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rattachent les monts Jablunka et les Sudétes , dont le pornt culminant , le Schneckoppe (léte de neige), haut de 1,652 métres, forme la limite du pays. Les Sudétes se relient a P Erzgebirge, et celui-ci au Bahmerwald, de maniére a ne former avec eux qu’une suite presque non interrompue de montagnes de granit et de gneiss.
Les plus vastes plaines qu’offre la monarchie Autrichienne sont la grande plaine de Hongrie, mesurant du nord at sud 555 kilométres , et de est a l’ouest 370, et la grande plaine de la Gallicie.
L’extrémité septentrionale de la mer Adriatique appartient a l’Autriche depuis ’embouchure du P6 jusqu’a lextrémité sud de la Dalmatie, offrant un développement de coles de 1,887 kilométres, non compris celles des nombreuses iles du littoral.
Les lacs les plus considérables sont ceux de Platten et de Neusiedl, qui a 330 kilométres carrés de superficie. Le lac de Constance et le lac de Garda ne lui appartiennent que partiellement. Les pays des Alpes et des Karpathes abondent en lacs de montagnes , dont le plus considérable, situé dans la chaine de Tatra, atteint une élévation de 2,000 métres. Le lac de Czirknitz est remarquable par ses écoulements périodiques. Les marais se trouvent surtout en Hongrie et sur les bords du Pé. Le marais de Hansag, qui communique avec fe lac de Neusiedl, a une superficie de 440 kilométres carrés, et celui d’Ecsed une superficie de 220 kilométres. On a tenté a diverses reprises d’opérer le desséchement du Hansag , entreprise qui a particuliérement occupé l’archidue Ferdinand. Ce prince a aussi fait opérer le desséchement des marais de Bellye, sur les bords du Danube. Le marais de Laybach, qui occupait autrefois une superticie de 165 kiiométres carrés, est complétement desséché depuis 1828, et celui de Kumm, en Bohéme, depuis 1834. Le nombre des étangs a de méme beaucoup diminué depuis cette époque.
Les principaux cours d’eau sont: le Danube, qui traverse la monarchie sur un parcours de 1,339 kilométres , avec ses affluents ’Inn, la Traun , l’Ens, la Drau, la Save, la March, la Waag, la Theiss et la Béga; la Vistule, avec ses affluents, le Dunajec, la Wisloka, le San et le Boug; l’Elbe, avec son affluent, la Moldau; le P6, dans fa derniére partie de son cours. Le Dniestr et !’Etsch n’ont pas d’affluents navigables.
Le climat des Etats autrichiens est en général salubre ; mais il varie beaucoup suivant les différentes localités. Tandis que dans les pays de montagnes la moisson est souvent couverte de neiges avant qu’elle ait eu le temps de parvenir 4 son point de maturité, a Trieste on voit le dattier marir. La température moyenne est de 6° Réaumur au-dessus de 0 4 Lemberg, et de 12° Trieste.
La population de empire d’Autriche comprend quatre races principales; les Slaves (18,000,000), les Allemands (9,000,000), les Italiens (1,050,000) et les Magyares (5,450,000); on y comple en outre 2,725,000 Valaques, Bulgares et Morlaques, 1,050,000 juifs, 150,000 Bohémiens, 17,000 Arméniens, 5,280 Grees, etc. La race slave, la plus forte de toutes, est répandue sur toute la superficie de Pempire en formant six familles principales; elle compose la moilié de la population totale, et constitue la grande masse de la population en Bohéme, en Moravie, en Lilyrie, en Galicie, en Hongrie et dans les contrées adjacentes a ce royaume. De Ja race allemande, laquelle ne forme guére qu’un quart de la population totale, 4,500,000 ames habitent comme population compacte les provinces purement allemandes ; le reste est dispersé dans les provinces germano-slaves , la Bohéme, la Moravie et la Silésie, en Hongrie et en Transylvanie et en Galicie. Les Italiens sont en bien petit nombre hors des provinces de l’Adriatique. La race magyare, qui ne forme qu’un septi¢me de la population totale, n’égale méme pas en force numérique absolue
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Tes Slaves établis en Hongrie; cependant elle constitue la principale population dans quarante comitats de ce royaume et dans les onze comitats de la Transylvanie. Il y a des Valaques en Hongrie , en Transylvanie, dans la Bukowine et la Dalmatie. Les juifs vivent dispersés dans toute P’étendue de la monarchie, a Vexception de la basse Autriche, du pays de Salzbourg, de la Styrie, de la Carinthie, de la Carniole, du Tyrol et des Frontidres Militaires , ot il leur est a peu prés interdit de résider. C’est en Gallicie qu’ils sont relativement le plus nombreux, car ils forment presque la dix-septieme partie de la population.
Au point de vue religieux il y a beaucoup moins de diversité dans les Etats autrichiens qu’au point de vue ethnographique. En effet, Eglise catholique romaine, a laquelle appartient aussi la famille régnante, réunit dans sa communion immense majorité de la population. Plus de 23 mil- Jions d’ames professent ses doctrines, qui, 4 l'exception de la Gallicie, de la Transylvanie et des Frontiéres Militaires, forment partout la religion dominante. Elle possede onze archevéchés el cinquante-sept évéchés. Depuis 1815 le nombre des couvents d@’hommes, qui précédemment avait diminué, a augmenté; il est de plus de 800: la plupart sont situés en Dalmatie, dans |’ Autriche au-dessus de ’Ens, dans le Tyrol ct sur le littoral. Les couvents de femmes sont moins nombreux. Les religieuses sont presque exelusivement occupées du soin des malades et de l’éducation des jeunes filles. L’Eglise grecque catholique compte 3,861,000 fideles, surtout en Gallicie, en Transylvanie et en Hongrie; parmi eux se trouvent des Grecs-Arméniens unis. L’Eglise greeque orthodoxe compte 3,166,000 fidéles, répartis dans le sud-est, et qui sont dirigés par un archevéque dont te siége est a Carlowitz, par 10 évéques et par 60 prolopopes ou doyens. Les deux principales confessions de Eglise évangélique n’ont @’importance politique, numériquement parlant, qu’en Hongrie et en Transylvanie; elles forment ensemble un chiffre de 3,495,000 individus, dont les deux tiers appartiennent a l’Eglise réformée, et le reste a la confession d’Augsbourg.
Vinstruction publique en Autriche était jusqu’en ces derniers temps fort en retard, le gros de la population des campagnes étant complétement illettré. De vigoureux efforts ont été faits pour améliorer cet état de choses en mettant l’enseignement primaire soit 4 la charge des communes, soit a celle de l’Etat. Dans les pays allemands ona fondé depuis 1849 un grand nombre d’écoles nationales, et le principe de Vobligation y est 4 peu pres de rigueur; seule, la Hongrie était restée étrangere a ce progrés. Par contre, les établissements consacrés a linstruction supérieure n’ont qu’une organisation insuffisante. On y compte huit universités : 4 Vienne, a Prague, a Pesth, 4 Lemberg, a Linz, 4 Greetz, a Inspruck et a Cracovie; des établissements @instraction théologique catholiques, grecs, évangéliques, unitariens et israélites; 11 académies de droit, 6 écoles de chirurgie, 71 académies techniques et de commerce, des gymnases, des écoles industrielles, des écoles élémentaires, et des écoles de répétilion; des académies militaires, des écoles spéciales militaires, des écoles de cadets, des écoles des foréts, des mines, et d’agricuiture, des écoles nautiques, des beaux-arts, des écoles d’accouchement, et d’autres établissements d’éducation. Le budget de Vinstruction publique pour tout empire était fixé a 37 millions de franes en 1871. ,
Ls constitution physique du sol de Yempire d’Autriche est telle qu’il se préte admirablement a la production de toutes les matiéres premiéres. Apres le rétablissement de
importants a pris dans les diverses provinces le plus rapide essor, que génaient toutefois les barriéres existant entre les différentes parties de la monarchie; mais l’admihistration a fait disparaitre la plupart de ces obstacles. De-
puis la paix conclue 4 Vienne en 1809, le gouvernement a fait construire une foule de nouvelles voies de communi-~ cation, et les routes des Alpes a travers le Stilfser-Joch et le Splugen, de méme que !’élargissement des routes lombardes dans les vallées alpestres, appartiennent aux plus magnifiques travaux de ce genre qui aient été exéculés de nos jours. Des services réguliers de communication par la vapeur ont été organisés de Trieste a Venise, en Gréce, a Constantinople, en amont jusqu’a Ulm; sur le Pd, la Mol« dau et l’Elbe. Le chemin de fer de Linz 4 Budweiss est le premier qu’on ail vu en activilé en Allemagne, seulement la traction y avait lieu par des chevaux. Depuis, de nombreuses voies ferrées, desservies par la vapeur, relient Vienne avec les différentes capitales de l’Allemagne, de méme qu’avec les chefs-lieux les plus importants de la monarchie. Les provinces slaves n’ont point été oublices dans la répartition de ces travaux. La longueur totale des chemins de fer en exploitation en 1869 était de 7,267 kilom. ; elle avait plus que doublé depuis 1858; et celle des lignes i¢légraphiques a suivi la méme progression. A la méme époque il y avait 5,494 kilometres en construction ou concedés.
1} s’en faut cependant que le chiffre des exportations de empire d’Autriche réponde a tant d’éléments de prospérité. L’éleve des moutons et l’exploitation des mines sont les branches de l'industrie nationale dans lesquelles l’Autriche, et notamment la Moravie, la Bohéme, la Hongrie et la Styrie, ped'vent soutenir la comparaison avec les pays de l'Europe les plus industrieux. Les importations ont monté, pour les années 1868 & 1870, 4 827,500,000 fr., et les exportations a 1,132,500,000 fr., sans complter le transit ni le mouvement des ports francs. Les principaux objets d@importation sont les métaux et minerais, matieres premieres de toutes sortes, denrées coloniales et fruits du Midi, drogueries, teintures et produits chimiques, animaux vivants, céréales et fruits, huiles et graisses, filés; ouvrages en bois, poteries et verreries, objets de litlérature et d’art; les principaux objets d’exportation sont les métaux, les matiéres premiéres, les lissus, les ouvrages en bois, poteries el verreries, les instruments et machines, les combustibles et matériaux a construire, les céréales et fruits. Prés des deux tiers du commerce général se font avec l’Allemagne; le plus important marché pour lempire est la Turquie; viennent ensuite l’Italie et la Russie.
L’agriculture pratique a fait de notables progres dans les provinces allemandes; mais en cela elle a plutot satisfait a des besoins intérieurs et diminué l’importation des produits fabriqués, qu’elle n’a ouvert a ses propres produits des débouchés nouveaux. On estimait en 1867 que cet empire possédait 3,389,876 chevaux, 14,246 mulets, 63,415 anes, 13,660,322 bétes a cornes, 16,573,659 bétes a laine, 1,458,591 chéevres, et 7,914,855 pores. La valeur totale de Ja propriété fonciere y était de 25 milliards. Voici comment se concentre Vindustrie manufacturiére dans les grands districts de la monarchie ; Vienne conserve son ancien renom pour tous les objets de luxe; la Moravie, la Silésie et la Bohéme fournissent d’excellentes toiles et étoffes de Jaine, ainsi que de remarquables verroteries et cristaux; la Styrie et la Carinthie excellent pour la fabrication des aciers, et en général pour tout ce qui se rattache a l’industrie métallurgique.
Le commerce ne répond point encore par ses développements a l'importance et a la richesse de l’empire; cette
infériorité tient aux mille entraves qui pasent sur ses rela
; tions avec la Russie et la Pologne, comme avec les Etats fa paix en Europe en 1815, la culture des produits les plus |
de lAllemagne qu’unit le Zollverein et avec V’Italie. Le commerce de transit ne laisse pas cependant que d’avoir de limportance, parce que !’Autriche se trouve placée de maniére a étre un intermédiaire naturel entre Europe et
le Levant; et depuis que la navigation a vapeur sur le Da-
nube a pris un plus grand développement, elle a amené d’importantes transactions commerciales. Le commerce national a son centre principal 4 Vienne, ow il est particuliérement favorisé par l’existence d’importantes maisons et de puissants établissements de crédit. Le commerce maritime, tant qu’il n’aura pas de débouchés nouveaux, sera sans beaucoup de valeur pour |’Autriche, et ne pourra égaler celui des autres grandes puissances. I] est limilé aux cétes de l’Adriatique depuis Trieste jusqu’a Cattaro, et ces cdtes sont trop éloignées des provinces les plus considérables de Yempire, de méme que de trop hautes montagnes les en séparent, pour qu’on puisse songer a les rapprocher par des voies de communication peu coiiteuses. La flotte commerciale autrichienne se composait en 1869 de 523 batiments a voile de long cours, 2,678 batiments de cabotage, 4,555 barques de péche, 74 vapeurs (d’une force de 14,359 che- Vaux), jaugeant en tout 324,415 tonneaux, el montés par 28,000 matelots. Trieste est le port principal de la monarchie; il jouit des priviléges d’un port franc. Depuis la paix de 1814 le mouvement des transactions et des marchandises a toujours été croissant sur cette place; la création du Lloyd autrichien, société de commerce qui ne date que de 1833, n’a pas peu contribué a ce résultat. Parmi les articles d’importation, introduits pour la moilié par navires
anglais et américains et aussi d’Egypte, figure pour le |
chiffre le plus important l'approvisionnement de l’Autriche en denrées coloniales. La compagnie du Lloyd a établi depuis 1836 des lignes réguliéres de bateaux a vapeur entre Trieste et les principaux ports de la Turquie, de lEgypte et de la Gréce; elle possédait, en 1869, une flotte de 70 batiments , de la force de 12,500 chevaux. Venise n’a jamais pu lutter avec cette puissante rivale.
En 1871 l’armée autrichienne se composait de 80 régiments d’infanterie de ligne, comprenant 121,840 hommes sur le pied de paix et 485,440 sur le pied de guerre; 14 régiments d’infanterie des Frontiéres, comprenant 12,307 hommes sur le pied de paix et 53,823 sur le pied de guerre ; un régiment de chasseurs lyroliens et 33 bataillons de chasseurs, comprenant 20,251 hommes en paix, 54,463 en guerre; 14 régiments de dragons (dont 12 de ligne), 14 régiments de hussards, et 2 régiments de hulans, comprenant en tout 35,793 hommes 4 l’état de paix el 58,794 a l'état de guerre; 12 régiments d’artillerie (chacun a 14 batteries de 8 pieces), comprenant 17,880 hommes en temps de paix et 43,836 en temps de guerre; 12 bataillons d’artillerie de siége et 2 bataillons d’arlillerie de montagne, ayant 7,778 hommes sur le pied de paix et 18,938 sur le pied de guerre; 2 régiments du génie (a 4 bataillons chaque) et 1 régiment de pionniers (a 5 bataillons), comprenant 7,465 hommes a Vétat de paix et 20,987 a état de guerre; 54 escadrons de train des équipages; 19 régiments de gendarmerie comprenant 18,985 hommes et 1,919 chevaux; un corps de police militaire de 3,412 hommes et 164 chevaux. Les troupes a mettre sur pied en temps de guerre sont en outre Vinfanterie @état-major, les dragons d’état-major, les bataillons volontaires, la cavalerie légére irréguliére, sept divisions de cavalerie légere des Frontiéres et sept divisions 4 cheval des Frontitres Militaires. L’Autriche possede 10 dépéts de remonte, 6 haras militaires, 5 hdtels d’invalides avec 4 succursales, 6 compagnies de discipline. L’état-major général se compose (1871) de 2 feld~maréchaux, 19 généraux d’infanterie et de cavalerie (/eldzeugmeis/ers) en activilé, 54 généraux de division et 110 généraux de brigade. Il y a en outre en non activité 28 feldzeu meisters, 145 généraux de division et 204 généraux de brigade. La cavalerie et artillerie ont été réorganisées par décret impérial du 17 janvier 1860. L’armée réguliére est formée par voie de recru- . tement, auquel tout homme est soumis des Page de vingt ans, Le temps du service obligatoire est de dix ans, dont trois employés dans l’activité, et le reste dans la réserve,
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Tout a fait distincte est organisation de la landwehr, ou le service est réglé a dix années, mais avec des conditions différentes pour chaque province. L’enrdlement dans la lands/urm, obligatoire pour le Tyrol et les Frontiéres, est facultatif dans les autres provinces de ’empire.
La marine, en 1871, se composail de 45 batiments a vapeur, a savoir, 2 vaisseaux cuirassés, 7 frégates cuirassées, 4 frégates a hélice, 3 corvettes 4 hélice, 10 canonniéres, 3 goélettes a hélice, 16 vapeurs 4 aubes; el de 10 batiments a voile, a savoir, 2 frégales, 2 corvettes, 4 bricks et 2 transports ; le tout formant 55 baliments armés de 512 canons el montés en temps de guerre par 8,743 hommes d’équipage. L’état-major de la marine militaire comprend 2 viceamiraux, 5 contre-amiraux, 16 capitaines de vaisseau, 17 capitaines de frégate, 18 capitaines de corvette, 120 lieutenants et 289 enseignes et cadets. Il existe en outre dans les ports 12 batiments a vapeur et a voiles employés par VEtat a différents services.
Les finances de l’Autriche n'ont jamais été en équilibre, et ses embarras remontent au dernier siécle. Ainsi en 1763, apres la guerre de Sept ans, la dette publique était de 375 millions de frances; en 1781, de 707,500,000 fr., et en 1789 elle dépassait 872 millions. Depuis cette dernivre date la dette n’a cessé de s’accroitre : elle s’élevait, en 1815, a plus de 2 milliards; en 1830, a 2,700 millions; en 1848, a 3,125 millions. Le gouvernement contracta de nouveaux emprunts. Les années 1854 et 1855, qui eurent 4 supporter les armements nécessilés par la guerre de Crimée, laisstrent chacune un déficit de 160 millions de florins; de 1856 4 1858 le déficit diminua; mais les guerres malheureuses de 1859 et de 1866 l’augmentérent d’une maniére considérable. Le budget de tout empire pour 1871 (ensemble des trois budgets) a évalué les dépenses générales a 1,673,598,275 fr. et les recettes a 1,287,472,450 fr., ce qui laisse un déficit de 296,125,625 fr. Quant a la dette publique (deite flottante comprise), elle a été fixée, en juin 1871, a 7,663,172,650 fr.; la dette flottante s’élevait 4 1,250 millions environ.
La monarchie autrichienne ou plut6t austro-hongroise est un empire héréditaire, que la politique de son gouvernement a vainement tenté de rendre unitaire, et qui est composée de nationalilés bien tranchées, protestant pour garder leur autonomie. Depuis 1867 elle est divisée, comme nous l’avons dil, en deux moitiés inégales (Autriche allemande et Hongrie), que sépare la Leitha, et qui ont chacune leur ministere, leurs chambres, leur budget. La famille impériale professe la religion catholique ; toutefois les femmes des archiducs peuvent apparlenir 4 une autre communion. La liste civile de ’'empereur et de sa famille s’éléve a 18 millions et demi de francs. La noblesse est soumise aux impots directs et indirects comme les autres ordres de I’Etat. Les bourgeois peuvent acquérir des propriétés fonciéres et les droits particuliers qui y sont attachés. Le paysan est propriétaire vsufruilier complétement libre des champs qu’il cullive; libre dans tous ses rapports civils, il peut étudier, soit les arts, soit les sciences. A l'exception de la rente foncidre et de la dime, il ne paye pas @impots directs particuliers. La corvée n’est pas personnelle, et on l’a rendue rachelable, ain si que cela avait déja lieu depuis longtemps dans tous les domaines de la couronne.
Le systéme restrictif des corporations exista en Autriche pour l’industrie jusqu’a la patente du 20 décembre 1859, qui régla l'exercice des arts et métiers, a partir du 1° mai 1860 : les professions sont divisées en deux classes, les professions libres, et les professions concessionnees ou a breyets. Les corporations ne sont pas d’ailleurs supprimées , mais elles doivent admeitre tout le mon le.
A la suite des événements dont Vienne avait 66 le théatre en mars 1848, et aprds de douloureux tdlonnements dans la yoie du régime libre et représentatif, des institutions
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| la dite de empire. 2° Tous les autres objets de la légis-
-constitutionnelles, calquées avec plus ou moins de bonheur sur Jes différentes constitutions octroyées déja & leurs peuples par différents souverains de l'Europe, avaient été aceordées A empire d’Autriche, le 4 mars 1849. Une ordonnance impériale, & la date du 21 aodt 1851, suspendit provisoirement cette constitution, qui, par une autre ordonnance en date du 31 décembre dv la méme année, a été définitivement abolie, « attendu, disait Pexposé des motifs, qu’elle ne s’adaptait point dans ses bases aux besoins de lempire, et qu'elle était dans ses diverses dispositions @une exécution impraticab!e. » Le méme jour le gouvernement posait dans une déclaration solennelle, publiée a la partie officielle de la Gazette de Vienne, les bases des institutions organiques que l’empereur se réservait d’octroyer aux différents Etats de la couronne. Les choses revinrent done a peu prés a leur ancien état et y restérent jusqu’a la paix qui suivit la guerre d'Italie. Pressé par la situation financiére et les événements extérieurs, l’empereur se proposa alors de réorganiser son pays. Il ne restait qu’un Conseil de l’empire, formé d’un président, d'un vice-président, de quatorze membres et d’un directeur de la chancellerie, tous nommés par ’empereur. Par une patente du 5 mars 1860, l’empereur renforga ce Conseil de empire , qui devait se composer désormais des archiducs , de quelques hauts dignitaires de |'Eglise, d@’hommes s’étant distingués au service civil et militaire ou autrement, et de 38 membres des représentations provinciales. Chacune de ces représentations devait élire dans son sein trois candidats parmi lesquels l’empereur choisirait. Les trois premiéres catégories de conseillers de empire étaient nommés a vie, les autres élus pour six ans. D’aprés cette patente, le Conseil de l’empire devait délibérer sur !’établissement du budget de I’Etat, sur les rapports de la commission de la dette publique ; sur tous les projets importants de législation générale, sur les propositions des assemblées provinciales. Il n’avait pas le droit d’initiative , mais il pouvait faire connaitre sonavis sur les lacunes qu’il remarquail dans les projets qui lui étaient soumis. Un dipléme du 20 octobre élargit encore cette représentation, et posa les bases d’une nouvelle organisation politique. « Considérant, disait ’empereur, que les éléments dinstitutions organiques communes et d’action concordante se sont mullipliés et fortifiés dans notre monarchie par l’égalité de nos sujets devant la loi, la liberté du culte garantie a tous, l’admissibilité aux fonctions publiques indépendante de Ja naissance et de la position sociale , l’obligation égale, commune et universelle de contribuer a Ja défense et aux charges de |’Etat, par la suppression des corvées et l’abolition des lignes de douanes intérieures,... nous avons trouvé bon de décréter ce qui suit comme loi fondamentale de l’Etat, perpétuelle et irrévocable, pour notre propre gouverne comme pour celle de nos hériliers légitimes : 1° Le droit de faire, changer ou supprimer des lois sera exercé par nous et nos successeurs seulement avec le concours des diétes légalement réunies, et relativement, du Conseil de l’empire auquel les diétes enverront le nombre de députés fixé par nous. Tous les objets de législation qui concernent les droits, obligations et intéréts communs a tous nos royaumes et pays, notamment Ia |égislation sur les monnaies, les finances et le crédit public, es douanes et les affaires commerciales, ensuite sur les principes des banques de billets, la législation générale concernant les postes, télégraphes et chemins de fer, l"organisation du service militaire, seront a l’avenir discutés dans et par le Conseil de \’empire, et il en sera décidé avec son concours constitutionnel. De méme V’introduction de nouveaux impéts et charges, l’augmentation des impositions existantes et la conclusion de nouveaux emprunts, la conversion des dettes de i’Etat, la vente et le changement de destination des propriétés de l’Etat, examen et la fixation des projets de budgets de dépenses et des comptes rendus de finances doivent étre faits avec le concours du DICT. DE LA CONVERS. — T.
lation seront décidés constifutionnellement dans et avec les diétes respectives. » Une patente du 26 février 1861 décida la division de la diéte de empire (Reischra/h) en deux chambres : l'une, la chambre haute, se compose des princes majeurs de la famille impériale, des membres héréditaires appartenant & la haute noblesse, de 18 archevéques et évéques, et de membres a vie que recommandent leurs mérites ou leurs services; l'autre, la chambre basse, renferme 203 députés, élus dans leur sein par les diétes provinciales, & savoir: Bohéme, 54; Galicie, 38; Haute et Basse-Autriche, 28; Moravie, 22; Styrie, 13
Tyrol, 12 ; Carniole, Silésie, Istrie, 6 chaque; Dalmatie, Bukowine, Carinthie, 5 chaque; Salzbourg, 3. La Hongrie a obtenu en 1867 une constitution séparée dont nous parlerons a l’article de ce pays.
Quatorze diétes provinciales ont été organisées par décrets du 27 février 1861 dans le duché d’Autriche au-dessus de l’Ens, le duché d’Autriche au-dessous de |’Ens, dans le duché de Salzbourg, le Tyrol et Vorarlberg, la Styrie, la Carinthie, la Carniole, Trieste, Goritz et Gradisca, le margraviat d’Istrie, la Dalmatie, la Bohéme, la Moravie, la Silésie, Ja Gallicie et Lodomérie, la Bukowine. La diéte de Hongrie avait étérétablie dés la fin de Pannée précédente. Ces diétes se come posent d'un nombre varié de membres, parmi lesquels figure presque toujours un évéque, des députés de la propricté fonciére, des ’éputés des villes et bourgs, et des députés des communes rurales. L’empereur nomme parmi les membres les maréchaux des diétes, chargés d’en diriger les débats. Les fonctions des diétes durent six ans. Les députés ne peuvent recevoir de mandat impératif, et siégent personnellement. Les diétes sont convoquées par l’empereur. Les membres prétent serment de fidélité et d’obéissance a |’empereur et jurent d’observer les lois et de remplir consciencieusement leur devoir. Les diétes peuvent étre dissoutes par Vempereur, Chaque diéte a un comité permanent composé de six membres choisis par la diéle dans son sein et qui est Porgane administratif et exécutif de la représentation du pays. Les diétes sont appelées a participer au pouvoir législatif dans les limites des prescriptions du diplome impérial du 20 octobre 1860 et & envoyer des députés au Conseil de empire. Les projets de loi sont présentés aux diétes par le gouvernement; elles ont le droit de proposer des lois concernant le pays. Pour toute foi il faut le consentement de la diéte et la sanction de l’empereur. Les diétes peuvent demander des lois générales. Elles administrent les biens provinciaux , les dettes des provinces, volent les budgets provinciaux. Elles réglent organisation administrative. Le comité permanent des diétes s’occupe de ladministration ordinaire des propriétés provinciales et surveille leservice des fonctionnaires et employés. I] exerce les droits de patronage, présentation, etc., qui appartenaient aux anciens états. [l représente le pays dans toutes les affaires contentieuses. Les séances des diétes sont publiques. Elles peuvent se former en comité secret sur la demande du président ou de cing membres. Les propositions des membres doivent d’abord étre communiquées au maréchal, qui les soumet au comilé. Les diétes ne peuvent se mettre en rapport entre elles. Elles ne peuvent recevoir des députations ; les pétitions doivent étre remises par un député, Elles ne peuvent envoyer des députations 4 lempereur qu’avec son autorisation. La moitié au moins des membres doivent étre présents pour prendre une résolution valable ; et chaque résolution doit étre votée par la majorité absolue des membres présents. Pour I’élection des membres des diéfes , tous les grands propriétaires fonciers forment un seul collége. Les villes et communes sont divisées en districts électoraux. Les députés des propriétaires fonciers sont élus directement. Les députés des communes rurales sont élus par des électeurs nommés par des électeurs primaires a raison d’un électeur par cing cents habitants. Les élec-
teurs doivent payer un cens. Pour étre élu député aux didtes j] suffit d’étre citoyen autrichien, agé de trente ans au moins, d’avoir la jouissance entiére de ses droits civils, d’étre électeur direct dans les colléges des propriétaires ou dans les villes, ou électeur élu dans les communes rurales. Trieste est représentée par sa municipalité.
Un concordat, conclu avec le pape en 1855, avait beaucoup étendu les droits de l’Eeglise catholique. Diverses patentes ont dd cependant déja rendre quelques droits aux dissidents. Enfin plusieurs dispositions des lois frangaises ont été appliquées en Autriche en matitre de recrutement 3t de presse, comme le tirage au sort, l’exonération, le jimbre et les avertissements. y
Le pays au-dessous de |’Ens semble former la base méme fle la monarchie autrichienne. C’est 14 qu’ V’époque de Charlemagne, vers l’an 800, fut créé le margraviat d’Autriche, destiné a protéger les fronti¢res sud-est de l Allemagne contre les hordes asiatiques, et qui, réuni en 1156 au pays au-dessus de !’Ens, fut érigé alors en duché. Toutefois, ce ne fut que lorsqu’en 1282 ce duché fut passé sous les lois de la maison de Habsbourg , qu’on le vit tendre 4 acquérir rapidement les proportions d’un puissant Etat. Les Habsbourg non-seulement y réunirent ce qu’on appela plus tard le cercle d’Autriche , mais acquirent encore, en 1438, la couronne impériale d’Allemagne : et a partir de ce moment le duché fut érigé en archiduché. L’acquisition des couronnes de Bohéme et de Hongrie, en 1526 et 1527, fit de la maison @Autriche une des grandes puissances européennes , rang qu’elle conserva par le traité de paix d’Aix-la-Chapelle de 1748. L’unité politique de la monarchie se consolida en 1804, quand elle fut érigée en empire héréditaire, et elle lui assura en 1814 une influence prépondérante parmi les puissances appelées alors a étre les arbitres de l'Europe.
Histoire.
La contrée qu’on appelle aujourd’hui l’Autriche fut habitée a l’époque la plus reculée par les Taurisques, peuple qui appartenait 4 la nation des Celtes. Plus tard ce nom fut remplacé par celui de Noriques. Quand les Romains eurent yaincu, en l’an 14 avant Jésus-Christ, les Noriques et occupé le Danube, le pays situé au nord de ce fleuve, vers les frontiéres de la Bohéme et de la Moravie, appartint aux Marcomanset aux Quades,. Une partie de la Basse-Autriche et de la Styrie dépendit , avec Vindobona, ville municipale romaine, de la Pannonie. Le reste de la Basse- Autriche et dela Styrie, avec la Carinthie et une partie de la Carniole, fut compris dans le Noricum. Goritz appartint 4 la province romaine [/lyricum, et le Tyrol fit partie de la Rhétie. La grande migration des peuples détruisit ces démarcations. Les Boiens , les Vandales, les Hérules, les Rugiens , les Goths, les Huns, les Lombards et les Avares s’y succédérent pendant les cinquiéme et sixiéme siécles, jusqu’A ce que, a partir de ’'an 568, quand les Lombards eurent fondé leur empire dans la Haute-Italie, Ens forma a ligne de démarcation entre la peuplade germaine des Bauvariens , 4 qui appartenait le pays d’au-dessus de |’Ens , et les Avares venus de l’Orient sur les bords de cette riviére. Mais dés lan 611 on voit apparaitre les Slaves sur les rives de Ja Mur, de la Sau et dela Drau. Lorsque aprés Yabolition de Ja dignité de duc en Baviére, en 788, les Avares franchirent I'Ens et envahirent les comtés franks de la Baviére, Charlemagne , en l’an 789, les repoussa jusqu’d la Saale, et réunit tout le pays s’étendant depuis l’Ens jusgu’a lembouchure de cette riviére dans le Danube (ce qu’on éppelle le pays d’au-dessous de V’Ens) A Allemagne, sous le nom d’Avarie ou de Marche orientale, Marchia orientalis ou Austria. Charlemagne enyoya des colons, originaires pour la plupart de la Baviére, dans cetle nouvelle province, a la téte de laquelle il plaga un margrave ( markgraf), en méme temps que l’archevéque de Salzbourg était
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chargé par lui d’y surveiller tout ce qui se rapportait & l'Eglise. L’Avarie forma, & partir du traité de partage conclu 4 Verdun en 843, la province frontiére orientale de Yempire d’Allemagne. Les Hongrois s’en emparérent en J’an 900, quand ils envahirent Allemagne; et ce ue fut qu’en - 955 que l’empereur Othon 1°, par In victoire qu’il remporta sous les murs d’Augsbourg, r¢éussit & leur reprendre une partie de cette province, qui, complétement reconquise & peu de temps de 1a, fut réunie de nouveau a |’Allemagne avec ses délimitations primitives.
En l’an 983 ’empereur nomma margrave de la province nouvellement conquise le comte Léopold It de Babenberg, qui se rendit célébre par ses entreprises contre les Hongrois, dont il enleva d’assaut Ja forteresse appelée Malh, et qui mourut en 994. Sous le regne de Henri 1** ( jusqu’en 1018), fils de Léopold, apparait pour la premiére fois la dénomination d’Ostirrichi, c’est-a-dire Gstreich, dérivée d’ Austria, dans un acte de donation de ’empereur Othon IIf de l’an 996. A Henri 1°" succédérent son frére Adalbert d’abord (jusqu’en 1050), puis le fils de celui-ci Ernest (jusqu’en 1075). Ernest obtint de Yempereur Henri IV des lettres de liberté ( Freiheitsbrief) qui constituérent le premier des priviléges de la maison d’Autriche. Il y est fait mention du margrave comme du plus fidéle des serviteurs de ’empereur, de son territoire comme du rempart de l’empire, et ’empereur lui accorde le droit de faire porter devant lui l'épée et la banniére du pays. C’est sous son régne que fut enfin décidé le procés pendant entre Pempereur Conrad de Hohenstaufen et Henri l’Orgueilleux, duc de Saxe et de Baviére; décision qui attribua la Saxe a Albert l’Ours et la Baviere au margrave Léopold. Henri IE Jasomirgott, frére et successeur de Léopold, eut a la yvérité querelle avec Henri le Lion au sujet de la Bayiére ; mais il s’en tira & son honneur. L’accommodement eut lieu le 17 septembre 1156, 4 Ratisbonne, dans le palais de l’empereur Frédéric Barberousse. Henri Jasomirgott restitua 4 ’empereur la Baviére et tous les fiefs impériaux qui en dépendaient, ainsi que sept banniéres. Henri le Lion en fut gratifié; mais & son tour il dut restituer & lempereur deux banniéres de méme que la marche de Baviére d’au-dessus de l’Ens avec les comtés qui en dépendaient: aprés quoi Henri Jasomirgott recut investiture du fief de la marche d’au-dessus de l’Ens. En outre, les deux marches d’au-dessus et d’au-dessous de |’Ens furent érigées en duché dont l’investiture fut immédiatement accordée au nouveau duc pour lui et ses héritiers, en méme temps que des franchises et des priviléges importants étaient accordés au pays. On stipula entre autres que le duché d’Autriche serait indivisible, héréditaire dans la ligne male ainée d’aprés Pordre de primogéniture , que l’empire ne posséderait aucun fief en Autriche , et que le duc ne serait justiciable d’aucune cour de justice de empire. On ajouta méme que ces droits et priviléges s’étendraient 4 tous les pays que les ducs pourraient ajouter par la suite 4 leur héritage. Henri Jasomirgott est encore important dans l’histoire d’Autriche & cause de la part qu'il prit & la seconde croisade, et aussi parce qu’il transféra sa résidence et sa cour de Léopoldsberg 4 Vienne, alors pour la premiére fois qualifiée de ville, enfin parce
ue ce fut lui qui commenga la construction de |’église Sainttienne.
Il mourut le 13 janvier 1177, et eut pour successeur son fils Léopold V (jusqu’en 1194), sous lequel la Styrie fut réunie 4 ’’Autriche. A Léopold V succéda son fils Frédéric le Catholique (mort en 1198), et A celui-ci son frére Léopold VI, qui entreprit de nombreuses expéditions contre les Hongrois et les infidéles, tant en Europe que hors d'Europe, et qui detous les princes de lamaison de Babenberg est celui sous le régne duquel l’Autriche jouit de plus de prospérité. Son fils Frédéric , A qui il Iégua ses Etats, non-seulement prospéres, mais encore augmentés, et qui A son tour accrut
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tellement les fiefs dont il avait hérité de son pére en Carniole, qu'il prit le titre de seigneur de la Carniole, fut le dernier de sa race. En lui s’éteignit la maison de Babenberg. Dans les derniéres années de sa vie, il avait eu le projet de réunir ses différents Etats en royaume et de se faire créer roi par Vempereur; mais sa mort prématurée, arrivée le 12 juillet 1246, dans une hataille livrée aux Magyares , Vempécha de mettre ce projet & exécution.
La période suivante, de 1246 a 1282, est désignée dans Vhistoire sous le nom d’/néerregne autrichien. L'empereur Frédéric I déclara en effet ’Autriche et la Styrie réunies au domaine héréditaire des empereurs a titre de fief tombé en deshérence, établit un gouverneur & Vienne, et renouvela les priviléges de ville impériale accordés & cette cité. Mais en 1248 Marguerite, sceur du feu duc Frédéric et veuve de Pempereur Henri VI, ainsi que sa niece Gertrude, qui avait éponsé le margrave Hermann de Bade, gouverneur de PAutriche pour ’empereur, Clevérent, 4 linstigation du pape Innocent IV, des prétentions & Vhéritage de Frédéric. Le margrave Hermann, appuyé par le pape et par un puissant parti, s’empara de Vienne et de plusieurs villes d’Autriche, tandis qu’en Styrie le gouverneur de Goritz, le comte Meinhard, lui opposait une vive résistance. Mais Hermann mourut dés Yannée 1250; ef son fils Frédéric, qui eut la téte tranchée & Naples, en 1268, avec Conradin de Souabe, n’était encore alors 4gé que d’un an. Par suite des dissensions intestines auxquelles le pays était en proie et de Pimpossibilité de songer 4 l’Autriche, ot la lutte qu’il avait 4 soutenir contre son anti-roi placait ’empereur Conrad IV, les états de ce duché, dontil est déja fait mention dans des diplémes remontant 4 année 1096, et ceux de Styrie résolurent, en 1251, de choisir pour duc l’un des fils de la seconde seur de Frédéric, Constance, femme du margrave de Misnie, Henri !’lilustre. Déja leurs envoyés étaient en route pour se rendre en Misnie, quand, a leur arrivée 4 Prague, le roi Wenceslas les détermina 4 élire pour duc d’Autriche et de Styrie son fils Ottocar, lequel réussit 4 se maintenir en possession de cette dignité par la force des armes et par l’emploi de la corruption, de méme que par le mariage qu'il contracta avec Vimpératrice douairiére, Marguerite. Aprés avoir enleyé la Styrie au roi Béla de Hongrie, a la suite dela victoire décisive qu’il remporta sur ce prince dans les plaines de March, il se fit accorder l’investiture des deux duchés par le roi des Romains, Richard, en 1262. En vertu du testament laissé en mourant par son cousin Ulrich, dernier dug de Carinthie et de Frioul, le duché de Carinthie avec la partie de la Carniole qui y avait été réunie, Histerreich et une partie du Frioul, passérent sous son autorité. L’orgueil perdit Ottocar et le précipita de Ja hautcur of il était parvenu. Il s’était refusé a reconnaitre Rodolphe de Habsbourg en qualité d’empereur ; mais il fut vaincu par ce prince en novembre 1276, et dut lui céder l'ensemble de ses possessions en Autriche. Ayant tenté de les reconquérir, il perdit la vie dans une bataille livrée le 26 aout 1278 ; et son fils Wenceslas, pour conserver ses Etats héréditaires, dutsolennellement renoncer a toutes prétentions sur l’Autriche. L’empereur Rodolphe séjourna pendant trois ans 4 Vienne, et nomma ensuite son fils gouverneur de la contrée. Puis, aprés en avoir obtenu I’agrément des électeurs de Saxe et de Brandebourg, des trois électeurs ecclésiastiques et des comtes palatins du Rhin, il accorda, le 27 décembre 1282, A ses fils Albert et Rodolphe Vinvestiture solennelle des duchés d’Autriche, de Styrie et de Carinthie.
Albert I* et Rodolphe cédérent la Carinthie au comte Meinhard de Tyrol, beau-pére d’Albert, et en 1283 passérent une convention en vertu de laquelle Albert resta seul en possession de l’Autriche, de la Styrie et de la Carniole, et fixa sa résidence 4 Vienne, qui renonga a ses priviléges de ville libre impériale, en méme temps que le nom de PAufriche devenait celui de la famille des descendants de Ro-
dolphe et deses fils. L’avénement de la maison de Habshourg ful la base premiére de la grandeur future de lAutriche. Lesprit de domination dont était animé Albert l’entraina dans des guerres sanglantes contre la Bavieére et la Hongrie ; et en 1298 il fut élu roi des Romains de préférence a Adolphe de Nassau, son rival. Mais ayant entrepris de subjuguer les Suisses, il fut assassiné le 1°* mai 1308 a Rheinfelden, par son neveu Jean de Souabe (voyez JEAN LE Parricipe), dont il avait confisqué les domaines héréditaires. Les cing fils d’Albert, Frédéric, Léopold, Henri, Albert et Othon, auxquels échut en outre l’héritage de Jean de Souabe, durent acheter de V’empereur Henri VII, moyennant la somme de 20,000 mares d’argent, |’investiture des Etats de leur pére, qui sous son régne avaient été accrus, en !’an 1301, du margraviat de Souabe, et quia sa mort en étaient venus a comprendre une superficie de 690 myriamétres carrés. A la suite de leurs guerres contre la Baviére, ils acquirent Neuburg; par contre, la tentative faite par le duc Léopold pour recouvrer les villes forestiéres helvétiques, perdues sous le régne d’Albert, échoua contre la bravoure des confédérés a la fameuse bataille de Morgarten, livrée le 6 décembre 1415. Son frére Frédéric, élu empereur d’Allemagne par quelques électeurs en 1314, fut, lui aussi, battu par son compétiteur, Louis de Baviére, ala bataille de Muhldorf, livrée le 13 septembre 1322, et devint méme son prisonnier. L’empereur s’étant vu forcé en 1325, par suite de sa lutte contre la maison de Luxembourg en Bohéme et contre le pape Jean XXII, de lui rendre sa liberté, Frédéric dut renoncer a toute participation au gouvernement et s’engager a restituer tous les domaines impériaux au pouvoir de |’Autriche. Mais son frére refusa de sanctionner cette convention, comme déshonorante, et continua la lutte contre Louis : en conséquence, Fré déric revint 4 Munich se constituer prisonnier. Touché de cette fidélité a la foi jurée, l’empereur Louis se réconciliaavec Frédéric, et signa avec lui, le 7 septembre 1325, une convention aux termes de laquelle ils se partageaient l’administration de empire, mais qui demeura inexécutée parce qu'elle avait été conclue sans l’assentiment des électeurs. Sur ces entrefaites, Henri et Léopold d’Autriche étaient morts, le premier en 1326 et le second en 1327. Frédéric a son tour mourut le 13 janvier 1330, sans laisser d’enfants ; et alors ses fréres Albert II et Othon firent leur paix avec Y’empereur Louis. A la mort de leur cousin Henri, margrave de Tyrol et duc de Carinthie, pére de Marguerite Maultasch, ils se firent accorder par l’empereur, en mai 1335, |’investiture du Tyrol et de la Carinthie; toutefois, en vertu d’un traité signé le 9 octobre 1336, ils rétrocédérent le Tyrol au roi Jean de Bohéme pour son fils Jean-Henri, ou plutot pour sa bru, Marguerite Maultasch. Othon et ses fils étant morts en 1344, Albert I! réunit sous son autorité l'ensemble des possessions de la maison d’Autriche, augmentées encore en 1324 des domaines du denier comte de Pfort, dont il avait épousé la fille, et en 1326 des domaines de la maison de Bourgogne-Kyburg.
Des quatre fils d’Albert 11, Rodolphe, Albert , Léopold et Frédéric, Rodolphe II (1V) fut celui qui se distingua le plus. Il termina la construction de l’église de Saint-Etienne, créa le chapitre collégial et l’école supérieure de Vienne, et mourut 4 Milan en 1365 sans laisser d’enfants. Son frére cadet, Frédéric , avait déja précédé dans la tombe. Les deux fréres survivants opérérent alors entre eux un partage par suite duquel Albert Ii] eut pour lui )Autriche et abandonna a son frére le reste de lhéritage paternel. Léopold ayaut payé de sa vie, a la bataille de Sempach, la tentative nouvelle qu'il fit pour reconquérir les anciennes possessions de la maison de Habsbourg en Suisse, Albert gouverna en gualité de tuteur les Etats du fils mineur que laissait son frére. Marguerite Maultasch lui céda le Tyrol 4 la mort de son fils unique, Meinhard, qui avait épous¢ la sceur d’Albert ; et jusqu’a la mort d@’Albert IJ, arrivée en 1395, ’Autriche s’ac-
crut de divers territoires. Albert III et Léopold IIIf fondérent deux lignes, celle d’Autriche et celle de Styrie, qui durérent soixante-dix-huit années. Albert IV, fils unique d’Albert I11, se trouvait en Palestine au moment ou mourut son pére. A son retour, il voulait se venger des actes d’hostilité commis par le margrave Procope de Moravie; mais il mourut empoisonné sous les murs de Znaim, en 1404. Son fils, encore mineur, Albert V, fut déclaré majeur en 1410, et, comme gendre de ’empereur Sigismond, réunit sur sa téte, en 1438, Jes couronnes de Hongrie et de Bohéme, ainsi que la couronne impériale; mais il mourut dés année suivante (1439). Avec son fils posthume Ladislas s’éteignit, en 1457, la ligne d@Autriche, dont les possessions firent retour a celle de Styrie. A partir de cette époque la couronne impériale resta constamment dans la maison d’Autriche. I! n’y eut que la Hongrie et la Bohéme qui s’en séparérent pour quelque temps, par suite de la mort d’Albert V; de méme qu’aprés les luttes sanglantes qui eurent lieu en Suisse sous le roi des Allemands Frédéric IV, devenu plus tard l’empereur Frédéric Il, elle perdit les derniers débris de l’héritage primitifdes Habsbourgs en Helvétie. En revanche, l’'empereur Frédéric 111 fit de nombreuses acquisitions de territoire, et pour ajouter a l’éclat de sa maison 11 y introduisit la dignité d’archiduc. La querelle de succession qui éclata entre Yempereur Frédéric III et ses fréres, Albert et Sigismond, et pendant laquelle ’empereur se trouva quelque temps assiégé dans son chateau impérial de Vienne par la population de cette capitale, dévouée aux intéréts d’Albert, se termina par la mort de ce dernier, arrivée en décembre 1464. Sigismond lui ayant alors cédé 3a part dans l’heritage de Ladislas, mort précédemment, Frédéric se trouva seul souyerain de |’Autriche. Son fils Maximilien I*', par son mariage avec Marie, fille unique du duc de Bourgogne Charles le Téméraire, ajouta en 1477 les Pays-Bas aux possessions de la maison d’Autriche. Cependant Maximilien eut beaucoup de peine a en conserver le gouvernement, qu'il exerga comme tuteur de son fils Philippe. Un traité avantageux conclu en 1489 mit un terme a sa captivité a Bruges; mais il perdit le duché de Gueldre. Devenu empereur d’Allemagne en 1483, par suite de la mort de son pére, il céda & son fils Philippe le gouvernement des Pays-Bas. Maximilien I* recula les frontidres de ses Etats héréditaires, auxquels il ajouta tout le Tyrol, ainsi que d’autres territoires, pour la plupart enlevés & la Baviere ; et il acquit aussi a sa maison de nouvelles prétentions sur la Hongrie et sur la Bohéme. Ce fut sous son régne que la ville de Vienne commenca de devenir le centre des arts et des sciences en Allemagne. Le mariage de son fils avec Jeanne d’Espagne plaga la maison de Habsbourg sur le tréne des Espagnes et des Indes; mais Philippe étant venu 4 mourir dés l'année 1506, Ja réunion des couronnes d’Autriche et d’Espagne sur une méme téte n’eut lieu qu’aprés la mort de Maximilien I, arrivée le 12 janvier 1519, époque ot son petit-fils, le fils ainé de Philippe, Charles 1°, roi d’Espagne, fut élu empereur d’Allemagne sous le nom de Charles-Quiunt. Celui-ci, aux termes des traités de partage intervenus le 28 avril 1521 & Worms et le 17 mai 1540 4 Gand, abandonna a son frére Ferdinand I tous ses Elats héréditaires allemands, & l'exception des Pays-Bas, qu’il se réserva,
Ferdinand [°, par son mariage avec Anne, sceur du roi de Hongrie, Louis II, tué a la bataille de Mohatsch, en 1526, acquit les royaumes de Hongrie et de Bohéme ainsi que les dépendances de la Bohéme, telles que la Moravie, la Silésie et la Lusace. La Bohéme reconnut sans difficulté Ferdinand pour son roi. En Hongrie également, malgré le grand nombre de magnats qui se montraient disposés en faveur de Jean de Zapolya, et malgré le bonheur qui s’attacha d’abord aux entreprises de son compétiteur, il fut élu roi en 1526 et couronné en 1527, Mais Zapolya contracta alliance ayee
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Je sultan Soliman II, qui dés 1529 s’en vint camper sous les murs de Vienne a la téte d’une armée formidable. Les mesures habiles prises par le général autrichien, le comte de Salm, sauvérent seules 4 ce moment cette capitale, et larmée impériale contraignit Soliman a battre en retraite. Un traité fut ensuite conclu en 1535, en vertu duquel Jean de Zapolya obtint le titre de roi et la moitié de la Hongrie, avec la réserve que sa descendance ne conserverait que la souveraineté de la Transylvanie. A la mort de Jean, de nouveaux troubles éclatérent, dans lesquels intervint encore une fois le sultan Soliman, a qui Ferdinand dut acheter la tranquille possession de la Basse-Hongrie en prenant l’engagement de lui payer un tribut annuel de 300,000 ducats. Ferdinand ne fut pas plus heureux a l’égard du duché de Wurtemberg, que la ligue de Souabe avait enleyé au turbulent duc Ulrich pour le rendre a V’empereur Charles- Quint, lequel, dans l’acte de partage précité, l’avait rétrocédé a son frére Ferdinand. Le landgrave Philippe de Hesse, ami du due Ulrich, profita en effet de la situation embarrassée de Ferdinand, obligé de soutenir une guerre difficile an sujet de la Hongrie, pour, avec l’appui de la France, s’emparer du Wurtemberg ; et aux termes du traité signé 4 Cadan en Bohéme le 29 juin 1534, Ferdinand le rendit 4 Ulrich, sous Ja réserve qu’il le tiendrait comme fief relevant de lAutriche et devant lui faire retour en cas d’extinction de sa descendance, Ces pertes ue furent pas 4 beaucoup prés compensées par l’acquisition de autre moitié de Bregenz, du comté de Thengen et de la ville de Constance. Cependant, méme 4 ce moment les possessions de la ligne allemande de la maison d’Autriche comprenaient déja une superficie de 5,402 milles géographiques carrés.
Ferdinand ceignit en outre la couronne impériale quand, en 1556, son frére Charles-Quint eut échangé le sceptre contre le froc. 11 mourut le 25 juillet 1564, laissant le renom dun souverain du premier mérite, encore bien qu’on puisse lui reprocher d’avoir adopté ’immobilité pour principe dans lEtat, dans PEglise et dans le systéme de la féodalité, de méme que d’avoir accueilli dans ses Etats la compagnie de Jésus, Aux termes de l’acte de ses dernitres volontés, ses trois fils opérérent comme suit le partage de )’héritage paternel : Vainé,; Maximilien II, qui devint empereur, eut PAutriche, la Hongriv, la Bohéme; le second, Ferdinand, le Tyrol et la Haute-Autriche ; et le troisitme, Charles, la Styrie, la Carinthie, la Carniole et Goritz. L’empereur Maximilien II fut plus heureux en Hongrie que son pére. La mort de Soliman sous les murs de Zigeth, en 1566, amena la conclusion dun armistic& En 1572 Vempereur fit couronner son fils ainé, Rodolphe, en qualité de roi de Hongrie; ce prince fut en outre couronne comme roi de Bohéme et élu roi des Romains en 1575. Par contre, les tentatives qu’il fit pour assurer & sa maison la couronne de Pologne échouérent, tout comme celles que fit encore dans ce but le quatriéme de ses fils, Mavimilien, en 1587, aprés la mort d’Etienne Bathori. Maximilien II fut un prince ami de la paix, tolérant en matidre de religion, et juste. 11 mourut en 1576, De ses cing fils, ce fut 4 l’ainé, Rodolphe U1, qu’échut la couronne impériale. Sous son régne les possessions de l’archiduc Ferdinand, qui avait épousé la belle Philippine Welser, fille dun riche bourgeois d’Augsbourg, firent retour, aprés la mort de ce prince, aux deux lignes survivantes, parce que les enfants issus de ce mariage ne furent point reconnus aptes a hériter du titre de princes de la famille impériale qu’avait porté leur pére. Rodolphe I s’attacha A maintenir antique systéme féodal aristocratique, apporta d’ailleurs beaucoup de négligence et de Iégéreté dans le gouvernement de ses peuples; prince d’un caractére essentiellement faible, il s’en rapportait en toutes choses a l’'avis de ses ministres. La guerre qu'il soutint contre ta Porte et contre le prince souverain de la Transylyanie fut peu glorieuse. Les protes-
' tants, dont les jésuites voulaient étouffer les doctrines reli
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gieuses, lui arrachérent la déclaration connue sous le nom de Lettres de Majesté. En 1608 il dut céder la Hongrie, et en 1611 la Bohéme ainsi que les Etats héréditaires autrichiens A son frére Mathias. Celui-ci, qui lui svecéda en 16{2 comme empereur, conclut une tréve de vingt ans avec les Tures, et abandonna en 1617 la Bohéme, puis en 1618 la Hongrie, A son cousin Ferdinand, fils de Parchiduc Charles, mort en 1590, et troisiéme fils de ?empereur Maximilien II. Mathias, apres avoir assisié au début de la guerre de Trente ans, mourut, le 20 mars 1619. Les habitants de
la Bohéme, de méme que les Etats de l’Autriche et les Hongrois , refustrent de reconnaitre son successeur, l'empereur Ferdinand I1, devenu dés lors possesseur de tous les Etats autrichiens, et élurent pour roi le chef de l'Union Evangélique, V’électeur palatin Frédéric V. Mais a la suite de la bataille de Prague, en 1620, la Bohéme dut se soumettre A Ferdinand , qui entreprit alors en Bohéme et en Moravie une véritable extermination du protestantisme, mit a néant la libre élection des rois de Bohéme ainsi que les Lettres de Majesté, et institua un tribunal catholique de la Réformation, qui contraignit des milliers de citoyens 4 s’expatrier pour conserver leur liberté de conscience. L’empereur réussit aussi 4-forcer les membres, pour la plupart protestants , des états d’Autriche a lui préter foi et hommage, acte qui fut suivi de interdiction la plus sévére du protestantisme en Autriche. Enfin il parvint 4 étouffer la révolte de la Hongrie, qui avait pris les armes et s’¢tait rangée sous les ordres du prince souverain de la Transylvanie, Bethlen-Gabor. Cependant cette guerre de religion codta 4 la maison d’Autriche la prospérité de tous ses Etats. C’est ainsi, par exemple, que sur 372 villes qu’on comptait en Bohéme au moment ou elle éclata, il n’en restait plus que 130 quand elle se termina; que le nombre des villages se trouva réduit de 30,700 4 6,000, et le chiffre de la population, de 3,000,000 Whabitants 4 780,000. Sous le régne du successeur de Ferdinand II, 'empereur Ferdinand III, qui régna de 1637 a 1657, les Etats autrichiens furent encore davantage en proie au fléau de la guerre. De méme que par la paix de Prague Ferdinand It s’était vu foreé d’abandonner la Lusace a la Saxe , Ferdinand I{I fut contraint d’abandonner lPAlsace a la France dans le traité de Westphalie, conclu en 1648. L’empereur Léopold I®*, tils et successeur de Ferdinand , provoqua par son intolérance et ses cruautés une révolte des Hongrois. Tcekely trouva aide et appui auprés de la Porte ; et Kara-Mustapha vint, en 1683, mettre le siége devant Vienne, qui ne dut alors son salut qu’a une armée polonaise et allemande accourue 4 son secours sous les ordres du roi de Pologne Jean Sobieski. L’empereur, ayant ensuite opéré la soumission compléte de la Hongrie par ses généraux, transforma, en 1687, ce royaume en Etat héréditaire, auquel il réunit la Transylvanie, quoiqu’elle ett eu jusquealors des souverains particuliers. La Porte, vaincue par le prince Eugéne, dut en outre, par la paix de Carlowitz, conclue en 1699, restituer 4 la Hongrie tout le territoire situé entre le Danube et la Theiss, et en 1718, en vertu de la paix de Passarowitz, lui céder encore d'autres provinces importantes. Mais le projet que Léopold congut pour faire assurer a son second fils, Charles , Phéritage de la monarchie espagnole par le roi d’Espagne Charles II, qui n’avait pas d’enfants , échoua compl¢tement. La politique plus adroite de la France parvint a déterminer ce prince a désigner pour son successeur le petit-fils de Louis XIV, Philippe, duc d’Anjou. 1! en résulta la guerre de la Succession d’Espagne, at
milieu de la durée de laquelle Léopold mourut, le 5 mai 1705.
C’était un prince instruit, qui eut le tort de suivre trop aveuglément en toutes choses les conseils des jésuites. Le fils ainé et successeur de Léopold, ’'empereur Joseph I, prince fort éclairé, continua la guerre; mais i] mourut sans laisser de postérité, le 17 avril 1711; et il eut pour successeur son frére Charles dans ses Etats héréditaires ,
de méme que sur le fréne impérial, qu'il occupa sous le nonr de Charles VI. Celui-ci fut contraint @aceéder a la paix concluesans luia Utrecht par ses confédérés, et ce en vertu deg traités de Rastadt et de Bade : il conserva d’ailleurs la possession des Pays-Bas, du Milanais, du Mantouan, de Naples et de la Sardaigne. Une convention, en date de 1720, opéra ’échange de la Sardaigne contre laSicile. Le duché de Mantoue, placé sous s¢questre en 1708 par l'ermpereur Joseph 1°, parce que le duc s’était allié 4 la France contre lui chef de empire d’Allemagne, fut réuni & la monarchie autrichienne a titre de fief confisqué. Cette monarchie eut alors une superficie de 4973 myriamétres carrés, avec une | opulation de prés de 29 millions d’aines. Les revenus publics s’y élevaient de 130 A 140 millions de florins, et elle entretenait une armée de cent trente mille hommes. Mais sa puissance ne tarda point a étre singuli¢rement affaiblie par de nouvelles guerres contre l’Espagne et la France. Aux termes des traités de paix signés 4 Vienne en 1735 et 1738, Charles VI fut foreé de céder Naples et la Sicile 4 Vinfant d’Espagne, don Carlos , et une partie du Milanais au roi de Sardaigne ; sacrifices en compensation desquels il n’obtint que Parme et Plaisance. De méme, la paix de Belgrade, conclue en 1739, lui fit perdre la plupart des fruits des victoires du prince Eugéne, attendu qu'il dut alors restituer ala Porte Belgrade, la Servie, la partie autrichienne de la Valachie , Orsova et la Bosnie. Charles VI consentit a toutes ces humiliantes concessions, afin d’assurer par la Pragmatique sanction Vhéritage de la monarchie autrichienne a sa fille Marie-Thérése , que toutes les puissances de Europe reconnurent effectivement Pune aprés Pautre. Pendant toute la période qui s’était écoulée jusque alors depuis le régne de Ferdinand I*", les peuples placés sous la souveraineté des princes de la maison de Habsbourg n’avaient joui que pendant dix-huit années, 4 savoir, douze sous Maximilien II, et six sous Joseph I*, de Vinappréciable bonheur de pouvoir vivre en paix dans le libre exercice de leurs libertés religieuses, et pendant presque tout le reste du temps les consciences avaient été cruellement opprimées.
Quand, Ala mort de Charles VI, arrivée le 20 octobre 1740, la ligne male de la maison de Habsbourg vint a s’éteindre , sa fille, Marie-Thérése, qui avait épousé le duc Frane cois-Etienne de Lorraine, lui succéda dans le gouvernement de tous les Etats héréditaires autrichiens ; mais alors on vit des prétentions hostiles s’élever de toutes parts contre elles. Une guerre acharnée éclata bient6t, dans laquelle cette princesse n’eut d’autre alliée que l’Angleterre. Frédéric II, roi de Prusse, lui enleva la Silésie; Vélecteur de Baviére prit le titre d’archiduc d’Autriche, fut couronné 4 Linz eta Prague en qualité deroide Bohéme, et, en 1742, élu empereur d’Allemagne sous le nom de Charles VII. Les Hongrois seuls restérent fideles a leur héroeique reine, qui, par la paix signée a Breslau le 4 juin 1742, dut céder a la Prusse la Silésie et le comté de Glatz, a Pexception de Teschen, de Jegerndorf et de Troppau. Fredéric Il recommenca la guerreen accourant au secours de ’empereur Charles VII; mais ce prince étant venu & muurir le 20 janvier 1745, répoux de Marie-Thérése fut élu empereur d’Allemagne sous le nom de Francois I®. Un second traité de paix conclu avec l’Autriche, le 25 décembre 1745, assura de nouveau a Frédéric If la possession de la Silésie. En vertu de la paix signée a Aix-la-Chapelle le 18 octcbre 1748, PAutriche dut encore céder les duchés de Parme, de Plaisance et de Guastalla 4 Pinfant don Philippe d’Espagne, et quelques districts du Milanais a la Sardaigne. Au prix de ces sacrifices, la continuation de la monarchie autrichienne se trouvait assurée; mais Marie-Thérése voulut récupérer la Silésie, Dans ce but, elle s’allia avec la France, la Russie, la Saxe et 1a Suéde. Aprés sept années d'une sanglante guerre, la Prusse, aux termes de la paix d’Hubertsbourg, conclue en 1763, conserva la Silésie, et les immenses sacrifices en hommes
et en argent faits par l’Autriche se trouvérent inutiles (voyez Sept-Ans [Guerre de] ). C’est a cetle époque qu’un papier-monnaie fut pour la premiére fois émis en Autriche, On lui donna le nom d’Obligations d’ Etat, et Vempereur Frangois fonda une banque pour en faciliter la circulation. Asa mort, arrivée le 18 aodt 1765, son fils ainé, Joseph 11, devint co-régent des Etats héréditaires autrichiens avec sa mére, en méme temps qu’il fut élu empereur d’Allemagne. Des lignes collatérales de la maison d’Autriche naquirent des fils puinés de Marie-Thérése : Parchiduc Pierre-Léopold en Toscane (1765), et l’archiduc Ferdinand , qui épousa Vhérititre @E ste (voyes Monitne). L’impératrice chercha encore 4 compenser la diminution que subissait la monarchie par cette cession de la Toscane 4 une branche cadette de la maison d’Autriche, en s’emparant de diverses viiles engagées autrefois a la Polegne par des rois de Hongrie. Ce ne fut guére que comme contrainte et forcée qu’en 1772 cette princesse consentit au premier partage de la Pologne, qui valut a lAutriche laGallicie et la Lodomirie. En 1777 la Porte dut lui faire cession de la Bukowine, En 1779 la paix de Teschen lui valut le bailliage de Burghausen dans VInnviertel, le comté dé Falkenstein et autres possessions ; de telle sorte qu’ sa mort, arrivée le 28 novembre 1780, le territoire de PAutriche comprenait 11,070 milles géogr. carrés. S’il en avait perdu 772, il en avait regagné 1,648. Le chiffre de la population s’élevait 4 24,000,000 d’ames; mais celui de la dette publique montait, par contre, a 160 millions de florins. Le régne de Marie-Thérése fut remarquable par l’excellente organisation qu’elle introduisit dans toutes les branches de l’administration publique, par la sollicitude toute particuliére dont furent l’objet Pagriculture, le commerce, l’éducation populaire, l’instruction supérieure, la religion, les sciences, les lettres et les arts, de méme que par la direction, aussi intelligente que prudente, donnée par le ministre de Kaunitz aux relations de l’Autriche avec les puissances étrangéres, et jusque avec le si¢ge de Rome. Joseph IJ, successeur de l'impératrice, apporta dans l’exercice de ses devoirs souverains une infatigable activité et un esprit exempt de préjugés, mais quelquefois aussi trop de précipitation et de violence. Comme co-régent, il ayait déja opéré de considérables économies dans les dépenses de la cour, dans I’état des pensions et dans tout le systéme de rétribution des fonctions publiques. Ce ne fut toutefois qu’aprés la mort de sa mére que toute son activité comme monarque put se développer librement. Sévére a Végard des militaires tout comme a l’égard des fonctionmaires civils, il fit preuve en outre comme empereur d’un ‘bien rare libéralisme de principes et d’idées, I] réforma le systéme de lacensure, accorda aux protestants des libertés et des droits civils, fit preuve de plus dé tolérance vis-a-vis des juifs, supprima neuf cents couvents et chapitres, et soumit le systéme des écoles 4 une révision et a de notables -améliorations , La visite que le pape Pie VI vint lui rendre en personne & Vienne ne modifia en rien le systéme de réformes de ’empereur. L’ordonnance douaniére de 1788 développa plus complétement le systeme de douanes introduit en Autriche par Marie-Thérése, lequel avail pour but de favoriser la production et Vindustrie des populations autrichiennes en les protégeant contre l’influence ruineuse de la concurrence étrangére; et l'industrie manufacturiére ne tarda pas a atteindre un remarquable degré de prospérité. Mais le zéie pour les réformes dont l’empereur était animé provogua peu a peu la résistance de tous les ennemis des lumiéres et de la véritable civilisation, Les Pays-Bas se révoltérent , et la douleur amére que cet événement causa a Joseph II fut peut-étre le motif qui le détermina a projeter Ja création d’un royaume d’Austrasie, qu’il edt échangé contre Jes Etats de l’électeur palatin de Baviere, Ce projet échoua contre opposition décidée qu’y fit le plus proche agnat de Vélecteur, le duc de Deux-Ponts, et aussi contre la ligue des
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princes suscitée par Frédéric I. L’empereur ne fut pas plus heureux dans la guerre qu’il déclara A la Porteen 1788. Les fatigues auxquelles il s’exposa pendant cette campagne et le chagrin que lui causérent les troubles dont ses Etats héréditaires étaient devenus le théatre, accélérérent sa morf, qui arriva le 20 féyrier 1790.
A Joseph IL succéda son frére cadet, jusque alors grand-due de Toscane, l’empereur Léopold II. Par le systéme de concessions et de fermeté tout a la fois qu'il adopta vis-a-vis des Pays-Bas, ce prince réussit a apaiser les populations de cette province, de méme qu'il sut donner satisfaction aux griefs des Hongrois, Le traité de Reichenbach, qu'il conclut le 17 juillet 1790, le réconcilia avec la Prusse, et celui de Szistowe, en date du 4 aodt 1791, avec la Porte, Le sort de sa seur Marie-Antoinette, reine de France, et de Louis X VI, son époux, le détermina 4 conclure un traité dalliance avec la Prusse ; mais il mourut dés le 1°" mars 1792, avant méme que la guerre de la révolution edt pu éclater, Peu de temps aprés l’avénement au trone de son fils Francois, et avant que celui-ci eit été élu empereur d’Allemagne, la France lui déclara la guerre en sa qualité de roi de Hongrie et de Bohéme (voyez France ). Aux termes du premier traité de paix de Campo-Formio, signé le 19 octobre 1797, lAutriche perdit la Lombardie et les Pays-Bas, et recut comme indemnité la plus grande partie du terrifoire yénitien. Deux années auparavant, lors du troisiéme partage de la Pologne, elle s’était agrandie par l’adjonction de la Gallicie occidentale. Dans les premiers mois de l’année 1799 ]’empereur Frangois, allié 4 la Russie, recommenga la guerre contre la France; mais Bonaparte le contraignit a signer, le 9 février 1801, la paix de Lunéville, traité en dehors duquel demeura Vanglegere et par lequel ’empereur dut abandonner le comté de Falckenberg et le Frickthal, en méme temps que le grand-duc Ferdinand de Toscane était foreé de renoncer a la souveraineté de ce pays en échange du pays de Salzbourg et de Berchtesgaden, d’une partie du territoire de Passau, et encore, par lasuite, de la plus grande partie d’Eichstedt, avec le titre d’électeur. L’Autriche obtint en Tyrol les deux archevéchés de Trieste et de Brixen; de sorte que, malgré les cessions de territoire auxquelles elle était obligée de consentir en faveur de la France, et en tenant compte des acquisitions faites par elle en Pologne, son territoire se trouvait encore accru de 452 milles géog. carrés de plus qu’au début des guerres de la révolution , et que le chiffre total de sa superficie dépassait 12,000 milles géog. carrés. Par contre, la dette publique avait atteint le chiffre de 1,220 millions de florins. Le premier consul de la république francaise n’ayant pas tardé a se faire proclamer empereur, Frangois IL, avec un admirable pressentiment de Pavenir, se fit de son cété acclamer, le 11 aodt 1804, empereur héréditaire d’Autriche, en méme temps qu'il réunissait ses différents Etats en un tout compacte sous la dénomination unique et générale d’empire dAntriche. En 1805 l’empereur Francois Il, apres s’¢tre allié avec la Russie et l’Angleterre, prit de nouveau les armes pour résister aux prétentions dominatrices du souverain de la France. Cette guerre, qui ne fut qu’une rapide succession de désastres , se termina le 26 décembre de la méme année par la paix de Presbourg, aux termes de laquelle l’empereur dut abandonner a la France le reste de ses possessions en Italie; au roi de Bavitre, Burgau, Eichstadt, sa part de Passau , tout le Tyrol, le Vorarlberg, Hohenems, Rottenfels, Tcttnang, Argen et Lindnau; au roi de Wurtemberg, les cing villes du Danube , le comté de Hohenberg, le landgraviat de Nellenburg , le bailliage d’Altdorf et une partie du Briegau; au grand-duc de Bade enfin, le restant du Brisgau, POrtenau, Constance et la commanderie de Meinau, Pour unique compensation de tant de pertes, on lui accordait le territoire de Salzhourg et Berchtesgaden, On dédommagea I'électeur de Salzbourg avec le grand-duché de Wurzbourg;
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enfin on promit de rendre héréditaires en faveur d’un prince dela maison d’Autriche le titre et la dignité de grand maitre de ordre Teutonique. Ainsi se termina une guerre qui, in- Jépendamment de ces diverses cessions de territoire, cota a la monarchie autrichienne 90 millions de florins, valeur de tout ce que les Francais emportérent avec eux de Vienne et dailleurs, plus 800 millions dépensés en frais d’armement, équipement, etc.
La Confédération du Rhin ayant été eréée le 12 juillet 1806, Yempereur Francois If renong¢a le 6 aodt suivant au titre d’empereur d’Allemagne , qui existait dans sa famille depuis plus de cing cents ans, et prit dés lors, en sa qualité d’empereur d’Autriche , le nom de Frangois I*. En cette qualité, il recommenga en 1809 la guerre contre la France, mais cette fois sans avoir d’autre allié que la Grande-Bretagne, dont tout Vappui consista en subsides et en une tardive attaque tentée contre Vile de Walcheren. Dans cette nouvelle lutte , les armées autrichiennes firent preuve de la plus héroique constance ; mais elles succombérent encore cette fois. La paix signée 4 Vienne le 14 octobre 1809 enleya dla monarchie {100 myriamétres carrés de territoire, avec 3,500,000 habitants et un revenu public de plus de 11 millions de florins, en méme temps que la dette publique était portée au chiffre de 1,200 millions de florins, L’Autriche perdit, en vertu des stipulations de la paix de Vienne, ses plus belles provinces : le duché de Salzbourg avec Berchtesgaden, ’Innviertel, le Hausruckviertel occidental, la Carniole avec Goritz, Trieste, le cercle de Villach, la plus grande partie de la Croatie, l'Istrie, Reezuns dans les Grisons, les enclayes boh¢mes de la Saxe, toute la Gallicie occidentale, le cercle de Zamosk de la Gallicie orientale et Cracoyie, avec la moitié des mines de sel de Wielicza, et le cercle de Tarnopol, adjugés 4 la Russie. Un mariage n’en eut pas moins lieu, en 1810, entre Napoléon et l’archiduchesse Marie-Louise; et le 14 mars 1812 Francois 1°" contracta méme un traifé dalliance offensive et défensive contre la Russie avec Pempereur des Frangais. Mais lorsque la puissance de Napoléon se fut brisée en Russie, quela Prusse se souleya contre lui et quele congrés ouvert 4 Prague fut demeuré inutile, l’empereur Frangois I°* déclara, le 10 aout 1813, la guerre 4 la France, et le 9 septembre suivant signa avec Y Angleterre, la Russie, la Prusse etla Suéde un traité d’alliance offensive et défensive contre son propre gendre. La bataille de Leipzig, a laquelle les troupes autrichiennes prirent une part si décisive, l’opinidtre persistance que )’empereur Francois 1°" apporta dés lors dans la lutte, le consentement qu'il donna a ce que Napoléon fat relégué a Vile Elbe en méme temps qu’on éloignait de lui sa femme et son fils, les nombreux sacrifices auxquels il consentit quand un congrés européen se fut réuni dans sa capitale, la fermeté avec laquelle il adhéra ensuite 4 la mise au ban des nations de son gendre quand celui-ci s’évada du lieu qui lui avait été assigné pour résidence, le désintéressement avec lequel il régla le sort de sa fille et de son petit-fils; enfin, la vigueur dont il fit preuve en repoussant Vattaque tentée en Italie par Murat, durent naturellement entourer son nom d’une grande popularité en Allemagne. En vertu de la paix signée a Paris en 1814, il se fit attribuer tout le nord de I’Italie érigé alors en royaume Lombardo-Vénitien, et récupéra les parties de ses Etats héréditaires qu’il avait naguére été forcé d’abandonner, ainsi que la Dalmatie , en méme temps gue le ci-devant grand-duc de Wurzbourg, Ferdinand III , abandonnait ce territoire 4 la Bavitre et rentrait en possession de la Toscane.
Par suite du remaniement complet de l’Europe opéré par le congrés de Vienne en 1815, et aussi par suite des stipulations du traité conclu 4 Munich, le 14 avril 1816, avec la Baviére , la monarchie autrichienne (abstraction faite de la Toscane, de Parme et de Modéne), si on la compare a ce quelle était aprés le dernier partage de la Pologne, non-
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seulement avait accru son territoire @environ 150 milles géogr. carrés, mais encore avait considérablement gagné au point de vue de la situation géographique et de lagglomération de ses possessions , comme aussi de l’extension donnée &son commerce, mais surtout en récupérant Venise et la Dalmatie. Depuis cette époque la prépondérance de ?Autriche dans Te systéme général des Etats européens n’a fait que devenir de plus en plus sensible. Le rapide développement de ses forces intérieures eut bientét en partie réparé les suites désastreuses de la lutte que pendant prés de vingttrois années sans interruption elle avait soutenue contre la France, et ilaccrut en méme temps qu'il consolida la prospérilé nationale et le erédit de Etat. L’empereur Fram cois 1°", par son caractére droit et loyal, par son sévére esprit d’équité et par la conscience avec laquelle, obéissant au¢ bienfaisantes impulsions de son coeur, il s’efforgait comme souverain d’assurer par tous les moyens en son pouvoir le bonheur de ses peuples , mérita ’amour de ses sujets et les respects de l'Europe.
La fixation des rapports de PAutriche avec la Confédération germanique ne fut pas l'une des moins délicates négociations suivies 4 l’extérieur par le prince de Metternich, promu en 1821 a la dignité de chancelier de ’empire. L’Autriche entra dans cette confédération, dont la présidenee lui fut accordée, pour une superficie de 2,017 myriamétres carrés avec une population de 11,200,000 habitants. Représenté ala diéte de Francfort d’abord par le comte de Buol- Schauenstein, ef a partir de 1823 par le baron de Munch- Bellinghausen, le cabinet de Vienne dirigea de telle: facon les délibérations de cette assemblée, que les résolutions de Carlsbad y furent adoptées 4 Punanimité et promulguées le 20 septembre 1819. ll exerca de méme une influence non moins décisive sur {e congrés ministériel qui se réunit & Vienne en 1819, et auquel assistérent des plénipotentiaires de tous les Etats membres de la confédération. Cest alors que fut arrété l’acte final, promulgué le 8 juin 1820 comme loi générale de la confédération. Voyez ConrépERA- TION GERMANIQUE.
Aux congrés de Troppau (1820 ), de Laybach ( 1821 ) et de Vérone (1822), ce fut l’Autriche qui joua le premier rdle comme puissance, et ce fut elle aussi qui en fit rédiger les protocoles par M. de Gentz. Conformément aux décisions prises par les fondateurs de la Sainte-Alliance, les armées autrichiennes rétablirent en 1822 l’ancien ordre de choses momentanément renversé a Naples et en Piémont (voyez Sicite). D’abord hostile a insurrection des Grecs, |’Autriche n’accéda point au traité conclu par la Russie, la Grande-Bretagne et la France pour la pacification de la Gréce; mais elle n’en entrava en rien la mise a exécution, et, la question grecque une fois terminée, elle conserva ses bons rapports avec toutes les puissances. Dans le différend relatif au droit de souveraineté qui surgit entre le Brésil et le Portugal, i’ Autriche, liée par des rapports de famille avec Vempereur du Brésil, ne fit rien pour s’opposer a la déclaration de Pindépendance du nouvel empire, wuyre de la politique anglaise; et dom Miguel lui-méme préta serment a Ja constitution portugaise, & Vienne, en 1826. Le cabinet autrichien s’associa d’ailleurs complétement a la politique: qui en 1823 amena une intervention frangaise en Espagne. Constamment Valliée dela Porte, l’Autriche seconda comme puissance médiatrice les efforts faits par l’ambassadeur anglais pour aplanir les difficultés survenues entre le Divan ct le cabinet de Saint-Pétersbourg , réussit 4 obtenir Pévacuation des principautés par les troupes turques, et par 1a favorisa, en 1826, la conclusion de Ja convention d’Akjerman, qui, en 1829, servit de base 4 la paix signée a Andrinople. Les contestations survenues en 1828 entre l’Autriche et Pempereur de Maroc furent terminées par le trailé préliminaire du 2 février 1839.
La révolution de Juillet 1830 contraignit !Autriche a faire
les armements considérables; cependant, suivant en cela Yexemple donné a l'Europe par l’Angleterre, elle reconnut immédiatement la nouvelle dynastie intronisée en France. il lui fut d’ailleurs facile de réprimer les insurrections qui éclaterent en 1831 4 Modéne, a Parme et dans les Etats de Eglise-, et qui s’y renouvelérent en 1832. A l’occasion de ia question belge, elle prit une part importante aux négociations dont la conférence de Londres fut le centre; puis quand l’Angleterre se rapprocha de la France elle resserra les liens de son alliance avec la Prusse et la Russie. A Porigine l’Autriche affecta d’observer une exacte neutralité 4 Végard de la révolution de Pologne ; mais quand le général polonais Dwernicki se vit forcé de se retirer avec son corps d’armée sur le territoire autrichien, elle le fit désarmer, puis interner en Hongrie, en méme temps qu'elle permettait de rentrer en Pologne a une division russe qui antérieurement avait da, elle aussi, chercher un refuge mo- ‘mentané sur le territoire autrichien, mais aprés l’avoir préalablement armée et équipée avec les armes enlevées aux ‘Polonais. Une fois la Pologne définitivement vaincue et soumise, le cabinet de Vienne prit part 4 des négociations ouvertes avec la Russie et la Prusse au sujet de la république de Cracovie, négociations qui se terminérent en 1832 par des modifications faites 4 la constitution de cette ville libre. Les troubles qui éclatérent également sur divers points de Allemagne a Ja suite des éyénements de 1830 fournirent a YAutriche Poccasion de se prononcer en politique d’une maniére plus décisive, et de faire servir son influence a déterminer l’attitude prise par quelques princes allemands. C’est ce qui arriva notamment pour les résolutions de la diéte de 1832 et pour les conférences ministérielles de 1834. Lamort de l’empereur Francois 1, arrivéele 2 mars 1835, ne modifia pas d’une maniére bien sensible le systéme politique de l’Autriche, qui consistait essentiellement dans le maintien de la paix et du systéme de la légitimité. Son fils ainé et successeur, ’empereur Ferdinand 1, déclara aussitOt qu’il fut monté sur le tréne que sa ferme intention était de suivre les principes politiques de son pére. Aucun changement n’eut lieu dans le personnel des diverses grandes charges de Etat; cependant quelques améliorations de détail furent opérées, et plus particuliérement dans l’administration de la justice. Le nouvel empereur raffermit encore davantage |’ancienne alliance politique existant entre I’Autriche et les deux grandes puissances du Nord, par l’entrevue personnelle qu’il eut, en octobre 1835, 4 Toeplitz, avec Frédéric-Guillaume II! et avec Nicolas. Une des premiéres mesures du régne de Ferdinand \** fut d’apporter de notables adoueissements a la position de ceux de ses sujets italiens détenus pour crimes et délits politiques; et cette mesure d’humanité ne tarda pas a étre élargie encore par une amvnistie presque générale. En 1838 on renouvela le traité de navigation existant avec l’Angleterre, et un traité de commerce fut conclu avec la Gréce en 1839. Le calme dont jouissait l’Autriche fut momentanément troublé en 1840 par la lutte qui s’engagea alors en Syrie entre la Porte et Ibra- “him-Pacha, lutte dans laquelle ’Autriche fut obligée d’intervenir avec l’Angleterre, et par le langage hautain que la France, sous le ministére de M. Thiers, tint un instant au ‘sujet de Ja question d’Orient; enfin, en 1844, par la tentative dinsurrection qui éclata en Italie sous la direction des fréres Bandiera, mais qui échoua complétement. Une autre insurrection, dont la république de Cracovie fut le théatre en 1846, et qui avait pour but de réveiller les vieux ferments révolutionnaires sommeillant en Pologne depuis 1831, fut également comprimée, grace a l'intervention rapide et énergique d’uncorps d’armée autrichien; ensuite de quoi les trois puissances , la Russie, la Prusse et |’Autriche convinrent de confisquer, malgré les protestations de l’Angleterre, la nationalité et ’indépendance de cette ville libre, dont le tervitoire fut alors définitivement incorporé aux Etats autrichiens,
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La surprise fut grande en Europe quand on y recut la nouvelle que le contre-coup de la réVolution de Février s’é~ lait fait sentir jusque dans cette ville de Vienne, ot M. de Metternich régnait sans conteste depuis trente-cing ans, et que le prince chancelier d’Etat s’était vu forcé non-seulement d’abdiquer, mais encore de fuir devant une émeute, devenue bient6t une réyolution. Longtemps le divide ut imperes avait été la maxime favorite de la maison d’Autriche, et elle s’était appliquée & le mettre en pratique dans tous les détails de Vadministration de empire, admirablement secondée a cet égard par la mulliplicité méme des éléments divers dont se composaient les nombreuses populations soumises 4 son sceptre, et parmi lesquelles on ne complait pas moins de huit ou dix races différant entre elles par la langue, les mceurs et la législation , souvent méme par les intéréts commerciaux et politiques. Mais ce qui avait pu servir la politique gouvernementale de la maison d’Autriche au point de vue de l’exercice incontesté du pouvoir avait eu par contre l’inconvénient grave de rendre étrangéres, hostiles méme les unes aux autres, ces populations d’origines si diverses, parmi lesquelles avait fini parprévaloir un énergique sentiment de nationalité indépendante, menacant des plus graves perils ’unité de la monarchie. A ces ferments si actifs de dissolution étaient ensuite venues se joindre, en dépit de tous les obstacles , de toutes les barriéres, de toutes les censures, les idées nouvelles d’un siécle ot l’aspiration a la liberté est le sentiment universel des jeunes générations. Les idées nouvelles avaient surtout fait de grands progrés dans les parties de la monarchie qui avaient conservé leurs antiques institutions féodales ; institutions dans le mécanisme desquelles Pesprit de liberté ne laissait pas que de jouer un rdle, encore bien qu’il fit entaché des préjugés de caste et qu’il demeurat le partage presque exclusif de certaines classes privilégiées. C’est ainsi que depuis plusieurs années le gouvernement autrichien avait a lutter contre une opposition persistante et systématique dans les didttes de Hongrie , assembiées aux éléments essentiellement aristocratiques et ot toutefois les besoins nouveaux des sociétés européennes avaient fini a la longue par trouver d’éloquents interprétes. En dépit des efforts faits par lautorité pour atténuer ef dissimuler l’importance de |l’antagonisme de plus en plus marqué qui se manifestait a toute occasion entre luiet les diétes qu’il convoquait de temps a autre dang les diverses parties de la monarchie; en dépit méme d’une presse insuffisante, non pas seulement a cause des mille en. trayes que lui imposait une censure ombrageuse et méticu leuse, mais encore par suite du peu dhabitude de traiter les matiéres politiques que trahissaient ses productions, comme aussi de l’exiguité de ses moyens matériels d’action, les différentes populations de lempire prenaient chaque jour plus d’intérét 4 la vie nouvelle 4 laquelle Jes initiait peu a peule jeu d’un semblant d’institutions représentatives,
A la nouvelledes événements dont la capitale de la France avait été le thédtre dans la matinée du 24 février 1848, les Kitats de Bohéme avaient demandé qu’on leur fourntt, en les réunissant, l'occasion de prouver leur dévouement a la maison régnante, En Hongrie ces mémes événements exalterent tellement les espérances de l’opposition populaire, que le 2 mars son chef, Louis Kossuth fit décider dans la seconde chambre qu’on enverrail & Vienne une députation chargée de demander immédiatement la nomination d’un ministére d’Etat responsable, composé uniquement de Hongrois, ainsi qu’un changement dans la constitution que le pouvoir devrait opérer de concert avec la diéte ; d‘marche décisive, sur la portée de laquelle il était impossible de se méprendre, et qui jeta les vieux conseillers de la couronne dans la plus grande perplexité.
Les quinze A dix-huit cents étudiants de l'université de Vienne se saisirent de Vinitiative,que le pouvoir, éperdu,
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semblait abandonner ; et le 13 mars éclata un mouvement révolutionnaire organisé dans le local méme de l’universite, mouvement auquel s’associa tout de suite avec enthousiasme la plus grande partie de la population de la capitale. Une garde nationale recrutée parmi les étudiants et dans le corps de la bourgeoisie se forma spontanément, et, aprés de longues hésitations, le gouvernement, frappé de terreur et de vertige, finit par consentir dans la soirée 4 donner des ordres pour qu’on tiradt des arsenaux impériaux les armes nécessaires 4 l'armement de cette milice. Au fur et & mesure que s’effectuait la distribution des fusils, on voyait les étudiants improviser entre eux des compagnies, des bataillons, se nommer des officiers et des sous-ofliciers, et aller prendre militairement position sur la grande place. Dans le faubourg de Mariahilf, on incendia les bureaux de Voctroi, et on précipita méme tout vivant dans les flammes un malheureux employé de ce service connu par sa sévérité et accusé d’avoir tué un paysan d’un coup de fusil; sauvages représailles par lesquelles la multitude protestait asa maniére contre les abus du vieux systéme. La populace envahit ensuite le plus grand nombre des boutiques de boulangers, de bouchers et autres détaillants, brisant tout ce quelle y trouvait, quelquefois méme s’y livrant au pillage. En méme temps des ouvriers pénétraient dans diverses usines des villages de Funfhaus, de Sechshaus et de Weedling , et y mettaient en pieces toutes les machines. A ces travailleurs se vengeant stupidement de la concurrence des machines s’associérent bient6t une foule de ces individus sans aveu et sans nom qui partont apparaissent ala surface des émeutes, et dont le vol et le pillage sont le but unique.
Pendant ce temps-la bivouaquait tranquillement sur les glacisdes remparts toute la garnison de Vienne, infanterie et cayalerie, 4 laquelle on avait jugé prudent de faire évacuer non-seulement ses quartiers, mais l’enceinte méme de la ville: son attitude était, au reste, toute pacifique, car les chefs, restés sans ordres et sans instructions, ne pouvaient prendre aucune décision. A tous les coins de rue en lisait des affiches portant a la connaissance des masses les concessions faites la veille par le gouvernement, Yarmenient des étudiants , la création d’une garde nationale et celle d’un comité des états , dont divers citoyens , entre autres Alexandre Bach, étaient appelésa faire partie. Deloutes les satisfactions ainsi données a J’opinion publique par le pouvoir, |’éloignement du prince de Metternich n’était pas la concession la moins applaudie ; et dans les groupes on se racontait avec ivresse comment le prince chancelier d’Etat et sa jeune femme, non moins abhorrée que lui de la foule, avaient été la veille au soir réduits a fuir du chatean impérial, al’aide d’un déguisement, tapis au fond d’une modeste
voiture de blanchisseuse. A Vintérieur de la ville, la plupart |
des postes, abandonnés par la troupe, étaient occupés par les étudiants et par la garde nationale, dans les rangs de laquelle s’empressaient maintenant de se faire inscrire une foule de citoyens la veille encore fort mal disposés en faveur du mouvement révolutionnaire. Vers le soir, elle présentait déja un effectif de 30,000 hommes.
Toute la journée du 14 se passa en pourparlers entre les chefs du mouvement de la veille a l’effet de le faire sanctionner par lempereur, et les hommes d’Etat restés au pouvoir malgré cette révolution, et qui ne désespéraient pas encore de parvenir a en triompher par la ruse et la temporisation. La nomination du prince Windischgretz au commandement supérieur des troupes indiqua clairement de la part du pouvoir le parti pris d’essayer de Ja résistance, encore bien que dans le courant de la journée une nouvelle concession , celle de la liberté de la presse, edt été faite aux exigences du parti populaire et aux nécessités de la situation.
Dans les quelques heures de nuit qui séparérent la journée du 14 mars de celle du 15, la camarilla essaya effecti-
vementde revenir sur les concessions de ces deux premiéres journées. A onze heures et demie du soir, quand un grand nombre d’habitations resplendissaient encore de l’éclat des illuminations par lesquelles partoutla population avail voulu célébrer Poctroi de la liberté de la presse, mais alors que la plupart des rues étaient déja silencieuses et déseites, on aflichait furtivement et & profusion un laconique décret qui déclarait la capitale en état de siége. Le lendemain matin, 15, laulorité fit encore afficher un autre décret qui instituait des comités d’Etat des provinces slaves, allemandes et italiennes de la monarchie, et les convoquait a effet d’aider l’empereur de leurs conseils sur des questions de \égislation et d’administration ; puis une ordonnance du commandant supérieur, se référant au décret de la mise en état de siége , sommail les citoyens d’avoir a se conformer strictement aux diverses mesures prises par l’autorite a leffet d’assurer le maintien de l'ordre public, et surtout les engageait a s’abstenir de toute insulte et de toute provocation a Pégard de la force armée.
L’exaspération de la foule en lisant ces différents décrets allait toujours croissant, et une lutte était imminente, quand survint dans les idées du pouvoir une compléte moiilication. Les nouvelles de la Hongrie annongaieut |’attilude prise par la diéte sur la motion de Kossuth, ainsi que la prochaine arrivée a Vienne d’une grande députation ayant a se téte l’archiduc palatin, et chargée par la diéte de faire connaitre au souverain les voeux et les besoins de ses sujets hongrois. D’un autre coté, quelques hommes honorables, dont le dévouement personnel a Ja dynastie ne pouvait étre douteux, avaient encore essayé de faire entendre la voix de la raison dans les conseils de la couronne, d’éclairer le pouvoir sur la véritable disposition des esprits dans la capitaie et de signaler toutle danger de la situation. L’anxiété était donc a son comble, et chacun s’attendait tout moment a voir éclater le conflit le plus effroyable, quand le bruit se répandit que ’empereur allait enfin se moutrer a ses peuples. Effectivement, peu d’instants aprés, le valétudinaire monarque sortait du palais dans une voiture a quatre chevaux, avec son frére et son neveu, Francois-Joseph. Partout la foule accueillit avec des démonstrations de respectueux attachement le malheureux et excellent empereur, qui, touché jusqu’aux larmes, eul beaucoup de peine a empécher le peuple de dételer sa voiture pour le promener en triomphe dans Ja capitale. Le peuple témoignait ainsi a son souverain que jamais il n’avail confendu avec son odieux entourage aristocratique le prince doux et bon qui, au milieu de tous ces événements, n’avait su trouver dans son coeur que ces mots : « Surtout, qu’on ne tire pas sur le peuple! J’aime mieux abdiquer que d’y consentir! » Ferdinand I" fut tellement touché, dit-on, de l’accueil que lui faisait la population , qu'il déclara de la maniére la plus énergique vouloir accéder aux voeux dont il venait d’entendre |’expression , et étre déterminé & accorder une constitution a ses sujets.
A midi on vit arriver dans la capitale ’archidue palatin Etienne, précédant seulement de quelques heures la grande députation de la diéte de Hongrie. Reconnu par le peuple, il fut conduit jusqu’au chateau au milieu des plus vives acclamations. Vers quatre heures et demie un héraut impérial se présenta a la foule qui continuail 4 stationner devant la demeure du souverain, et lui donna lecture 4 haute
' et intelligible voix des lettres patentes par lesquelles l’em-
pereur, ratifiant ses promesses, déclarait dans un style d’ailleurs assez vague qu'il reconnaissait 4 ses sujets le
| droit de jouir de la liberté de la presse et de constituer une
garde nationale ayant pour base la propriété et Vintelli-
gence. Il s’y engageait de nouveau a convoquer, dans un
délai trés-rapproché, les députés des diverses parties de la
monarchie, a l’effet de délibérer en commun sur la forme &
donner & la reconstitution de la patrie. Malgré la rédaction
ambigué de ce manifeste, ce fut la un moment aussi =
lenne! qwimposant. Les acclamations ayant bientét ctouffé la voix du héraut impérial, des membres de la diéte, des étudiants , des officiers de la garde bourgeoise se transporférent 4 cheval sur les différents points de la capitale pour y donner lecture des lettres patentes, et alors on yoyait les citoyens, dans l’ivresse de la joie, s’embrasser et fraterniser a l’envi. Le bruit s’étant répandu 4 ce moment que la grande députation hongroise allait arriver, une foule immense courut & sa rencontre jusqu’au Prater. Cette députation y fut regue avec les démonstrations du plus vif enthousiasme, en méme temps que c’était 4 qui dans la fovle annoncerait & ses membres la promesse solennelle dune constitution faite par l’'empereur. La foule se porta ensuite sous les fenctres de |’empereur pour Je saluer encore une fois de ses acclamations, et le souverain ému parut de nouveau au balcon de son palais, afin d’exprimer sa reconnaisaance pour les marques de respect et d’attachement dont il se voyait personnellement |’objet.
La réyolulion était désormais un fait accompli. L’Autriche entrait dans le systéme constitulionnel , 4 la grande surprise de l‘Europe. Les tardives concessions failes 4 la population viennoise eurent pour résultat de mettre entre les mains des étudiants et de quelques-uns de leurs professeurs les deslinées de la monarchie. Bientét la démagogie envahit ladministration, et la plus inextricable confusion, la plus déplorable anarchie, régnérent dans Ja capitale et sur une fonle de points du territoire autrichien. C’est ainsi que la Lombardie proclamait son indépendance, et que la diéte de Hongrie, obéissant désormais aux seules inspirations de Kossuth, secouait 4 son tour le joug dela maison de Habsbourg. C’en était faitde la monarchie, si la capitale avait pu dominer le reste de empire. Mais si les provinces avaient réclamé des réformes administratives comme Vienne, elles ne pouvaient accepter lejoug des révolutionnaires. Elles donnérent donc a la dynastie de telles marques de dévouement, que le moment vint ot les nouveaux ministres de |’empereur se crurent assez forts pour résister 4 la démagogie. Celle-ci s’empressa de relever le gant qu’on lui jetait. Une tentative faite par le ponyoir pour désarmer la légion académique , qui, en dépit de son titre, ne contenait plus qu’un tréspetit nombre d’étudiants, mais en revanche force Polonais, Italiens, Suisses, ele., provoqua les barvicades et les journées des 15 et 16 mai, 4 la suite desquelles ’empereur et la famille impériale furent réduits & abandonner la capilale pour aller se placer sous la protection des habitants d’une province restée fidéle entre toutes a la dynastie. L’empereur quitta Vienne le 17 mai, vers six heures du soir, sous prétexte de se rendre 4 Schcenbrunn; mais les voitures de la cour ne s’arrétérent que lorsqu’on se trouva au milieu des populations dévouées du Tyrol. Le 20 mai l’empereur disait dans une proclamation: « Loin de moi la pensée de youloir retirer les dons que j’ai accordés 4 mon peuple dans les jours de mars, et leurs conséquences naturelles, ou de Jes diminuer. Au contraire, je serai toujours disposé a écouter Jes désirs raisonnables de mes peuples, manifestés par les voies légales, et & tenir compte des intéréts nationaux et provincianx ; mais il faudra qu’ils aient un caractére général, quils soient exprimés d’une maniére légale , délibérés par la diéte, et soumis 4 ma sanction, et non pas extorqués 4 main armée par quelques individus sans mandat, »
La dissolution de la légion académique n’avait pas d’ail- Jenrs provoqué seule Ja démonstration a la suite de laquelle le gouvernement avait cédé la place A ’émeute. Une récente ordonnance impériale avait établi le systéme de deux chambres législatives, un sénat et une chambre des députés. Ce sénat devait étre le produit combiné de l’élection et de la nomination par la couronne. La seconde chambre devait Are composée d’un député par cinquante mille Ames. Etait électour et éligible tout sujet de l'empire 4gé de vingt-
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quatre ans, sans distinction de religion, N’étaient exclu: que ceux qui avaient perdu leurs droits politiques, les domestigues, les ouvriers journaliers et les individus recevant des secours publics. Les meneurs dela démagogie, désormais toute-puissante 4 Vienne, ne trouvérent pas ce projet de constitution assez démocratique. Ils exigérent la promesse d’une nouvelle loi établissant une chambre unique, ou tout au moins modifiant le sénat de telle maniére que les princes de la famille impériale en fussent exclus, et que la couronne n’edt pas Je droit de nomination directe. Ils demandérent en outre que la garde nationale fat chargée de la police et du maintien de V’ordre dans la capitale, que le gouvernement adhérat d’une maniére plus explicite 4 la grande unilé allemande; enfin queles troupes ne fussent rappelées 4 Vienne que sur la demande expresse de la garde nationale; et sous la pression de 1|’émeute, tout cela fut accordé. En conséquence, Je ministére constitué a la suite de larévolution du 13 mars, et composé du comte Colloredo-Waldsee aux affaires étrangéres, du baron de Pillersdorf a Vintérieur, du baron de Kubeck aux finances, du comte Stadion comme président du conseil aulique, el des comtes Kollowrat et Hardig, ministres sans portefeuille , se voyant complétement débordé, dut donner sa démission,
Le départ de l’empereur excita Ja plus vive émotion dans la capilale. En vain, le soir méme du 17, quand la fuite de l’empereur fut connue, quelques étudiants, ou soi-disant tels, plus exaltés que le reste de leurs camarades, essayérent de faire proclamer la république; cette tentative fut repoussée par le bon sens de la population, qui se prononga en grande majorité pour le maintien de la forme monarchique, et qui résolut méme tout aussit6t d’envoyer une députation a l’empereur pour l’engager a rentrer dans sa capitale. Quant au ministére constitué le 15 mars, la situation si critique ot se trouvait ?Etat Je forca de retirer sa démission et de rester aux affaires par intérim. I] acceptait ainsi la rude tache de présidey a l’installation dune assemblée constituante, chargée de donner & la monarchie son assiette définitive, et dont les travaux commencérentle 22 juillet. Vingt jours aprés, ’empereur, résolu de donner a ses sujets une preuve de sa confiance dans leur loyaute, rentra & Vienne (12 aodt). Cependant dix jours plus tard les menées des démagogues réussissaient encore une fois a armer les citoyens les uns contre les autres. Le 23 aodt les ouvriers des ateliers de l’Ktat, sorte d’ateliers nationanx créés a linstar de ceux de Paris , atfaquérent la garde nationale, la garde municipale et la garde de sfreté. Le combat dura trois heures ; mais |’émeute fut vaincue.
Aussi bien, il en avait été & Vienne comme partout ail- Jeurs : Pabsence de tout luxe et la stagnation des affaires publiques pendant les cing mois qui venaient de s’écouler y avaient réduit la population ouvriére 4 une extréme misére. C’est cette situation des classes laborieuses que les meneurs de la démagogie et surtout le parti hongrois avaient voulu exploiter pour livrer la capitale a ’anarchie, Repoussés une premieére fois, ils furent plus heureux un mois aprés, lors de Vapproche du ban Jellachich et de son armée. L’habileté du parti hongrois 4 Vienne consista a représenter le succés de Jellachich sur le parti magyare comme celui de la réaction. Tous les démagogues de Vienne étaient en effet les alliés naturels du parti magyare. Le départ de Vienne des régiments autrichiens quittant la capitale pour rejoindre l'armée de Jellachich, qui s’en allait défendre la monarchie contre les insurgés hongrois, fut le signal d’une formidable insurrection. La division se mit entre l’'armée et la garde nationale, et une lutte terrible s’engagea le 6 octobre, Des canons furent enlevés par des ouvriers. La ville se trouva couverte en un instant de barricades; et le ministre de la guerre, le comte de Latour, attaqué dans son hdtel par la populace, y fut massacré & coups de marteau. Une bande de forcenés, aprés
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avoir trainé le cadavre de cet infortuné dans les rues, alla je pendre a la porte du ministére de Pintérieur. Toutes les troupes avaient évacué la ville; l’arsenal, mal défendu, fut pillé, L’insurrection, cette fois, était demeurée complétement victorieuse. L’assemblée constituante se saisit en conséquence du pouvoir exécutif, et une espéce de comité de salut public s’organisa dans la soirée du 6.
Réduit alors a fuir de nouveau sa capitale, Pempereur se retira sur Linz, escorté par quelques régiments, et bientot le centre du gouvernement fut transféré 4 Olmutz. Mais dés le 9 octobre on pouvait apercevoir du haut des tours de Saint-Etienne les premiers éclaireurs de l’armée du ban Jellachich. Elle accourait opérer sa jonction avec la garnison qui trois jours auparavant évacuait Vienne sous les ordres da général d’Auersperg, ainsi qu’avec les troupes de Windischgreetz, et elle brdlait @impatience de faire rentrer la capitale dans le devoir.
Pendant que ces différents corps combinaient leurs mouvements pour se masser sous les murs de Vienne, |’empereur adressait 4 ses sujets des proclamations dans lesquelles il protestait de sa ferme intention de ne retirer aucune des promesses qu'il avait faites 4 ses peuples, et de doter la patrie commune d’institutions représentatives. Il y ordonnait en outre la translation de la diéte 4 Kremsier. Mais, au lieu de déférer aux ordres de ’'empereur, la diéte feignit de le considérer comme n’étant plus libre, et le conseil municipal lui envoya une adresse qui commengait ainsi: « Votre Majesté s’est crue obligée, 4 la suite des événements du 6 octobre, de quitter la capitale sans faire parvenir a la ville aucune communication constitutionnelle qui lui indique le motif de ce départ et les intentions de Votre Majesté. Les citoyens de Vienne ont cependant appris que le bruit s’est propagé , bruit qui aura peut-étre €té accueilli par Votre Majesté, que la ville de Vienne était livrée & l’anarchie. Les événements du 6 ont réellement donné lieu & une grande agitation; mais énergie et la ferme volonté des citoyens unis pour le maintien de la liberté et de la légalité ont suffi pour faire rentrer cette agitation dans son lit. » Aprés ce préambule, le conseil municipal attribuait la continuation de l’état armé de la population a la position menagante prise par le comte d’Auersperg, mais surtout a V’arrivée sous les murs de Vienne du ban de Croatie, qui, sans méme faire savoir dans quel but il venait, avait tout aussitét désarmé les gardes nationales dela banjieue. C’est la crainte d’une attaque de ce cdté qui, disait-on , avait nécessité les mesures de défense prises dans la ville, ou régnait d’ailleurs Pordre le plus parfait ainsi que le respect des personnes et des propriétés. Le conseil municipal pensait que les citoyens eux-mémes seraient en état de maintenir ordre et la liberté, si intervention d’éléments hostiles ne leur créait pas d’obstacles. C’est pourquoi il priait Pempereur : 1°de donner au ban Jellachich l’ordre de s’éloigner du voisinage de la capitale, en réservant a la diéte de décider si le ban devait rester sur le territoire autrichien ; 2° de faire cantonner les troupes selon lusage suivi jusque alors; 3° d’accorder une amnistie; 4° de constituer un ministére populaire. Le conseil municipal adjurait encore l’empereur de ne pas sortir des voies pacifiques, et l’assurait de son inviolable attachement au tréne.
De son coté, la garde nationale de Vienne envoyait a ’em- |
pereur une députation chargée de lui remettre une adresse dans laquelle elle demandait : 1° que le comte d’Auersperg revint tenir garuison & Vienne, avec les troupes sous ses ordres, mais sans que celles-ci pussent dépasser le chiffre de 10,000 hommes; 2° que les troupes prétassent serment aux lettres patentes de l’empereur du {5 mars et du 15 mai 1848, toute réserve faite d’un sermenta !a constitution quand elle serait votée ; 3° que l’empereur eiit A sa cour six aides de camp pris dans Ja garde nationale; 4° que les généraux Windischgretz et Jellachich se retirassent du voi-
| sinage de Vienne ; 5° que la population de Vienne fat appelée a former une force armée constituée d’aprés l'une ou lautre de ces trois conditions ; intelligence, bonne conduite ou propriété; 6° que l’empereur nommat un ministére populaire ; 7° et qu’il revint le plus tot possible dans sa capitale.
Ces adresses ne produisirent aucun effet sur les généraux de l’armée impériale , qui, leur mouvement de concentration une fois terminé, attaquérent la ville dans la matinée du 28 octobre. L’attaque fut dirigée contre la partie des faubourgs oi on s’attendait 4 la résistance la moins vigoureuse, évidemment dans le but de donner aux bourgeois de Vienne, opprimés par les démagogues, le moyen de se réunir dans ces faubourgs et dese séparer des insurgés armés. Le 28 au soir le prince Windischgretz était maltre des faubourgs de Landstrasse, d’Erdberg et du débarcadére de la ligne de Gloggnitz. Le lendemain matin 29 on attaqua les faubourgs de la part desquels on attendait une résistance plus décidée, ceux de Wieden, de Mariahilf et de Schottenfeld. A midi le prince, aprés avoir fait suspendre le feu, accordait aux insurgés un délai pour faire leur soumission ; et le soir la ville se rendait 4 discrétion. Cependant, le lendemain 30 une division hongroise étant tardivement arrivée au secours des révoltés, ceux-ci violérent la capitulation, et la lutte dut recommencer. Mais le 31 Windischgreetz, aprés avoir battu le corps hongrois, était complétement maitre de Vienne , dont il désarmait la population.
Une fois Vautorité impériale rétablie dans la capitale, on put songer & réaliser une pensée qui depuis longtemps préoceupait ’empereur Ferdinand. Ce mallheureux prince, comprenant parfaitement, en effet, que son état maladif le rendait incapable des devoirs de la souveraineté au milieu de circonstances comme celles ot la monarchie autrichienne se trouvait placée, avait résolu d’abdiquer et de remettre le pouvoir en des mains plus jeunes et plus fermes. Maintenant que force était restée 4 l’autorité impériale, cette abdication, n’était pas une concession de plus,
mais un acte de patriotique abnégation, un sacrifice méritoire fait aux nécessités de la position. Le 2 décembre done un manifeste impérial apprit aux populations de l’empire la double abdication de l’empereur Ferdinand ef de son frére l’archiduc Francois-Charles en faveur du fils ainé de celui-ci, archiduc Frangois-Joseph.
[ Le 4 mars 1849 lenouveau souverain octroya une charte qui ne fut jamais appliquée et dont le prince de Schwartzenberg a fait ainsi Vhistoire en 1851 : « Dans les premiers mois de l’année 1849 la révolution était partout. Aprés avoir éclaté subitement 4 Vienne, elle s’était répandue dans le royaume de Hongrie et dans les provinces de la Lombardie, et cette situation si périlleuse était encore aggravée par les complications des autres Etats del’ Allemagne. Cependant les armées impériales avaient obtenu de grands avantages el fait de grands progrés. On pensa qu’il étaitavant tout urgent de trouver un terrain sur lequel on pourrait réédifier ’unité et lV’indivisibilité de Vempire et Vautorifé du trone; on crut qu'une constitution unitaire pourrait étre ce terrain, et c’est pourquoi l’empereur résolut de donner ses lettres patentes du 4 mars. Mais on était pressé, et le temps
| manquait pour étudier les principes fondamentaux sur les-
quels devait reposer cette constitution, pour les choisir, pour les rassembler, pour les coordonner. On emprunta ces principes aux chartes ou aux constitutions qui avaient été promulguées dans d’autres Etats de l'Europe, et l’acte du 4 mars ne fut, a vrai dire, qu’un calque exécuté sur ces modéles étrangers. Une felle eeuvre ne pouvait point avoir de succes; elle n’en eut point. Bientdt et de toutes parts on reconnut ses vices et son insuffisance. A mesure que l’ordre se rétablissait dans la monarchie, il était plus évident que lexécution de la charte était impossible. » Grace 4 Vinter-
vention de la Russie, qui mit ses troupes 3 la disposition de VAutriche, l’insurrection de laHongrie fut réprimée. L'I-
talie avait été replacée sous le joug.La Lombardie , soulevée de nouveav, s’était donnée au roi de Sardaigne ; mais la bataille de Novare avait rétabli l’Autriche dans toute sa puissance. Elle avait pu mettre des soldats a Alexandrie et fait payer une indemnité au seul royaumeitalien encore libre. La tranquillité se rélablissait partout sous les étreintes de la force. L’empereur d’Autriche crut le moment venu de « mettre un terme a l’incertitude publique en faisant cesser Ja fiction qu’entretenait Pacte du 4 mars, en supprimant le cortége des mesures provisoires qui avaient accompagné cet acte, et en faisant remonter au tréue, auquel elle appartient exclusivement, la décision de la question constitu-
tionnelle. » En conséquence, le 20 aodt 1851, l’empereur |
rendit deux ordonnances : par la premiére les ministres devenaient directement responsables devant la couronne, et
par la seconde le Conseil de l’empire était déclaré conseil |
de la couronne, |’empereur se réservant de le consulter | au besoin sur les projets de loi. Ces ordonnances furent |
regues avec indifférence par les populations fatiguées. Du reste le prince de Schwartzenberg déclarait que l’empereur n’entendait établir dans ?empire qu'un régime strictement et parfaitement légal, ni rétablir des priviléges, des exemptions, des positions exceptionnelles qui avaient disparu , ni porter alteinte aux droits matériels qui avaient été reconnus depuis 1848. Enfin une patente impériale du 31 décembre 1851 abolit formellement la constitution du 4 mars 1849; mais, disait l’empereur : « l’égalité de tous les sujets devant la loi, de méme que la suppression de tout rapport de soumission envers les seigneurs moyennant une juste indemnité, et des prestations qui s’y rattachaient , sont expressément confirmées. » Une autre patente du méme jour confirmait l’Eglise et les sociétés religieuses légalement reconnues dans le libre exercice du culte et la possession de leurs biens. Dans une lettre de cabinet |’empereur posait ensuite les principes qui devaient servir de base aux institufions organiques 4 donner aux Etats de la couronne. Voici en quoi ils consistaient : Les Etats réunisa l’empire d’Autriche conserveront leurs titres, mais ils formeront les parties intégrantes et inséparables de l'empire. Ces Etats seront divisés en bailliages, comitats ou délégations. Les autorilés de cercles seront subordonnées au gouverneur. La distinction établie entre les communes urbaines et les communes rurales est maintenue. Le gouvernement se réserve la nomination ou la confirmation des maires, les membres des conseils communaux se~ ront élus par les habitants ; les fonctions judiciaires seront exercées par les autorités et les tribunaux existants. La séparation de l’autorité judiciaire du pouvoir administratif sera maintenue dans les cours d’appel et en dernier ressort, et dans le royaume Jombardo-vénitien elle le sera méme dans la premiére instance; mais en général on suivra pour les tribunaux de premiére instance la régle de union des denx pouyoirs. Il y aura trois instances dans les affaires contentieuses comme dans les affaires criminelles. Devant les juges de district la procédure sera sommaire ; devant les tribunaux composés de plusieurs membres on suivra le principe de l’accusalion, de la nomination d’un défenseur a l’aceusé, et les débats seront oraux, mais non publics; sur la demande de l’accusé, le président peut cependant admetire quelques auditeurs, L’accusation sera déve- Joppée par le ministére public ; le jury est supprimé : les jugements ne seront rendus que par des juges. Devant les tribunaux supérieurs et la cour supréme linstruction ne se fera que par écrit. Le code civil général pour les sujets autrichiens et le code pénal seront introduits dans les provinces od ils n’ont pas encore été appliqués, Dans les pays de la couronne on établira des statuts particuliers sur la noblesse héréditaire d’Etats, ses priviléges et ses devoirs, et pour lui faciliter notamment la création de majorats et de fidéicommis. A Véyard des paysans qui ont des biens formant un domaine, on maintiendra les régles en vigueur. Les chefs de
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cercles et le gouverneur seront assistés de commissions consultatives de la noblesse héréditaire propriétaire , et de la grande et de la petite propriété, ainsi quede l'industrie. Dans les bailliages souverains, on conyoquera de temps en temps des chefs des communes et de grands propriétaires, ou leurs fondés de pouvoirs, pour délibérer sur leurs affaires.
Le pouvoir absolu del’empereur était done a peu prés rétabli. On procéda activement au rachat des redevances féodales. Les justices patrimoniales qui existaient encore furentsupprimées. On établit!'uniformité des poids et mesures et on tenta de réformer le code pénal, ainsi que l’organisation judiciaire et administrative. Des traités de commerce et de navigation furent conclus avec diverses puissances; mais |’Autriche
échoua dans ses tentatives pour entrer dans le Zollyerein et
enlever a la Prusse la prépondérance commerciale en Allemagne. On peul voir a l’article ALLEMAGNE I’historique del’antagonisme qui s’établit entre ces deux puissances pour la direction des affaires de la Confédération etcommentla prépondérance politique finit par rester 4 l’Autriche. En attendant, le gouvernement autrichien favorisa le développement industriel de ses Etats; des chambres de commerce furent créées ; mais le systeme des corporations restreintes d’arts et métiers nuisail toujours a Vindustrie, La presse, qui avait été un moment trés-libre, fut soumise 4 un régime presque arbitraire. La censure ne fut pas rétablie de droit pour les journaux; mais elle exista de fait par la menace de suppression. Néanmoins de grandes publications ont été entreprises. En 1852 l’Autriche fit un empruntde 80 millions pour payer la banque de Vienne et achever les chemins de fer qu’elle avait commencés et qui appartenaient a |’Etat. Depuis les guerres du premier empire, il existait en Autriche une grande quantité de papier-monnaie. En 1810 ily en avail pour 1,060,000,000 de florins, qu’on échangea en 1811 contre unautre papier réduit au cinquiéme. 11 n’en restait en 1847 que pour 7 millions. De 1848 a 1853 on émit pour 336 millions de bons de caisse, bons du trésor, etc., avec coupures de 6 et 10 kreutzers, tandis que la banque émettait des billets de t et 2 florins. C’était une partie de ces bons qu'il s’agissait d’amortir, mais les chemins de fer et les besoins de Etat absorbérent tous les fonds de ’emprunt. En 1854 on céda a la banque pour 155 millions de biens de l’Etat; mais cette cession se convertit seulement en hypothéque.
Depuis longtemps l’Autriche semblait d’accord avec la Russie a Constantinople ; ces deux puissances avaient réclamé ensemble les réfugiés de ta Hongrie; toutes deux avaient forcé la Porte a reconnaltre l’indépendance du Mon ténégro. Dans sa querelle avec l’/empire Ottoman a propos de la protection qu’elle demanda sur les sujets grecs de la Turquie apres arrangement de la question des lieux saints, la Russie pensait sans doute étre appuyée par P’Autriche ; il n’en fut rien; celle-ci déclara qu’elle défendrait uniquement ses inléréts propres. Elle fit de nouveaux emprunts, leva des soldats et se tint prote a tout événement. Quand la Russie, qui n’avait obtenu aucun succes sur le Danube, se retira des Principautés danubiennes, |’Autriche, d’accord avee la Porte et les puissances occidentales, les occupa, dans l’été de 1854. L’Angleterre la poussait 4 se déclarer plus activement contre la Russie, mais elle se borna au rdle d intermédiaire et présenta des deux cdlés les offres et les conditions qui pouvaient ramener la paix. Elle recommanda a la Russie Vacceptation des quatre points demandés par la France et Angleterre ; mais elle déclara que le refus d’acceptation de la part de lempereur Nicolas ne serail pas un cas de guerre, et elle se tint toujours dans la neutralité. La Russie nen fut pas moins mécontente, et l’Autriche en vint a essayer de s’assurer l'appui de la Confédération germanique pour le cas de rupture avec la Russie, ce qui lui attira quelques difficule tés avec la Prusse. Au mois de décembre 1854 elle signa avee les puissances occidentales un traité par lequel etle s’enga-
AUTRICHE
geait a protéger les principautés contre la Russie sans géner les opérations militaires des Tures et de leurs alliés, Les négociations avec le prince Gortschakoff ne purent aboutir. En 1855 l’Autriche vendit ses chemins de fer de Bohéme et de Hongvrie & une compagnie étrangére, et demanda 4 la diéte, en opposition avec la Prusse, une levée de troupes fédérales, dont Vempereur d’Autriche aurait été le chef. Bientot pourtant l’Autriche se sépara des puissances occidentales sur Vinterprétation du troisiéme point proposé a la Russie; elle ne voulait pas de ‘a neutralité de la mer Noire. Les conférences de Vienne n’eurent donc pas de résultat, etl'Autriche renvoya-ses réserves. Elle comptait alors dans son armée comme officiers, 21 archiducs, 5 dues, 26 princes de maisons souveraines, 50 princes, 590 comtes, 898 barons, 570 chevaliers, 2,800 nobles, et 10,300 bourgeois.
Dans la méme année |’Autriche publia son concordat avec le saint-siége. Par cet acte I’Eglise catholique recouvrait tous les droits et priviléges qu'elle avait perdus depuis Joseph I. La tenue des registres de !’état civil lui était remise; pour étre valables les mariages devaient étre bénis par un prétre catholique. Le jugement des causes matrimoniales, la direction des études, l’approbation des livres d’études étaient donnés au clergé. Les protestants se virent menacés dans les concessions qu’ils avaient obtenues; des entraves furent mises a la liberté civile des juifs. L’empereur dut publier une patente pour rassurer la liberté des cultes. Une crise monétaire se fit sentir 4 la banque de Vienne. Des changements furent apportés a la loi de succession pour éviter le morcellement des propriétés. Le colonel hongrois Turr ayant été arrété 4 Bukharest par les Autrichiens, |’Angleterre le réclama comme étant commissionné par elle, et PAutriche dut le rendre. Cependant Sébastopol était aux mains des puissances occidentales; Nicolas était mort. Alexandre Il se décida enfin 4 la paix. Un congrés s’ouvrit a Paris. L’Autriche s’y trouva isolée sur bien des points; a peine trouva t-elle un appui sur quelques questions dans le ministre ture. Elle protesta contre ce qui y fut dit des affaires d’Italie. Elle accorda pourtant une amnistie dérisoire aux Lombards, et maintint la confiscation des biens des exilés qui avait soulevé lindignation de l’Europe. Le 15 avril 1856 l’Autriche signa avec l’Angleterre et la France une convention pour garantir|’exécution du traité de Paris du 30 mars, dans laquelle il était dit que toute infraction a ce trailé serait regardée comme un cas de guerre par les trois puissances signataires. Au mois de juillet 1856, |’Autriche diminua ses droits de douanes. La méme année elle s’occupa de Porganisation des représentations provinciales. A la fin de Kannée les puissances occidentales, d’accord avec la Russie , demandérent l’évacuation des Principautés danubiennes. L’Autriche fit quelques difficullés, et les garda ‘usqu’al Commencement de 1857. Au mois de novembre 1356 elle abandonna quelques points des Etats romains qu'elle occupait , et ne resta qu’a Ancdne et Bologne. A la méme époque elle signait avec la Sardaigne un traité pour la jonction des chemins de fer des deux pays.
Son état militaire ruinait |’Autriche. Elle essaya de réorganiser son armée et ses établissements militaires. Des archiducs furent mis a la téte des gouvernements de Lombardie, du Tyrol et de la Hongrie. Cela semblait un pas vers la décentralisation. Cette organisation ne put tenir. Au commencement de 1857, l’empereur fit un voyage en Italie, leva le séquestre des biens des émigrés et accorda des graces nombreuses pour crimes politiques. En mars il rappela son ministre de Turin, et une rupture s’ensuivit. D’un autre cdté, l’Autriche se mit d’accord avec la Prusse sur les affaires des duchés de Schleswig-Holstein et fortifia Vérone, Olmutz et Cracovie. La politique autrichienne subit un nouvel échee dans les élections des Principautés danubiennes, qui choi- Sirent toutes deux le méme hospodar. Un timbre fut imposé sur les journaux et le droit sur les annonces élevé. En 1858
une ordonnance impériale prescrivit & la banque la reprise des payements en especes : c’était la conséquence dun traité monétaire conclu en 1857 entre les divers Etats de |’Allemagne, lequel interdisait dans ces Etats la circulation de tout papier-monnaie étranger non remboursable 4 vue. Cette mesure ne put étre complétement exécutée : la banque mit des restrictions 4 ses payements, et bientot les événements firent rendre le cours forcé a ses billets. Une loi de recrutement empruntant beaucoup de mesures a la loi francaise fut a cette époque promulguée en Autriche,
Le 1% janvier 1859, l’empereur des Frangais apprit a PEurope, par saréponse a l’ambassadeur autrichien a Paris, qu’il n’était pas d’accord avec J’empereur d’Autriche sur des points importants de la politique. L’Autriche céda sur la question de Servie, pays dans lequel elle voulait intervenir ; mais elle concentra des troupes en Lombardie, et refusa de soumettre la question italieune & un congrés. Elle réunit une armée sur les bords du Tessin. L’empereur Napoléon III rassembla des troupes sur les Alpes. L’Autriche, crut pouveir exiger le désarmement de la Sardaigne , sans vouloir désarmer elle-méme. Enfin elle commenga les hostilités. Les Sardes reculérent prudemment pendant que les troupes francaises franchissaient les Alpes ou débarquaient a Génes. L’Autriche avail frappé la Lombardie d’impdts énormes et d’un emprunt forcé; elle ravagea le pays qu’elle envahissait. Cependant elle maintint les prescriptions du congrés de Paris pour la navigation pendant la guerre. L’empercur Napoléon III avait rejoint le roi de Sardaigne a Alexandrie. Repoussés a Montebello, battus aPalestro eta Magenta, les Autrichiens durent évacuer Milan; la bataille de S olferino les rejeta au dela du Mincio, mais ’empereur deés Frangais offrit alors lapaix a ’empereur d’Autriche, qui avait aussi rejoint ses troupes. Des préliminaires furent signés a Villafranca. L’Autriche abandonnait la Lombardie a l’empereur des Francais qui la cédait au roi de Sardaigne son allié. Un traité de paix consacrant tous ces faits fut conclu et signé A Zurich le 17 octobre 1859. L’Autriche avail da pendant la guerre abandonner les places étrangéres qu’elle occupait en Italie. A son tour, elle se plaignit d’avoir été abandonnée de I’Europe, et Francois-Joseph disait dans un ordre du jour, qu'il s’était armé pour le maintien des traités en comptant sur le déyouement des peuples, de Varmée et de ses alliés naturels ; mais que n’ayant pas trouvé d’alliés, il cédait 4 une situation politique défavorable et remerciait les peuples et l’armée. La Vénétie lui restait, et, d’aprés les conventions de Villafranca, devait entrer dans une confédération italienne, mais cette combinaison échoua; des révolutions avaient chassé d’Italie des princes alliésde l’Autriche; il devint impossible de les rétablir ; et plus tard, l’Autriche dut encore assister l’arme au bras au renversement du tréne des Deux-Siciles , la France et l’Angleterre ayant proclamé le principe de non intervention de toutes les puissances dans les affaires d’Italie.
De retour a Vienne le 16 juillet 1859, Frangois-Joseph déclara qu'il était heureux que la paix lui donnat Je loisir nécessaire pour préter touteson attention et sa sollicitude a la tache féconde qu’il s’était proposée, « de fonder d’une maniére: durable, la prospérité intérieure et la puissance extérieure de PAutriche , par un développement convenable de ses forces. morales et matérielles , ainsi que par des am¢liorations conformes a l’esprit du temps dans la |égislation et l’administration. » Il promit l’amélioration des finances , le contrdéle de toutes les branches d’administration , |’équilibre entre les: recettes et les dépenses, le libre exercice des cultes re-
| connus, la liberté des arts et métiers et l’abolition des lois
contrelusure. Bientdt en effet les protestants furent remisen possession d’une partie de leurs droits, ainsi que les Grecs non unis et les juifs. Ceux-ci se trouvaient loin pourtant d'étre émancipés. L’article du Code civil d’aprés lequet il fallait, pour la validité d’un mariage jnif, l'autorisation de
l’administration du cercle, fut abrogé le 29 novembre. En janvier 1860, les lois exceptionnelles concernant le témoignage des israélites furent supprimées ; l’interdiction quis’opposait & ce qu’ils exergassent diverses professions fut levée ; ils purent s’établir en quelques lieux qui leur avaient été jusqu’alors interdits ; il lenr fut permis d’acquérir des propriétésfonciéres en certains endroits, etc.; mais tous ces droits sont limilés 4 quelques pays et acertaines conditions; les juifs ne jouissent de tous leurs droits civils qu’en Vénétie, ov les lois frangaises sont restées en vigueur. Quelques restrictions contre les clirétiens non catholiques furent aussi levées. Une certaine liberté de culte leur fut méme accordée en Hongrie par une ordonnance du 1° septembre 1859 ; en novembre les consistoires protestants furent invités 4 formuler leurs veux, mais en définitive ils ont seulement obtenu qu’une section spécialement consacrée a Jeurs affaires fat créée au ministére des cultes.
Déja, le 27 avril 1859, l'empereur avait signé une loi communale; dictée par des idées de centralisation absolue, cette loi introduisait partout des principes identiques sans tenir compte des usages locaux; elle donnait aux communes le droit de choisir leurs conseillers et employés municipaux ; mais la nomination des autorités municipales appartenait 4 administration. Elle consacrait en outre le droit des propriétaires nobles de se séparer de Yunion communale : cette loi ne fut pas mise en pratique. Le 18 mai 1859, le comte Buol, ministre des affaires étrangéres, fut remplacé par lecomte de Rechberg. Aprés la conclusion de Ja paix, on convoqua dans le Tyrol la commission des Etats, composée de quatre membres auxquels on adjoignit douze hommes de confiance pour qu’ils fissent connaitre les veeux du pays. Les députés du Tyrol italien refustrent d’y paraitre. M. Alexandre Bach donna sa démission , et le 22 aodt le comte de Rechberg devint président du conseil, M. Agénor Goluchowski prit le portefeuille de Vintérieur, M. Bach fut envoyé comme ambassadeur a Rome, et le baron Hubner devint ministre de la police. Le comte de Grunne, chef de la chancellerie del’armée, cessa de la representer dans le conseil; le comte Leo de Thun restait aux cultes et a l’instruction publique, et le baron de Bruck aux finances. Le 22 octobre, le baron Hubner fut remplacé par le baron Thierry.
Le 5 mars 1860, l’empereur, par une patente, renforga le Conseil de l’empire et fixa ses attributions. Cette institution fut accueillie avec une certaine froideur. A la méme époque le général Eynatten fut arrété pour malversations pendant la guerre d’[talie. 1} se donna la mort dans sa prison. M. Richter, directeur de l’institution du crédit de Vienne, plusieurs banquiers et négociants de Trieste furent également mis en état d’arrestation. Un emprunt de 200 millions de florins émis par souscription publique échoua : 76 millions furent souscrits, le reste fut remis 4 la banque. Le ministre des finances, M. de Bruck, futrevoqué ; il avait été appelé comme témoin dans l’affaire de M. Richter, et le lendemain on le trouva mourant dans son lit. M. de Plener lui succéda. Le 20 avril Parchiduc Albert, gouverneur général de Hongrie, fut remplacé par le général Benedek. L’empereur promettait en méme temps le rétablissement des comitats, Les membres du Conseil renforcé furent nommés, et la session de ce conseil fut ouverte le 31 mai, par l’archiduc Regnier, son président. Le lendemain |’empereur rappela aux conseillers qu’ils ne devaient porter aucune atteinte a Yunité de la monarchie. Mais le systéme d’unification ne trouva qu’un faible appui dans le conseil. Les Hongrois et d@autres réclamérent au contraire en faveur de leurs nationalités. Le budget fut longuement examiné; une commission de la dette en fit connaltre les éléments. La majorité de la commission du budget proposa de déclarer qu’on ne pourrait rétablir ’équilibre tant qu’on ne laisserail pas A chaque pays le droit de s’administrer, et son avis fut adopté par le