‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 5)Chapitre 15 sur 488 · ARLEQUINADE — ARLES · texte numérisé non relu

ARLEQUINADE — ARLES

italienne a Paris, en 1716. On a plus spécialement appelé arlequinades les piéces a arlequin, jouées sur le théatre du Vaudeville depuis sa fondation, en 1795. Ce réle exigeait beaucoup d’esprit, de naturel, de grace, de souplesse. Loin d’avilir la seéne et de choquer le bon goat, il était indispensable dans plusieurs réles, et ne pouvait étre suppléé par aucun. Aucun personnage n’a été mis sur la scéne plus souvent, plus longtemps, plus diversement, et avec plus de succés. On I’a placé dans toutes les positions, on la exposé sous tous les aspects, dans tous les ages, dans tous les états , dans toutes les fictions : valet, paysan , ouvrier, bourgeois, gentilhomme, prince ou empereur, héros , dieu, femme, enfant, philosophe, guerrier, sauvage, sentimental, intrigant, ingénu, animal, statue, diable, etc., on Va fait parler, chanter, danser , grimacer , voler, baffouer Cassandre et Gilles, épouser Colombine. En un mot, il a pris tous les masques sans quitter le sien. En vain le célébre Goldoni voulut-il, dans ses comédies, épurer et relever ce personnage, qul lui semblait susceptible de prendre des formes plus variées et plus aimables; il échoua dans cette entreprise et ses essais furent sifflés. Il y a mieux : quoique, dans le dernier sicle, Lesage, Autreau, Delisle, Marivaux, etc., et plus tard Cailhava et Florian, aient tiré un heureux parti du rdle d’arlequin dans des piéces écrites, toutefois la liberté de ce personnage original s’accommode généralement mieux d’un simple canevas qu’il remplit 4 sa guise.

Le nombre des piéces représentées sur divers thédtres de Paris, tant improvisées qu’écrites , comédies, opéras-comiques, parodies, farces, vaudevilles, pantomimes, etc., qu’on désigne sous le nom d’arlequinades, monte a prés de mille, 4 dater seulement de 1667 jusqu’en 1812, 0 parut au théatre du Vaudeville, rue de Chartres, Arleguin dans Vile de la Peur.Précédemment on y avait joué Arleguin Afficheur et Colombine Mannequin. Il y avait toute une histoire de mceurs parisiennes dans ces arlequinades. Arlequin était devenu le personnage obligé de la parodie depuis que Talma avait été singé d’une maniére si piquante par Laporte....

Faut-il donc s’étonner qu’un personnage aussi varié, aussi comique, aussi aimable, aussi spirituel, aussi multiplié, aussi universel, se soit maintenu deux siécles en France ; qu'il y ait survécu au Scapin, au Sganarelle, au Crispin, au Pierrot, au Gilles , au Jeannot, au Cadet-Roussel, au Jocrisse et a tant d’autres personnages, qui n’ont eu qu’une vogue passagére? Impossible de se figurer la consommation d’arlequinades qui s’est faite 4 Paris sur huit ou dix théatres durant vingt-cing ans; mais l’‘abondance améne la satiété. Peu a peu ce genre tomba. Il acheva de disparaitre a la retraite de Laporte dans le Nécessaire et le Superflu : Vernet a essayé de le galvaniser pour un moment aux Variétés, dans Carlin & Rome; mais il était trop tard. Arlequin est mort et bien mort. Requiescat in pace!

ARLES, ville de France, chef-lieu d’arrondissement du

département des Bouches-du-Rhéne, située ay point de séparation de deux bras du Rhéne, peuplée de 25,821 habitants, 4720 kilom. de Paris, siéged’un tribunal de commerce, avec une école d’hydr6graphie, une bibliothéque publique, nn collége, un cabinet d'histoire naturelle et un beau musée d’antiquilés. C’est une station du chemin de fer d’Avignon 4 Marseille; il s’y fait un commerce assez actif de vins rouges, d’huile d’olives et de fruits. Quatre vastes salines se trouvent sur son territoire. Arles posséde encore un bureau principal des douanes, un entrepot réel, un entrepdt de sels, et un dépot d’étalons. On y prépare des saucissons renommés; il y existe plusieurs filatures de soie, deux imprimeries, et des ateliers pour la construction des navires. Arles offre un bon port pour les petits batiments, qui communique avec la Méditerranée par le canal d’Arles & Bouc et oii il se fait un cabotage actif.

Arles posstde des antiquités célébres, Outre de nombreux trongons de colonnes, des sarcophages, des statues mulilées,

il y existe encore deux vestiges grandioses de l’époque ro» maine. C’est d’abord l’amphithéatre appelé aussiles Arénes, formé par deux rangs de portiques en arcades cintrées plein jour superposées, chaque étage étant de soixante portiques, le premier dorique, le second corinthien. Il pouvait contenir vingt-cing mille personnes; les deux tours carrées qui le dominent furent baties 4 ’époque des Sarrasins. Aujourd’hui déblayé, le Colisée des bords du Rhone était resté pendant des siécles, dit M. Amédée Pichot, « comme une petite ville au milieu d’Arles, assez mal alignée avec sa place publique ornée d’une croix. Des masures s’étaient, les unes appuyées, les autres suspendues aux larges pierres des gradins inférieurs, creusant leurs cheminées sous les yodtes supérieures, et transformant en étables ou en caves quelques-unes des galeries qui avaient autrefois servi de loges aux bétes féroces. » Les ruines du théatre antique n’ont pas moins d’importance que celles des arénes. ll avait une grande étendue, et était entouré d’un portique composé de trois rangées d’arcades l'une sur Vautre et orné d’une magnifique corniche. Ici encore une tour du moyen age superposée aux ar~ cades, et qu’on appelle tour de Saint-Roland, du nom d’un évéque égorgé dans le neuviéme siécle par les Sarrasins, in~ dique que les deux édifices furent reliés dans un systéme de fortifications. i

L’obélisque égyptien qui décorait sous les Romains le cirque des courses en char orne aujourd’hui la place de Saint- Trophime. Parmi les monuments chrétiens du moyen 4ge nous citerons seulement l’église métropolitaine, dédiéea saint Trophime. C’est une église en croix latine; elle n’a ni la grandeur mystérieuse des cathédrales normandes, nila splendeur rayonnante des basiliques de Rome; mais ce qui la distingue surtout, c’est son portail historié, tableau de pierre du treiziéme siécle, représentant le jugement dernier, avec une grande variété de figures symboliques. Par la nature du granit et l’effet du temps, la couleur du poriail imite celle du bronze. Le cloitre, qui est afttenant a la cathédrale, est un monument unique par la multiplicité de ses détails,

Le cimetiére des Alyscamps ou des Champs-Elysées, a un kilométre environ d’Arles, n’est plus aujourd’hui qu’un champ de déyastalion; ce campo santo avait autrefois une grande réputation : une légende miraculeuse youlait que saint Trophime et le Christ eussent appelé sur ce lieu de repos les bénédictions du ciel en y fléchissant les genoux.

L’opinion vulgaire donne & la ville d’Arles (en latin Arelatum), comme a Marseille, une origine phocéenne. Ce fut saint Trophime, l'un des soixante-douze disciples de Jésus-Christ, envoyé dans les Gaules par saint Pierre, qui convertit les habitants d’Arles au christianisme. Leur religion était un mélange des croyances druidiques des Gaulois et du paganisme des Romains. Ils immolaient & leurs dieux nonseulement des animaux, mais encore des victimes humaines, On prétend que le 1°" mai de chaque année ils sacrifiaient a Diane, en expiation de leurs crimes, trois enfants, qu’ils conduisaient sur un char, couronnés de fleurs, 4 cet horrible sacrifice. C’est, ajoute-t-on, du nom du vaste aufel ou Diane recevait ces offrandes, appelé Ara-lata, que la ville d’Arles a pris le sien, On voit encore au lieu de la Roquette, hors des murs de cette ville, les débris d'une pyramide qu’on dit étre les restes de ce funeste autel.

La ville d’Arles fut conquise par Jes Romains dans les premiéres années du huitiéme siécle de Rome. C’est dans son port que fut construite, en 705, la flotte romaine qui fut employée au siége de Marseille. En 706 de Rome (48 ans avant Jésus-Christ), Jules César y fonda une colonie romaine. Constantin le Grand, qu’un assez long séjour & Arles avait attaché a cette cité, y fit faire de nombreux embellissements et de magnifiques édifices, et voulut qu'elle fat appelée de son nom Constantina. Elle était alors la seconde cité des Gaules, et jouissait de grandes prérogatives. En 391 ou 392 de l’ére chrétienne, elle devint métropole at

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