‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 5)Chapitre 152 sur 488 · AUSTERLITZ · texte numérisé non relu

AUSTERLITZ

plus beaux de la contrée, possédant des jardins magnifiques et une préeieuse collection de tableaux. A 5 kilometres Quest de cette ville on va visiter le champ de bataille devenu célébre par l’éclatante victoire que, le 2 décembre 1805, l’empereur Napoléon y remporta sur les armées réunies de l’Autriche et de la Russie, commandées par les empereurs Francois et Alexandre en personne; c’est de cette circonstance que la bataille d’Austerlitz regut des soldats le nom de journée des trois empereurs.

La journée d’Austerlitz est le complément de cette étonnante campagne de quinze jours (vendémiaire an XIV) qui eut pour début la capitulation d’Ulm et pour résultat Yoccupation de Vienne par les Frangais. La bataille fut livrée le 11 frimaire an XIII (2 décembre 1805), jour anniversaire du couronnement; circonstance qui explique en partie les prodiges de valeur qu’enfanta l’enthousiasme de Parmée. Il faut avouer aussi que rien n’avait été négligé pour le porter au comble. On songea méme a perpétuer cet enivrement; car du camp d’Austerlitz furent rendus plusieurs décrets que Von pourrait citer comme des types de la magnificence de Napoléon , notamment institution qu’il prescrivit d’une solennité religieuse en commémoration de sa victoire, dont il envoyait les trophées 4 l’archevéque de Paris pour étre déposés a |’église métropolitaine.

Depuis la prise de Vienne, Napoléon, établi a Schoenbrunn, aprés avoir obtenu la neutralité de la Hongrie et entamé des négociations avec la Prusse, marcha vers Brinn. Il enyvoya Savary au quartier général russe pour offrir la paix; mais les conditions de la Russie furent inacceptables. Les Russes étaient sirs de la victoire.

Le général Koutousof se croyait prédestiné & triompher du plus grand capitaine des temps modernes, et il en justifiait toutes les prévisions par ses fausses manceuvres. « Refusons notre droite, disait Napoléon; ce mouvement engagera les Russes 4 quitter les positions qu’ils occupent ; fussent-ils trois cent mille, ils sont pris en défaut et perdus sans ressource; » et le 1°’ décembre Koutousof comblait les espérances de son ennemi en abandonnant ses hauteurs pour tourner le flanc droit de ’armée frangaise. « Voyez, dit alors Napoléon & Berthier, avant demain au soir cette armée est 4 moi; » et le lendemain la prédiction était accomplie.

Mais la veillée d’Austerlitz a sa célébrité, et il n’est pas permis 4 histoire de la passer sous silence. Napoléon avait ranimé |’exaltation de ses troupes par ces paroles entrainantes : « Soldats, l’armée russe se présente devant vous pour venger l’arméeautrichienne : ce sont ces mémes bataillons que yous avez battus 4 Hollabrun, et que vous avez constamment poursuivis. La victoire ne saurait hésiter dans une journée ou il y va de ’honneur de V’infanterie francaise. Que chacun se pénétre de cette pensée, qu’il faut vaincre ces stipendiés del’ Angleterre, qui sont animés d’une si grande haine contre notre nation! Cette victoire finira notre campagne, et la paix que je ferai sera digne de mon peuple, de vous et de moi. »

Cette proclamation, que j’abrége, circulait encore dans les bivouacs, quand Napoléon s’y présente. L’armée se rappelle a l’instant que le lendemain est l’anniversaire de son couronnement, et, par un mouvement électrique, cinquante mille bouchons de paille, attachés aux baionnettes des fusils , lui offrent le spectacle d’une brillante illumination. « Sire, lui dit un grenadier, tu n’auras 4 combattre que des yeux, nous (’aménerons demain les drapeaux et l’artillerie des Russes. » La nuit entiére se ressentit de cette féte improvisée, et Napoléon entra dans sa baraque avec la certitude de la victoire.

Le 2 décembre parut enfin sur horizon le soleil d’Austerlitz, expression devenue classique dans nos fastes militaires. Koutousof avait divisé son armée en cing colennes. La premiére, commandée par Doctorof, prita son extréme gauche les positions d’Hostériadek ; la seconde, celles de Prat-

zen, sous les ordres de Langeron , et toutes les deux ob‘%ssaient au commandement supérieur de Buxbowden. A la droite du méme village vint se placer Przybyzewsky avec la troisiéme, dont Koutousof se réserva la direction supréme. Les Autrichiens form@ent les deux autres avec la division russe d’Ouwarof, et marchaient en seconde ligne sous la conduite du prince de Lichtenstein ; la quatriéme occupa la route d’Austerlitz & Brinn, et la cinquiéme les derriéres de Pratzen. La garde impériale russe couvrit Austerlitz de ses masses, que le tsar regardait comme invincibles; Bagration formait l’extréme droite avec leur avant-garde, en avant des villages d’Holubitz et de Blazovitz; et Kienmayer, arrivé dans la nuit avec sa cavalerie dans le vallon d’Augerd, avait flanqué l’extréme gauche des alliés et débordé la droite de notre armée.

Cent mille combattants se présentaient ainsi devant soixante-dix mille Frangais; mais Napoléon les commandait , et chacun de ses lieutenants avait amassé déja plus de gloire et de science que le tsar et tous ses généraux n’en avaient 4 compromettre. Napoléon parcourait dés le matin les rangs de son armée, et |’électrisait encore par ses discours. « Souvenez-vous, disait-il, que cette bataille doit étre un combat de géants. Il faut finir par un coup de tonnerre, qui confonde lorgueil de nos ennemis et apprenne au monde que nous n’avons pas de rivaux. » « N’oubliez pas, ajoutait-il en passant devant le 57° régiment, que depuis bien des années je vous ai surnommé le Terrible. » Ses regards pendant ce temps observaient les mouvement de l’ennemi; et il s’apergut, avec une grande joie , que les Russes, trop fiers pour se laisser attaquer, abandonnaient encore les fortes positions de Pratzen pour s’aventurer dans la plaine. La prise de ces hauteurs lui parut alors une opération décisive, et, se tournant vers le maréchal Soult , il lui demanda combien de temps il lui faudrait pour les couronner. — « Moins de vingt minutes, sire, » répondit le maréchal ; — et Napoléon, qui connaissait son lieutenant et la justesse de son coup d’cil, différa cette attaque d’un quart d’heure , pour donner & ses ennemis le temps de tien marquer leurs mouvements et de dévoiler leurs projets.

Puis Soult partit comme l’éclair du ravin de Kobelnitz, gravit les hauteurs de Pratzen, culbuta l’ennemi; ef bientét le corps de Kolowrath, oi se trouvait Alexandre, fut enfoncé , mis en déroute ef obligé de s’enfuir en abandonnant toute son artillerie. A la gauche l’ennemi était éyalement pris en flanc, et les réserves se voyaient assaillies les premiéres. Voici 4 quelle manceuvre était dQ ce premier succes :

Rangés sur une chaine de collines & huit kilométres en avant de Brunn, depuis Bobenitz jusqu’d Telnitz , nos hataillons, forts, comme nous l’avons dit, de soixante-dix mille combattants, avaient vu défiler obliquement, a une trés-faible distance, Parmée ennemie qui venait se déployer sur une ligne paralléle. Dans la soirée du 1°" décembre, Napoléon jugeant Pennemi assez engagé dans ce mouvement demi-circulaire, avait commandé au maréchal Soult l’attaque dont nous venons de parler, afin d’arréter et de couper la gauche des Russes. Dans le méme but, il lanca le maréchal Davoust avec deux divisions, l'une d’infanterie, l’autre de dragons. En ce moment, la droite était commandée par le maréchal Soult , la gauche par le maréchal Lannes, et le centre par Je maréchal Bernadotte. Toute la cavalerie, échelonnée en arriére de la ligne de bataille, obéissait au prince Murat. Les divisions de cuirassiers des généraux Nansouty et d’Hautpoul se tenaient en réserve avec vingt-quatre pitces d’artillerie légére. Enfin, ?empereur pouvait compter sur une réserve non moins imposante, celle des dix bataillons de grenadiers réunis du général Oudinot et de dix bataillons de la garde, qu'il conservait pour ainsi dire sous sa main , avec tout son état-major, avec le maréchal Berthier, avec V’intrépide Junot, pour frapper un grand coup décisif

et brusquer la victoire si ce nouveau concours devenait nécessaire.

Cependant , la division Friant, attaquant les hauteurs et Je village de Telnitz, a la faveur d'un épais brouillard qui cachait ses mouveiments, en avait ®hassé les Autrichiens et les Russes, et n'avail été arrétée dans sa marche que par les hussards de Nostitz; mais la dispersion du brouillard qui avait protégé son atlaque fit connaitre a Pennemi la faiblesse de ce corps frangais; et i] déploya ses colonnes pour laltaquer, Friant fut assez prudent pour ne pas s’engager contre ces masses ; il évacua le village de Telnitz, et rallia dans sa retraite vers le centre de l’arinée les troupes de la division Legrand, qui, aprés avoir repris le deétilé , Yabandonnaient une seconde fois aux Russes. Les colonnes descendaient pendant ce temps des hauteurs du chateau de Sokolnitz pour se porter sur le village de ce nom. La division Friant l’avait déja dépassé; Legrand n’y avait laissé que deux bataillons pour soutenir sa retraite , sous la protection d’une batterie qui foudroyait les flancs des colonnes Trusses, et ces deux bataillons ne se repliérent qu’aprés une longue et meurtriére résistance.

Le défilé de Telnitz se trouva ainsi au pouvoir des colonnes moscovites; mais cette manwuvre était désormais inutile. Les divisions Friant et Legrand avaient rallié la grande armée ; elles s’étaient établies en bon ordre sur la lisitre du bois de Turas, et les Russes, maitres du terrain auquel ils avaient attaché une si grande importance, navyaient plus devant eux que de faibles partis de cavalerie qui se riaient de leur désappointement. Koutousof conservait cependant encore ses illusions. L’empereur Alexandre Pavait rejoint pour jouir de la défaite de Varmée frangaise, et la quatriéine colonne russe se disposait a descendre des hauteurs de Pratzen pour consommer sa victuire, quand de fortes masses d’infanterie parurent sur le Nance droit. Koutousof s’arréta stupéfait. Son offensive était terminée ; il sentit trop tard qu’il était coupé lui-méine par leftet de ses manceuvres, et réduit 4 se defendre contre un ennemi dont il commengait a recennaitre la superiorité.

Que s’était-il donc passé ? Pendant que le maréchal Soult marchait avec ses trvis divisions sur les hauteurs de Pratzen et disait au 10° Winfanterie légére ; « Rappelez-vous, mes braves, que vous avez battu les Russes en Suisse! » l’avantgarde ennemie avait débordé Pextrémité de notre droite ; mais Davoust était la. Tout aussitot on avait vu s’ébranler Murat avec sa cavalerie, tandis que Soult opérait avec les divisions Vandamme et Saint-Hlilaire. Leur feu ne commenga qu’a cent pas de l’ennemi , et sema le carnage et la derreur dans ses rangs ébranlés, Alexandre, qui faisait ses premiéres armes , combattit vainerent en soldat pour soutenir l’élan de ses troupes. Il ne retira de ce trait de courage que honneur de voir plier le 36° de ligne, sur lequel sétaient jetées deux brigades autrichiennes; mais ce triomphe fut de courte durée. Bernadotte, qui flanquait avec son corps d’armée la gauche du maréchal Soult, combattait de son cété prés du village de Blazowitz contre la garde russe, dont Koutousof et .e tsar avaient cru devoir ne faire qu'une réserve. La cavalerie de cette garde, en se rapprochant de Koutousof, rencontra sur sa route le 4° de ligne, qu'elle sabra et qui perdit son aigle dans cette charge; mais ce léger échec n’arréta point l'attaque de Soult. Koutousof avait évacué les hauteurs de Pratzen, il s’effor¢a vainement de Jes reprendre par une charge a la baiwnnette, Trois généraux russes furent blessés a la téte de leurs co- Jonnes , qu’aucun effort, aucun reproche ne put ramener au combat, Soult resta maitre de Pratzen et de ses hauteurs, fit poursuivre le genéral Kolowrath par ses avant-gardes , Jui enleva une grande partie de ses canons, et cette portion de l'armée russe edt été dés lors anéantie si le prince de Lichtenstein n’était venu, a la tete de ses troupes, la rallier dans 'y vallon de Krenovitz, au dela de Pratzen,

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