‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 5)Chapitre 143 sur 488 · AUGURES — AUGUSTE · texte numérisé non relu

AUGURES — AUGUSTE

les éclairs. A cet effet, on tenait compte du point de lhocizon d’ou partait Véclair, et de celui od il disparaissait. L’augure se plagait dans quelque lieu élevé (arx ou templum), d’ou la vue pouvait librement s’étendre en tous sens, Aprés avoir sacrifié aux dieux et leur avoir adressé une priére solennelle, il se tournait vers l’orient, la téte couverte, et désignait avec son baton (litwus) les points du ciel dans les limites desquels il entendait faire ses observations. Les signes heureux étaient ceux qui se manifestaient A sa gauche, et les signes malheureux ceux qui apparaissaient a sa droite.

2° La voix et le vol des oiseaux. Les prédictions de Vavenir déduites de observation des oiseaux s’appelaient, a bien dire, auspices, auspicia; et elles étaient déja en usage chez les Grees, qui les avaient empxuntées aux Chaldéens. Peu a peu le crédit des augures devint tel chez les Romains, qu'il ne s’entreprenait rien chez eux, pas plus en temps de guerre qu’en temps de paix, sans qu’on edt pris dabord conseil des oiseaux, a qui, en raison de Vhabitude ou ils sont d’aller constamment d’un lieu dans un autre, on attribuait la connaissance des choses les plus secrétes. lls étaient réputés heureux ou malheureux, suivant leur nature, ou encore eu égard aux circonstances dans lesquelles ils se montraient. Les oiseaux divinatoires étaient partagés en deux grandes classes : ceux dont le vol annongait I’ayenir, et ceux dont le chant ou les cris le prédisaient. La corneille, le corbeau, le hibou, le coq et d’autres encore révélaient !ayenir par leurs cris; aigle, la corneille, le corbeau, le vautour, autour, par leur vol. Les deux derniers de ces oiseaux étaient toujours d’un facheux présage. L’aigle au contraire annoncait toujours quelque chose d’heureux, surtout s'il yolait de gauche a droite. Quand la corneille et le corbeau yolaient 4 gauche, le présage était favorable; le contraire avait lieu quand ils volaient 4 droite.

3° Le plus ou moins dappétit des poulets. C’était bon signe quand ils mangeaient bien, et mauvais signe quand ils refusaient la nourriture. C’est surtout 4 la guerre qu’on interrogeait l'avenir par l’intermédiaire des poulets : aussi toute armée ayait-elle toujours 4 sa suite un pontifez, quelques augures et aruspices, et un pudlarius avec sa cage a poulets.

Indépendamment de ces sortes de présages, il y avait encore ceux qui se tiraient de certains quadrupédes, d’accidents extraordinaires et d’évyénements malheureux ( dirz ), de circonstances toutes fortuites, par exemple quand un animal courait sur le grand chemin ou bien se montrait dans des lieux inhabités, quand on était pris de tristesse subite, quand on éternuait, quand on répandait du sel sur la table. Les augures expliquaient tous ces différents signes, et enscignaient en méme temps la maniére de se rendre les dieux propices. Le droit d’auspices, c’est-a-dire de consulter les dieux, au moyen de certains présages, sur l’issue d’une opération militaire, n’appartenait qu’au général en chef. Les commandants en second combattaient sous ses auspices ; c’est-a-dire que le présage que celui-ci avait tiré s’appliquait également a eux, et qu’a lui seul pouvait étre attribuéel’issue, soit heureuse, soit mallheureuse, del’opération.

AUGUSTA, nom commun a un grand nombre de

villes anciennes qui le portaient en l’honneur de l’empe- reur Auguste ou d’un de ses successeurs. Nous citerons

entre autres: Augusta Eduorum (Autun), A, Allobrogum (Genéve), 4. Asturica (Astorga), A. Ausciorum (Auch), A. Cxsarea (Saragosse), A. Caditana (Cadix), 4. Neme-

tum (Spire), 4. Rauracorum (Augst, en Suisse), A. Sues-

sonum (Soissons), A. Taurinorum (Turin), A. Vermanduorum (Saint-Quentin), A. Vindelicorum (Augsbourg). Le nom d’Augusta est synonyme de celui de Sébaste, que prenaient souyent les villes d’Orient.

AUGUSTA, capitale du Maine (Etats-Unis), sur le Kennebec que traverse un pont de 160 métres de long,

posséde un bel hétel de ville, un arsenal fédéral, une académie et une douzaine d’églises. Elle date de 1771 et compte 12,000 4mes. En amont de la ville, le fieuve a été endigué et pourvu d’écluses afin de permettre |’entretien d’un immense bassin, qui sert aux besoins de l'industrie en méme temps qu’a la navigation.

AUGUSTA, ville de la Georgie (Etats-Unis), située sur la Savannah, et au point de rencontre de plusieurs chemins de fer, avec 20,000 habitants. Elle est réguliére et bien batie en briques; elle fait un trés-grand commerce en coton et en tabac. Dans la derniére guerre civile Augusta a été prise par les fédéraux en novembre 1864.

AUGUSTALES, fétes établies en ’honneur d’ Auguste, Yan 735 de Rome, lorsque ce prince eut pour la seconde fois depuis la fondation de la ville éternelle, fermé le temple de Janus. Ce jour, ou tout le monde romain fut en paix, fut inscrit dans les Fastes, et l’on éleva un autel avec cette inscription: Fortune reduci (A la Fortune de retour). On célébra des jeux augustaux ; mais ils ne furent fixés par un décret du sénat que huit ans aprés. Ils avaient lieu , ainsi que la féte, le 12 octobre. On les célébrait aussi en plusieurs villes d’Asie, entre autres 4 Pergame; il y en avait encore a Naples.

AUGUSTE (Histoire), nom donné a une série @historiens romains qui ont écrit la vie des empereurs depuis Adrien jusqu’a Carin.

AUGUSTE. Caius Jutivs Cesar Ocrayianus, fils de Caius Octavius et d’Accia, sceur de César, naquit sous le consulat de Cicéron, l’an de Rome 689, avant J.-C. 62. Italien par son pére, qui descendait d’une famille de Velletri ,. dans le pays des Volsques, et qui le premier devint, de chevalier, sénateur, Octave était Africain par sa mére, s’il faut en croire du moins les reproches de ses ennemis et d’Antoine : « Ton aieul maternel était africain, ta mére faisait aller le plus rude moulin d’Aricie, ton pére en remuait la farine d’une main noircie par l’argent qu’il maniait 4 Nérulum. » Elevé d’abord a Rome, sous les yeux d’Acciaet de son beau-pére Philippe, on raconte qu’a douze ans il prononea Voraison funébre de sa grand’mére Julia, quoique plus tard, orateur timide, il eut besoin d’un héraut pour parler au peuple. Petit et délicat, boitant fréquemment d’une jambe, et jugé trop faible pour suivre César dans la guerre d’Espagne contre le fils de Pompée, on l’envoya continuer sesétudes en Epire, a Apollonie , sous le fameux rhéteur grec Apollodore ; et c’est 14 que plus tard il surveillait les préparatifs de la guerre contre Jes Parthes, quand il apprit la mort tragique de César. Il repoussa les timides avis de son beau-pére et de sa mére, qui lui faisaient craindre pour luiméme le poignard de Brutus, et le conjuraient d’attendre le moment favorable. En débarquant a Brindes, il apprit le contenu du testament qui le déclarait héritier de son oncle, l’éloquence perfide d’Antoine aux funérailles de César et la colere du peuple contre ses meurtriers. Octave comprit aussitdt sa position. A la téte des vétérans de César, qu'il avait. youlu éyiter, et qui coururent au-devant de lui en Jui reprochant tendrement ses injustes soupcons, il intercepta pour lui-méme le tribut que les provinces envoyaient 4 Rome, s’empara de tout P'argent de Etat qui se trouvait 4 Brindes, et marcha sur Rome a travers la Campanie, résolu de faire ratifier sur le Forum le titre d’héritier, de vengeur de César, que lui décernaient les vétérans. ‘

A Vapproche d’Octave, magistrats, soldats et cifoyens allérent a sa rencontre; mais le chef du parti des césariens. Antoine, qui avec Lépide triomphait du parti des ré publicains et de la faiblesse du sénat, ne soupconnant pas dans ce jeune homme de dix-neuf ans, dans ce corps si chétif, ’Ame qui gouvernerait le monde, ne vint point au-devantdelui. Octave sans délai réclama du préteur, et se fit solennellement reconnaitre la succession de César ; le peuple, déja sir d’étre payé, applaudit. Octave exigea d’Antoine les trésors de

César pour acquitter ses legs : celul-ci répondit qu’ils étaient la propriété del’Etat, et, surpris de laudace de cet enfant, défendit insolemment qu’on le nommiat tribun. Qu’importe au jeune César? Sa plus pressante affaire, il le dit, est d’acquitter les charges de la succession. Aussi, puisque Antoine lui refuse de argent, vend-il les terres de Vhéritage pour acquitter les legs faits au peuple; puis il célébre les jeux ordonnés pour l’inauguration du temple bati par César a Venus genitrix, et Vapparition d’une cométe a cette époque faisant déja de la divinité de César une croyance populaire, i] place sa statue dans le temple avec une étoile sur la téte. Gest peu d’avoir gagné les nombreux partisans de César, et c’était chose facile avec des jeux et de l’argent; Octave, avec son talent d’intrigue politique, dispose en sa faveur les ennemis mémes de César, ces républicains qu’effrayait Ja tyrannie d’Antoine, et que la protection du sénat ne rassurait guére. Aidé de Cicéron, utile instrument des partis a toute époque , et qu’d son arrivée en Italie il visita dans sa villa prés de Cumes, Octave fait comprendre aux républicains qu’ils ont besoin de lui, comme il a besoin d’eux, contre l’ennemi commun, Antoine.

‘ Par ses largesses et ses promesses, Octave avait rassemblé une foule de vétérans déja colonisés dans !'Italie , formé trois légions de ces vieilles recrues, et de plus embauché deux légions d’Antoine, sur les quatre que celui-ci faisait venir de la Macédoine pour chasser D. Brutus de la Gaule Cisalpine. Elles quittérent sans peine Antoine, qui, donnant peu, exigeait beaucoup; or, ces forces réunies illégalement , Octave les offrait au sénat, a Rome, a tous ceux qui ayaient peur de son rival, et s’offrait lui-méme pour chef. Cicéron, qui pronongait alors ses Philippiques , et qui se croyait le plus menacé, appuya une proposition que la jeunesse et le nom d’Octave faisaient paraitre singuliére ; le sénat, qui n’avait point de volonté, ratifia par un décret la conduite illégale d’Octave. Les déserteurs d’Antoine , qui l’avaient quitté, non pour le sénat, mais pour Octave , entendirent louer leurs immortels services ; Vargent qu’Octave leur avait promis fut pris dans les caisses de V’Etat, et le sénat, approuvant la résistance de Decimus Brutus contre le consul Antoine et contre le peuple , envoya vers Modéne au secours de Brutus, avec les deux consuls Hirtius et Pansa, le propréteur Octave. Alors grande joie des républicains , qui se croyaient siirs de vaincre le parti de César en Italie comme en Asie. En effet, I’héritier de César s’était posé, par calcul, le vengeur d’un de ses meurtriers, Phomme du sénat. Aprés les deux batailles gagnées sur Antoine, Octave, qui, selon les historiens, donna lieu dans la premiére de faire soupgonner sa bravoure, mais remplit dans la seconde les devoirs d’un général et d’un soldat, se trouva chef de l’armée victorieuse par la mort des deux consuls, mortsi favorablea ses projets qu’on |’accusa avoir fait empoisonner les blessures de Pansa et tuer Hirtius dans la mélée par ses propres soldats. Cependant dans le sénatus-consulte qui décernait le triomphe 4 D. Brutus , il ne fut pas seulement question d’Octave, tant le parti républicain se croyait déja fort; mais il restait au jeune César sa politique et ses légions, qui, n’ayant aucune confiance et aucune sympathie pour les meurtriers de César, repousstrent les offres secrétes du sénat. Octave, loin de poursuivre Antoine aprés la victoire, lui laissa le temps de se fortifier en Italie et d’aller joindre Lépide au dela des Alpes, puis il demanda le consulat avec Cicéron, qu'il appelait son pére. N’obtenant que la promesse du consulat pour l'année suivante, et le commandement de la guerre contre Antoine ct Lépide avec D, Brutus, il dépécha vers Rome quatre cents députés de son armée, dont lun frappa sur la poignée de son glaive, et dit : « Celui-ci lui donnera le consulat, — Si est ainsi qu’il le demande, dit Cicéron, il est sdr de l’obtenir. » Octave vint en effet le demander A la téte de son armée , et s’éloigna seulement de la ville pendant les co-

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mices, comme si, dit un historien, on edt craint sa présence et non sa puissance. Consul avant vingt ans, Octave fait alors condamner par les tribunaux ceux qui ont pris part a la mort de César, et révoquer les décrets portés contre Antoine et Lépide. Puis, pour résister aux républicains qui se rassemblent autour de Brutus et de Cassius, qui en appellent 4 la fortune des armes de la sentence des tribunaux de Rome, il va dans une ile du Rhenus ( Reno), prés de Bologne, délibérer pendant trois jours avec Antoine et Lépide sous la garde des légions césariennes.

Ces légions apprirent les premiéres le résultat de cette mystérieuse délibération, o& le jeune César et ses deux collégues venaient de calculer la portée et le prix de leur dévouement. Ils se constituérent triumvirs, réformateurs de la république , avec une puissance absolue pour cing ans. Octave avait, dans le partage des provinces occidentales , l’Afrique et les fles. Les soldats poussérent des cris de joie en apprenant l’alliance de leurs chefs , et firent épouser 4 Octave Claudia , belle-fille d’Antoine. Une proclamation des triumvirs, 4 leur entrée dans Rome, annonga des proscriptions qu’Appien rapporte en détail, disant pour les justifier qu’Octave et Antoine, chargés d’aller combattre les maitres de la riche Asie, Brutus et Cassius, ne pouvaient laisser des ennemis derriére eux. Les soldats, qu’il fallait enrichir et satisfaire , comme disait aussi la proclamation, osérent demander les biens de la mére d’Octave , qui venait de mourir. Octave et Antoine conduisirent ensuite leur armée en Gréce, et c’est la que les deux journées de Philippes décidérent entre le triumvirat et la république. Dans la premiére, Octave, malade , averti, disait-il, par un songe de son médecin, quitta le champ de bataille, et méme son camp, qui fut pris par Brutus. Aprés la victoire il prétendit justifier sa superstition, ou plutét sa ]4cheté, par le danger qu’il avait couru. Dans la seconde, Paile qu'il commandait fut repoussée; mais, abusant de Ja double victoire d’Antoine, il fit couper la téte de Brutus, qui s’était donné Ja mort, comme Cassius, et la fit jeter aux pieds de la statue de César.

Revenu malade & Rome, Octave avait 4 soutenir la guerre civile contre Sextus Pompée, a dépouiller I’Italie pour donner aux yétérans les terres qu’on leur avait promises , A contenir les prétentions exagérées de ses soldats et les plaintes des Italiens dépossédés. Mais Octave & tout prix voulait Rome et I’Italie. Fulvie, femme d’Antoine, qui voyait avec dépit son mari s’oublier dans l’Orient prés de Cléopatre , prit sous sa protection les Italiens, promit aux vétérans des colonies plus sires que celles d’Octave, et sut exciter contre son beau-fils, qu’elle aimait, dit-on, plus qw’il ne convient 4 une belle-mére , Lucius Antonius, frére d’Antoine. Cette guerre civile de Pérouse finit par le pillage de cette ville, ot Lucius s’étaif enfermé, et par la mort de trois cents sénateurs immolés par Octave sur l’autel de César. Au retour d’Antoine , nouveau partage : Octave eut I’Italie et les provinces de l’ouest, & l'exception de celles d’Afrique , qu’il laissa & Lépide. Le mariage d’Antoine et d’Octavie, scur d’Octave, fut encore une fois commandé par les soldats, qui craignaient l’alliance d’Antoine et de Sextus Pompée contre Octave. Les deux triumyirs, cédant au peuple révolté , qui se yoyait menacé de la disette tant que Sextus Pompée serait maitre de la Sicile , conclurent avec celui-ci le traité de Miséne; mais aprés le départ d’Antoine pour l’Orient, Octave rompit la paix. Sous les yeux de Sextus, maitre de la mer, il construisit des vais seaux, exerca des matelots, aguerrit son armée par des guerres successives contre les Pannoniens, les Dalmates, les Gaulois et les Espagnols; répara ses flottes dix fois détruites par les tempétes et par Pennemi , créa le port Jules en joignant le lac Averne au lac Lucrin, et, par la victoire — d@’ Agrippa pres de Nauloque, détruisit & la fois Pompée, — qui alla mourir en Asie, et Lépide, qui, pour avoir prete q

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ses Mottes et ses troupes, osait demander la Sicile. Octave Jui prit son armée, sa province d’Afrique, et le laissa vivre, riche et grand-prétre, dans la retraite et Poubli.

Maitre de VOccident, vainqueur de VEspagne et des Gaules , de la Sicile et de Afrique , bienfaiteur de V’Italie , qui retrouvait V’abondance et la paix, et se rouvrait aux proscrits , Octave pouvait dés lors se présenter a la bataille d’Actium, opposer sa politique ferme et profonde a l’aventureuse fortune d’Antoine. Il déclara cependant qu'il résignerait la puissance supréme aussit6t que celui-ci serait revenu de la guerre contre les Parthes , et couvrit son titre de triumvir de celui de tribun perpétuel , plus favorable 4 ses vues, plus doux au peuple romain; les folies d’Antoine firent le reste. Octave Paccusa d’avoir démembré lempire pour doter Cléopatre, d’avoir introduit Césarion dans la famille de César, et promis Rome elle-méme & la reine d@’Egypte. Il fit alors déposer Antoine et déclarer la guerre a Cléopatre; guerre populaire pour les Romains, depuis le jour ou, arrachant aux vestales le testament d’Antoine, Octave avait prouvé que son rival abjurait Rome pour Alexandrie, et ne léguait pas méme ses cendres a sa patrie. Avec des forces considérables de terre et de mer, depuis longtemps préparées pour cette guerre décisive, il s’avanca vers le golfe d’Ambracie 4 la rencontre d’Antoine. La bataille @Actium, gagnée par son amiral Agrippa, lui livra le monde romain. Il poursuivit son rival en Egypte, refusa le combat singulier que lui offrait Antoine, et lui répondit qu'il pouvyait trouver un autre moyen de mourir. Cléopatre, qui livra secrétement sa flotte et sa ville de Péluse au yvainqueur, et qui, sur la foi de ses billets dowx, espéra captiver pour la troisiéme fois un maitre du monde, ignorait que pour Octave Vamour était encore de la politique, et quil ne faisait la cour aux dames romaines que pour savoir les secrets de leurs maris. Dans cette belle reine, qui le recut en habits de deuil, au milieu des portraits de César ef de ses lettres amoureuses qu’elle couvrait de baisers, Octave ne vit que ’ornement de son triomphe, ne désira et neut delle que ses trésors. I] commanda pour Antoine et Cléopitre de magnifiques funérailles ; et ordonna en méme temps la mort de Césarion, qu’un disait fils de César et de Cléopatre, et celle d’un fils d’Antoine et de Fulyie. Il passa deux années dans |’Orient pour arranger les affaires de ’Egypte, de la Gréce, de l’Asie Mineure et des iles, et, de retour 4 Rome, célébra trois triomphes : le premier sur les Dalmates, les Pannoniens et les Japodes; le second sur les rois barbares qui avaient combattu pour Antoine, et le troisisme sur l’Egypte.

Apres la mort d’Antoine et celle des républicains sur les champs de hataille, il faut voir dans Dion Cassius comment je vainqueur se fit faire, par Agrippa et Mécéne, de longs discours sur le parti qui lui restait 4 prendre; comment le franc soldat lui conseilla la république pour sa gloire, et le fin courtisan l’empire pour sa sidreté et le bonheur da peuple romain. Octave se rangea de l’avis de Mécéne, et, sans démolir brusquement la république, lui prit tous ceux de ses titres de magistrature qui n’étaient pas odieux au peuple, rejeta ceux que Sylla et César avaient usés, et fut tour a tour respectable aux Romains sous le nom d’empereur, de consul, de proconsul, de tribun perpétuel, de surveillant des meeurs et de grand-pontife. A la fin de son septiéme consulat, 27 ans avant J.-C., il vint déclarer au sénat qu’il déposait la puissance supréme, et, cédant aux pri¢res des uns, aux craintes des autres, ne consentit Ala reprendre que pour dix ans : modération célébrée depuis par des fetes décennales, et qu’Auguste fit encore admirer plusieurs fois dans la suite, au bout de dix ou de cinq ans, pendant les quarantedeux années de son régne. Ce fut lors de cette premiére tentative @abdication, si adroitement repoussée, que le sénat salua du nouveau nom d’Augusée celui qui venait d’abolir les lois du triumvirat, qui s’occupait de réformer les abus nés des

guerres civiles, et qui résumait en lui seul toute la force et l’autorité du peuple romain. Auguste empereur commandait aux troupes de terre et de mer, décidait de la paix et de la guerre; proconsul, il exercait une suprématie légale sur toutes les provinces; ¢ribwn perpétuel, inviolable, il s’opposait 4 tous les actes publics; censeur’, il disposait des places vacantes au sénat, ou destituait les sénateurs. A tous ces pouvoirs, qui lui furent conférés successivement, 4 la dispense Wobserver certaines lois, on joignit les titres plus vagues de pére de la patrie, de prince du sénat. Affectant de gouverner par le sénat, Auguste partagea |’administration des provinces avec lui, mais se réserva les provinces frontiéres ou campaient les légions. Au dehors, il soumit, ou par lui-méme ou par Agrippa, plus tard par Tibérius et Drusus, Jes Cantabres et les Asturiens, peuples du nord de l’Espagne; les Taurisques, les Scordisques, peuples des Alpes; et ajouta & empire la nouvelle province de Meesie, sans parler de |’expédition de Balbus en Afrique contre les Garamantes et de la funeste tentative d’Alius Gallus sur l’Arabie Heureuse. Les Parthes, divisés par les rivalités de leurs princes, lui rendirent les drapeaux de Crassus et d’Antoine. L’an 744 de Rome, il ferma pour la troisitme fois le temple de Janus; mais la paix fut bientét troublée par le triomphe d’Arminius ( voyes Hermann ), chef des Germains révoltés ; et c’est alors qu’Auguste, dans |’égarement de sa douleur, laissant croitre sa barbe et ses cheveux, redemanda ses légions a Varus avec des cris de désespoir, comme si Je fondateur de empire edt pressenti que les barbares devaient un jour le renverser. Tibére toutefois contint la Germanie, oi Drusus s’était avancé jusqu’a l’Elbe.

Le chef de empire put dans la paix perfectionner son gouvernement, et, comme dit Plutarque, achever le pompeux ouvrage de l’empire romain. Il purgea le sénat des serviles créatures d’Antoine et de César, réforma les meeurs, punit le célibat, rétablit la discipline de ’armée, et, enlui donnant une solde, supprima les distributions de terres. J] divisa Rome en quatorze quartiers, 4 chacun desquels il préposa un magistrat annuel, préteur ou tribun; il put se vanter d’avoir recu la ville en brique et de l’ayoir laissée de marbre. II releva Carthage et Corinthe, fit de Lyon une seconde Rome, d’Autun une nouvelle Athénes; institua des postes réguliéres pour les messagers d’Etat, étendit ainsi sa surveillance sur tout ’empire, en méme temps que, par ses deux flottes de Ravenne et de Miséne, il assurait les convois et les communications maritimes. I] avait laissé subsister les comices et les élections; mais a l’occasion des troubles excités par l’ambition de quelques candidats , il avait nommé d’abord un consul , puis disposé de toutes les charges. Vers la fin de sa vie, il adjoignit 4 Agrippa et Mécéne, ses conseillers intimes , quinze sénateurs et un membre de chaque collége de magistrats; ce fut l’origine de ce conseil privé, on pourrait dire de ce conseil d’Etat, transmis par la cour de Byzance & nos cours modernes,

Auguste eut a punir quelques conspirateurs, Caepio, Muséna, Egnatius, etc. ; mais ayant changé de caractére comme de nom, diminuant chaquejour par sa douceur et sa générosité Je nombre des mécontents, il pardonna sans danger A Cinna, et, délivré d’ennemis au dedans comme au dehovs, n’éprouva plus que des chagrins domestiques. Sa fille Julie, qu’il avait eue de sa seconde femme Scribonia, mariée d’abord a son neveu Marcellus, que les destins, suivant expression de Virgile, ne montrérent qu’un instant au peuple romain, puis épouse d’Agrippa, et mére de Caius et de Lucius, enfin épouse de Tibére, déshonora par ses débauches la vieillesse d’Auguste, et fut exilée dans Vile de Pandataria. Aprés la mort de ses deux petits-fils Caius et Lucius, que le sénat avait nommés princes de la jeunesse, et qu’Auguste se plaisait & voir combler d’honneurs, le vieil empereur, livré sans partage aux intrigues de Livie, sa troisitme femme, la seule personne peut-étre qu’il cat véritablement aimée, revint a

son beau-fils Tibére, ef le déclara son successeur. Ay retour d'un voyage sur les cétes de la Campanie et d'une visite au troisiéme des fils de Julie, Agrippa-Posthumus, il fut obligé de s’arréter 4 Nole, ot il mourut, a soixante-seize ans, dans les bras de Livie. On raconte que, sentant approcher sa derniére heure, il demanda un miroir, fit arranger ses cheveux, -et qu’alors, donnant l’ordre d’introduire ses amis, il leur dit : « Que yous en semble? ai-je bien joué mon réle?..., Oui? -eh bien donc, battez des mains! » Auguste ne soupgonnait pas que le dénodment était déja préparé de son vivant pour ce long drame de l’empire romain, dont son heureuse politique assura ’unité, et dont son régne fut comme l’exposition. — Jésus-Christ naquit sous son régne et dans son empire!

On a dit d’Auguste qu'il aurait di ne jamais vivre et ne jamais mourir, et ce mot résume admirablement les deux parties de cette vie si pleine et si habile. Auguste, doux et -clément sans effort, a fait croire qu’Octave avait été par politique, non par inclination, cruel et sanguinaire. L’auteur des proscriptions, le terrible vengeur de César, souffrait qu’on fit devant lui ’éloge de Pompée, de Caton et de Brutus, et s’étonnait que son petit-fils se dérobat a ses regards pour lire les ceuvres de Cicéron, qu'il appelait un excellent citoyen : c’est qu’alors Auguste n’avait plus rien a craindre, car le triumvir fut toujours implacable pour qui lui faisait peur. Trop supérieur a ses sujets pour en étre jaloux, il encouragea tous les talents, et fit servir toutes les gloires 4 Ja sienne. Agrippa lui gagnait des victoires ; Horace chantait les douceurs de son régne; Virgile, conservant le champ de ses péres, fit un dieu du triumvir ; et c’est A ces deux poétes surtout qu’il dut de laisser son nom & son siécle.

Aprés sa mort, Drusus communiqua au sénat, avec son testament, trois petits livres écrits de sa main ; l'un contenait les instructions nécessaires pour sa sépulture ; l'autre, un abrégé de sa vie, qu’il voulait qu’on gravat sur des tables d’airain; on pense que l’inscription trouvée dans son temple d’Ancyre, en Galatie, est un fragment de cet abrégé ; le troisitme contenait, avec l’état des forces de l’empire, avis de ne point chercher de nouvelles conquétes, et de s’en tenir aux frontiéres du Rhin, du Danube et de l’Euphrate. La maison oi il était né, celle ot il était mort, furent changées en sanctuaires. Livie fut la grande-prétresse de cette nouvelle divinité, et fit compter 10,000 sesterces au sénateur qui jura qu'il avait vu ’4me d’Auguste monter au ciel. Tibére et Germanicus instituérent en son honneur un nouvel ordre de prétres, choisis parmi les sénateurs , et présidérent eux-mémes aux sacrifices qu’on lui offrait dans le palais impérial. Auguste avait composé une tragédie dAjax et Ulusse, un livre d’épigrammes, et un poéme intitulé la Sicile; mais son plus beau mérite littéraire fut sans contredit d’avoir sauvé l’£ndide des flammes, malgré les derniéres volontés de Virgile, en maudissant, dans une -¢loquente inspiration et par des vers qu’on a cités souvent, le poéte si cruel 4 lui-méme et a la postérité: « Sa voix mourante a pu commander un pareil crime! Il faudra jeter aux flammes les sublimes écrits de Virgile! oui! la loi Vordonne. Les derniéres volontés d’un mourant sont sa- -crées ; il faut obéir. Mais périsse la sainte majesté des lois plutét qu’un seul instant détruise ces longs travaux du jour et de la nuit! » T.“TOUSSENEL.

AUGUSTE (titre). Comme on I’a vu dans article précédent, le titre d’Augusfe fut pour la premiére fois donné & Octave lorsqu’il succéda & son pére adoptif, Jules César, Van 28 avant J.-C., et Pon en fit son nom véritable. Plus tard, les Romains le prodiguant A tous leurs chefs suprémes, il devint insensiblement le synonyme d’empereur. Les successeurs des empereurs désignés ou associés A l’empire élaient d’abord créés césars, puis nommés augustes. Les Grees traduisirent cette qualification par celle de sébasle

AUGUSTE

(ae6uordc ). Les femmes et filles d’empereur portent sur les médailles le titre d’augusta, qu’on y donne aussi a toutes les villes coloniales et a toutes les divinités allégoriques : Pietas Augusta, Virtus Augusta, etc. Par imitation, les peuples qui prirent la place des Romains attribuérent sur leurs médailles et monnaies la qualification d’auguste a leurs rois : témoin Childebert , Clotaire, Clovis , etc. d

Le simple titre d’augustus ne suffisant plus 4 la bouf- — fissure orientale des empereurs de Byzance, on y ajouta ladjectif perpetwus , qui commenga a étre en usage peu aprés Constantin. Les empereurs d’Occident adoptérent Pun et l'autre; le perpefuus augustus date du régne d’0thon I. Dans le contrat de mariage de ce prince, qui épousa Théophanie , princesse de Byzance, lui et son pére recoivent le titre de perennes imperatores. Mathilde, grand’mére d’Othon, y est qualifiée de semper semperque augusta. — Toutes ces dénominations sont traduites dans le vieux francais par foudis accroissans. Néanmoins ce titre ne deyint officiel et inséparable du titre impérial qu’a partir du régne de Henri VI. Quelques rois y ont aussi prétendu; on le trouve également traduit en russe sur les médailles de Pierre le Grand.

On donne le nom d’Histoire Auguste au recueil des vies des empereurs romains, compilation écrite sans godt et sans critique, en latin incorrect et barbare, mais n’en consti- | tuant pas moins un monument précieux pour |’étude de cette époque. Elle est attribuée 4 six auteurs : Julius Capitolinus, Vulcatius Gallicanus, Ailius Lampridius, — Trebellius Pollio, Ailianus Spartianus et Flavius Vo- —

iscus. .

AUGUSTE. Trois électeurs de Saxe ont porté ce nom. Les deux derniers ont en outre régné sur la Pologne en — diminuant d’un chiffre leur numéro d’ordre. :

AUGUSTE I°", électeur de Saxe, de 1553 4 1586, fils du duc Henri le Pieux et de Catherine de Mecklenbourg, sa femme, naquit le 31 juillet 1526, & Freiberg, od som pire résida jusqu’en 1539, époque ot il hérita de ’ensemble des possessions de la maison Albertine. Elevé a I’école de sa ville natale, sous la direction du savant Jean Rivius, il alla — d’abord faire quelque séjour ala cour du roi Ferdinand a — Prague, ou il se lia d'une étroite amitié avec le fils de ce prince, Maximilien, et se rendit ensuite 4 l'université de Leipzig. En 1541 il recut la prestation de foi et hommage en méme temps que son frére Maurice, aprés que celui-ci eut pris les rénes du gouvernement dans les Etats héréditaires paternels. Depuis lors, a l'exception des occasions ot il était obligéde s’occuper d'affaires gouvernementales conjointement avec son frére, il résida le plus souvent-a Weissenfels. En 1548 il épousa Anne, fille de Chrétien IL, roi de Danemark, qui par son attachement aux doctrines de Luther et par sa bienfaisante activité mérita et obtint Yamour général des populations.

Appelé par la mort de son frére, en 1553, a la dignité électorale, il eut & lutter contre les difficultés politiques résultant de l'état d’agitation et de confusion auquel |’Allemagne ¢lait alors en proie, des guerres entreprises par son frére et des discussions avec ses cousins de la ligne Ernestine, qui,sans vouloir prendre en considération les injustices dont était victime le chef de leur maison, exigeaient des indemnités et leur rétablissement dans ce qu’ils avaient perdu. En méme temps il Jui fallait songer a cicatriser les plaies causées par la guerre dans ses Etats. Si Maurice avait réussi A agrandir par l’épée I'héritage paternel, Auguste sut accroitre ses droits de souveraineté et ses possessions territoriales en mettant habilement a profit les événements et en sachant se ménager Jes bonnes graces de l’empereur, Mais par cette conduite il s’exposa a des reproches dont lhistoire ne saurait complétement l’absoudre, La dépendance plus grande dans laquelle les trois chapitres ecclésiastiques de Mersebourg, de Naumbourg et de Meissen se trouvérent —

AUGUSTE

iésormais placés relativement a Vautorité séculitre, fut une conséquence nécessaire de la Réformation. Mais on ne peut regarder comme parfailement régulier et légitime Vaccroissement de territoire qui résulta pour lui de la mise au ban de empire du duc Frédéric de Gotha, victime des menées séditieuses de Guillaume de Grumbach, et qui passa le reste de sa vie au fond d’un cachot. 11 est difficile aussi de justifier la maniére dont il s’acquitta envers ses cousins, les enfants de Jean-Guillaume de Weimar, des fonctions de tuteur qu’il s’était fait adjuger de vive force: on ne saurait disconvenir en effet qu'il en profita pour spolier ses pupilles de ’héritage de Henneberg.

L’événement le plus saillant de son régne fut la direction que prirent, grace a son intervention, les affaires de I’'Eglise protestante. Gagné aux intéréts du parti calviniste par les théologiens de sa cour, il en imposa les doctrines aux ecclésiastiques non-seulement de ses propres Etats , mais encore de ceux de ses cousins de la maison de Weimar. Ce ne fut qu’en 1574 quwil changea d’opinion; et alors, effrayé de voir le calvinisme dominer, il apporta a le poursuivre autant de rigueur qu’il avait pu en déployer al’égard des stricts observateurs du dogme luthérien. C’est pour mettre désormais ceux-ci & Vabri de tout danger de persécution qu’aprés de longues négociations il publia sa fameuse Formule de Concorde, qui, contrairement aux intentions de son auteur, enchaina les doctrines protestantes dans un réseau de formes roides et étroites.

Auguste I®* se montra législateur habile, protecteur éelairé de tout ce qui pouvait contribuer 4 la propagation des lumiéres, administrateur aussi économe que consciencieux de la fortune publique , et ses Etats offrirent sous son régne le spectacle d'une prospérité inconnue au reste de ’Allemagne. Secondé par @habiles ministres , conyoquant fréquemment les assemblées d’états afin de les faire délibérer sur les intéréts généraux du pays, il fonda une administration modéle dordre, d’économie et d’activité; il simplifia beaucoup d@ailleurs les rouages de la machine administrative. En ce qui touche les finances, il opéra une stricte séparation entre les revenus domaniaux et les produits de ’impdét, dont Pemploi fut abandonné aux Etats. Une meilleure organisation judiciaire et des lois nouvelles améliorérent sensiblement |’administration de la justice. Calquées sur le droit romain, ces lois remplacérent dans le pays, de ]a maniére !a plus utile pour tous les intéréts, le vieux droit coutumier de PAllemagne. Mais le cété le plus brillant de Vhistoire de son régne, ce fut l’active sollicitude qu'il apporta 4 augmenter Jes forces intérieures du pays en développant ses divers éléments de richesse, et surtout en sattachant a perfectionner l’industrie agricole et 4 vivifier l'industrie et le commerce. Suryeillant lui-méme avec la plus attentive sévérité tous les détails de l’administration , il parcourait sans cesse ses Etats dans toutes les directions, et il en fit dresser la carte par Job Magdebourg, en 1566. Il encouragea de toutes les manitres la mise en culture des terres laissées en friche de méme que le partage des biens communaux, et l’agriculture put prendre modéle sur lintelligente exploitation des domaines particuliers de I’électeur : exploitation a laquelle, dit Vhistoire, la femme de ce prince prenait une part des plus actives.

Il s’attacha surtout 4 encourager Ja culture des arbres a fruit; aussi dans ses voyages avait-il toujours soin de se munir de noyaux qu'il distribuait sur la route, en recommandant bien qu’on les confiat 4 la terre. Il rendit méme un édit par lequel il était enjoint & tout nouveau couple de mariés de planter deux arbres a fruit dans la premiére

année de leur mariage. On a aussi de lui un Manuel de la

Culture des Jardins.

jl divisa et afferma un grand nombre de domaines électo-—

raux , fournissant aux fermiers les préceptes les plus propres a tirer le meilleur parti possible des terres par eux DICT. DE LA CONVERS. — T. II.

affermées ; et il transforma un grand nombre de corvées personnelles en simples redeyances de fruits. 11 n'apporta pas moins de soin a favoriser les progrés de la sylviculture et ceux de !’exploitation des mines ; et il contribua efficacement a développer l’essor et Vindustrie en accueillant dans ses Etats les habitants des Pays-Bas expulsés de leur patrie en raison de leurs opinions religieuses. Ces réfugiés améliorérent singuliérement la fabrication des draps, et introduisirent en Saxe la fabrication des étoffes de coton. Aussi comptait-on alors en Saxe trente mille ouvriers drapiers et soixante mille tisserands.

Secondé par les progrés de l’industrie manufacturiére , le commerce trouva un puissant moyen d’action dans les priviléges accordés a la grande foire de Leipzig, dans l’amélioration des yoies de communication et dans |’ordre et la régularité du systéme monétaire. En méme temps qu’il déposait d’importants capitaux dans les différents bailliages a Veffet de mettre un terme aux déprédations dont les usuriers se rendaient coupables en rangonnant le petit commerce nécessiteux , Auguste 1°’ consacrait des sommes considérables 4 construire de vastes édifices, tant a Dresde que dans d’autres villes. C’est lui qui fortifia Keenigstein et qui construisit les chateaux d’Augustusburg et d’Annaburg.

Les progrés intellectuels de ses peuples ne furent pas moins l’objet de sa sollicitude. Les écoles furent mieux organisées , des chaires nouvelles furent fondées dans les deux universités du pays, un jardin botanique fut créé, et un plan d’études fut rédigé dans l’esprit et les idées du systéme administratif alors en vigueur. La bibliothéque de Dresde n’est pas le seul trésor scientifique qui doiye sa fondation a lélecteur Auguste I"; la plupart des institutions littéraires, scientifiques ou artistiques que posséde la Saxe datent de cette méme époque.

Auguste I, dans ses moments de loisir, s’amusait a tourner ; mais Palchimie faisait surtout ses délices. Sa femme partageait son got pour cette science chimérique; et dans Je grand laboratoire du chateau d’Annaburg elle confectionnait une foule d’élixirs et de médicaments demeurés longtemps en vogue. Elle était aux yeux du peuple le modéle le plus achevé de la pureté et de la simplicité de la vie domestique ; sur les quinze enfants qu’elle donna a Auguste, elle eut la douleur d’en perdre onze. Anne mourut le 1°" octobre 1585, victime d’une épidémie. Le 3 janvier de l’année suivante Auguste se remaria avec la fille du prince Joachim d’Anhalt, qui n’était encore agée que de treize ans. Mais un mois a peine apres cette union disproportionnée il succombait, le 11 février 1586, 4 une attaque d’aploplexie; et ou l’enterra dans Ja cathédrale de Freiberg. Ses trois fils , Chrétien I°T, mort le 25 septembre 1591; Chrétien IT, mort le 22 juin 1611, et Jean-Georges, lui succédérent Pun aprés l’autre. La jeune veuye se remaria avec le duc Jean de Holstein.

AUGUSTE II -(Frepéric), surnommé ordinairement Je Fort, électeur de Saxe de 1694 4 1733, et roi de Pologne,, second fils de Jean-Georges III, électeur de Saxe, et d’Anne-Sophie , princesse de Danemark , était né a Dresde, le 12 mai 1670. Il recut une éducation soignée, qui développa, par la pratique de tous les exercices chevaleresques, Ja vigueur de corps peu commune dont il était doué, sans négliger pour cela ses facultés intellectuelles , mais qui fut impuissante a lui donner cette fermeté de caractére et ce gout pour les choses s¢rieuses qu’on exige chez Vhomme destiné a occuper un trdne. De 1687 4 1689 il parcourut Allemagne, la France, la Hollande, |’Angleterre, 1’Espagne, le Portugal, Italie et la Hongrie, mais avec défe~se de son peére de visiter Rome.

Si pendant ce voyage les voluptés et l’amour du faste qu’il rencontra dans les cours de Versailles et de Londres le charmérent et l'aveuglérent , les hommages dont i! y fut l'ebjet en raison de ses avantages personnels développérent

en Jui une ambition qui devait lui faire considérer son pays aatal comme beaucoup trop étroit pour son importance personnelle. Son pére étant venu a mourir en 1691, il se rendit a Vienne, oi il contracta avec le roi des Romains , Joseph , des relations d’amitié qui exercérent une grande influence sur la politique générale de |’Europe.

Parvenu a la couronne Je 24 avril 1694, par suite de la mort de son frére ainé , Georges IV, Auguste II au lieu de prendre, ainsi qu’il avait d’abord été arrété, le commandement en chef de l’armée impériale contre la France, alla se mettre 4 la téte d’une armée austro-saxonne chargée d’agir en Hongrie contre les Turcs. Mais aprés la bataille livrée & Blasch le 27 aodt 1696 il déposa ce commandement et revint 4 Vienne, oU son alauition, peut-étre bien aussi la politique de l’Autriche, lui firent concevoir le projet de se porter candidat a la couronne de Palogne, que la mort de Jean Sobieski Jaissait vacante.

Une fois que Flemming, créé plus tard feld-maréchal, eut réussi a jouer l’abbé de Polignac, ambassadeur de France a Varsovie , chargé de faire élire le prince de Conti roi de Pologne, et qu’il eut acheté la couronne moyennant dix millions de florins distribués habilement entre les metnbres d’une noblesse vénale, Auguste eut bientdt triomphé du dernier obstacle qui lui restait 4 vaincre en embrassant la religion catholique 4 Baden prés de Vienne, le 23 mai 1697. Afin de se procurer Jes fonds nécessaires pour couvrir les dépenses faites & cette occasion, il avait vendu ou engagé plusieurs portions de ses domaines héréditaires , et jusqu’aux derniers débris des possessions de la maison de Wettin, souche de sa famille, au Brandebourg. Le 27 juin il fut élu roi par la diéte réunie; mais un parti ayant persisté 4 se prononcer en faveur du prince de Conti, il envahit la Pologne a la téte d’une armée de 10,000 Saxons, et se fit couronner, le 15 septembre, a4 Cracovie. Le prince de Conti se vit dés lors contraint.d’abandonner Dantzig et de retourner en France. :

La Saxe ne tarda pas du reste a s’apercevoir combien était pesante la nouvelle couronne que son souverain venait de placer sur sa téte. En montant sur le tréne de Pologne , Auguste avait promis de reconquérir les provinces que la Pologne s’était vue forcée de véder a la Suede. Les seigneurs polonais ayant montré une vive répulsion pour une telle entreprise, Auguste se trouva réduit a ne faire cette guerre qu’avec une armée saxoune et seulement aux frais de ses Etats héréditaires (voyez Nonp [Guerre du]}). Il s’allia avec le Danemark et avec le czar Pierre. Mais Charles X11 contraignit le Danemark 4 signer la paix de Travendal, le 18 aodt 1700. II battit ensuite les Russes 4 Narva, et, aprés avoir remporté, le 20 juillet 1702, une victoire compléte sur les Saxons 4 Klissow, il acheva d’anéantir les derniers débris de leur armée a Pultusk , le {°* mars 1703. En suite de quoi le sénat déclara Auguste déchu du tréne de Pologne par un décret rendu le 14 février 1704; et le 12 juillet de la méme année il élut roi a sa place Stanislas Lesczinski, voivode de Posen, qu’Auguste tenta vainement, 4 quelque temps de 1a, d’enlever dans Varsovie. L’invasion de la Saxe par Charles XII, a la suite de la victoire remportée par ce prince, le 14 février 1706, a Fraustadt, sur le feld-maréchal comte de Schulenburg, forga Auguste, qui ¢tait demeuré en Pologne au milieu de l’'armée russe, 4 entamer avec le vainqueur, la méme année, des négociations qui amenérent la conclusion de la paix d’A 1transtedt. Le 18 décembre 1706 il vint rendre visite a Charles XII dans son camp d’Altranstedt; et le roi de Suéde, afin de lui faire avaler le calice de humiliation jusqu’a la lie, le contraignit 4 renvoyer 4 Stanislas les joyaux et les archives de la couronne de Pologne avec une lettre contenant ses félicitations personnelles. A son retour a Dresde , il recut fort inopinément la visite de Charles XII, qui s’en retournait dans ses Etats. Il fit ensuite, sous un

AUGUSTE

nom d’emprunt, la campagne de 1708 contre les Frangais, et alla rejoindre l'armée du prince Eugéne dans les Pays- Bas , 4 la téte de neuf mille Saxons.

Il venait d’organiser une seconde invasion de la Pologne, quand il recut lanouvelle du désastreessuyé par Charles XII 4 Pultawa; dans une publication a la date du 8 aodt 1709 il chercha alors a justifier la violation des stipulations du traité @Altranstedt. Il entra en effet immédiatement en Pologne avec une nombreuse armée, conclut un nouveau traité d’al- Jiance avec le czar Pierre, et recommeng¢a contre la Suéde une guerre a laquelle le retour de Charles XII de Bender ne fit qu’imprimer encore plus d’acharnement, jusqu’a ce que la mort du roi de Suéde, aux approches de Frédérishall , en décembre 1718, vint donner aux éyénements une tout autre direction. Lapremiére conséquence de cette mort fut un armistice conclu avec la Suéde en 1719, mais qui ne fut transformé en paix définitive qu’en 1732. Il se forma toutefois alors en Pologne contre les troupes saxonnes une confédération ayant a sa téte un gentilhomme du nom de Ledekuski. Les Saxons furent attaqués sur tous les points qu’ils occupaient, et foreés de mettre bas les armes. La médiation du czar Pierre amena enfin en 1716, entre Auguste et la république de Pologne, la conclusion d’une convention dite de Varsovie, aux termes de laquelle les troupes saxonnes durent évacuer le royaume.

Forcé déslors de renoncer 4 son projet de soumettre la nation par l’emploi de la force, Auguste songea & employer a cet effet d’autres moyens. Effectivement, il réussit bientét a se concilier affection des Polonais par le spectacle d’une cour brillante et voluptueuse ; et les seigneurs ne mirent que trop d’empressement 4 imiter exemple de leur roi. Par contre, la réunion des deux pays sous |’autorité du méme souyverain eut pour résultat d’imposer a la Saxe de lourdes — charges, et les finances, déja trés-obérées, de l’électorat ne | tardérent pas a se trouver complétement épuisées. Des mai- — tresses, des favoris , des enfants naturels, ef en oufre des alchimistes qui promettaient de lui fabriquer non pas seulement de Vor, mais de Vélixir de longue vie, codtérent a Auguste des sommes énormes. Sans doute il embellit la capitale de ses Etats héréditaires, ou I’éclat de sa cour et des fétes dont il arrétait et exécutait lui-méme le programme , appelaient de nombreux visiteurs étrangers; mais en 1719, pendant qu’a l'occasion du mariage de son fils il dissipait en quelques jours 4 Dresde quatre millions d’écus, une cherté excessive régnait sur tous les points de l’électorat, et )’Erzgebirge était en proie a la famine.

Les lettres n’eurent guére 4 se louer des encouragements de ce prince, qui se montra pourtant protecteur plus généreux des arts, mais uniquement parce qu’ils contribuaienta la magnificence de sa cour. Il prit personnellement fort peu de part aux améliorations introduites de son temps dans la législation et l’administration ; c’est de son régne que date en Saxe l’origine du gouvernement de la bureaucratie et de l’influence des jésuites et des prétres. Son caractére était un bizarre mélange de douceur, de bonté, de sentiments chevaleresques et d’habitudes despotiques, de godt pour les plaisirs, de yues ambitieuses; de méme qu’il savait allier la pétulance des inclinations guerriéres & la mollesse d'une vie voluptueuse.

La mort le surpritau milieu des préparatifs faits pour des fetes nouvelles. En se rendant a Varsovie pour la tenue de la diéte, la gangréne se mit & une blessure qu’il avait au genou. I] mourut le 1° février 1733, et fut enterré a Cracovie. Sa femme, Christine-Eberhardine, fille du margrave de Brandebourg-Kulmbach , qui était restée luthérienne et yivait séparée de lui, lui avait donné un fils, Frédéric - Auguste III, quiluisuccéda, Dela comtessede K enigs mark il avait eu le célébre Maurice, maréchal de Saxe, et de la comtesse de Cosel, le comte Rutowski.

AUGUSTE IL (Frépénic), Gecteur de Saxe de 1733 4

AUGUSTE — AUGUSTENBURG

1763, et roi de Pologne, fils et successeur du précédent, naquit le 7 octobre 1696, et fut élevé dans la foi protestante, sous les yeux de son excellente mére et l’influence de sa ‘grand’mére, en dépit des exhortations du pape, qui insistait ‘auprés de son pére pour que ce prince lui donnat un gouverneur catholique. Aprés avoir communié en 1711 suivant le rit protestant au chateau de Lichtenau, ov résidait samére, il partit pour un voyage en Allemagne, en France et en Italie. La cour de Rome, qui fondait sur la conversion de la maison Albertine de Saxe de grandes espérances pour la propagation du catholicisme, fit tout pour continuer lceuvre quelle avait commencée avec tant de succes; et comme Pindiquent diverses circonstances, ce jeune prince, sans expérience et sans guide, consentit, peu de temps aprés son départ pour cette tournée en Europe, a changer de religion. La reine Anne d’Angleterre, en remerciant le roi Auguste d’ayoir fait élever son fils dans la foi protestante, Pengageait vivement 4 le faire revenir d’Italie. Il était déja trop tard. Le 12 novembre 1712 le prince avait abjuré secrétement a Bologne entre les mains du cardinal Cusani; mais ce ne fut que cing ans aprés, en 1717, que le fait fut officiellement porté en Saxe A la connaissance du public. Il se peut que la perspective de la couronne de Pologne et celle de son mariage ayec une princesse autrichienne, mariage qui fut célébré en 1719, aient contribué a ce changement de religion. Aprés avoir succédé a son pére, en 1733, dans ses Etats héréditaires , il fut élu roi, vers la fin de la méme année, par une partie de la noblesse polonaise , malgré les efforts de Louis XV pour faire remonter sur le tréne Stanislas Lesczinski; toutefois, ce ne fut qu’en 1736, et aux termes de la paix conclue dans un congrés tenu a Varsovie, qu’il fut généralement reconnu pour roi. Quoique les remarquables facultés intellectuelles de son pére lui manquassent, il se modela complétement sur son exemple, et se fit remarquer comme lui par l’éclat de ses fétes et par excessive magnificence de sa cour. I] employa des sommes immenses en acquisitions de tableaux et 4 l’entretien de sa chapelle ; et cest au gout pour les arts qu'il avait contracté pendant ses voyages que la ville de Dresde est redevable de la plupart de ses embellissements. I] donnait aux affaires de Etat encore moins de soins et de temps que son pére, s’en rapportant complétement a cet égard a son ministre et favori le comte de Bruhl, courtisan assez adroit pour faire accroire a un prince faible et paresseux, mais orgueilleux et jaloux a-lexcés de ses prérogatives, que c’était lui seul qui gouvernait. Ils n’avaient d’ailleurs tous deux qu’un seul et méme systéme en politique, la plus compléte soumission aux volontés de la Russie. Comme Auguste III préférait le séjour de Dresde a celui de Varsovie, la Pologne se trouvait pour ainsi dire sans gouvernement et abandonnée 4 elleméme. Les diétes étaient constamment orageuses, et se séparaient presque toujours sous les plus frivoles prétextes. En dépit de la confusion extréme a laquelle elle était en proie, la Pologne paraissait cependant contente et heureuse. Quand Frédérie IL eut conquis la Silésie, Auguste IT, inquiet de ce subit accroissement de la Prusse, contracta, en décembre 1742, alliance avec Marie-Thérése, et, en vertu dun traité secret conclu 4 Leipzig le 18 mai 1745, il s’engagea, moyennant des subsides promis par l’Angleterre et la Hollande, & mettre & la disposition de la coalition un corps auxiliaire de 30,000 hommes, qui, aprés étre entré en Silésie et avoir opéré sa jonction avec l’armée autrichienne, éprouva une défaite compléte 4 Hohenfriedberg, le 4 juin 1745. Frédéric If envahit immédiatement la Saxe. Le 15 décembre 1745 le prince Léopold de Dessau battit de nouveau l’'armée saxonne a Kesselsdorf, sous les murs de Dresde. Auguste III, forcé d’abandonner sa capitale , eut encore le temps de sauver ses collections d’art; mais il oublia d’emporter avec lui Jes archives de l’Etat, et la trahison d’un employé de la chancellerie appelé Menzel placa sous les yeux du vainqueur

tous les documents qu’elles contenaient relativement au traité secret conclu a Leipzig en 1745.

Auguste III fut remis en possession de la Saxe l'année suivante, aux termes de la paix signée & Dresde le 25 décembre 1745; mais onze ans plus tard, en 1756, il se vit encore mélé a une guerre contre la Prusse. Ses propositions de neutralité ayant été repoussées par Frédéric J, il quitte Dresde le 10 septembre pour se rendre au camp de Pirna, ou se trouvaient réunis 17,000 hommes de troupes saxonnes. Frédéric réussit & les cerner si complétement que force leur fut de mettre bas les armes dés Je 14 octobre suivant. Auguste se réfugia d’abord dans la forteresse de Keenigstein, et passa plus tard en Pologne. Dans ce pays, oli on ne l’avait jamais eu en grande considération, la perte de son électorat acheva de lui éter tout crédit. Aussi bien V’impératrice Catherine ne négligeait rien pour faire expulser de Pologne les princes de la maison de Saxe, alliés de la France. Ce ne fut qu’aprés la conclusion de la paix d’Hubertsbourg qu’Auguste III put revenir de Varsovie 4 Dresde, oti il mourut, le 5 octobre 1763. Il eut pour successeur son fils Fréderic-Chrétien comme électeur de Saxe, et Stanislas Poniatowski en qualité de roi de Pologne. Frédéric-Chrétien mourut dés le 17 décembre 1763, et eut pour successeur, sous la fuléle du prince Xavier, son fils encore mineur Frédéric-Aufurste L.

AUGUSTENBURG (Maison de ScuLeswic-Ho.srein- SonpersurG-) , branche cadette de Ja famille qui occupe le troéne de Danemark. a

La famille régnante de Danemark descend de Chrétien 1°", comte @’Oldenburg et neveu d’Adolphe VIII, duc de Schleswig-Holstein , lequel fut appelé au tréne de ce pays en 1448 par la libre élection des états. Adolphe VIII étant mort en {459 sans laisser d’entants, les états des duchés de Sch leswig et de Holstein élurent aussi pour duc le roi de Danemark Chrétien I', mais en stipnlant expressément que le Schleswig et le Holstein resteraient éternellement unis sous le méme prince, et que jamais le duché de Schleswig ne pourrait élre uni au Danemark.

A la mort de Chrétien 1° (1483), ses Etals passérent a son fils ainé, Jean , lequel mourut en 1513 et eut pour successeur Chrétien II, & qui ses sujets enlevérent sa couronne pour la donner a son oncle, Frédéric I*'. Celui-ci, en mourant (1533), transmit & son fils ainé, Chrétien LIT, le tréne de Danemark , demeuré jusqu’en 1660 soumis & un semblant d’élection , tandis que les duchés , ot n’était pas encore établie la loi de primogéniture , furent partagés de la manieére la plus bizarre entre ses enfants , dont trois étaient encore mineurs, mais qui furent tous déclarés corégents. Chrétien III fit des duchés trois lots , composés de domaines dispersés ¢a et la dans le pays, et laissa ses fréres choisir chacun le lot 4 sa convenance. Il eut pour sa part le lot de Sonderburg , dit aussi plus tard le lot royal. Son frére puiné Jean, dit Jean le Vieux, eut le lot d’Hadersleben, ainsi nommé de la ville qui lui servait de résidence. Ce prince mourut en 1580, sans laisser de postérité. Adolphe, troisiéme fils de Frédéric I*', eut en partage le lot de Gottorp, dont le nom provenait d’un vieux manoir féodal dominant la ville de Schleswig. Il devint Ja souche de la maison de Schleswig-Holstein-Gottorp , quia régné en Suéde et qui occupe encore aujourd’hui le tréne de Russie. Un quatriéme fils de Frédéric 1°", le plus jeune, laissé en dehors du partage de ’héritage paternel , obtint, a titre d'indemnité , ’archevéché de Bréme et une pension considérable.

A la mort de Chrétien LI ( 1559) un nouveau partage du lot royal des duchés dut encore avoir lieu entre les enfants de ce prince. L’ainé, qui, sous le nom de FrédérieII, fut roi et souverain unique en Danemark et duc corégent en Schleswig-Holstein, indemnisa son frére puiné, Magnus, en le faisant élire évéque d’Gisel et de Courlande $ mais en 1564 il concéda aA son autre frére, Jean dit le

jeure , devenu alors majeur, un tiers del héritage paternel dans les duchés , tiers qu’on composa encore de domaines disséminés dans le Schleswig et le Holstein, comme l’était le lot royal \ui-méme. Cette part faite au duc Jean tira sa dénomination particuliére du chateau de Sonderburg, dans Vile d’ Alsen, ov il fixa sa résidence ; et ce prince devint la souche de la maison de Schleswig-Holstein-Sonderburg. L’introduction de la loi de primogéniture dans la maison royale par Chrétien IV eut pour résultat d’empécher tout morcellement ultérieur de ce qui restait encore dans les duchés

du lot royal a V’ainé de la maison d’Oldenburg, duc en |

Schleswig-Holstein, roi en Danemark ; mais les ductiés continuérent pendant longtemps encore a étre gouvernés collectivement par les trois branches de Ja maison d’Oldenburg. En mourant (1622), le duc Jean le jeune divisa, 4 son tour, son héritage entre ses quatre fils, partage qui affaiblit singuliérement la maison de Sonderburg, et qui donna naissance aux lignes ducales de Schleswig-Holstein- Sonderburg, Norburg, Glucksburg et Ploen. Ces trois dernitres se sont successivement éteintes dans le cours du dix-huitieme siécle. La premiére seule subsiste encore aujourd’hui, divisée en deux branches : l’ainée, la maison de Schleswig- Holstein-Sonderburg-Augustenburg , qui fait l'objet de cet article ; la cadette , celle de Schleswig-Holstein-Sonderburg- Beck, qui a changé cette derniére dénomination pour celle de Glucksburg.

Jusqu’en 1660 la loi salique avait seule été en vigueur en Danemark. Frédéric III ‘appela a l'avenir, par sa Joi du roi, \es lignes issues des femmes a hériter de la couronne, quand elles se trouveraient plus rapprochées que les lignes males dela ligne directe. Cependant, il n’osa pas violer le contrat intervenu lors delélection de Chrétien [°* dans les duchés de Schleswig-Holstein. Ceux-ci conservérent donc , avec leur ordre particulier de succession régi par la loi salique, leurs antiques priviléges, leur nationalilé parfaitement distincte de celle du Danemark , leurs lois, leur langue ; et lui, ainsi que ses successeurs, continuérent a n’y régner qu’en qualité de ducs, relevant comme tels de l’empire. Les branches collatérales de sa maison demeurérent par conséquent des familles princiéres allemandes. Ces branches sont désignées par les historiens sous les noms de branche ducale et de branche royale cadetle. La premiére est représentée par la maison de Gottorp, issue de Frédéric I; la seconde, par la maison de Sonderburg et ses différentes lignes, dont celle d’Augustenburg est l'ainée. La branche royale cadette demeura dailleurs, tout aussi bien que la branche ducale, Vobjet des persécutions acharnées de la branche ainée, qui régnait en Danemark. Cet antagonisme , tantot occulte, tant6t manifesté par les actes les plus odieux, parut cesser un instant vers la fin du siécle dernier. A la suite du dérangement total des facultés intellectuelles de son pére, Chr étien VII, Frédéric VI avait été appelé 4 prendre en mains , comme prince-régent, le timon des affaires. Un ministre habile, désireux de prévenir des éventualités desquelles pouvait résulter quelque jour le morcellement de la monarchie, songea a rapprocher par une union matrimoniale la maison régnante de sa branche cadette. Il négocia donc, et fit conclure le mariage de la seeur du prince régent , Lowise-Auguste , avec le chef de la maison d’Augustenburg, en méme temps que Frédéric VI épousait la fille d’un cadet de la maison de Hesse.

Frédéric VI perdit tous ses enfants males en bas Age. Il continua fa politique de ses prédécesseurs A I’égard des duchés de Schleswig-Holstein. Lui aussi, il songea aux moyens de les incorporer détinitivement & la monarchie danoise par V'anéantissement de leur nationalité, par labolition de leurs droits et de leurs priviléges séculaires, et surtout en cherchant a y faire prévaloir, en méme temps que ja langue danoise , les prescriptions de la loi du roi de 1660 relatives 4 l’ordre de successibilité, La dissolution de

AUGUSTENBURG

lempire germanique, en 1806, parut a ses conseillers une occasion précieuse a saisir ; et dans l’édit par lequel le roiduc porta officiellement ce fait ala connaissance de ses sujets des duchés, on ent soin de glisser quelques paragraphes équivoques, destinés 4 fournir plus tard les moyens de nier et d’infirmer les droits des branches collatérales males de la maison d’Oldenburg. Des réserves et des protestations formelles du duc d’Augustenburg, suffirent alors pour faire différer l’exécution des projets cachés sous ces phrases insidieuses. Trois ans plus tard, la révolution qui s’accomplit en Suéde et quien expulsa la branche cadette de la maison de Gottorp, ouvrit un plus vaste champ a Vambition de Frédéric VI, qui tout aussitét songea a réunir sur sa téte la couronne de Suéde et celle de Danemark. Napoléon appuyait de ses sympathies cette combinaison, au prix de laquelle Frédéric VI offrait de renoncer a la souveraineté des duchés ; elle échoua par suite de l’élection d'un prince d’Augustenburg, frére puiné du duc, en qualité de prince royal de Suéde. Mais trois mois 4 peine s’étaient écoulés depuis cette élection, que le nouveau prince royal mourait subitement en Scanie. Il y avait dés lors nécessité de procéder a l’élection d’un nouveau prince royal. Frédéric VI, ouvertement recommandé par Napoléon, brigua encore une fois les suffrages de la diéte; mais cette assemblée semblait décidée 4 choisir le frére ainé du prince que la mort venait de ravir & sa seconde patrie. Résolu d’entraver A tout prix l’élection du duc d’Augustenburg , Frédéric VI le fit retenir prisonnier dans ses propriétés d’A1lsen. Bernadote fut élu.

Aprés lachute del’empire frangais en 1815, l’acte constitutit de Vienne comprit Frédéric VI, en qualité de duc de Holstein, aunombre des souverains membres de la Confédération germanique. Son beau-frére , le duc d’Augustenburg, mourut sur ces entrefaites, laissant deux fils mineurs , qui eurent pour tuteurs le roi leur oncle, et une fille qui deux ans plus tard épousait le prince Chrétien, cousin de Frédéric VI et héritier présomptif de la couronne. Le mariage de ce prince, devenu plus tard roi sous le nom de Chrétien VIII, avec la fille duduc d’Augustenburg est resté stérile; mais d’une premiére union, contractée avec une princesse de Mecklenburg et rompue juridiquement a la suite d’un scandaleux procés, était déja né au prince Chrétien un fils, qui régne aujourd’bui en Danemark sous le nom de Frédéric VII. Frédéric V1 maria ses deux filles, les deux seuls enfants quil edt pu conserver de sa nombreuse lignée , l’ainée, au prince Ferdinand, frére puiné du prince héréditaire; la cadette, au prince issu du premier mariage contracté par le prince Chrétien. Ces deux mariages demeurérent également frappés de stérilité : le second dut méme étre juridiquement brisé, et l’ex-gendre de Frédéric VI fut exilé au fond du Jutland, qu’il ne quitta plus qu’é lavénement de son pére au tréne. Chrétien VIII négocia alors un nouveau mariage de son fils avec une princesse de Mecklenburg; mais un second divorce vint bientét rendre au prince royal la liberté de se marier une troisiéme fois. Ce second mariage, dailleurs , n’avait pas plus que le premier donné de rejeton a laligne directe de la maison royale d’Oldenburg.

Si la ligne male directe menagait de s’éteindre, il restait encore pour recueillir, aux termes de la Joi du roi, la couronne de Danemark, une ligne féminine directe représentée par le prince héréditaire de Hesse , fils d’une sur de Chrétien VII. Mais la nation danoise ne devait pas entreyoir sans une patriotique douleur la possibilitédu fractionnement de la monarchie, conséquence inévitable de Parrivée au trone de cette branche féminine, puisque dans ce cas, aux termes de la Joi salique qui les régit, les duchés de Schleswig-Holstein devraient passer sous la souveraineté de la branche collatérale, mais mdle, de la maison d’Oldenbury, c’est-d-dire de la maison de Schleswig-Holstein. Soa- derburg Augusendurg. Vers 1842 les journaux danois

AUGUSTENBURG

s’occupérent donc avec une extréme vivacité des éventualités qui pouvaient surgir si le prince royal ne laissait pas d@enfants. Bientét méme, sous Vinfluence du gouvernement, se forma un parti qui entreprit de démontrer que le Danemark et les duchés de Schleswig-Holstein, ayant toujours eu le méme souverain depuis quatre siécles, devaient avoir toujours les mémes destinées et continuer a ne faire qu’un. Incorporation compléte des duchés au Danemark, introduction d’un ordre de succession commun a toute la monarchie , d’une constitution et dune législation commanes, tel ful désormais le mot d’ordre du parti danois.

Si de pareilles idées étaient populaires en Danemark, il s’en fallait qu’il en fit ainsi dans les duchés, oi la population est allemande d'origine, de meeurs, d’intéréts, de langage, de lois. Il s’ensuivit entre le Danemark et les duchés une guerre de brochures et de pamphlets des plus animées. Bientét on vit Allemagne tout entidre intervenir dans cette polémique ; car la cause du Schles wig-Holstein était la sienne. A lorigine pourtant, les publicistes danois faisaient assez bon marché des prétentions du Danemark a la possession du Holstein, et se bornaient & revendiquer ep faveur de leur pays le Schleswig, en se fondant sur ce que cette seconde province, bien que de tout temps indissolublement unie la premiére et en ayant toujours partagé les destinées, n’avait cependant jamais été comprise officiellement au nombre des pays relevant de Vempire. Plus tard ils entreprirent de démontrer que le Danemark s’étendait, non pas seulement jusqu’aux bords de l’Eider, mais jusqu’a PElbe, et que dés lors Ja loi dw roi avait toujours été en vigueur en Holstein tout aussi bien qu’en Schleswig et dans le Danemark proprement dit.Cependant on consentait 4 reconnaifre qu’a la rigueur Ja maison d’Augustenburg pouvait élever quelques prétentions plus ou moins fondées a la possession de certaines parcelles du duché de Hoistein ; ‘mais on avait soin d’ajouter que ce devait étre la avant toul matiere a4 transaction. Des transactions de ce genre ne sont guére possibles 4 notre époque. Le chef de la maison d’Au-

gustenburg, le duc Chrétien-Auguste, eit manqué a.

tous ses devoirs s'il s’y fat prété. Il refusa done de vendre les duchés au Danemark, protestant d’avance contre tout abus de la force qui pourrait étre tenté pour mettre a néant, non pas seulement les droits éventuels de sa maison a la souveraineté de cette partie de |’Allemagne, mais encore et surtout la nationalité et l’indépendance de ses concitoyens.

De ce queles duchés sont utiles, nécessaires méme au Danemark pour étre quelque chose, s’ensuit-il qu’il fallait nier les droits éventuels d'une branche cadette de la maison royale, et les mettre a néant si elle refusait de se préter a un marché déshonorant, puis violemment dépouiller toute une inoffensive population de ses lois et de sa nationalité? Comment ne comprit-on pas que le moyen le plus simple, le plus équitable, de maintenir longtemps encore un ordre de choses qui fait la force du pays, était de déclarer non avenues les prescriptions de la loi du roi de 1660 relatives 4 la successibilité tes lignes féminines, et , au casouila branche ainée de la maison d’Oldenburg viendraita s’éteindre dans sa descendance male, d’appeler au trénela branche cadette,arbitrairement dépouillée de ses droits par Frédéric IIL? De bons esprits y pensérent, et méme, en 1846, les meneurs du parti populaire firent savoir au duc d’Augustenburg qu’il pouvait assurer la couronne a sa maison, s’il voulait s’identifier 4 la politique danoise vis-a-vis des duchés, et s’associer aux efforts faits pour les daniser. Chrétien VIL fit un jour &son beau-frére une proposition identique. Le duc d’Augustenburg répondit qu’il lui appartenait moins qu’a personne d’essayer, méme indirectement, de porter atteinte aux droits que la loi dw rot avait pu faire 4 une maison étrangére; qu’a cet égard la nation danoise et son roi étaient sans doute libres de comp)étement modifier, suivant qu’ils le jugeraient bon et utile, les conditions d’ac-

rf |

cession au tréne; mais que, quant 4 lui, jamais la perspective d’assurer une couronne 4 sa maison ne pourrait le délerminer & trahir ses concitoyens et a se préter a Pexéeution de projets ayant pour but ayoué |’anéantissement de leur nationalité.

Peut-étre aussi ces avances n’élaient-elles que des piéges. Rien ne prouve en effet que Chrétien VIII ait jamais eu intention de renoncer a ses prérogatives de roi absolu et dabolir en Danemark la loi du roi pour y substituer une constitution représentative. Imbu de tous autres sentiments politiques que le roi son beau-frére, le duc d’Augustenburg, membre de l’assemblée consuliative du Schleswig a titre de grand propriétaire foncier, y avait au contraire émuis 1¢ voeu , en maintes occasions , de voir le roi-duc rassurer tous les intéréts de ses sujets allemands en leur accordant des institutions franchement constitutionnelles, avec une seule et méme assemblée représentative pour les deux duchés, dont administration civile et religieuse avait été toujours commune, cenformément a l’engagement signé en 1460 par Chrétien [°.

Au mois d’octobre 1844 le bourgmestre de Copenhague, M. Algreen Ussing , proposa et fit adopter par la diétte dae noise réunie a Roeskilde une adresse 4 la couronne dans laquelle on représentait au roi la nécessité qu’il fit savoir a ses sujets, « pour prévenir les agitations qui pourraient naitre et porter atteinte a \’unité de l’Etat en tendant a la dissolution prochaine du royaume, que Ja monarchie danoise (le Danemark proprement dit, le Schleswig, le Holstein et le Lauenburg) serait désormais considérée comme un royaume héréditaire, inséparable et indivisible, et cela, daprés les lois en vigueur dans le royaume, et que le roi prendrait des mesures nécessaires pour faire échouer toute entreprise ayant pour but de dissoudre le lien qui en unit Jes parties séparées. » Non-seulement Je commissaire royal prés la diéte appuya cette motion, mais il ajouta encore qu’a la déclaration royale serait jointe la défense expresse aux duchés de jamais reparler de cette question. A ce défi jeté aux duchés, la diéte consultative du Holstein, siégeant a Iizehoé, répondit par une pétition au roi-duc votée a l’unanimité le 21 décembre de la méme année , sur la proposition du comte de Reventl@u-Preetz. Dans ce document, destiné a réfuter les prétentions de Ja diéte danoise, les droits des duchés se tronyaient résumés dans ces trois propositions : 1° Les duchés sont des Etats indépendants; 2° La ligne masculine régne dans les duchés; 3° Les duchés sont des Etats éternellement et indissolublement unis.

Le 8 juillet 1846 Chrétien VIII sedécida & publier des lettres patentes en vertu desquelles le droit de succession dans les duchés était déclaré appartenir a fous ses successeurs royauz. Leroi avait grand soin d’ailleurs d’ajouter que son intention n’était pas et n’avait jamais été d’apporter aucune modification aux rapports d’union existant entre le duché de Schleswig et le duché de Holstein. Cet acte excita la fermentation ‘a plus vive dans tout le pays, en méme temps qu’il provoqua les protestations et les réserves les plus formelles, d’abord de la part du grand-duc d’Oldenburg en sa qualité de chef de la deuxiéme branche de la ligne cadette de la maison de Gottorp, et ensuite de la part du duc d’Augustenburg et du duc de Glucksburg, comme représentant les deux lignes cadettes de la branche royale de la maison de Scheswig-Holstein. Le prince Chrétien de Glucksburg, troisisme frére du duc, par conséquent cadet de sa famille, mais marié & une niéce dé Chrétien VIII, refusa seul de s’associer a ces protestations. Aprés avoir inutilement tenté de faire revenir le roi son heau-frére sur sa détermination, le prince Frédéric d’Augustenburg, frere cadet du ducet gouverneur général des du chés, se démit de toutes fonctions publiques le 18 aoat; et

son exemple fut imilé par de nombreux fonctionnaires schleswig-holsteinois de naissance.

Le 20 juillet, une assemblée populaire tenue 4 Neumunster protesta contre les prétentions du Danemark, et bientét la diéte d’I\zehoé vota une adresse au roi pour le prier de maintenir aux duchés leur nationalité et leur indépendance, et derégler la succession de sa royale maison avec sagesse et justice. Chrétien VIII refusa de recevoir cette adresse de la diéte du Holstein, qui résolut alors de se considérer comme dissoute, mais aprés avoir préalablement envoyé a la diéte germanique, siégeant 4 Francfort, une protestation solennelle contre la violation des droits de ses concitoyens. Par une délibération , datée du 17 septembre 1846, la diéte germanique déclara non avenue la protestation de la diéte du Holstein, attendu que des explications qui lui avaient été données par le représentant du roi-duc, était résultée pour elle la conviction que Sa Majesté, en réglant d’une maniére définitive les questions dont la lettre patente du 8 juillet faisait mention, respecterait les droits de tous, et particulitrement ceux dela Confédération, de méme que les droits légitimes de sesagnats et ceux de la représentalion légale du pays.

A quelque temps de 1a, la diéte du Schleswig s’associait 4 la résistance opposée aux lettres patentes par la diéte d’Itzehoé, et un décret royal en prononcait tout aussifét la dissolution. Le gouvernement danois s’empressa de baillonner la presse des duchés, et de procéder dans |’administration 4 des épurations et des destitutions en masse.

Au commencement de année 1848 on annoncait que Chrétien VIII s’occupait sérieusement de la rédaction d’un projet de constitution commune 4 toute la monarchie, quand Je 20 janvier la mort vint le frapper. Le nouveau roi, Frédéric Vil, notifia son avénement a ses sujets dans des lettres patentes ow il déclarait youloir non-seulement poursuivre les améliorations commencées par son pére, mais aussi maintenir ordre projeté par lui dans les rapports des deux pays, donner de l’unité & la patrie, etc. Huit jours aprés parut un Gocument émanant de la chancellerie danoise, et relatif 4 la prochaine introduction d’une constitution commune au Danemark et an duché de Schleswig.

La nouvelle des éyénements suryenus a Paris dans la journée du 24 février 1848 cOntraignit le roi de Danemark 4 faire des concessions a ses sujets. Le 10 mars, la censure fut provisoirement supprimée dans les Etats danois ; mais Vexercice de la liberté de Ja presse resta encore soumis dans les duchés Ade génantes restrictions. Dés le 15 la ville d’Altona adressait au roi-duc une pétition congue dans les termes les plus fermes , et ot on réclamait de lui « le réfablissement d’une constituticn schleswig-holsteinoise séparée , fondée sur le principe du suffrage universel, avec la responsabilité des ministres et une assemblée d’Etats, non plus séparés comme sous les régnes précédents, mais réunis. »

En apprenant la fermentation qui se manifestait 4 Copenhague, les membres des anciennes didtes du Schleswig et du Holstein accoururent spontanément 4 Rendsbourg. On décida aussitét que les anciens Etats seraient inimédiatement convoqués, et qu’une députation de cing membres se rendrait 4 Copenhague pour obtenir satisfaction. Pendant que cette députation était en route un mouvement insurrectionnel éclatait a Copenhague, et y mettait le pouvoir aux mains du parti révolutionnaire. Le premier soin des hommes poussés ainsi aux affaires fut @exiger du roi qu'il proclamat incorporation pure et simple du duché de Schleswig au Danemark. En méme temps, ils expédiaient plusieurs batiments 4 l’ile d’Alsen pour y enlever le duc d’Augustenburg et sa famille, Mais le duc d’Augustenburg se trouvait déja A Berlin, et il avait mandé a la duchesse sa femme d’abandonner l'ile d’Alsen. Il y avait une demiheure qu’elle était partie avec ses enfants lorsque les batiments danois arrivérent 4 Sonderburg.

AUGUSTENRURG — AUGUSTI

Quand on sut 4 Kiel ce qui venait de se passer & Copenhague, ony résolut toul aussitét, ef d’une voix unanime, de ne pas se soumettre au pouvoir révolutionnaire qui venait de s’établir en Danemark, de considérer Frédéric VIL comme ayant cessé d’étre libre de sa personne, et de constis tuer dés lors pour les duchés un gouvernement provisoire, qui fut composé de MM. Beseler, président; Bremer, ayocat ; Schmidt, négociant; le comte de Reventlau-Preetz, et le prince Frédéric d’Augustenburg , ancien gouverneur général des duchés. Une garnison danoise occupait l’importante forteresse de Rendsbourg; un hardi coup de main tenté tout aussil6t par une troupe de volontaires, que commandait le prince d’Augustenburg, plaga ce boulevard de l’indépendance nationale des duchés sous l’autorité du gouvernement provisoire, qui se trouva dés lors reconnue sans contestedans toute l’étendue des deux duchés.

A Berlin le duc d’Augustenburg invoqua l’appui de la Prusse, et le roi Frédéric-Guillaume IV lui répondit par une lettre ot il reconnaissait formellement les droits des duchés. Dés les premiers jours d’avril des forces danoises considérables envahirent le Schleswig et ne rencontrérent d’obstacle que sous les murs de Rendsbourg. C’est a l'article Scueswic- Ho.srein que se placera tout naturellement le récit de la lutte qui s’engagea alors entre les populations schleswigholsteinoises, & peine sovtenues par |’Allemagne, et le Da-

nemark, ouvertement appuyé parla Russie (intéressée direc- -

tement dans la question, parce que le prince de Hesse, héritier présomptif du Danemark par les femmes, avait épousé nne fille de l’empereur Nicolas ), Angleterre, |’Autriche, la Suéde et la France; latte glorieuse, aprés tout, pour la petite nation qui a dd nécessairement succomber sous tant d’efforts, sans que tous ses droits alent cependant peri dans le naufrage de sa nationalité.

A la suite des événements qui se sont accomplis en Allemagne dans le courant de 1848, le prince de Hesse, neveu de Chrétien VIII, s’est vu centraint de renoncer aux droits que lui assurait en Danemark la loi du roi, pour s’en tenir ases droits 4 Ja couronne grand-ducale de Hesse. Il semblerait dés lors que toute difficulté se trouvat aplanie, et que la ligne male collatérale ainée de la maison d’Oldenbourg, celle d’Augustenburg, dat tout naturellement recueillir les droits laissés vacants tant par extinction de la ligne male directe que par la renonciation de la ligne fémi-

nine directe ; mais cette maison, comme sa eadette la mai-

son de Glucksburg, s’est trop compromise dans la défense de la nationalité allemande des duchés pour que le parti révolutionnaire danois lui pardonne jamais. En méme temps done qu’il confisquait toutes les propriétés du duc d’Augustenburg et qu’il contraignait ce prince a aller demander avec sa famille un refuge &l’étranger, ce parti le déclarait lui et les siens 4 jamais exclus de tout droit de successibilité au tréne. Une faible indemnité pécuniaire ne fut pas obtenue sans peine pour ce prince, et la diéte germanique a plusieurs fois réclamé en faveur des droits des duchés. Une rupture semble toujours imminente; maiselle a pu jusquici étre évitée, grace aux tempéraments de la diplomatie, Une circonstance bien bizarre au reste, c'est que pour donner un successeur a la maison royale la diplomatie, aprés avoir mis ou laissé mettre au néant les droits de la famille d@Augustenburg, n’ait trouvé rien de plus avisé que de proposer pour héritier présomptif du tréne le plus jeune des quatre princes dont se compose la famille de Glucksburg , cadette de celle d’Angustenburg. Les ainés de ce prince ont tous été déclarés indignes, parce qu ils ont protesté contre l’'anéantissement de la nationalité allemande des duchés ; lui, on le récompense par une couronne de lindilférence qu'il a montrée pour les droits de ses concitoyens!

AUGUSTES( Ere des ). Voyes Ene.

AUGUSTI (Jean-Cunérien-Guitta ume ), l'un des plus savants théologiens protestants des temps modernes, pa-

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