AUGUSTINS
augustins traitérent aveu ces momes, qui se disperserent peu de temps aprés avoir fait cession de leur couvent et de ses dépendances. Cette congrégation, bientét l'une des plus considérables et des plus florissantes de Ja capitale, acquit du terrain autour d’elle, et y éleva des batiments plus convenables, plus vastes, quoique fort simples; elle dut 4 la munificence de Charles V la nouvelle église ou depuis Henri III institual’ordre du Saint-Esprit. Elle occupaitla rive qu’on nomme aujourd’hui quai des Augustins ou de la Vallée. L’édifice était dun style commun ; cependant le mattre-autel méritait des éloges ; & la place de sa demi-coupole, décorée par Charles Lebrun, et que soutenaient huit riches colonnes de bréche violette, sur le sol ou gisait le grave et triste tombeau de Philippe de Commines et de sa femme agenouillés, s’éleva sous Yempire le Marché a Ja volaille. Germain Pilon illustra la nef de l’église de ses riches sculptures en bois, et son cloitre d'une superbe figure en terre cuite de saint Francois en extase, que l’on voyait naguére au Musée des Monuments francais. Les assemblées du Saint-Esprit, celle du clergé de France et quelquefois le parlement si¢égérent dans les vastes salles de ce monastére, qui possédait une bibliothéque de 25,000 volumes. Ces moines, dits les yrands augustins, se distinguérent plusieurs fois par leur humeur martiale. En 1440 ils résistérent aux huissiers venus pour arréter un théologien, Nicolas Aymery, qui s’était réfugié dans leur cloitre; un moine fut tué dans cette échauffourée. Ils furent assiégés de nouveau en 1657, par les archers de la ville de Paris, sur l’ordre du parlement, qui, malgré leur titre de chapelains du roi, voulait chatier dans ces moines la résistance du célébre Villiers , leur prieur. Armés jusqu’aux dents , les augustins soutinrent l’assaut du haut de leurs murailles , ob les archers firent enfin bréche. Aussitét sur cette bréche méme ou se battaient nos furieux fut apporté par un cha-
pelain lostensoir, le tabernacle du Dieu vivant; mais, par
un double scandale, les archers vainqueurs n’en eurent nul souci. Les augustins, décus, eapitulérent. Deux moines avaient été tués, plusieurs blessés; onze furent emprisonnés au Chatelet. Relachés au bout de dix-sept jours par la protection du cardinal Mazarin , tout le couvent rentra dans l’ordre, et ne subit plus d’autre catastrophe que la révolution de 1789, qui le supprima. 4 Non loin de la rive gauche de la Seine, aujourd’hui faubourg Saint-Germain, a Paris, Marguerite de Valois, premitre femme de Henri IV, avait acquis un hétel pour s’y fixer. Dans le vaste enclos de cette habitation vivaient monastiquement cinq solitaires italiens , difsfréres de la Charité, sous la protection de Marie de Médicis. Marguerite les remplaca par vingt augustins déchaussés, sous !a direction du P. Amet, non sans que l’insinuante princesse edt obtenu pour eux un bref de Paul V del’an 1607. C’était l’accomplissement d’un yeu qu’elle avait fait, La capricieuse Marguerite, qui, reine toujours, tenait sous son joug et en son hdtel ces pauvres moines , eut la fantasque idée de les congédier; elle leur substitua des augustins chaussés de la réforme de Bourges. Le pape ne s’y opposa pas. Quelques années aprés, cette princesse mourut, le 17 mars 1615, Sans argent, sans cloitre, sans église, ces religieux eurent recours a la pieuse munificence d’Anne d’Autriche. Un monastdre convenable, dont elle jeta la premidre pierre, leur fut bali aussitdt; I’église fut terminée en moins de deux années; le reste des batiments, résultat d’auménes, et commencé en 1619, fut achevé plus tard. L’église de ce couvent, dit des Pedits-Augustins , & vrai dire sans aucun style, se faisait toutefois remarquer par sa petite chapelle, en forme de coupole, genre d’architecture particulier alors a la seule Italie. Le cour de la reine Marguerite y fut déposé. C’est sur l'emplacement de ce monastére que se trouve aun jourd’hui l'école des Beaux-Arts. “< Les augustins déchaussés ou petits-péres, expulsés, comme nous venons de le voir, de l'hotel de Marguerite de Valois,
AUGUSTINS — AULICH
par Villustre propriétaire elle-méme, d’abord errants et dis- |. pire romain d’Occident, aprés avoir duré treize siécles.
persés, obtinrent, le 9 juin 1620, de larchevéque de Paris , Vautorisation de fonder un couvent. Ils s’établirent ou plutot ils campérent au dela de la porte Montmartre. La, devenus plus a l’aise par leurs quétes et les aumdnes, ils parvinrent a faire Pacquisition dun terrain d’un peu moins de huit arpents, qui longeait le Mail ( aujourd’hui, la rue de ce hom ). Le 9 décembre 1629 le roi posa la premiére pierre de leur église sous Vinvocation de Notre-Dame des Victoires. AujourWhui sacristie de ’église nouvelle , elle fait avec cette derniére langle de la rue de ce nom et du passage des Petits-Péres. Fn 1656 ces religieux jetérent le fondement de !a nouvelle eglise. L’argent manquant, la construction n’en fut reprise qu’en 1737 et achevée en 1740. Elle est d’un style médiocre et trop simple pour l’époque ; Cartaud en ayait fourni le dessin.
Une longue barbe, des jambes nues, des sandales , caractérisaient ces moines. En 1746 , Benoit XIV, par un bref, leur accorda bas et souliers. Bientdt les richesses amollirent leur rudesse primitive. Is ouvrirent leur monastére aux beauxarts et aux lettres. Une riche et nombreuse bibliothéque, un cabinet d’antiquités des pls rares, des tableaux du Guerchin, d’André del Sarte, de Wouwermans, de Stella, de Boulogne , de Rigaud, de Carle Vanloo, une ceuvre du statuaire Pigalle , embellirent cette sainte demeure.
Lordre fut supprimé en 1790; mais les batiments restérent debout ; les voites de l’église, au lieu d’hymnes, entendirent crier, pendant quelque temps, le cours de la rente, et ses dalles , jadis silencieuses, retentirent des pas croisés des agioteurs. Le cloftre a servi ensuite de caserne et de mairie. La rue de Ja Banque a été percée depuis sur lem. placement de ce monastére; des batiments nouveaux ont remplacé les anciens, sans changer de destination.
AUGUSTOW , autrefois chef-lieu d’un palatinat de Pologne du méme nom, fut fondée en 1557 par le roi Sigismond-Auguste, sur la Netta, un des affluents de la Narew. Sa population est d’environ 11,000 Ames.
L’ancien gouvernement d’Augustow, remanié en 1866 et Yun des dix de la Pologne, et quia pour chef-lieu Suwalki, est généralement plat. Divisé en cing arrondissements (0bwoidy) : Loinza, Augustow, Sejny, Kalwarja et Mariampol, il abonde en lacs et en foréts, ainsi qu’en riches paturages. Le commerce des blés et des bois s’y fait dans de vasves proportions, fayorisé qu’il est pour ses exportations par le canal d’Augustow, qui relie la Vistule a la Baltique, prés de Pindawa en Courlande. La construction en fut entreprise il y a peu d’années afin de rendre le commerce de la Pologne indépendant de la Russie, mattresse des embouchures de la Vistule et du Ni¢men. On éyvaluait, en 1861, 1a population de ce gouvernement 4 636,531 habitants, qui sont en partie Mazoviens et en partie Samoitdes d’origine. Depuis 1830 on y a transporté aussi un grand nombre de Philippons, pour remplacer les habitants qui, par ordre de ’empereur Nicolas, avaient été répartis entre différents gouvernements intérieurs de la Russie.
AUGUSTULE. Romutts Momyttus Avcustus, surnommé par dérision Augustulus, était fils d’Oreste, général des armées romaines dans !es Gaules. Celui-ci s’étant réyolté, l’an 475 aprés J.-C., fit proclamer son fils empereur. Augustule éfait remarquablement beau : c’est 1a le seul éloge qu’on fasse de lui, et tont .e yon sait de son régne éphémére, c’est qu’il enyoya un anwassadeur a Basilisque pour lui notifier son avénement au trone d’Occident, doi il ne tarda pas a étre précipité. Odoacre, roi des Hérules, dont la noblesse romaine avait imploré le secours, marcha sur Rome, fit mettre 4 mort Oreste, et se contenta de dépouiller son fils de la pourpre impériale et de l'exiler, avec une pension annuelle de 6,000 écus d’or, en Cainpanie, dans un domaine qui avait autrefois appartenu a Lucullus. Odoacre prit alors le titre de roi d’Ilalie. Ainsi finit l’em-
Rome dut alors se courber sous le joug d’un barbare, dont le nom seul a l’époque florissante de la république edt été regardé comme une injure. Cette grande révolution s’effectua l’an 476 de J.-C., juste cing cent sept ans aprés la bataille d’Actium. C’est une circonstance assez bizarre que le dernier empereur se soit appelé Romulus Augustus, et qu’il ait porté par conséquent le nom du premier roi des Romains et celui de leur premier empereur.
AULAGNIER (Avexis-Francois), médecin de quelque réputation, naquit en 1767, 4 Grasse, alors siége d’un évé ché. Aprés avoir fait de bonnes études dans le séminaire de sa ville natale, Aulagnier étudia la médecine 4 Montpellier, ou il eut pour maitres de savants hommes, & la téte desquels brillait Barthez. On le recut ducteur en 1789, et ce fut pour cette circonstance qu’il rédigea en latin une thése sur l’insolation. Une fois médecin, il choisit Marseille pour résidence. Trés-attentif aux bruits du dehors, surtout aux refrains de la Marseillaise , trés-influengable de sa nature, et trés-enclin a imiter, son zéle pour la république alla jusqu’a Vexaltation et quelquefois jusqu’a Vimprudence. Cependant, et tout en desservant l’hdépital militaire de Marseille, il contracta d’intimes relations avec queiques parents de Napoléon, et dés lors i] devint bonapartiste aussi dévoué qu’il s’était montré ardent républicain: et cela méme, tout désintéressé qu'il était, parut un instant fonder sa fortune. Tl fut tour 4 tour médecin de Murat, dés que Murat fut roi de Naples, puis médecin de Joseph. Aulagnier futau nombre de ceux que la chute de |’empire laissa le plus attristés, le plus dénués, le plus profondément malheureux. Tout lui manquait, les consolations, V’espérance, une bibliothéque, et méme les idées. I] publia cependant quelques écrits, un sur la coligue de Madrid, wn autre sur UVemploi du feu comine reméde désespéré des maux qui n’en ont pas d’autres (il avait guéri de la sorte un ou deux pulmoniques), enfin un Dictionnaire des Aliments, le seul de ses ouvrages dont on se souvienne encore. Quoique ce livre ne soit qu’une compilation fort indigeste et destituée de toute originalilé quelconque, je ne suis pas bien certain qu’Aulagnier luiméme l’ait composé : j’en ai vu faire un semblable, et a coups de ciseaux, quelques mois auparavant, par un. ignorant qu’on nommait Gardeton. — Aulagnier muurut A Paris, le 30 décembre 1839. Isid. Bourbon.
AULICH (Louis), générai dont [e nom se rattache au souvenir de la révolution hongroise, né 4a Presbourg, en 1792, était au nioment ou éelata la révolution de mars 1848 lieutenant-colonel du régiment d’infanterie autrichienne de l'empereur Alexandre, qui tenait alors garnison en Hongrie. Quoique composé en grande partie de Slaves, ce corps préta serment @ la nouvelle constitution hongroise, et fut envoyé aux retranchements de Saint-Tamas, contre les Serbes. Aulich se distingua dans les nombreuses attaques tentées contre cette forteresse serbe, et passa colonel, puis commandant du régiment précité. Dans les derniers mois de 1848 il fut envoyé sur la rive gauche du Danube, a l’effet d’opérer de concert avec les troupes concentrées sur ce point contre les corps d’armée combinés aux ordres de Schwartzenberg et de Simunich, En conséquence, et par suite de la part importante qu’il prit 4 la campagne @hiver, il fut promu au grade de général le 7 mars 1849, par le ministre de la guerre Messaros, et recut en cette qualité le commandement du deuxiéme corps d’armée. Dans cette position il contribua activement aux brillantes victoires que larmée hongroise remporta en mars et avril sur Windischgreetz : aussi Kossuth {it-il mention expresse de lui dans sa fameuse proclamation de Guda'llu. Tandis qu’a la suite de ces victoires Garrgei courait au secours de Komern, Aulich avait ordre de masquer ce mouvement en harcelaut et en trompant les troupes impériales devant Pesth par des attaques simulées et de petites escarmuuches. I s'acquitta
parfaitement de cette mission; et quand les troupes imriales évacuérent enfin Pesth, le 23 avril, il y entra le demain 24, et, considéré comme le héros du moment, y
fut accueilli avec les démonstrations de la plus vive allégresse, tant par les autorilés constituées que par la population. Dans les premiers jours Ge mai il passa avec son eorps d’armée sur l’aulre rive du Danube, et cul alors une part importante au siége et a la prise d’assaut d'’Ofen. Au mois de juillet il ful envoyé, avec Ganyi et Kis, 4 Komorn prés de Geergei, 4 l’effet de déterminer celui-ci 4 obéir aux ordres du gouvernement; mais il échoua dans cette mission. Quand plus tard Gergei, placé dans lalternative de renoncer 4 son commandement ou Aa son portefeuille, prit ce dernier parti, Aulich fut choisi pour le remplacer comme ministre de la guerré. Mais d’une part il ava‘l trop peu d’énergie, et de l’autre trop de confiance en Ge rgei, pour étre capable de renverser le traitre au dernier moment par une attitude vigoureuse, ainsi que le lui eussent permis ses fonctions de ministre de la guerre. Dupe de Geergei, il consentit au contraire 4 entrer comme lui en pourparlers avec les Russes 4 Arad. Il recut d’ailleurs dans cette méme ville la récompense de son aveugle confiance, et y périt, le 6 octobre 1849, au gibet, avec douze autres compagnons d'infortune. Aulich était incontestablement un des officiers les plus honorables et les plus braves de |’armée hongroise; mais comme général en chef il s’en fallait qu'il fat doué de cette promptitude de coup d’wil et de cette fertilité de ressources qui distinguaient beaucoup de généraux plus jeunes que lui. Ministre, il manquait de la prudence qu’on exige chez l'homme d’Etat, et dans les moments décisifs l’énergie lui faisait trop souvent défaut.
AULIDE, ou AULIS. On nest pas trop d’accord aujourd’hui sur la nature de ce lieu, fameux par l’embarquement des Grecs pour la guerre de Troie et le sacrifice, vrai ou prétendu, d’Iphigénie. Quelques-uns disent que c’était une ville de Béotie, en Gréce; Servius assure que c’était une tle qui possédait une ville de méme nom, avec un port capable de tenir cinquante vaisseaux. Eschyle, dans Agamemnon, Sophocle, dans £lectre, et, aprés eux, Lucréce, Horace et beaucoup d'autres, veulent qu’on ait en effet répandu le sang d’Iphigénie, et qu’elle soit morte en Aulide; mais Homére, le pére des poétes, a si peu prétendu qu’lphigénie edt été sacrifiée en Aulide, ou transportée en Scythie, que, dans le neuviéme livre de l'/liade, Agamemnon fait offrir en mariage a Achille sa fille Iphigénie, qu'il a, dit-il, laissée 4 Mycénes, dans sa maison. Quoi qu’il en soit, il est probable qu’ Aulide est 4 la fois le nom propre d'une ville de Béotie en Gréce et d’un pays dont elle était la capitale.
AULIQUE (du latin aula, cour souveraine), Autrefois on appelait de ce nom certains officiers impériaux composant une cour supérieure. Ainsi l'on disait : conseiller aulique, cour aulique.
Le conseil aulique fut iustitué par ’empereur Maximilien 1°, en 1501. Ce prince avait d’abord chargé ce conseil de l’exercice de ses réservats impériaux, mais il le rendit ensuite compétent pour toute sorte de procés qui aurait di étre seulement du ressort dela chambre impériale, prétextant, pour justifier cette innovation, qu’en consentant a ‘institution de cette derniére il avait réservé expressément son droit de suprémejuridiction, Ses successeurs limitérent, etcontinuérent a favoriser les usurpations du conseil aulique. Cependant il n’atteignit tont son développement qu’a la paix de Westphalie. Le conseil aulique etait sous l’entiére et unique dépendance de l'empereur, qui nommait ses membres. I] était composé d’un président, d’un vice-président et de conseillers en nombre illimité, mais partagés en deux classes : les assesseurs comtes ou barons, et les assesseurs jurisconsultes, I) avait été stipulé par le traitéde Westphalie qu’il y aurait au moins six conseillers protestants, et qu’en
AULICH — AULNOY
cas de partage leurs voix réunies contrenaancera‘ent les voix catholiques, en quelque nombre qu’elles fussent.
Le conseil aulique jugeait seul, et a Vexelusion de la chambre impériale, 1° toutes les causes féodales qui avaient pour objet des fiefs entiers; 2° toutes celles qui étaient relalives aux réservats des empercurs, toutes celles qui avaient trait aux affaires et aux vassaux d'Halie. Ce conseil représentait en outre la cour féodale d’Allemagne, et donnait Pinvestiture aux comtes ef aux barons du saint-empire relevant du royaume de Germanie ou de celui ddtale. [n'y avait aucune voie @appel contre les arréts du conseil aulique, qui jugeait en dernier ressort ; le seul recours que Von ent était une supplication analogue a la reg wéle civile, ei adressée a Vempereur. Quand tous les Elats de Vempire avaient un grief commun contre une décision du conseil aulique, ils prenaient leur recours a la diéte. Le traité de Westphalie avait donné a l’électeur de Mayence le droit de surveiller ce tribunal.
A la mort de l’empereur les pouvoirs des membres du conseil aulique cessaient de plein droit, et pendant les interrégnes le tribunal était vacant; mais alors les deux vicaires de l’empire instituaient pour les provinces de leur ressort des tribunaux de vicariat qui remplissaient toutes les fometions du conseil aulique.
En théologie on appelait aulique la thése soutenue dans plusieurs universités le jour ou un licencié en théologie recevait le bonnet de docteur, et a laquelle le nouveau docteur présidait, aprés avoir regu son grade.
AULNE. Voyes Aune.
AULNOY ou AUNOY (Manie-Catnerine-Jumette DE BERNEVILLE, comtesse p’), romanciére, née en 1650, de parents nobles , dans un chateau de Normandie, etait niéce Wune certaine comlesse Desloges, célebre sous Louis XUL par son esprit et par ses rapports avec les hommes Jes plus distingués de cette époque. Elle épousa le comte d’Aulnoy, qui, ayant eu le matheur d'etre accusé du crime de lése-majesté par trois Normands, fut en grand peril d’avoir la téte tranchée. Heureusement un de ses accusateurs, mQ par un remords de conscience, rétracta sa déposition.
Les mémoires contemporains nous représentent la comtesse d’Aulnoy comme une gracieuse et aimable femme, dont la demeure était le rendez-vous de la compagnie la plus élégante et la plus choisie Elle ne de buta, néanmoins, que fort tard dans la carriére des lettres, car elle avait déja quarante ans lorsqu’elle publia le meilleur de ses romans ; Hippolytle comte de Douglas, suivi dun grand nombre d’autres, que les désweuvrés des provinces lointaines lisent encore faute de mieux, La Harpe mhésite pas cependant a mettre ses quatre volumes de Contes de Fres au-dessus de ceux de Perrault. Il y a du méritedans le Com/e de Warwick et dans les Nouvelles espagnoles ; sa Relation d'un Voyage en Espagne abonde aussi en détails piquants et en observations pleines de finesse. Mais les Mémoires historiques de ce qui s’est passé de plus.remarquable en Europe de 1662.a 1679, ceux de la Cour d Espagne, et surtout l Hisfoire de Jean de Bourbon, prince de Carency, ne sont que des compilations indigestes , n’ayant rien @historique que le titre et ne reproduisant que le mauvais cote des romans. On lui attribue encore phisicurs piéces de vers et le Recueil de Barbin, nouvelle compilation en cing volumes.
A tout ce fatras, presque constamment écrit sans esprit, sans gont, sans finesse, un seul ouvrage survivra, ¢’est le roman d'Hippolyte comte de Douglas. Vy a dans ce livre de Timagination et de linterét. On y trouve de la chaleur, du naturel dans le style, et des aventures attachantes, Toutefvis, auteur est une de ces imitatrices de M™ de la Fayette fort inférieures a leur modéle pour Part dinventer et a’éerire, M"'d’Aulnoy mourut en 1705, laissant unelilie, M"" d' teers, qui, elle aussi, a publié quelques éerits; mais ils ont ea moins de retentissement eacore que cour de sa mere,