‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 5)Chapitre 16 sur 488 · ARLES — ARLINCOURT · texte numérisé non relu

ARLES — ARLINCOURT

capitale du corps des cing provinces, par la translation qu’y fit ’empereur Valentinien If du siége du préfet du prétoire des Gaules, qui jusque alors avait existé 4 Tréves. Cest de son titre de métropole, et non de la fertilité, d’ailleurs trésrenommeée, de son territoire, que la ville d’Arles est qualifiée dans des diplémes de Valentinien et d’Honorius mére de toutes les Gaules. Cette époque fut celle de la plus grande splendeur de cette cité. Lorsque le corps des cing provinces romaines fut porté A sept, Arles conserva entiére sa suprématie civile, et obtint, par une décrétale du pape Zozime (22 mars 417), la prééminence ecclésiastique sur les deux Narbonnaises et la Viennoise. Tous les ans, du 15 aodt au 15 septembre, se tenait 4 Arles l’assemblée des notables des sept provinces, en présence du préfet des Gaules. Le 1° avril 418 ’empereur Honorius avait ainsi réglé la convocation et la durée de ces assemblées , qui existaient dans la Narbonnaise avant les Romains, et dont les états du Languedoc ont été Ja continuation, modifiée par le régime féodal.

En 425, 429, 452 et 457, Arles soutint quatre mémorables siéges contre les Visigoths, qui s’en emparérent en 466. Ibbas, général de Théodoric II], remporta sous ses murs une grande victoire, en 508, contre les Francs et les Bourguignons, qui voulaient forcer le passage du pont du Rhéne pour se répandre dans la Provence. Les Visigoths, peuple le plus éclairé parmi les barbares, ne firent point déchoir la ville d’Arles de son ancienne prospérité. Théodoric lui conserva sa prééminence sur les autres villes des Gaules en y rétablissant, en 511, le siége de la préfecture , comme capitale de ses Etats.

A la chute des Visigoths , Arles tomba sous la domination des Francs. Ce fut ’époque de sa décadence, hatée par les désastres de plusieurs invasions. L’empereur Justinien I° confirma aux Francs leurs conquétes sur les Visigoths, et leur céda tous les droits que pouvait avoir ’empire sur la ville d’Arles. Gontran, roi de Bourgogne, recueillit cette ville de la succession de Caribert. Elle passa en 593 4 Childebert, son neveu. Aprés la mort de Thierri II, second fils de Childebert (613), la ville d’Arles, ainsi que la Provence, fut réunie avec toutes les autres parties de la monarchie frangaise par Clotaire If. Elle fut gouvernée par les rois francs jusqu’en 865, ou elle fut incorporéeau royaume de Provence, érigé en feveur de Charles, troisiéme fils de ’empereur Lothaire. Charles mourut 4 Lyon en 863. Interrégne jusqu’en 877,

Boson II, fils de Théodoric I**, comte d’Autun, et petitfils de Childebrand IT, recut de ’empereur Charles le Chauve Vinvestiture du royaume de Provence, a charge de vassalité envers empire. Il prit les armes pour secouer le joug de cette dépendance, et y parvint en 887. Louis l’Aveugle, son fils, couronné roi de Provence en 890, fut élevé a l’empire en 901. En 905 il nomma pour administrer la Provence le comte Hugues, fils de Thibaut , comte d’Arles. Ce éméme Hugues, devenu roi de Lombardie en 926, conserva Vautorité souveraine en Provence, au préjudice de Charles- Constantin, fils unique de Louis l’Aveugle.

Par un traité fait en 933, Hugues, roi d’Italie, céda la Provence & Rodolphe ll,roi de la Bourgogne Transjurane. La réunion de ces Etats prit la dénomination de royaume d’Arles. Conrad Je Pacifique succéda, en 937, a Rodolphe II, son pére. Il eut adresse de faire combattre l’une contre autre deux formidables armées de Sarrasins et de Hongrois qui avaient envahi son royaume. Au plus fort de l’action, il enveloppa les combattants, etles passa tous au fil de l’épée. Rodolphe III, son fils et son successeur, en 993, whérita d’aucune de ses qualités. Sa faiblesse enhardit les grands du royaume a usurper le pouvoir souverain dans les gouvernements qui leur étaient confiés.

Sa couronne passa, en 1033, & ’empereur Conrad le Salique , quwil avait institué son hériticr. Ce prince soumit a

son obéissance la plupart des seigneurs , mais les plus puissants se maintinrent dans les petites souverainetés qu’ils avaient fondées. Les successeurs de Conrad en Jaissérent accroitre le nombre, et concédérent & beaucoup de prélats les droits régaliens, en sorte que le royaume d’ Arles ne fut plus qu’une monarchie nominale , qui ne donna qu’un titre, pour ainsi dire sans autorité, aux chefs de !l’empire, Henri INI, le Noir, fils unique de Conrad, fut couronné roi d’Arles & Soleure en 1038. Henri IV, fils de Henri le Noir, lui succéda en 1056, et eut pour successeur, en 1106, son fils Henri V, mort en 1125, sans postérité. Les empereurs de la maison de Souabe et ceux de la maison de Habsbourg ont conservé les mémes prétentions de souveraineté sur ce royaume; maisils n’ont jamais pensé a le rétablir.

A cette époque nous voyons Arles prendre part a la querelle des comtes de Provence et de la maison de Baux, s’alliant tant6t avee les premiers, tant6t avec cette derniére, suivant les intéréts de sa politique. Au commencement du treiziéme siécle , avec le secours du comte Raimond-Bérenger IV, Arles se soustrait 4 Vimmédiateté de empire. Raimond VII, comte de Toulouse, qui en recut l’investiture de Yempereur Frédéric II, assiégea inutilement cette ville pendant toutl’été de 1240. Elle se constitua en république, établit un gouvernement consulaire, et se maintint dans son indépendance, malgré les menaces d’Alfonse, comte de Poitiers, gendre et successeur de Raimond VII. Cependant, en 1251, Arles fut obligée de reconnaitre l’autorité de Charles I°", comte d’Anjou et de Provence. Depuis cette époque Arles a suivi Ja destinée du reste de la Provence.

Comme province ecclésiastique, Arles comprenait cing diocéses : Arles, Marseille, Orange, Saint-Paul-Trois-Chateaux et Toulon. Il s’est tenu treize conciles dans cette métropole. Le plus célébre de ces conciles fut celui qui s’assembla le 1°" aoit 314, par ordre de Constantin; six cents évéques d’Italie, d’Espagne, des Gaules et d’Afrique y assistérent. Laing.

ARLINCOURT (Victor, vicomte pv’), né au chateau de Mérantris, prés de Versailles, en septembre 1789, appartenait A une famille picarde, dont l'un des membres fut ambassadeur sous Charles le Téméraire. Le pére de Victor dArlincourt, qui avait été fermier général, périt en 1793 sur ’échafaud révolutionnaire. A peine 4gé de vingt ans, Victor d’Arlincourt fut nommé, par ’empereur Napoléon, écuyer de Madame mére. Un peu plus tard, il épousa la fille du sénateur comte Chollet (morte en 1847 ), puis il fut envoyé en Espagne et nommé intendant de l’armée d’ Aragon. Le jeune administrateur sut si bien se concilier l’affection des Espagnols, que la junte de Tarragone fit frapper en son honneur une médaille d’or. Cette médaille était accompaenée d’une lettre, dont les termes emphatiques durent également flatter Pamour-propre de l’administrateur et les godts littéraires du poéte. Lorsqu’ils disaient que « cette médaille était destinée a transmettre dignement aux siécles les plus reculés Vimpression sublime que sur les dmes véritablement espagnoles causent les vertus francaises , » les habitants de Tarragone parlaient, sans le savoir, la langue du futur auteur de la Caroléide et de l’Amour et la Mort.

Le retour des Bourbons ne pouvait étre vu avec regret par Vancien écuyer de Madame mére. Le descendant d’un ambassadeur, le fils d’un gentilhomme mort pour le roi, avait bien pu accepter les bienfaits de ’empire, mais il n’avait pas entendu renoncer 4 des souvenirs qui formaient la plus belle part de V’héritage paternel. Louis XVIII accueillit avec bonté M. d’Arlincourt, et le nomma maitre des requétes au conseil d’Etat. Pendant les Cent-Jours M. d’Arlincourt se retira en Picardie, En 1815 il s’attendait 4 voir une brillante carriére s’ouvrir devant lui : décevante illusion ! on ne Jui laissa pas méme sa place de maitre des requétes. 1] eut le bon esprit de se consoler de cette injustice ; il est vrai que, maitre d’une belle fortune, la philosophie lui était plus facile qu’a tout

24 ARLiNCOURT — ARMADA

autre. Retiré dans son chateau de Saint-Paer, en Normandie, il s’'y livra exclusivement a la culture des lettres, et eut Yhonneur d’y recevoir la duchesse de Berry avec un luxe arcadien qu’edt envié certainement Honoré d’Urfé recevant sur les bords du Lignon quelque princesse de Lorraine ou de Savoie. ;

Des 1810, lorsqu’il n’était encore que simple écuyer, M. d’Arlincourt avait eu un commencement de commerce avec les Muses; il avait composé un petit poéme intitulé une Matindée de Charlemagne : cette matinée était une allégorie dont le Charlemagne ¢tait Napoléon 1°, empereur des Frangais. Ce petit poéme de deux ou trois cents vers fut Yoeuf d’ou sortit, huit ans plus tard, un gros poéme de plusieurs milliers de vers , intitulé la Caroléide. Cette fois c’est bien du chef de la dynastie des Carlovingiens qu’il s’agit; Charlemagne, ce n’est plus Napoléon, tout au plus serait-ce l’auguste auteur de la Charte. Autres temps, autres allégories! La Caroléide obtint un grand succés; succes d’enthousiasme auprés des uns, succés de ridicule auprés des autres.

A la Caroléide succéda le Solitaire (1821), roman dans lequel l’auteur eut l'intention de peindre les Meeurs du moyen Age. Le Solitaire eut un retentissement inusité, On en fit en peu de temps trois ou quatre éditions; on en fit un drame; on donna son nom tous les colifichets de la mode; on porta des habits solitaires, des robes solitaires 5 le solitaire s’appliqua & tout. Ce roman est a notre avis le premier et le dernier mot de la muse de M. d’Arlincourt ; cet écrivain n’a rien fait de mieux que le Solitaire. Si cet ouvrage est celui ot on trouve le plus de tournures bur- Jesques, d'inversions mauvaises, de termes faux et de choquantes invraisemblances , c’est aussi celui dont la fable offre le plus d’intérét et de mouvement. Le Renégat, qui parut en 1823, Ipsibod et ’ Etrangere, publiés, Pun en 1823, Vautre en 1825, n’en sont que des pastiches affaiblis , décolorés : c’est toujours le méme faire, ce sont les mémes ficelles, le méme style prétentieux, mais avec moins d’originalité, de verve et @imagination. D’Aglincourt affectionnait par-dessus tout, dans ses ouvrages, les allures cheva- Jeresques et les situations mélodramatiques. Ses héros sont des matamores , faisant d’ordinaire beaucoup plus de bruit que de besogne, des espéces de Don Quichotte, toujours préts a se battre contre des moulins 4 vent. Avec de tels personnages il était difficile de tracer un tableau tant soit peu exact des meeurs de telle ou telle époque : aussi n’y at-il de vraiment historique dans tout ce qu’a écrit M. d’Arlincourt que les noms et les dates; le reste est pure fiction.

Quoi qu’il en soit, si les ouvrages que nous yenons de citer ne manquent pas de défauts, ils ont du moins le mérite de laisser voir 4 nu et sans voile toutes les eS de V’écrivain. Quand il vous montre le duc de Bourgogne, vous étes sir que c’est bien le duc de Bourgogne qu’il veut vous montrer. Il n’en est pas de méme de ses derniers roinans : les Rebelles sous Charles V, Bannissement et Retour de Charles VII, les Ecorcheurs , le Brasseur-roi, Double regne, Uv Herbageére. L’auteur, probablement par réminiscence de 1810, ne procéde plus que par allégorie. Les Rebelles sous Charles V, allégorie dirigée contre le parti qui fut vainqueur en 1830! le Retour de Charles VII, allégorie faite en vue du prochain retour du duc de Bor-

deaux! le Brasseur-roi, allégorie! Double régne, allégorie! «

les Ecorcheurs, allégorie! U’ Herbagere, allégorie! M. d’Arlincourt continue, comme précédemment, de peindre le moyen age, mais il le peint sur te dos des contemporains ; ou plutot il fait de Phistoire contemporaine , quil habille tour 4 tour 4 la mode de Charles VII ou de Charles V

selon que le travestissement lui semble aller ou non aux personnages qu'il veut mettre en seine. L’esprit de parti s'accommode fort bien sans doute de ces allusions rétros~ pectives; mais qu’a de commun la littérature historique

avec tous ces mensonges écrits en prose plus ambitieuse que solide , plus redondante que riche? Si M. d’Arlincourt tenait absolument alors 4 mettre son escopette de poéte et de romancier au service de ses préjugés politiques , que n’attaquait-il franchement ses adversaires, au lieu d’aller s’embusquer derriére des ruines pour tirer sur eux a la facon du mendiant de Gil Blas? L’ Etoile polaire, une des derniéres productions de M. d’Arlincourt, est une suite d’impressions de voyage, ou l'on remarque, a cété d’observations sans nouveauté et prétentieusement naives, plusieurs anecdotes simplement racontées. L’auteur ne manque pas, il est vrai, toutes les fois que J’occasion s’en présente , de jeter une fleur sur le passé et de décocher une épigramme contre le présent.

Ce que Villustre vicomte n’avait pas jugé a propos de faire sous Louis-Philippe, il le tenta impunément sous la république. Levant alors la visiére , il langa cranement a la face du nouveau gouvernement plusieurs pamphlets crdment légitimistes et antidémocratiques, tels que Dieu le veut et Vitalie Rouge. Ce dernier lui a méme donné maille & partir devant Jes tribunaux avec l’ancien princede Canino, ex-président de la constituante romaine et cousin du président de la république frangaise. A la fin de la monarchie constitutionnelle, malgré ses aboutissants et ses écus, Yauteur de la Caroléide avait échoué dans la poursuite de Ja direction du troisitme thédtre lyrique, qu’il voulait faire donner 4 MM. Ch. Mirecour et Coignard, « se proposant seulement, d’aprés sa déclaration, d’exercer une certaine influence sur la nouvelle scéne comme écrivain, »

Outre la Caroléide, d’Arlincourt a fait un autre poéme, qui a pour titre Jsmaéli, ou V Amour et la Mort, et une tragédie, le Siége d’Arras, qui n’eut aucun succes, et coita, suivant un bibliographe, vingt mille francs 4 son auteur. Le méme ajoute que le noble vicomte a toujours eu soin de faire traduire a ses frais dans sept ou huit langues chacune de ses ceuvres. Charles BALLARD.

Le vicomte d’Arlincourt est mort 4 Paris le 22 janvier 1856.

ARLON, chef-lieu du Luxembourg belge, sur une colline, avec 5,647 Ames, est une ville propre et florissante, qui fait un grand commerce en grains et en fer. Les Romains la nommaient Oro/anum. Le 10 avril 1793 les Frang¢ais , commandés par Jourdan, remportérent prés d@’Arlon une victoire sur les Autrichiens.

ARMADA, mot espagnol, qui sert 4 désigner une flotte de yaisseaux de guerre, et qui a été donné plus spécialement dla redoutable force maritime, dite la flotte Invincible, qui fut équipée en 1588 par Philippe II, roi d’Espagne, pour envahir l’Angleterre, que le pape lui avait donné a conquérir. Cette épithéte, toute castillane , d’invincidble contraste ridiculement, dans l'espéce, avec la catastrophe qui termina l’expédition. Elle avait eu pour causes principales les affronts que les flottes anglaises avaient fait essuyer au fils de Charles-Quint , non moins que le désir de ce prince de transmettre a la postérité la plus reculée son nom comme celui d’un opiniatre défenseur de la vraie foi. A ses yeux il était urgent de détroner Elisabeth, qu’il regardait comme la protectrice et le boulevard de la religion protestante.

Les préparatifs de cette attaque furent conduits avec un secret profond, mais en méme temps avec toute I’énergie et toute la vigueur dont Philippe 11 était capable. Ses ministres, ses amiraux, ses généraux, rivalisérent d’activité, et des mesures furent prises non-seulement en Espagne, mais dans tous les ports de Sicile, de Naples et de Portugal, pour mettre en mer la plus formidable flotte qu’on edt encore vue. Elle se composait de 130 grands vaisseaux de guerre et de 30 autres batiments de moindre dimension; elle avait & bord 19,295 soldats de marine, 8,460 matelots, 2,088 galériens, et portail 2,630 canons, sans compter le grand inquisiteur et 150 dominicains, destinés & importer le tribunal du saint-office en Angleterre. D'immenses prépa-

Page 1