AUTOBIOGRAPHIE — AUTODIDACTE
-autobiographes , si nombreux chez les modernes , n'ont pa.
eu de représentants dans les littératures grecque et latine. Rien de plus ¢tranger que ’amour-propre et l’égoisme a ces mceurs républicaines. Les hommes s’effagaient alors devant les choses. L’Orient, au contraire, cette terre classique du despotisme, offre parmi ses souverains de nombreux autobiographes , en téte desquels il faut inscrire Tamer lan.
AUTOCHTHONES (du grec atros, lui-méme, et de yOdy, terre, pays; c’est-d-dire sortis de la terre, du pays méme ). C’est le nom que les Grecs donnaient aux premiers habitants @’un pays, pour les distinguer des peuples venus Wailleurs pour s’y établir, soit par tolérance, soit a la suite de conquétes. Les Latins appelaient ces habitants primitifs Wun pays aborigénes ouindigénes. Les peuples anciens tenaient 4 honneur de passer pour autochthones, les Athéniens surtout, malgré Phistoire, qui attestait que la plus grande partie de V’Attique avait été peuplée par des colonies égyptiennes.
AUTOCLAVE (qui ferme de lui-méme : du grec es : et du latin clavis, clef). On dit qu’un vase est autoclave quand il a la propriété de se tenir fermé par l’action d’une force qui se développe dans l’intérieur. Telles sont les marmites spécifiées par cette épithete, et dont le couvercle ou obturateur est construit de maniére que la force expansive de la vapeur du liquide qu’elles contiennent applique exactement contre leur surface intérieure une rondelle qui interdit tout passage 4 cette vapeur. Cette invention moderne n’est done réellement que la marmite de Papin appliquée aux usages domestiques , et principalement a la cuisson des aliments. Pour la rendre propre 4 ce nouvel emploi, il fallait augmenter sa capacité et diminuer considérablement Pépaisseur que le physicien donnait a celles qui servirent a ses expériences; mais ces changements diminuaient la résistance dont ces vases étaient capables, et ramenaient le danger des explosions : on y a pourvu par des soupapes de sireté, comme celles des chaudiéres de machines a vapeur, Ferry.
AUTOCRATE (du grec attoxpdrwe, celui qui régne (xpatéw) en vertu de son propre droit, attd¢ (sui juris).
Chez les Athéniens on nommait autocrator un général qui, comme Aristide 4 la bataille de Platée, Nicias, Alcibiade, Lamaque, dans l’expédition contre la Sicile, était dispensé de rendre compte de sa conduite et de ses opérations a la fin de la campagne. Plus tard ce mot devint une espéce de fitre pour les empereurs romains de Byzance, et Cest 4 eux que l’ont emprunté les czars de Russie, qui le portent encore. C’est en effet la traduction du titre de samoderjets (de sam, lui-méme, et derjets , qui tient) , dont les empercurs de Russie se qualifient.
L’autocratie est donc le gouvernement absolu d’un souverain ; c’est une puissance indépendante, qui tire toute sa force et son pouyoir de son propre fonds. Il peut bien y avoir une loi dans le pays, mais cette loi dérive du monarque, qui ne se croit responsable qu’envers Dieu. En effet, quoique les déterminations de ce souverain puissent quelquefois étre influencées par des traditions et d’anciens usages , et par la loi méme faite en son nom, sa volonté n'a pourtant au fond aucune limite légale. Source de tout pouvoir, il ne peut étre arrété que par sa sagesse ou par la crainte des séditions et des conjurations. Aucune charte, aucune capitulation n’a tempéré en Russie le pouvoir monarchique; Vacte d’élection de 1613, qui conféra la rouronne des czars a Michel Romanof et a ses descendants, bien qu’il offre l’apparence dune constitution , n’a fait que consacrer le pouvoir absolu. Se soumit-il & la loi, le pouvoir autocratique n’en serait pas diminué, puisque la loi, cest lui qui la fait; et ce n’est qu’en donnant de sages lois & son pays, en s’en montrant le plus strict observateur,
en émancipant son peuple progressivement et le prépa-
rant & des institutions plus libérales, que Vautocrate peut faire oublier le pouvoir exorbitant dont il dispose.
AUTO-DA-FE, expression espagnole, qui signifie acte de foi. C’était autrefois en Espagne, en Portugal, et dans leurs dépendances, le mode suivant lequel s’accomplissaient les sentences que quisition pronongait contre les personnes qui lui étaient déférées. Depuis la seconde moitié du dernier siécle,, ces exécutions se faisaient en secret. Le cérémonial de |’auto-da-fé a varié suivant les temps et suivant les lieux. « Les tristes effets de l’inquisition, a dit Voltaire, sont peu de chose en comparaison de ces sacrifices publics qu’on nomme auto-da-fé , et des horreurs qui les précédent. C’est un prétre en surplis, c'est un moine youé a la charité et 4 la douceur, qui fait , dans de vastes et profonds cachots, appliquer des hommes aux tortures les plus cruelles. C’est ensuite un théatre dressé sur une place publique ot l’on conduit au bdcher tous les condamnés, A la suite d’une procession de moines et de confréries. On chante, on dit la messe et on tue des hommes. Un Asiatique qui arriverait 4 Madrid le jour d’une telle exécution ne saurait si c’est une réjouissance, une fete religieuse, un sacrifice, ou une boucherie; et c’est tout cela ensemble. »
On trouve partout des descriptions d’auto-da-fé , ct pourtant Antonio Llorente a reculé, on ne sait pourquoi, devant l’idée d’en donner une dans son Histoire de P Inquisition d’ Espagne. Cette cérémonie avait lieu d’ordinaire un dimanche entre la Pentecdte et l’Avent, et trés- | souvent le jour de la Toussaint. Dés la pointe du jour retentissait le son étouffé de la grosse cloche de la cathédrale pour annoncer aux populations horrible spectacle qui allait leur étre offert. C’était bien en effet un spectacle pour une populace ignorante et fanatisée, qui y accourait en foule, s’imaginant que c’était faire ceuvre pie que d’y assister. Les personnages les plus considérables s’honoraient de suivre ces processions, espérant par 1a mériter les bonnes graces du saint-office : on voyait jusqu’a des grands d’Espagne ne pas rougir de se faire les massiers de l’Inquisitio
Les dominicains ouvraient la marche avec la banniére de \’Inquisition ; venaient ensuite les repentants qui n’avaient été condamnés qu’a de simples pénitences ; puis, séparés par un grand crucifix porté triomphalement, nupieds, recouverts du san-benito et un bonnet pointu sur la téte, les condamnés 4 mort. Ils étaient immédiatement suivis par les effigies des contumaces , et par les ossements des accusés morts pendant la procédure, enfermés dans des biéres noires, sur lesquelles étaient peintes des flammes ef des symboles infernaux. Le terrible cortége était fermé par de longues files de moines et de prétres. On se rendait & l’église en passant par les rues principales de la ville; la lecture des jugements était donnée a Vissue du sermon. Pendant cette lecture, les accusés étaient placés devant un crucifix chacun un cierge a la main. Quand cette lecture était terminée , un officier de l’Inquisition frappait de la main chacun des condamnés sur la poitrine, pour lui annoncer que |’Inquisition ’abandonnait au bras séculier. Un officier civil les faisait alors charger de chaines, et on les conduisait a la prison de la ville. Quelques heures aprés on les amenait au lieu du supplice. Si a ce moment supréme ils se reconnaissaient catholiques romains, on les étranglait avant de livrer le corps aux flammes; sinon, ils étaient brolés vivants avec les ossements de leurs coaccusés morts pendant Vinstance et avec les effigies des contumaces. Ordinairement il fallait que le roi vint rehausser léclat de cette sombre cérémonie en y assistant avec toute sa cour. Le plus brillant awto-da-fé dont fasse mention Phistoire eut lieu & Madrid en 1680, sous le régne de Charles IT. :
AUTODIDACTE (du grec aitds, soi-méme; di8a-
ox), enseigner ), celui qui sans aucun secours étranger a
appris seul tout ou partie de ce qu'il sait. On n’a peut-étre jamais vu d’hommes complétement aulodidactes : aussi le plus ordinairement ne désigne-t-on par cette expression que ceux qui ont acquis de I'hahileté et des connaissances dans un art ou dans une science sans Je secours d’autrui, et notamment sans enseignement oral. En ce sens il a existé des autodidactes dans tous les siécles, quoiqu’en petit nombre, car il ne faut rien moins que du génie pour ne pas tomber dans une foule de décevantes illusions et pour ne pas perdre en tentatives inutiles un temps précieux lorsqu’on veut apprendre tout seul a se rendre utile a ses semblables. On ne saurait nier que de ces nobles efforts ne résulte une plus grande excitation intellectuelle , plus de profondeur et de vivacité dans les connaissances ainsi acquises , plus d’indépendance et d’originalité dans le talent ; mais aA cOté de ces avantages on ne peut omettre de porter en ligne de compte Vinévitable perte d’un temps précieux , la presque impossibilité pour l’esprit de généraliser, Vinsuffisance des notions ainsi acquises, que l’on trouve @ailleurs le plus souvent unies 4 du pédantisme et a de la présomption ; et force est d’avouer que c’est 1a un mode de sinstruire qui convient peu aux intelligences ordinaires. Parmi les autodidactes les plus remarquables que nous offrent les annales de la science, nous citerons ici V.-J. Duval et Fréd.-Aug. Wolf.
AUTOGRAPHE (du grec attés, et yodqu, j'écris ) signifie un écrit de la main de l’auteur. Si les hommes des siécles qui nous ont précédés avaient , autant que nous, attaché de prix aux manuscrits autographes des grands écrivains, aux lettres, aux signatures des personnages célibres, nous n’aurions a regretter ni la perte de tant d’ouvrages grecs, latins et frangais, dont il reste a peine les titres ou un triste souvenir, ni celle de tant de lettres, de mémoires, de piéces diplomatiques qui auraient servi 4 débrouiller les ténébres et les contradictions gu’offre l'histoire des temps anciens et du moyen age, et a remplir les lacunes quelle présente.
Dans des contrées ou I’instruction élémentaire est encore peu répandue, dans des siécles ou elle était inconnue, ef & des époques méme assez récentes oi elle était trop négligée, des héritiers avides, ignorants ou superstitieux, vendaient au poids ou livraient aux flammes, sans scrupule ef sans examen, tous les papiers trouvés dans la succession d’un parent mort. Il n’en est plus ainsi aujourd’hui, surtout & Paris. La conservation des papiers et des écrits autographes est devenue l'objet d'un soin particulier, dune sorte d'idolatrie, qui chez quelques individus a dégénéré en manie , en ridicule. Il en est résulté un nouveau genre de commerce que des marchands, des spéculateurs , exploitent hardiment a leur profit. Des lettres, des piéces autographes, des signatures apposées a des diplomes, 4 des actes, 4 des quittances sur papier ou sur parchemin, sont dérobées dans les bibliothéques publiques , dans les diverses archives, et autres dépdts littéraires et administratifs , par des employés infidéles ou par des amateurs peu délicats, On en cherche, on en découvre chez les épiciers, chez les brocanteurs. Achetées a vil prix , elles sont revendues fort cher aux curieux,
La recherche de ces sortes de manuscrits a produit aussi une nouvelle branche d’industrie, Comme toutes les fortunes ne peuvent pas suffire & former des collections dispendieuses d’autographes, on y a suppléé par Ja gravure et par les procédés encore plus économiques de la lithographie. Des fac-simile , calqués sur les originaux, ont été publiés, soit isolément, soit dans des éditions nouvelles de nos meilleurs auteurs classiques, Corneille, Racine, Boileau, Bossuet, Fénélon, La Fontaine, madame de Sévigné, Voltaire , J.-J, Rousseau, etc. On en a inséré dans des voyages pittoresques et autres ouvrages. Mais c'est principalement dans des recueils spéciaux qu’on les trouveen plus grand nombre,