‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 5)Chapitre 144 sur 488 · AUGUSTI — AUGUSTIN · texte numérisé non relu

AUGUSTI — AUGUSTIN

quit en 1772 a Eschenberg, dans le pays de Saxe-Gotha. Son grand-pére, le rabbin Herschell, né en 1696, a Ffancfort sur POder, s’était converti au christianisme en 1722, avait recu sur les fonts de baptéme les noms de Frédéric-Albert Aucusti, était devenu pasteur & Eschenberg, et continua @en remplir les fonctions jusqu’’ sa mort, arrivéeen 1782. Ona de lui Dissertatio de adventus Christi Necessitate, tempore templi secundi (Leipzig, 1764); Aphorismi de Studiis Judzorum hodiernis (Gotha, 1734): Dissertationes historico-philosophice in quibus Judxorum hodiernorum consuetudines, mores, ritus, tamin rebus sacris quam civilibus, excponuntur (Erfurt, 1753). Son pére, Ernest-Frédéric-Antoine Aucustt, était aussi pasteur de la commune d’Eschenberg. Il devint plus tard surintendant a Ichtershausen, et mouruta Iéna, en 1820.

Augusti fut redevable de sa premiére éducation au savant pasteur Moeller de Gierstedt (Saxe-Gotha ), et termina ses études & Vuniversité d’léna. Il habita ensuite la ville de Gotha jusqu’en 1798, époque oi, d’aprés les conseils de Leeffler, mort plus tard surintendant, il alla de nouveau se fixer 4 Jéna, et nommé bientét aprés professeur agrégé de philosophie a cette université, il y fit des cours de langues et de littérature orientales. En 1803 on le nomma titulaire de la chaire des langues crientales. En 1812 il accepta la chaire de théologie 4 l'université de Breslau. En 1819 il fut attaché en la méme qualité a Puniversité de Bonn. En 1828 il fut nommé membre du conseil consistorial supérieur de Coblentz, tout en conservant sa chaire 4 Bonn; et il y fut nommeé plus tard encore directeur du consistoire, aprés avoir refusé en 1835 deremplir & Darmstadt des fonctions analogues dans |’Eglise protestante a celles d’évéque dans ’Eglise catholique. Il mourut, le 28 avril 1841, 4 Coblentz, ou il s’était rendu pour présider a des examens de candidats en théologie.

Des jugements trés-divers ont été émis sur l’érudition et les opinions théologiques d’Augusti. D’abord franchement rationaliste , il adopta vers 1809 des opinions de juste miliew, en matiére de religion, puis, assez peu conséquent avec lui-méme , il finit par devenir le défenseur ardent des vieilles idées. Ce qu’on ne saurait en tous cas lui contester, c’est un remarquable talent d’exposition et infiniment d’esprit et d’habtleté. Ses ples importants ouvrages , tous écrits en allemand , sont : Mémoires d’Archéologie chrétienne (12 vol., Leipzig, 1817-1831), dont il publia plus tard un abrégé, complété et corrigé, sous le tilre de Manuel d@’ Archéologie chrétienne (3 vol., Leipzig, 1836-1837). Il publia aussi, au point de vue dogmatique, son Systéme de dogmatique chrétienne (Leipzig, 1819; 2° édit., 1825) , ouvrage dans lequel il montrait déja les tendances les plus prononcées vers l’orthodoxie. Sa Critigue des Agents ecclésiastiques prussiens (Francfort, 1824) lui fit de nombreux ennemis ; et dans un Supplément a cet ouvrage il se montra Yun des plus fermes champions de la liturgie nouvelle en méme temps que de ce que lon appelle dans |’Eglise protestante le systéme territorial. Nous mentionnerons encore son Zsquisse dune introduction & V Ancien Testament (Leipzig, 1806); sa traduction de la Bible, entreprise avec de Witte (6vol., Heidelberg, 1809-1812); son Corpus librorum symbolicorum Ecclesize reformatorum (Elberfeld, 1827); son Introduction historique et dogmatique a VEcriture Sainte ( Leipzig , 1832); ses Essais sur histoire et la statistique de l'Eglise évangélique ( Leipzig, 1838), et enfin ses Essais sur Vhistoire de l’ Art chrétien ( Leipzig, 1841).

AUGUSTIN (Saint), Aurelius Augustinus, l'un des plus célébres et peut-étre le plus influent d’entre les docteurs de lEglise chrétienne, naquit en 354, en Afrique, a Tagaste, petite ville de Numidie située 4 peu de distance de Madaure et d’Hippone. Il nous a Jui-méme raconté sa vie dans ses célébres Confessions. Il recut sa premiére éducation de sa mére Monique, noble et digne femme, douée du plus rare

bon sens, et surtout profondément imbue des vérités du christianisme , mais dont la salutaire influence sur son esprit ne laissa pas que d’étre d’abord annulée en partie ou tout au moins amoindrie par celle de son pére, Patricius, qui était resté paien, qui ne se convertit que dans un age fortavancé, et qui neregut méme le baptéme que peu d’instants avant de mourir. Enyoyé plus tard par ses parents & Madaure et 4 Carthage pour y compléter ses études classiques, l’ardent jeune homme, il ’ayoue lui-méme, se jeta dans toutes sortes de désordres & un Age que, par un abus de mots, on appelle lage de l’innocence. 1 y fut entrainé autant par la fréquentation des spectacles que par l’influence des soci¢tés corrompues au milieu desquelles il vivail, et ol il puisa de dangereuses impressions, qui en flattant secrétement sa vanité développaient en lui toutes les passions et faisaient taire la voix de la conscience. Pendant plus de quinze ans il se latssa enchainer par une maitresse, de laquelle il eut un fils, appelé Adeodatus { Dieudonné), et qu’il ne quitta que lorsqu’il commenga a réformer sa vie.

La lecture d’un ouyrage de Cicéron, aujourd’hui perdu et intitulé Hortensius, ouvrit &son esprit des horizons nouveaux, et lui fit comprendre que homme doit s’élever audessus de la matiére, et que la satisfaction brutale de ses sens n’est pas le but unique de son existence ici-bas. I] se livra done avec l’ardeur qu’il apportait en toutes choses a étude de Ja philosophie; mais il en sentit bientét le vide, et alors active et inquiéte curiosité de son esprit le porta a se jeter dans la secte des Manichéens , dont pendant plus de neufannées il partageala monstrueuse hérésie. Iin’y échappa que pour tomber dans les erreurs des académiciens; puis alors il en vint 4 douter de tout.

Depuis longtemps il professait l’éloquence a Carthage , ou il composa son premier ouvrage, quin’est pas parvenu jusqu’anous, De la Beauté ef de la Convenance, lorsque la ville de Milan ayant envoyé demander au préfet de Rome, appelé Symmaque, un maitre d’éloquence, celui-ci désigna pour ces fonctions Augustin, dont laréputation était parvenue de Tagaste et de Carthage & Rome. Augustin s’éloigna des rivages de l’Afrique en 383, et arriva l’année suivante & Milan, ou il entra aussit6t en fonctions. C’est la qu’il eut occasion de voir le grand ef pieux évéquesaint Ambroise, dont il suivit bientét assiddment les sermons. Ce fut moins encore |’éloquence du premier pasteur chrétien de cette ville qui le toucha, que sa bonté, que la fermeté de sa foi et que son inépuisable charité. Jusque alors Augustin n’avait encore rien vu de pareil. Il réfléchit profondément sur les dogmes chrétiens ; il apprit a les respecter toujours‘de plus en plus; et le moment vint enfin 04, cédant aux larmes et aux supplications de sa vertueuse mére, sainte Monique, et a impression de plus en plus vive que produisait sur lui la lecture des épitres de saint Paul, il se prit 4 penser que peut-étre ilavait été aveuglé jusque alors. Un rayon de la lumiére céleste vint aussitét éclairer sonesprit, dissiper toutes ses ténébres, toutes ses incertitudes, et embraser son coeur dune flamme encore inconnue. Sa conversion ne fut ni moins prompte , ni moins éclatante que l’avait été celle de saint Paul. Tout aussilOt il opéra une réforme radicale dans ses mceurs et ses habitudes. Il se sépara de la femme avec laquelle il vivait depuis longtemps et qui avait succédé dans ses affections a la mére d’Adeodatus. Il se retira ensuitedans la solitude, ot il composa divers ouvrages, un entre autres contre le scepticisme de |’école d’Alexandrie, afin de se préparer ainsi a recevoir dignement le baptéme, qui lui fut conféré ainsi qu’a son fils par saint Ambroise, dans la nuit de Paques del’an 387. 11 était 4gé de trente-trois ans.

A quelque temps de 1a il résolut de retourner en Afrique, ou Paccompagnérent sa mére et son fils. Mais il commenca par vendre tout ce qu'il possédait , ne se réservant que ce qui lui était strictement nécessaire pour vivre, et distribuant

le reste aux pauvres, Peu aprés son arrivée en Afrique, il eutVineffable douleur de perdre sa mére, qui mourut Agée a peine de cinquante-six ans ; et il vécut alors pendant plusieurs années, comme chef d’une association d’ascétes , dans une rigoureuse solitude. En 391, s’étant rendu par hasard & Hippone ( #yppo Regius, aujourd’hui Bo ne ), un jour qu’il assistait dans l’église A la célébration des saints mystéres, l’évéque de cette ville, Valére, qui était déja for 4gé et reconnaissait son insuffisance, engagea |’assistance a élire un prétre qui pdt le seconder dans ses travaux et lui succéder un jour comme évéque. Tous les yeux se fixerent alors sur Augustin, bien connu depuis longtemps de chacun par ses talents et sa vertu. Tous ses efforts pour se soustraire 4 cet honneur qu’il n’avait pas recherché , furent inutiles. Cédant enfin aux supplications du peuple, Augustin se fit ordonner prétre ; et Valére lui confia aussitét d’une maniére toute spéciale le ministére de la prédication, contrairement aux usages jusque alors suivis dans |’Eglise d’Afrique, ot les évéques seuls l’exergaient. Augustin s’en acquitta avec un zéle qui ne faiblit jamais. 11 préchait tantot en latin, langue parfaitement comprise par la plus grande partie de la population d’Hippone, tantét en langue punique, en faveur de ceux a qui la premiére n’était pas familiére,

En 395 Valére, sentant sa fin s’approcher de plus en plus et craignant toujours qu’Augustin ne fat enlevé a son église, résolut de faire de lui son coadjuteur dans ’épiscopat. Il s’en défendit vainement encore, et fut sacré évéque d’Hippone conjointement avec Valére. Sa nouvelle dignité ne diminua en rien l’ardeur de son zéle. Quoiqu’il s’en falldt de beaucoup que dans l’ordre hiérarchique il occupat le premier rang parmi les évéques d’Afrique, il exerca dans Vhistoire dogmatique de cette Eglise une influence sans pareille. Compositions savantes sur toutes les matiéres de la religion , de la philosophie et de la critique, interprétation des livres saints , prédications habituelles, correspondances snivies avec les empereurs et tous les grands de empire, avec les souverains pontifes et avec la plupart des évéques de la chrétienté, réfutation des hérésies , monuments immortels élevés 4 la gloire de la religion , surtout dans la Cité de Dieu , chef-d’wuvre d’érudition et de génie, tels étaient les délassements de son épiscopat, aussi admirable par la simplicité et 'héroisme de ses vertus , qu’il est étonnant par le nombre et l’excellence de ses écrits. Voila plus de quatorze siécles que le monde chrétien les vénére. On remarque dans tous un esprit subtil et pénétrant, une mémoire heureuse, un style énergique , malgré les mots impropres et barbares qu’il emploie quelquefois. Les pointes , les jeux de mots, qu’on trouve surtout dans ses Homélies, font comprendre combien il est inférieur a saint Jean Chrysostome. Ses défauts , d’ailleurs, tiennent moins a son génie, qu’a son siécle et A son pays, ou l’on avait perdu le sentiment de la véritable éloquence. 1] se montra Vinfatigable et redoutable adversaire des ariens, des priscillianistes, et surtout des donatistes, des pélagiens et des semi-pélagiens. Sa dialectique et son mysticisme ne contribuérent pas peu a fixer d’une maniére absolue le dogme de la Trinité. Sans doute il y a eu des Péres de VEglise plus savyants; mais il n’y ena pas eu qui aient été doués d'un esprit plus sagace et plus ingénieux , qui aient mieux su s’emparer du coeur de ’homme et l’enflammer d’ardeur pour la religion. Aussi, dans leurs tableaux , les peintres lui donnent-ils ordinairement un coeur enflammé pour symbole. [1 mourut au mois d’aodt de l’an 430, pendant le premier siége d’Hippone par les Vandales, qui avaient été apyelés en Afrique par le comte Boniface. Pour dérober ses ossements aux Vandales, qui partageaient Il’hérésie d’Arius, ses amis et ses disciples les avaient emportés en Sardaigne. Quand cette tle tomba au pouvoir des Sarrasins, Luitprand, roi des Lombards, dut les racheter au poids de lor. Con-

AUGUSTIN

servés depuis lors dans l’église de Saint-Pierre, a Pavie, ils en ont été exhumés en 1842, avec l’agrément du pape, pour étre déposés 4 Bone, dans le tombeau élevé au docteur de la grdce par ’épiscopat frang¢ais. La meilleure édition des @uvres completes de saint Augustin est celle qui ena été donnée en {0 volumes in-folio , de 1679 4 1700, a Paris. La plus récente est celle qu’en ont publiée les fréres Gaume, libraires dans la méme ville, de 1835 1841. AUGUSTIN (Saint), l’'apétre de ’Angleterre, et le premier archevéque de Cantorbéry, était un moine bénédictin que le pape saint Grégoire le Grand envoya, en 596, précher le christianisme parmi les Anglo-Saxons. Il traversa la Gaule et arriva en Angleterre avec quarante religieux de son ordre. Habile 4 user des ménagements nécessaires pour préparer peu a peu ces populations barbares 4 recevoir la lumiére de |’Evangile, il convertit dés la seconde année de son arrivée Ethelbert, roi de Kent, ala foi en Jésus-Christ. Une circonstance qui favorisa beaucoup cette conversion , c’est qu’Ethelbert avait épousé une fille du roi franc Caribert, Berthe, qui le disposa a écouler les pieux missionnaires ; et le roi leur permit de créer 4 Cantorbéry un établissement fixe , devenu ensuite le siége primatial de l’Angleterre. Ce résultat une fois obtenu, Augustin repassa le défroit, afin d’aller recevoir en France la consécration épiscopale avec les pouvoirs qui y sont attachés. Pendant son absence, ses compagnons ne restérent point inactifs ; ef a son retour il eut la joie de conférer le sacrement du baptéme a plus de dix mille Anglo-Saxons de toutes conditions, le jour de Noél. Par suite des progrés rapides que le christianisme fit dés lors en Angleterre, le pape y établit divers évéchés, dont il nomma Augustin le métropolitain avec usage du pallium. D’aprés les conseils de saint Grégoire le Grand, Augustin , au lieu de brdler et de détruire les temples paiens des Anglo- Saxons, comme cela s’était pratiqué dans d’autres contrées barbares, les transforma en églises chrétiennes, aprés les avoir purifiés. Par une sage transaction avec des habitudes

trop profondément invétérées pour les détruire tout a coup,

et de.l’avis encore du ptre commun des fidéles, Augustin permit aux nouveaux convertis de construire 4 \’entour.des églises des cabanes avec des troncs et des branches d’arbres, pour y célébrer les fétes du nouvean culte par des repas modestes, au lieu des sacrifices d’animaux qu’auparayant ils étaient habitués a offrir 4 leurs idoles. Tous les historiens s’accordent A reconnaitre la merveilleuse rapidité avec laquelle s’opéra en Angleterre la révolution dont Augustin et ses pieux compagnons furent les instruments. Avant leur arrivée les Anglo-Saxons étaient livrés 4 tous les vices et plongés dans la plus crasse ignorance. Ils n’avaient pas méme d’alphabeta eux, et se servaient de celui des Irlandais. Les Northumbres, notamment, étaient encore dans l'usage de vendre leurs enfants, ainsi qu’ils faisaient des produits de leurs troupeaux. On place la mort d’Augustin vers an 607. Son apostolat avait par conséquent duré environ onze années. Il parait que son successeur Laurentius ne sut pas apporter la méme sagesse que lui dans le gouvernement de cette Eglise, encore si jeune, et que le zéle inconsidéré qui le porta & vouloir convertir de gré ou de force les naturels, en amenant des luttes sanglantes entre les Anglo-Saxons devenus chrétiens et ceux qui étaient demeurés paiens, faillit un instant compromettre les heureux résultats de la mission d’Augustin et de ses compagnons. AUGUSTIN (Anroine), archevéque de Tarragone, né en 1517, mort en 1586, fut une des lumiéres et une des gloires de PEglise d’Espagne, qu’il représenta au concile de Trente. On a de lui : Antique Collectiones Decretalium (Paris, 1609); Constitutionum provinciarum Terragoniensium Libri V (Tarragone, 1580) ; des Dialogues sur les médailles, en langue espagnole, qui ont été & diverses reprises traduits en italien, puis en latin par André Schott (Anvers, 1617); un Epitome Juris pontificis veteris (Tarragone, tome I",

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