simplement les calculs et les procédés arithmétiques ou méme algébriques a l’aide desquels on tire des faits fournis par la statistique des inductions et des appréciations qui ne sont pas constatées directement, mais que l’on admet par voie d’analogie, de proportionnalité ou de probabilité. L’arithmétique politique ainsi entendue forme pour M. Moreau de Jonnés une des deux méthodes de la statistique; il Jui donne le nom de méthode d’induction, par opposition a la méthode d’ exposition, a Yaide de laquelle on coordonne les éléments d’un sujet quelconque sans les altérer. Ces deux méthodes n’ont pas la méme valeur quant a la certitude des résultats, « Un écrivain qui se respecte, dit M. Joseph Garnier, ne doit faire de Jarithmétique politique, de la statistique par calculs, ou déduire des faits numériques par induction, que lorsqu’il n’a pas d’autre moyen d’appréciation ; et dans ce cas méme il est de son devoir de s’assurer de la solidité et de V’exactitude des bases sur lesquelles il appuie ses calculs et ses raisonnements. » Voyez STATISTIQUE.
ARITHMOMANCIE ou ARITHMANCIE (du grec &pv0uds , nombre; pavteta, divination), art de deviner au moyen des nombres. Le mode le plus ordinaire d’y recourir consistait & chercher dans la valeur numérale des lettres d'un nom la réyélation des événements, Ainsi les Grecs considéraient cette valeur dans les noms de deux combattants; celui dont le nom renfermait le nombre Je plus élevé devait infailliblement remporter la victoire.
Cette espece de divination a été inventée par les Chaldéens, ou plutot ils furent les premiers qui la pratiquérent, Ils partageaient leur alphabet en décades, en répétant quelques lettres; puis ils changeaient en lettres numérales les lettres des noms des personnes qui les consultaient, et rap-
portaient chaque nombre a quelque planéte, de l’inspection de laquelle ils tiraient des présages.
Les Grecs eurent aussi un goit trés-prononcé pour les combinaisons mystiques des nombres. Les platoniciens et les pythagoriciens surtout portérent au plus haut degré ce genre de mysticisme, qui, aprés s’étre répandu dans tout ancien monde, s’est conservé jusqu’A nos jours chez les Orientaux. Certains arrangements numériques sont encore regardés par eux comme possédant des vertus secrétes et des influences toutes-puissantes. Voyez Canré MAGIQUE,
Les musulmans attribuent 4 ces combinaisons les effets les plus merveilleux. Elles doivent, suivant eux, opérer des charmes , faire découvrir des trésors cachés, et préserver de tous les accidents, etc. Les Orientaux souvent se contentent des chiffres 2, 4, 6, 8, qui occupent les quatre coins du carré, lesquels, par la raison qu’ils offrent une progression arithmétique, leur semblent un talisman d’une vertu prodigieuse. Ces chiffres, placés sur la porte d’une maison, ont, d’aprés leur croyance commune, la vertu de la préserver de Pincendie ou de tout autre malheur. Inscrits sur Ja lame d’un sabre, ils en rendent les coups mortels,
Les Juifs partagent les mémes préjugés pour les carrés qui offrent le nombre 15, parce que ces deux chiffres représentent les deux premiéres lettres du mot Jéhovah, nom de l'Etre supréme, & l’aide duquel se sont opérés , suivant eux, tous les miracles dont la Bible fait mention. L’arithmomancie forme chez les Juifs modernes la seconde partie dela cabale; la premiére s’appelle théomancie.
Il n’y a pas bien longtemps encore qu’on a cherché & découvrir, & l'aide de cette prétendue science, le nom de la béte de l’Apocalypse, que saint Jean désigne sous le nombre de 666 ; et, suivant opinion de ceux qui se sont livrés & cette folle recherche, ce nombre s’est retrouvé dans le nom de Napoléon, dans le nom allemand du roi de Rome, et dans celui du pape,
ARITHMOMETRE ou ARITHMOGRAPHE.
C’est le nom qu’on donne aux instruments 4 calculer.
ARIUS, hérésiarque fameux, était né vers 280 & Alexandrie, et mourut en 336. Il fut ordonné prétre par Achillas, évéque d’Alexandrie, 4 qui il voulut succéder; mais on lui préféra saint Alexandre. Les écrivains contemporains nous le représentent comme profondément versé dans la connaissance des livres saints, comme doué d’une grande facilité d'élocution, comme joignant un extérieur grave a une taille majestueuse, en un mot comme réunissant les avantages les plus propres 4 séduire. En an 318, dans une grande assemblée d’ecclésiastiques, Alexandre ayant dit, en parlant de la Trinité, qu’elle ne contenait qu'une seule essence, unité simple ou monade, Arius, qui y assistait, ne pouvant concevoir que trois personnes distinctes existassent dans une substance simple, se récria contre la proposition de ’éyéque, alléguant qu’elle renouvelait erreur de Sabellius. Pour ne pas confondre les personnes de la Trinité, il fit du Pére et du Fils denx personnes absolument distinctes. Les opinions se partagérent. Alexandre proposa une conférence, qui ne fit qu’aigrir les esprits. Arius, prétendit alors que Jésus- Christ était une créature ; qu’il n’était fils de Dieu que par adoption, et non point par nature; qu'il n’était ni éternel, ni immuable ; que le Pére était seul vraiment et proprement Dieu. Aprés avoir insinué cette nouvelle doctrine dans des assemblées particuliéres, Arius, certain d’un bon nombre dadhérents, la précha dans l’église , la répandit dans les villes et dans les campagnes, et, poéte et compositeur, la mit en vers et en musique pour qu'elle fit plus vite son chemin dans le monde. Tl publia sous le titre de 7#alie un poéme satirique, qu'il faisait chanter par ses adeptes. Les comédiens, qui étaient paiens, en prirent oecasion de jouer la religion chrétienne sur les thédtres. On se révolta, on jeta des pierres aux statues de l’empereur. Alexandre, ayant vainement essayé de ramener Arius & son orthodoxie , prit
ARIUS — ARKWRIGHT
e parti de le citer en plein concile 4 Alexandrie. Arius s’y défendit éloquemment ; mais, anathématisé avec ses disciples, il se mit Acourir les provinces, attirant 4 sa cause des masses de peuple, des prétres et méme des éyéques. D’autres conciles lui donnérent |'absolution. Constantin convoqua en 325 leconcile de Nicée, ou devaient assister tous les évéques de son empire, Arius , persistant dans sa doctrine, fut excommunié par cette assemblée et exilé par l’empereur en Illyrie, avec deux évéques qui lui étaient restés fidéles.
Aprés trois ans d’exil, Constantin le rappela, et ’'envoya a Alexandrie reprendre possession de son église; mais saint Athanase, successeur d’Alexandre, refusa de le receyoir. Arius obtint plus de succés aux conciles de Tyr et de Jérusalem, ol les eusébiens l’admirent dans leur communion. Mandé a Constantinople pour rendre compte de sa conduite, il réussit si bien 4 convaincre l’empereur, qu’ordre fut donnéa saint Alexandre, évéque de cette capitale, d’avoir a installer sur-le-champ. En méme temps les eusébiens s’approchaient menacant de l’introduire de force dans Véglise. Il n’en était plus qu’a deux pas lorsqu’il tomba frappé de mort subite, en 336. Les catholiques attribuérent cet événement inattendu aux priéres d’Alexandre, et les ariens au poiscn.
ARIZONA, district des Etats-Unis delAmérique du Nord, situé entre 31° et 33° de latitude nord, et limité par le territoire du Nouveau-Mexique au nord, le Texas a lest, la Sonora ausud et la Californie a l’ouest. fl présente 200,000 kilometres carrés de superficie et compte 9,658 habitants. Il est arrosé par le Rio-Grande, la Gila et le Rio-Colorado. Il posséde de nombreuses mines d’argent et de cuivre, et produit du blé, du mais, du raisin, des fruits et du coton. Les principales villes sont Tubac, ‘ucson, Mésilla, Tumacari, Sopori et Colorado-City, au point de jonction de la Gila et du Colorado, Les mines d’Arizona, d’une richesse extréme, sont exploitées par de puissantes compagnies ; la route de Californie traverse son territoire en attendant qu’un chemin de fer y soit construif. Le climat est salubre; mais les Indiens Apaches inquiétent parfois les mineurs. Ce pays, acheté du Mexique, en 1855, au prix de 10 millions de dollars, doit étre bientot élevé au rang de territoire. Z.
ARKANSAS, Ven des Etats composant I’Union américaine du Nord (voyez Erats-Unis ), est borné au nord par le Missouri, a Vest par l’Etat de Ténessée, dont il est séparé en partie par le Mississipi, au sud par la Louisiane, et 4 Vouest par diverses peuplades indiennes. Sa superficie comprend 134,824 kilom. carrés. Ce pays, qui est fertile en tabac, coton, mais, riz et vin, est arrosé par Arkansas, le Mississipi, la rivire Rouge, la riviére Blanche et le Saint- Frangois. La population s’y accroit constamment. Depuis 1819, époque a laquelle ce territoire a été agrege a PUnion, elle a si rapidement augmenté, que lors de l’élection de van Buren, en 1836, il a pu prendre part au vote comme Etat indépendant. D’aprés le recensement de 1870, elle se composait de 486,103 habitants.
La capitale de l’Etat et le siége de son administration est Arkopolis ou Little-Rock, située dans une localité aussi fertile que salubre, ou viennent s’établir en foule des colons allemands. Le corps législatif se compose d’un sénat et d’une chambre des représentants. La premitre de ces assemblées a vingt-cing membres, et la seconde soixantequinze. L’Etat d’Arkansas a trois voix pour V’élection du président de ?'Union. Le fleuve qui lui donne son nom sort es montagnes Rocheuses, coule au sud-ouest, et tombe dans le Mississipi, aprés un cours de 3,200 kilométres environ. I] a pour affluents le Canadien a droite, le Vert-de-gris, le Neocho, le petit Illinois 4 gauche, et s pare les Etats-Unis du Mexique. Aprés l’élection du présidert Lincoln en 1860 PArkansas suivit le mouvement séparatiste des Etats 4 esclaves, et fut soumis en 1863.
ARKHANGELSK ou ville de Saint-Michel, chef-
lieu du gouvernement de son nom, est batie sur les bords de la Dwina, qui se jette dans la mer Blanche, a 35 kilométres plus loin. Elle est le siége d’un archevéque, d’un gouverneur civil et d’un gouverneur militaire, et compte environ 33,675 habitants. Cette ville tire son nom d’un couvent qui y fut fondé en 1584 sous l’invocation de saint Michel archange. Longtemps elle eut le monopole de l’exportation des produits de la Russie. Mais aprés la fondation de Saint-Pétersbourg, et lorsque Riga fut devenue port russe, le commerce y alla en déclinant jusqu’en 1762, époque ot Pimpératrice Elisabeth accorda & cet excellent port septentrional les mémes priviléges qu’a celui de Saint-Pétersbourg. Depuis, par suite de l’accroissement de la population de la Russie, le commerce d’exportation et d’importation de la Dwina a toujours été en augmentant; et Arkhangelsk est aujourd’hui pour la Sibérie une grande étape commerciale communiquant au moyen de canaux avec Moscou et Astrakhan. La débacle de la Dwina s’opérant toujours au mois d’ayril, les navires étrangers arrivent d’ordinaire & Arkhangelsk au mois de mai, et leurs derniers départs ont lieu en septembre. Tant que dure |’été il régne dans cette ville une grande activité commerciale, qu’alimentent surtout les poissons secs ou salés , l’huile de poisson, le suif, les fourrures, les cuirs, les bois de construction, la cire, le fer, les toiles grossiéres , les soies de porc, les marchandises de la Chine et duJapon, le caviar, ete. Malheureusement un bane de sable, situé a l’entrée du port, qui d’ailleurs est parfaitement sir, et que protége la forteresse de Nowo-Dwiesk, est un grand obstacle la navigation. Les batiments de l’Amirauté et les casernes des matelots sont situés dans l’ile de Solombalsk, formée par une riviére appelée Kuschenida. Arkhangelsk est le point de départ d’un grand nombre d’expéditions , en été pour la péche, en hiver pour la chasse au Spitzberg, ala Nouvelle-Zemble, jusqu’a l’embouchure de la Léna et plus loin encore. Bloquée par les forces alliées en 1855, elle vit alors augmenter ses fortifications. ARKHANGELSK (NOVAIA) ou NovyetLe-ARKHANs GELsK, petite ville de 1,500 habitants, chef-lieu des anciens établissements russes sur la céte occidentale de ’ Amérique du Nord, dans ’Océan Pacifique. Elle est située sur la cote occidentale de Vile appelée Sitka par les naturels, et Baranoff par les Russes, du nom du fondateur de cet établisse-
| ment, et fait partie de ’archipel du roi Georges IIT. C’est
le siége de la Compagnie russo-américaine, et le centre de son immense commerce de fourrures. Les approvisionnements y sont en grande partie apportés du Kamichatka. Les tribus indigénes de la cote sont indépendantes, ainsi que celles de l’intérieur.
Les fortifications , les magasins, les casernes, la cale de constructions et toutes les habitations de la Nowvelle- Arkhangelsk sont en bois. L’hdétel du gouverneur seul se distingue par une sorte d’élégance : on y trouve méme une bonne bibliothéque.
ARKONA ou ARKON, promontoire de roches crayeuses, de silex et de pétrifications s’élevant & pic 4 54 métres au-dessus du niveau de la mer Baltique , au nord-est de I’ile de Rugen. C’est Vextrémité de l’Allemagne au nord-est. Sur son versant occidental se frouvait jadis un vieux chateau fort, protégé par unrempart en terre, ainsi qu’un temple consacré au culte du dieu scandinave Svantovit, que détruisit le roi Waldemar I** de Danemark lorsqu’il prit d’assaut cette forteresse, en 1168. Prés de la on remarque un petit lac, qu’on suppose étre celui ot les Scandinaves baignaient annuellement en grande pompe l’effigie de la déesse Hertha. ‘Tout récemment un phare a été construit sur les ruines mémes de l’ancien chateau slave, dont ce promontoire a conseryé le nom.
ARKWRIGHT (Sir Ricaarp), qui s’est rendu célébre en perfectionnant les machines employées pour le filage des
cotons, et qu’on peut dés lors considérer a bon droit comme
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le créateur d’une branche d’industrie & laquelle !’Angleterre est redevable de l’immense développement de son commerce, naquit & Preston, dans le comté de Lancaster, en 1732. Treiziéme enfant d’une famille trés-pauvre, il ne recut aucune éducation, et exerca jusqu’a l’dge de trente-six ans humble profession de barbier. Eclairé tout 4 coup par un rayon d’en haut, i! abandonne son échoppe, bien décidé a se consacrer entiérement a la mécanique, et court exposer a Warrington une espéce de mouvement perpétuel. Un horloger du nom de Kay, qui s’occupait de la construction @une machine a filer le coton sans avoir encore pu obtenir des résultats satisfaisants, l’engagea 4 poursuivre de concert avec lui la réalisation de cette idée.
Manquant tous deux des capitaux nécessaires , ils s’adressérent a un habitant aisé de Liverpool, appelé Atherton, qui mit a leur disposition les ressources dont ils avaient besoin. O’est ainsi que put étre construite la machine pour laquelle Arkwright prit un brevet en 1769. Associé avec Smalley, puis avec un Ecessais , appelé Dale, et enfin seul ala téte de Pétablissement qu’il avait fondé 4 Nottingham, il ne tarda pas A devenir l’un des plus riches filateurs de toute la contrée, quoique son brevet, renouvelé en 1775, fat expiré en 1785. Ayant été nommé shérif du comté de Derby et chargé en cette qualité de présenter une adresse au roi @’ Angleterre, il en recut le tilre de chevalier.
A sa mort, arrivée le 3 aofit 1792, dans la grande usine qu’il avait fondée 4 Crumbford dans le Derbyshire , on évaluait sa fortune 4 500,000 livres (12 millions de francs ), On a souvent contesté & Arkwright la propriété de importante invention de la machine 8 filer le coton; mais, tout en reconnaissant que Kay en a eu le premier l’idée, on ne saurait nier que homme qui sait tirer d’une idée encore informe tous les développements dont elle est susceptibie, Yemporte sur l’inventeur primitif. Sa découverte n’a, du reste, recu depuis lui que des perfectionnements peu importants. Mais tel est essor qu’elle a imprimé 4 Ia filature, que Vimportation du coton qui de 1771 & 1780 n’avait été que de 5,735,000 livres, s’éleva de 1817 4 1821 a 144 millions, dont 130 furent consommés en Angleterre. ws
ARLANDES (N...., marquis b’), gentilhomme languedocien, fit avec Pildtre de Rozier la premiéra ascension aérostatique en ballon libre dans une montgolfiére, qui partit de la Muette le 21 novembre 1783, et alla descendre prés du moulin de Croulebarbe, voyage dont il a laissé une relation intéressante, Z.
ARLANGES (Josepn-Marre-Gaston pb’) naquit a Maresché (Sarthe), le 1° septembre 1774. Nommé souslieutenant au Royal-Auvergne, a l’Age de dix-huit ans, il ne rejoignit pas son régiment, et suivit toute sa famille dans Yémigration. Incorporé & Parmée des Princes dans la compagnie de Vermandois, il fut griévement blessé a l’affaire d’Oberkemlach, et passa ensuite dans le corps des chasseurs nobles. De 1792 4 1797, ii prit part 4 toutes les campagnes de V’armée de Condé. Rentré en France en 1798, il servit dans les armées royales de l’Ouest, et resta en Vendée jusqu’en 1800, auprés du comte d’Autichamp , dont il était aide de camp. Au mois d’ayril 1813 il obtint le commandement d’un bataillon des gardes nationales de Brest , et fit les campagnes de 1813 4 1814, Lieutenant-colonel en 1816 dans la légion départementale du Finistére, puis colonel du 7° de ligne, il fit partie du corps d’observation des Pyrénées, et se distingua dans la guerre d’Espagne de 1823. II passa au commandement du 30° de ligne en 1831, et fut nommé maréchal de camp le 16 juin 1834, au camp de Saint-Omer.
Peu apres il partit pour l’Algérie, ott il avait déja autrefois donné des preuves de capacité et de valeur, notamment a la premiére prise de Mascara et A la défense de la Maison- Carrée, oi: avec une poignée d’hommes de son régiment il refoula au dela de l’'Harach les Arabes qui avyaient pénétré
dans l’intérieur de la ligne de nos blockhaus. A son retour en Afrique , ’expédition & Tlemcen était résolue par le maréchal Clausel. D’Arlanges partit avec lui d’Oran le 8 janvier 1836, laissant le commandement provisoire de cette place au lieutenant-colonel de Beaufort. Dans les nombreux combats qui eurent lieu en cette occasion , le général d’Arlanges se distingua par sa présence d’esprit et son infatigable activité.
Avant de quitter la province, le maréchal Clausel avait décidé l’établissement d’un camp retranché 4 l’embouchure de la Tafna, pour ouvrir de ce point des communications avec Tlemcen. Afin de remplir ses instructions , le général d’Arlanges quitta de nouveau Oran, le 7 avril, avec une colonne de deux mille hommes environ et mille auxiliaires arabes commandés par le brave Mustapha. Le jour méme on fit halte au camp du Figuier ; le lendemain on traversa le territoire des Beni-Amer, et l'on coucha 4 Oued-Rassoul ; le 9 la colonne s’établit sur ’}Oued-Rhaim, puis on traversa le mont Tessala, et l’on franchit le Rio-Salado le 13. Le 14 on prit position 4 ’Oued-Ghaser. Le lendemain, 15, sur le plateau incliné qui descend de Dar-el-Achtan (montagne aride), la cavalerie d@’avant-garde de ’émir eut un engagement avec Mustapha, qui la fit d’abord reculer. Le général fit avancer ses chasseurs d’Afrique en ordonnant a Mustapha de se replier; mais les réguliers d’Abd-el-Kader, parvenus enfin sur le terrain, opérérent un mouvement de flanc qui rendit impossible Yexécution de cet ordre. Le général, laissant alors sur Ja montagne les bagages gardés par le génie et le 66° de ligne, se lanca dans la mélée avec toutes ses forces. L’affaire fut courte, mais chaude. Nous edmes dix hommes tués et soixante-dix blessés. Encouragé par le succes, le général d’Arlanges, aussit6t aprés le combat, donna l’ordre de se remettre en marche. On arriva la nuit 4 l’embouchure de la Tafna, en face du rocher d’Harschgoun. Le travail des fortifications commenga immédiatement.
Quelques jours aprés, le général d’Arlanges, voulant reconnaitre les forces de l’ennemi, alla prendre position sur les hauteurs de la rive gauche de la Tafna, puis se porta en avant du marabout de Sidi-Yagoub, A l’ouest dela route de Tlemcen. Les spahis, s’étant avancés a plus de huit kilométres dans le pays, revinrent bient6t, poursuivis par quelques centaines de Kabyles. Déja de nombreux groupes, se montrant sur les flancs de la colonne, annongaient a n’en pas douter qu’on aurait affaire sous peu d’heures 4 des masses considérables. Effectivement, les Arabes ne tardérent pas a arriver, débouchant par toutes les gorges, et s’emparant de toutes les crétes. Alors notre corps d’armée commeneva son mouvement rétrograde. L’ennemi se précipita sur nous avec fureur ; nos soldats combattirent souvent & V'arme blanche, mais, plusibraves que prudents, ils ralentissaient notre marche et découvraient nos flancs. Engagée sur un terrain dominé de toutes parts, la colonne se trouva exposée A un feu terrible et meurtrier. L’artillerie ne pouvait agir. Nos tirailleurs, bient6t enfoncés, furent sabrés par les Kabyles, qui se ruérent jusque sur nos pices, et notre arriére-garde, un instant entourée, ne se dégagea que par des prodiges de valeur. Le général d’Arlanges paya noblement de sa personne. Trois cents des ndtres furent blessés. Enfin, la colonne, épuisée, atteignit le camp, laissant derriére elle, au pouvoir du vainqueur, un grand nombre de cadavres.
Cet échec raviva l’enthousiasme des partisans d’Abd-el- Kader. Des tribus soumises par nos armes rentrérent sous la domination de l’émir, et vinrent nous bloquer dans notre camp, dont les travaux se poursuivaient avec d’autant plus d'activité qu’ils devenaient plus nécessaires. Il ne s’était d'abord agi que d’y établir deux blockhaus; on en fit une véritable place de guerre, ou lon engloutit inutilement 800,000 francs. Dans cette position les troupes eurent beaucoup A souffrir, Pendant huit jours la mer fut si mauvaise,
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qu’on ne pouvait communiquer avec Harchgoun. Dés que le temps le permit, le général d’Arlanges se rendit par mer a Oran, pour y prendre quelques mesures de défense et y ramener une partie des auxiliaires, afin de ménager nes ressources ; puis il revint & la Tafna pour partager encore les fatigues et les dangers de sa brigade. Il y resta jusqu’a larrivée du général Bugeaud (6 juin 1836 ). De retour a Oran, il remit son commandement au général de L’Etang, et rentra en France, ot il fut mis en non-activité. Trois ans apres il entra dans la section de réserve du cadre de |’état-major général, et revint bientét mourir dans sa ville natale, le 13 juillet 1843. Il avait alors soixante-neuf ans. Franz DE LIENHART.
ARLAY, commune et bourg de France, dans le département du Jura, 4 10 kilométres nord de Lons-le-Saulnier, sur Ia Seille, avec une population de 1800 dmes environ, C’était jadis une baronnie de la Franche-Comté de Bourgogne , appartenant a la maison de Chalons, d’ou les princes d’Orange tirent leur origine. — Le roi de Prusse ayant élevé des prétentions sur ’héritage d’Orange, vacant par la mort de Guillaume I, roi d’Angleterre, prit le titre de la baronnie d’Arlay, qui en faisait partie. ‘
ARLEQUIN, nom d’un personnage comique qui, de la scéne italienne, s’est naturalisé sur tous les thédtres de l’Europe. Ce personnage, le plus ancien que !’on connaisse, et dont Je costume et les habitudes ‘se sont conservés presque sans altération durant plusieurs siécles, descend évidemment de Yantiquité paienne : on retrouve en lui le caractére des satyres, moins les cornes et les pieds fourchus. Son masque, sa ceinture, son habit collant, qui le faisait paraitre presque nu, son allure vive et maligne, son style, ses pointes, ses lazzis, le son de sa voix, tout cela reproduisait une espéce de satyre. L’arlequin tenait du singe et du chat, comme le satyre ressemblait au bouc : c’était toujours homme changé en béte. Chez les paiens les satyres jouaient, dit-on, avec les dieux, avec les héros. Notre arlequin figurait grotesquement auprés des héros, et se travestissaift en héros ridicule. Ce personnage offrait d’autres traces de son antique origine : il rappelait les mimes de la comédie latine, qui finit avec empire romain, et des débris de laquelle s’était formée la comédie italienne. L’habit d’arlequin, étriqué, écourté, composé de petits morceaux de drap triangulaires de diverses couleurs ; ses souliers sans talons, représentaient les mimi centunculo (mimes en guenilles) dont parle Apulée, et les planipedes (les pieds-plats) de Dioméde. Sa téte rasée, le petit chapeau qui la couvrait a peine, retragaient les sanniones rasis capitibus (bouffons a téle rasée) de Vossius. Son masque noir avait remplacé la suie dont les anciens mimes se barbouillaient la figure. Son costume, uniforme en tout temps, en tous lieux, non sujet aux caprices de la mode, parce qu'il n’avait appartenu spécialement 4 aucun peuple, ne pouvait donc étre que celui d'un mime latin; etsi, comme le dit Marmontel, un esclave noir a été le premier modéle de V’arlequin, c’est parce qu’il a d’abord servi de type au mime latin. Cette opinion, loin de contester la double origine attribuée au mime arlequin, la prouve en Ja conciliant. Ne saif-on pas, en effet, que les singes ont donné lieu a la fable des satyres, et queles peuples noirs de !’Afrique, longtemps confondus avec les singes, sont encore aujourd hui regardés comme une race de brutes par les classes ignorantes et par les hommes imbus de préjugés mercantiles ?
Li n’est pas aussi facile d’expliquer l’étymologie du nom darlequin que lorigine du personnage. On a prétendu que jans une troupe de comédiens italiens venus en France, vers 1580, se trouvail un jeune acteur, qui, parce qu’il était admis dans la maison du président de Harlay, fut appelé par ses camarades Harlecchino (le petit Harlay) , suivant lusage des Italiens, qui donnent aux valets le nom de leurs maitres, et aux clients celui de leurs patrons. Mais est-il probable qu’a cette époque, ot les préjugés religieux étaient si
puissants, l’austére gravité d’Achille de Harlay ait pu déroger jusqu’a faire d’un comédien la société d’un magistrat ? L’appellation d’arlequin dailleurs était déja connue. On la trouve dans une lettre de Raulin, imprimée en 1521, et dans dautres écrits antérieurs au régne de Henri III.
Le nom de zanni, que les Italiens ont donné 4 l’arlequin
et au scapin, dérive bien évidemment des mots latins sannio, sanniones (railleurs, bouffons), déja cités, et de sanne (railleries). Micali, dans son Histoire d’Italie avant la domination romaine, fait méme descendre les zanni du macco et du bucco, qui figurent dans les fables atellanes des Etrusques. Mais, sans leur attribuer une origine aussi ancienne, peut-on méconnaitre l’arlequin dans le sannio de Cicéron, lequel, de la bouche, du visage, des gestes , de la voix et des mouvements du corps, excitait le rire? Le caractére de ce personnage est donc celui du mime latin. Si Arlequin affecte plus particuliérement le patois de Bergame, comme Pantalon celui de Venise, comme Scapin celui de Naples, ce n’est plus seulement en vue d’un accent plus comique, mais en opposition a la populace de Bergame, qui, dit-on, se composait généralement de fripons et de sots; car la comédie italienne s’est plutot attachée a jouer les ridicules nationaux que les ridicules personnels. » Rien de plus varié, rien de plus plaisant au théatre que le personnage d’Arlequin : les Italiens n’en avaient fait d’abord quwun valet balourd , poltron et gourmand : tel est encore le Hans-Wurst de la comédie allemande; mais le cercle de son domaine s’agrandit fientét considérablement en France : il devint un mélange d'ignorance, d’esprit et de naiveté, de ruse et de bétise, de grace et de bouffonnerie ; c’était un homme ébauché , un grand enfant qui avait des lueurs dintelligence et de raison, qui s’affligeait et se consolait pour une bagatelle, qui amusait par ses méprises et sa maladresse, qui faisait rire par sa douleur comme par Sa joie. Arlequin fut sur la scéne ce que les bouffons étaient a la cour des rois, disant plaisamment de piquantes vérités ef humiliant Porgueil des grands; il fit pour le théatre ce que Lucien et Swift avaient fait dans leurs écrits. Comme eux il saisit et stigmatisa les ridicules. Le vrai modéle du personnage d’Arlequin, ec’était la gentillesse et l’agilité d’un jeune chat, sous une écorce de grossiéreté plaisante.
Parmi les arlequins c¢élébres, nous ciferons Cechini, dit Frattelino, qui fut anobli par ’empereur Mathias, et écrivit un traité sur la comédie; Zaccagnino et Trufaldino, qui fermérent Ja porte aux bons arlequins en Italie, vers 1680; et en France, Locatelli, Dominique Biancolelli, appelé de Vienne a Paris par le cardinal Mazarin; Gherardi, qui publia un Recueil de picces du thédtre italien; un autre Biancolelli, fils du célébre Dominique; le Bicheur, qui était , en méme temps, peintre ; Vizentini, dit Thomassin ; Bertinazzi, dit Carlin, ancien maitre d’armes, le plus parfait des arlequins; Coraly; Marignan; Dancourt, auteur de quelques piéces de théatre, ami de Favart, et qui mourut aux Incurables; Lazzari; Laporte, du Vaudeville ; Foignet, qui était en méme temps compositeur dramatique. Deux hommes qui se sont fait un nom dans les lettres, Florian et Coupigny, jouérent quelquefois ce rdle en amateurs. Presque tous ces noms auront des articles dans notre ouvrage.
Arlequin ne figure plus guére en France. Il a disparu de la scene comme la commedia dell’ arte. On le rencontre méme rarement dans les bals masqués. Son costume exige trop d’esprit et de grace pour qu’un homme judicieux ose l’endosser.
Le nomd’arlequin s’emploie proverbialement, et devient alors synonyme de Protée. On dit d’un homme qui prend toutes les formes, tous les masques, pour amuser Ou pour tromper : C’est un arlequin. De ce nom est venu le mot arlequinade. H. AUDIFFRET.
ARLEQUINADE, genre de piéces de théatre , dont l’origine remonte chez nous a 1’établissement de la comédie-