AUTEL — AUTEUR
malheureux réclamé par la justice des hommes pouvait rompre ses fers et pénétrer dans le sanctuaire d’un temple, embrasser les autels des dieux , il était sauvé, il avait trouvé un asile inviolable. Cette croyance généralement admise fut exploitée par les législateurs : c’était sur un autel que se scellaient les traités de paix, et celui qui les violait s’exposait aux imprécations promises a Vimpie; c’était au pied des autels que se serrait le lien conjugal, auquel la religion présidait avec toute sa majesté.
On placait les autels au fond du temple, et cette partie de Védifice était toujours tournée vers l’orient. La raison de cet usage s’explique facilement. La renaissance du jour est Vinstant ot! la puissance de la Divinité se manifeste avec le plus d’éclat. La religion chrétienne a adopté cette coutume, comme toutes celles du paganisme qui pouvaient se concilier avec la sévérité de ses dogmes.
Chez les Gaulois, on croyait faire injure 4 la Divinité en lui élevant des temples : les cérémonies religieuses avaient lieu dans l’épaisseur des foréts, au bord des torrents, a l’entrée des cavernes. On construisait pour servir d’autel une pile carrée, qui se rougissait trop souvent de sang humain. Ce peuple , qui avait de la Divinité des idées sublimes, qui reconnaissait si nettement ’immortalité de ’ame, déshonorait le plus beau des cultes par les sacrifices les plus barbares. Le temps a conservé quelques-uns de ces monuments dune superstition homicide. Ce sont des pierres massives , sans aucune inscription ni bas-reliefs, dans lesquelles quelques archéologues, a tort selon nous, n’ont voulu voir que des sépultures. Mais rien ne justifie cette opinion. La tradition seule apprend quel était leur usage. Voyez Dotmen, MENaIR, PIERRES LEVEES,
Nous arriyons a |’autel chrétien. Dans la primitive Eglise les chrétiens se réunissaient dans la maison de Pan d’entre eux pour chanter les louanges du Seigneur. Le premier des apdtres prenait le pain et le bénissait en pronongant les paroles du Maitre. L’autel n’était donc, comme celui ou Jésus-Christ institua Peucharistie, que la table d’an festin. Dans les catacombes les saints mystéres se célébraient sur le tombeau d’un martyr. Quand la religion put avoir des temples, le souvenir de ce temps de persécution fit donner & ses autels la forme d’un tombean.
Dans nos églises Vautel est assez ordinairement en marbre. A la place ou le prétre consacre le pain mystique est une pierre marquée de quatre croix, sous laquelle sont enfermées des reliques. C’est encore un souvenir des catacombes. Celte pierre est bénie par ’évéque. On la nomme autel portatif. A proprement parler, elle constitue seule Yautel; le marbre, le bois et les autres matériaux dont on compose la table ne sont que des accessoires. Au-dessus de Pautel se trouve le tabernacle. Ony place les hosties consacrées dans un vase nommé ciboire. De chaque cété Yautel est orné de chandeliers , qui restent allumés pendant la célébration des mystéres , autre vestige des anciennes persécutions. Devant Pautel brale jour et nuit une lampe, embléme de amour dont nous devons briiler pour Dieu. Enfin il y a peu d’églises ot Pimage d'un saint ne soit placée derriere |’autel.
La position des autels varie dans les églises: les uns sont adossés, d’autres isoles. L’aules adossé est celui qui est appuyé contre un mur, comme /@ sont généralement ceux des chapelles , dont la décoration servant de revétement au mur se nomme retable, et est ordinairement enrichie de tableaux ou de bas-reliefs. L’autel isolé est celui qui n’est adossé ni a un mur, ni aun pilier, ni A une colonne. Le maitre-autel érigé dans le cheeur et servant aux messes pa- Toissiales et solennelles est toujours isolé. Sa forme doit étre grande et sa décoration simple. I] existe de trés-belles constructions de ce genre dans les églises de France. On citail le maitre-autel de l’ancienne Grande-Chartreuse pres de Grenoble, comme remarquable par son ensemble et dans
ses détails; il orne aujourd’hui la chapelle des Pénitents de lancienne capitale du Dauphiné, Les autels sont quelquefois couverts d’un baldaquin.
AUTELZ (Guittaume pes), l'un des contemporains et des maladroits imitateurs de Rabelais, né 4 Charolles (Sadneet-Loire) vers 1529, mort en 1576, était un poéte de la derniére médiocrité. Comme il possédait une terre 4 Montcenis, et qu’il date de ce lieu quelques-uns de ses ouvrages, on a supposé a tort qu'il y était né. Pendant quw’il étudiait le droit 4 université de Valence, entrainé par son godt pour la poésie francaise et pour les romans, il en composa un, a Pimitation du Pantagruel, intitulé Fanfreluche et Godichon , mythistoire baragouine, de la valeur de dix atomes, pour la récréation de tous bons Fanfreluchistes , qu'il fit paraitre immédiatement aprés la Saint-Barthélemy. Mais il resta bien au-dessous du jovial curé de Meudon.
Un certain Louis Meygret, de Lyon, ayant publié un ouvrage sur la nécessité de réformer lorthographe frangaise en la conformant a Ja prononciation , tentative que nous avons vu renouveler par M. Marle il y a quelque vingt ans, Des Autelz fit paraitre une critique de cet ouvrage. Meygret y répliqua avec humeur; Des Autelz lui répondit sur le méme ton, les deux champions se prodiguérent les noms les plus injurieux. Chacun prit parti dans la querelle; il y eut des meygretistes et des anti-meygretistes , et ces derniers finirent par avoir le dessus. Dans cette lutte, Des Autelz s’était caché sous le nom de Glawmalis du Vézelet , anagramme du sien; il se cacha sous celui de G.Terhault dans des vers 4 Ch. Fontaine, poéte contemporain , son ami.
Il farcissait tous ses vers de grec et de latin, ce qui en faisait un fatras souvent indéchiffrable. Il est auteur d’un grand nombre d’ouvrages en vers et en prose, dont les titres, plus ou moins bizarres, ne sont pas d’une nature fort attrayante. Des Autelz, comme tous les poétes de son temps, avait une Iris réelie ou imaginaire, a laquelle il adressait ses madrigaux baroques. Il Pappelle sa sainte, et déclare qu’i! n’a éprouvé pour elle qu’un amour chaste et pur. Il est bien certain , du reste, qu’il ne la compromettait point par d’indiscrétes révélations. C’était beaucoup qu’elle-méme pdt le comprendre.
AUTEUIL, ancien village compris aujourd’hui en grande partie dans Je 16° arrondissement de Paris ; le reste a été réuni & Boulogne. Placé sur la route de Versailles et prés du bois de Boulogne, il comptait 4,274 habitants Quelques-unes de ses maisons ont eu des hdtes illustres. tels que Boileau, Molitre, Chapelle, d’Aguesseau, Franklin, Condorcet, Helvétius et Rumford. La plus remarquable est celle de Boileau: elle a appartenu au célébre médecin Gendron, et en y entrant un jour Voltaire fit cet impromptu :
C’est ici le vrai Parnasse Des vrais enfants d’Apollon.
Sous le nom de Boileau, ces licux vireat florace, Esculape y parait sous celui de Gendron, Dans un temps plus rapproché, les penseurs qualifiés d’idéologues se réunissaient dans une maison qu’habitait Destutt de Tracy pres de l’église pareissiale d’Auteuil.
Du temps qu’Auteuil appartenai! aux abbés de Sainte- Genevieve, son vin avait de la célébrité, et les abbés en faisaient des cadeaux aux évéques.
AUTEUR. Ce nom honcrable ne se donnait autrefois qu’a des hommes qui avaient déja consacré une partie de ‘eur carriére & des travaux littéraires de quelque importance. Alors, en effet, on pouvait étre fier de ce titre. Aussi lorsquwun grand seigneur, voulant humilier Piron, dit & un financier qui se trouvait en méme temps a la porte de sa chambre : « Passez, monsieur, ce n’est qu’un auteur, » on approuya Vauéeur de la Métromanie, qui remit chacun a sa place en disant : « Puisque les qualités sont connues, je passe le premier. » I] n’en est plus de néme aujourd hai Ce nom, réservé jadis & I’écrivain laborieux, se prodigue
& tous ceux qni ont fait une notice de quelques pages , un article de journal, ou un quart de vaudeville. Isterrogez | tous les portiers de la capitale; tous onl au moins un auteur | dan» leur maison. Diverses causes ont contribué a cetie proiigieuse augmentation du nombre des individus alimene fant, bien ou mal, la curiosité des lecteurs: la grande Qnantilé de journanx et de theatres, la facilité dese borner dla brochure, presque ignoree de nos consciencieux devanciers; puis, ces grandes commotions pol'tiques qui, ! déplagant bien deg fortunes, enlevant & beaucoup de jeunes | gens lVespoir d’hériter Wune charge, d’une profession, les | ont contraints a chercher d'autres ressources et a se faire de Ja littérature un état, quand ils n’en font pas un | métier, Quelques-uns d’entre eux, au surplus. n’ont pas eu, | sous le rapport du produit, as’en repentir ; il futun temps, | et ce temps nest pas fort éloigné, ot telle ou telle com- | pilation étail payée plus que Emile, qui rapporta 6,000 fr. | 4 son auteur, of telou tel roman était acheté plus cher que YAsprit des Lois. Deny ouvrages d'un mérite reel, les Mesféniennes et les Harmonies poéliques, furent acquis, dans le principe, par des libraires, au prix de 20 et de 25,000 fr,, seulement pour un petit nombre d’annees. Certes, dans les deux siécles précédents, jainais un pareil traité nat été conclu, Les Derniéres Chansons de Beranger on! été vendues 30,000 fr., et tont le monde sait fort bien aujourd hui que le libraire acquéreur n’a pas fat un mauvais marché, Collé, que certes nous n’avons pas la prétention de comparer au chantre du Diewdes bonnes gens, mais dont les chansons eurent aussi une grande vogue, edtil trouvé de son recue.l entier la moitié ou méme le quart de cette somme ? Les notabilités do roman pendant pinsieurs années p’en ont pas tire on parti moins avantageux, grace a Vemplacement qui de droit était réservé & leurs chefsdieuvre au rez-de-chaussée de tovs les journaux dont ils assuraient le svceés. Demandez ve que les Mysléres de Paris ont rapperte & Eugene Sue? a quel prix il a vendn son Jwif Errant au Con-litutionnel? D manderx encore 4@ M. Alexandre Dumas quel etait le chiffre de son trailé avec la Presse. M. de Lamartine a vendu Bon histoire des Girondins 240,000 fr.: cela faisait juste 40 000 fr. par volume; et le suecés de cet ovvrage fil encore hausser le prix de sa cove. Ensuite le chantre d'Elvire n’accepta pas moins de 50000 fr, pour un volume, prose on vers, histoire ou roman. Ce n’était sans doute pas assez; aujonrd’hur WM. de Lamartine s‘édite lui-méine, et retire peut! étre davantage de ses manuscrits, C’est le parti quavait pris depuis longtemps MW. Michelet, M. Thiers a vendu 500,000 franes 4 une compagnie en commandite une His/arre da Consulat et de CEmpire en dix volumes. Cet ouvrage adeéja dix-neuf volumes, C'est done un supplement de 4 4 500,000 fr. a ajouter auy premiéres sti- | Pulations, mais, avec un desintéressement que nous aimons | 4 citer, Vhonorab'e academicien a consenti a ne recevoir le prix de son travail supplémentaire que lorsque les acquéreurs de son manuseril seraent rentres dans leurs debours, [M. Lonis Blane, lui aussi, avait traité en 1846 dune | Histoire générale de la Revolution frangaise, an prix | de 500,000 fr. D’autres auteurs ont su tirer de plus grands profits encore Mouvrages beancoup moins originaux, On cite par exemple telle compilation de tontes mains qui, | Moyennant un droit sur chaque exemplaire vendo, rap! porte (assez jolies rentes a celui qui I’a décorée de son nom. . Ce West plus le temps of le Paradis prrdu rapportait 50 fr. a son auteur et 200 a sa venve. Chapelain, il est vrai, lira 2,000 livres de la premiére édition de sa Pucelle et 1,000 de la seconde, Boileau vendit le Lufrin pour 600 livres, et Racine céda Andromaque pour 200. Home retira 10,000 livres ster. derentes de ses travaux historiques, W. Scott Imillions de fr. de ses ceuvres, Gibbon ven dil 600 livres aon Histoire de Uemptre Romain, Miss tannal More