‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 5)Chapitre 171 sur 488 · AVANT-GARDE — AVARES · texte numérisé non relu

AVANT-GARDE — AVARES

Poursuivre avec des avant-gardes une armée qui se retire est un systéme toujours vicieux. La sanglante journée de Senef, ou toute laudace et les soudaines illuminations de Condé ne produisirent qu'une immense et inutile boucherie, ne fut occasionnée que parce qu’une avant-garde, qu’on alimentait par des secdurs successifs et toujours tardifs , attaqua le prince d’Orange.

Aprés la glorieuse et décisive bataille de Hohenlinden, Moreau eut le tort de ne faire suivre l’armée de l'archiduce Jean que par des avant-gardes. En vain Richepanse et Decaen, qui se disputaient cette place @honneur, entamérenta plusieurs reprises arriére-garde des Autrichiens: quelques morts , un petit nombre de prisonniers, étaient le résultat de chaque journée. Mettez ’empereur Napoléon a la place de Moreau : toutes les divisions feront des marches forcées pour se mettre en ligne; la masse de cavalerie sera disposée de maniére a pouvoir joindre la téte des colonnes; et dés le second ou le troisitme jour lennemi, pressé, talonné, perdra son artillerie, ses bagages, et deviendra la proie @un vainqueur qui croira n’avoir rien fait s’il reste quelque chose a faire. La maxime tant de fois répétée de Scipion : gwil faut faire un pont dor a Vennemi qui fuit, n’est bonne que pour éterniser la guerre; il faut, au contraire, quand on est le plus fort, le contraindre a s’arréter et I’anéantir. G™ Max. LAMARQUE.

AVANT LA LETTRE. Voy. Eprevye ( Beaux-arts).

AVANT-~-PARLIERS. C’est le nom qu’au treiziéme siécle on donnait aux procureurs ou avocats des parties litigantes. A cette époque il était défendu aux plaideurs de se faire représenter en justice par des tiers. Il leur fallait comparaitre en personne, affirmer ou dénier eux-mémes leurs prétentions, c’est-a-dire plaider leur cause. Les juges voulaient voir le visage, Ja contenance des parties, pour se former une opinion au milieu de leurs dires contradictoires. Quand la comparution en personne était impossible, on y suppléait par des avoués ou procureurs. Mais ceux qui ne recouraient pas a assistance d’un avoué ou d’un procureur, qui tenaient & donner de vive voix des explications a leurs juges, avaient soin de se faire assister d’un homme habitué aux proces, lequel, prenant la parole le premier, exposait l’affaire, faisait valoir les moyens de droit, et s’efforgait de démontrer la justice des réclamations de son client, qui ne faisait ensuite que répondre succinctement aux questions que les juges, dans lintérét d’une justice loyale et bien intentionnée, mais ignorante , croyaient encore devoir lui adresser. Ceshommes habitués aux proces, a parler en public, étaient appelés avant-parliers, aus-parliers ou prélocuteurs; ilen est question déja dans les Capitulaires, qui les accusent d’une trop grande loquacité , n’aboutissant d’ordinaire qu’é embrouiller les affaires. On voit que nos avocats descendent en ligne directe des avant-parliers.

AVANT-POSTES. Quand des troupes en campagne établissent un camp, un bivouac ou des cantonnements, le premier soin de leurs chefs doit étre de s’entourer de postes de sdreté, pour, en cas d’attaque de l’ennemi, n’étre pas pris au dépourvu et avoir le temps de se préparer a le repousser. C’est 14 ce qu’on appelle des avant-postes, lesquels comprennent les postes de soutien, les grand’gardes et les petits postes , se maintenant en communication par des patrouilles ( voyez GRAND'GARDE ) et s’entourant d’une ligne de yédettes ou de sentinelles. Au moyen de ces précautions , il devient tout a fait impossible d’approcher sans étre apercu. Tout individu surpris aux abords de cette ligne de védettes est aussitot arrété, et, s’il ne donne pas le mot dordre, conduit aux avant-postes pour y étre interrogé. Quoique par sa nature le service des avant-postes appartienne aux troupes légéres, on doit avoir soin d’y habituer indistinctement toutes les armes; il exige en effet beaucoup de sagacité, de vigilance, d’activité, de présence d’esprit, et une rare justesse de coup d’ail.

AVANT-SCENE. Voyez Scine, Loce, etc.

AVANT='TRAIN. On appelle ainsi le train qui comprend les roues de devant et le timon d’une voiture 4 quatre roues. L’avant-train d’une piéce d’artillerie est la fléche posée sur deux petites roues; elle s’adapte, au moyen d’une cheville de fer, avec l’affot monté sur deux grandes roues, et compléte la voiture qui porte la piéce de canon, La bouche a feu se manceuvre sur son affdt seul, dont la caisse repose a terre quand la piéce est en batterie. Lorsqu’on veut la faire changer de place, on fait approcher avant-train , auquel les chevaux sont attelés, 4 moins que les artilleurs n’emploient la prolonge ou ne se servent de bricoles pour changer leurs piéces de position,

AVARAY ( Famille DE BESIADE D’ ). Cette famille, qui dans le cours des trois derniéres générations compte cing officiers généraux, un brigadier des armées du roi et plusieurs colonels, est originaire de la province du Béarn , ou elle est connue depuis la fin du douziéme siécle.

Claude-Théophile de Bésiade , marquis p’AvARAY, d’abord page de Monsieur, frere de Louis XIV, entra dans un régiment de cavalerie en 1672, et fit les diverses campagnes de la guerre de Hollande. Créé, en 1688, mestre-de-camp d'un régiment de dragons de son nom, le marquis d’Avaray fut ensuite promu au grade de maréchal de camp en 1702, et de lieutenant général en 1704. Ce fut A lui que la France dut en grande partie le gain de la bataille d’Almanza. La paix d’Utrecht ayant rendu ses services militaires désormais inutiles , Louis XV le nomma ambassadeur en Suisse. I mourut en 1745, a l’dge de quatre-vingt-dix ans; il en avait passé soixante-deux dans les camps.

Charles-Théophile de Bésiade, marquis p’AVARAY, fils du précédent, s’était élevé rapidement au grade de maréchal de camp, lorsqu’il mourut de la petite vérole a la fleur de lage, en 1746.

Claude-Antoine de Bésiade, marquis, puis duc p’AvAray, né en 1740, fils du précédent , fut pourvu, en 1771, de la charge de maitre de Ja garde-robe de Monsieur, comte de Provence. Député par la noblesse de l’Orléanais aux états généraux, il proposa de publier la déclaration des devoirs du citoyen pour balancer celle des droits de l’homme, et signa toutes les protestations de la minorité de l’Assemblée constituante. Au retour des Bourbons , en 1814, il fut créé lieutenant général, pair de France le 17 aodt 1815, et duc d’Avaray le 6 aout 1817. Il résidait fréequemment dans la belle terre dont ses ancétres ont pris le nom, située prés de Beaugency, sur les bords de la Loire; elle est remarquable , outre son étendue, par le clos qui produit l’excellent vin de Guignes, et renferme le dolmen de Ver. C'est 1a qu’il est mort en 1829, agé de quatre-vingt-neuf ans.

Antoine-Francois de Bésiade, comte, puis duc D’AVA- RAY, fils ainé du précédent, devint le confident intime du comte de Provence, l’accompagna dans sa fuite en 1792, et s’attacha & sa personne pendant toute |l’émigration. Louis XVIII, en reconnaissance de ses services, l’avait créé duc et lui avait concédé de charger ses armoiries de |’écusson de France. C’est a lui comme a un libérateur qu’il avait adressé la relation de son Voyage a Bruxelles et a Coblentz, imprimé sous la Restauration, et sur le compte de laquelle s’égayérent les journaux de l’époque. La santé du duc d’Avaray s’altérant de jour en jour, les médecins l’envoyérent 4 Madére, ou il mourut en 1810 sans avoir contracté d’alliance. Ses titres passérent 4 son frere puiné Joseph- Théophile-Parfait de Bésiade, général de division, chevalier de Saint-Louis et officier de Ja Légion d’Honneur.

AVARES, peuplade d’origine mongole, qui parut cent ans plus tard que les Bulgares dans les contrées voisines du Don, de la mer Caspienne et du Volga. Une partie resta dans les gorges du Caucase; l’autre partie, vers l’an 555 de notre ére, parvint jusqu’au Danube, et s’établit en Dacie, prit du service dans les armées de Justinien, contribua avec

les Lombards 4 la ruine de l’empire des Gépides , et finit par conquérir la Pannonie vers la fin du sixiéme siécle, notamment sous le puissant khan Baian.

Plus tard, les Avares s’emparérent de la Dalmatie ; et leurs hordes dévastatrices pénétrérent en Allemagne jusqu’en Thuringe, puis en Italie, ou ils eurent a lutter contre les Lombards et les Franks. Leur domination s’étendit sur les Slaves fixés sur les rives du Danube, et plus loin au nord, de méme que sur les Bulgares jusqu’a la mer Noire; mais les populations finirent par se soulever en masse contre eux et par les expulser de la Dalmatie.

Resserrés dans la Pannonie, ils furent subjugués par Charlemagne en 786, puis 4 peu prés anéantis par les Moraves et les Petschenégues, de sorte qu’a partir de l'année 827 Vhistoire cesse complétement d’en faire mention. Ils avaient habitude d’entourer leurs habitations de fossés , de remparts et de pieux; et on trouve encore bon nombre de débris de ces espéces de forteresses dans les diverses contrées ot ils étaient établis, et o& on les désigne sous la dénomination danneauz d’Avares. On confond quelquefois, mais a tort, les Avares avec les Huns, peuple plus ancien qu’eux, et aussi avec les Hongrois, nation plus moderne.

AVARICE. Les plus grands moralistes n’ont pu expliquer comment un homme riche, au milieu de son or et de ses greniers d’abondance, peut se condamner, lui, les siens, ses semblables, aux horreurs de la faim. Les Massillon, les Bourdaloue, au nom d’un Dieu de charité, ont essayé yainement de toucher |’Ame de l’avare. Que faire donc d’un pareil misérable? l’attacher au poteau de la publicité, le marquer d’un honteux stigmate , en le livrant au fouet du ridicule. C’est ce qu’a entrepris Moliére, digne exécuteur de ces hautes et comiques ceuvres. L’Audulaire de Plaute, le Théatre-Italien et notre vieux Théatre-Frangais lui ont a Yenvi fourni des scénes et de nombreux morceaux. De tous les lambeaux tirés de ces antiques magasins, et réunis avec art, Moliére a fait un chef-d’@uvre,

Enrichis par Pusure ou Pagiotage , nos avares modernes ont peut-¢tre plus de formes qu Harpagon; au fond rien n’est changé. Ce sont toujours des cceurs arides. On tirerait plutét deVhuile d’une pierre, disait Plaute. Vainement yous leur crierez avec l’Evangile qu'une charité bien faite est un grain qui rend au centuple, qu’il y a dans ce commerce avec les pauvres des bénéfices énormes , que cest placer son argent au plus haut intérét, qu'il faut s’appauvrir volontairement pour acquérir les vrais trésors, yous ne pourrez jamais faire entrer dans leurs calculs Pidée de placer ainsi leur bienfaisance et leur hwmaniteé a usure. L’avare est son plus inexorable ennemi.

Paryenu au dernier degré d’avilissement, il n’est souvent plus accessible ni aux douces affections du cceur, ni méme a la voix de la justice. Sous ce rapport il ne mérite que trop le mépris public; mais avarice, envisagée a son point de vue de mesquinerie, de ladrerie, ne reléve que du ridicule. Si elle n’est qu’une économie excessive, elle prend plus particulitrement le nom de /ésinerie. Si elle a recours 4 des moyens ignobles, c’est alors une avarice crasse.

Ne confondons pas, du reste, l’avarice avec la cupidité ou l’ambition. L’avare et le prodigue peuvent étre également cupides, l’un pour conserver, l’autre pour dépenser ; le prodigue sera méme plus cupide que l’avare, parce qu’il dépense plus vite que l'autre n’entasse, Pour l’avare, conserver est la principale chose, acquérir la seconde, dépenser la derniére, Pour le prodigue, dépenser est la premiére chose, acquérir la seconde, conserver la derniére, Ces deux vices, on le voit, ont des points de départ, des mobiles, des principes différents. Dés qu’ils sont en mouvement, ils se tournent le dos,

AVARIE. Dans le sens le plus général du mot, l’avarie exprime tout dommage éprouvé par une marcnandise, Le Code de Commerce s'est plus particulidrement occupé des

Page 1