AVENT — AVENTURIER
AVENT ( du latin advenire, arriver, venir ). On appelle ainsi le temps qui précéde la féte de Noél, temps consacré par I'Eglise pour se préparer a célébrer dignement anniversaire de Pavénement ou de la naissance de Jésus- Christ. Dans les premiers siécles de PEglise on jednait pendant |’Avent trois fois par semaine, savoir : le lundi, le mercredi et le vendredi. I est parlé de ce jedne dans le neuviéme canon du concile de Macon, tenu en 581; mais il était en usage auparavant dans PEglise romaine et méme dans I’Eglise de France, oi lon prétend que Rupert, évéque de Tours, lintroduisit. Par la suite, on jedna tous les jours de l’Avent. Ce jedne commengait a la fete de saint Martin, dot ilavait été appelé Caréme de la Saint-Martin. Les Capitulaires de Charlemagne nous apprennent qu’on faisait un jedne de quarante jours avant Noél dans le neuviéme siécle. Les cleres y ayant ¢té obligés, les personnes pieuses entre les laiques les imitérent. La coutume s’en introduisit, et Pusage en fit une loi. En 1270 Urbain V , au commencement de son pontificat, en fit une pratique de rigueur pour les clercs de la cour de Rome.
Aujourd’bui dans toute lEglise romaine PAvené n’a que quatre dimanches , dont le premier est le dimanche le plus proche de la Saint-André , c’est-a-dire celui qui tombe entre le 27 novembre et le 3 décembre inclusivement. Dans PEglise grecque il commence le 14 novembre; ce qui revient & V’ancienne pratique de le commencer a la Saint- Martin. Les noces sont interdites par l’Eglise pendant Avent comme durant le Caréme. A ces deux époques retentit dans les chaires catholiques la parole des prédicateurs en renom, et des discours de ce genre ont été souvent réunis sous le nom d’Avené et de Caréme.
AVENTIN (Mont), une des sept collines de Rome antique, située au sud du mont Capitolin. Selon les vieilles légendes, ce fut 1a qu’Hercule vainquit Cacus, la qu’Evandre, au temps d’Enée, avait construit sa royale chaumiére. Ancus Martius en céda emplacement au peuple, en Vinvitant A y batir des maisons. Remus désira y consulter les auspices, et y fut enterré. Romulus ne voulut pas comprendre le mont Aventin dans la ville, et le laissa en dehors du pomerium ou enceinte consacrée. Aprés la chute des décemyirs, vers Pan 310 de Rome, le peuple, qui avait consolidé Vautorité de ses tribuns, prétendait avoir dans Rome un quartier qui lui appartint et lui fat réservé, au lieu de continuer a rester dispersé dans tous les autres quartiers de la ville, et de se voir par 1a sous l’influence et presque dans la dépendance des patriciens, dont les plébéiens étaient forcément les locataires. Le tribun du peuple L. Icilius proposa et fit sanctionner une loi qui attribuait exclusivement aux plébéiens la propriété du mont Aventin, pour y construire leurs habitations. Les possesseurs usagers non plébéiens qui y étaient établis également devaient étre indemnisés, les autres simplement évincés. Cependant le mont Aventin resta hors du pomearium et des murs de Rome jusqu’a la décadence de empire. Ce fut l’empereur Aurélien qui le renferma dans les murs de lenceinte qui porte son nom. Hercule, Diane, la Liberté, la Bonne- Déesse et d’autres divinités avaient des temples sur le mont Aventin. On dérive le nom de cette hauteur tant6t des bandes d’oiseaux (aves) qui la fréquentaient, tantot d’un Aventin, roi d’Albe ou fils d’Hercule.
G?!' G. pe VAUDONcoURT.
AVENTURE (Mal d@’). Yoyez Panaris.
AVENTURIER, chercheur ou coureur d’aventures , homme qui, séduit par l’appat de la nouveauté, par l'amour du changement, par l'inipossibilité de rester en place, par la soif de Vinconnu, par impatience du cours régulier des choses , poursuit , dans son ardeur romanesque, les chances et les hasards les plus extraordinaires. Une situation douce, heureuse , calme, monotone lui est a charge. Doué dune imagination vive et d’une audace sans bornes , il ambitionne
tous les obstacles, et se précipite sans réflexion au-deyant de tous les périls. Ce mest point positivement un grand homme, car il ne cherche précisément jamais a faire une chose bonne en soi ou utile aux autres, mais ce n'est pas non plus une ame froide ou égoiste, comme Pintrigant, lambitieux ou le chevalier @industrie. L’aventurier n’est qu'un poéte. Parfois cependant il devient pour un moment un grand homme.
C’est surtout dans les époques neuves, Apres, romanesques qu’apparaissent les grands aventuriers, comme au moyen Age les chevaliers errants, les troubadours, les ménestrels voyageurs, plus tard les découvreurs de terres inconnues, et dans les Antilles les fréres de la Cote, boucaniers ou flibustiers ; plus prés de nous, enfin, les corsaires de la République et de Empire, et les corps francs de 1813, 14 et 15.
En Italie, aux dixiéme et onziéme siécles, nous rencontrons sous le nom d’aventuriers des mercenaires rappelant les Mamertins de l'ancienne Syracuse.
Ces aventuriers étaient des ramas d’hommes de toutes les nations; ils formaient le fond des milices non féodales du moyen age ; leur nom se présente sans cesse dans les anciens annalistes quand ils parlent des armées de |’Occident.
Ces bandes, que les récits historiques désignent techn‘quement par le titre d’aventuriers, rappellent surtout le temps des républiques italiennes et de notre monarchie sous la troisieme race jusqu’aux Valois inclusivement. L’usage des corps étrangers que certaines puissances ont continué a tenir sur pied jusqu’a nos jours est une trace de Pexistence des compagnies d’aventure. Les aventuriers d'Italie datent de l’époque qui fut pour cette contrée une ére nouvelle, époque ot des Céchirements amenérent une demi-organisation , et ot s’établirent tant de petites souverainetés indépendantes. Quelquefois ils n’étaient avoués par aucun gouvernement et se déclaraient ennemis de tous; Cétaient, comme le dit Daru dans I’Histoire de Venise, « des hommes a charge & leur propre pays, faisant de la guerre leur unique existence, et parcourant les parties de l'Europe en proie a des guerres civiles, pour se vendre tour a tour aux diverses factions ». Suivant les temps et les pays, ils servaient a pied, en cavalerie légere, en lances garnies , en troupes réguliéres. Tels d’entre eux, promenant leurs enseignes de France en Italie, d’Italie en France, exploitaient et rancgonnaient tour a tour les contrées en deca et au dela des Alpes ; ces migrations alternatives ont jeté dans la langue militaire des Francais quantité d’expressions italiennes qui s’y sont conservées.
En France, on voit depuis Louis le Jeune, en 1140 environ, jusqu’a Charles V, en 1370 environ, figurer, sans interruption, des aventuriers; ils se reproduisent de temps a autre sous les régnes plus modernes; ils s’appellent tour a tour et suivant les provinces ot ils servent, ou bien en raison des pays d’ou ils sortent, Allaguais, Aragonais , Armagnacs, Bandes noires, Bandits, Bandouliers, Barbutes, Basques, Bidaux, Brabancons, Brigants , Cantatours, Chaperons , Compagnies blanches , Condoftieri, Cottereaux, Escorcheurs, Grandes compagnies, Guilleris, Lances vertes , Lansquenets, Laquais, Linfards, Mainades , Malandrins , Margots, Mille Diables , Navarrois , Pailliers, Pastoureaux, Piquichins, Retondeurs, Ribauds, Routiers, Rustres, Soudoyers , Tard-Venus , Tondeurs, Tuchins et Varlets. Il y aurait une histoire particuliére 4 composer touchant chacune de ces troupes diverses. A leur ordre alphabétique nous esquisserons celie de quelques-unes.
Ces hordes de brigands formaient une nation au milieu du peuple qui les tolérait, les appelait ou les employait ; les uns étaient mus par l’enthousiasme ou poussés par le fanatisme, (autres épousaient a prix d’argent les haines des partis; mais en général ils cédaient a l'appat d'une vie
licencieuse , vagabonde , pillarde, et la persuasion trop fondée que l'impuissance des lois laisserait leurs crimes impunis.
Ceux d’Italie, tour 4 tour ennemis simulés ou franchement compagnons d’armes, se faisaient entre eux le moins de mal possible; dans leurs collusions, ils ne regardaient le champ de bataille que comme une salle d’armes ou un jeu de barres; ils se donnaient au parti qui promettait le plus d@argent; deux républiques en guerre auraient pu le méme jour changer d’armée si elles eussent en méme temps négocié et attiré chacune a elle les chefs des troupes guerroyantes. Les aventuriers de France n’auraient pas pu s’acheter de méme par masses; on sait du moins la peine que Duguesclin eut a les entrainer en Espagne ; mais rien n’était plus facile, plus commun que de les débaucher par individus, Tantét les aventuriers se battent entre eux au sein du royaume, tantét ils marchent contre les étrangers, tant0t iis sont ennemis ou défenseurs du trdne ou des seigneurs souverains. Tous vivaient de butin, saccageaient leur propre pays, et en torturaient de mille maniéres les habitants. kn 1177, un vicomte de Turenne contribue a défaire quelques mille aventuriers auprés de Brives. En 1183, une armée d’aventuriers est battue prés de Bourges par les troupes de Philippe-Auguste. En 1185, un rassemblement d’aventuriers, composé des mercenaires licenciés par Philippe- Auguste et par Henri II d’Angleterre, se montre entre PAquitaine et la Bourgogne; il est écrasé par les Chaperons, qui en tuent dix-sept mille. En 1339, Ludosio Visconti prend querelle avec le duc de Milan ; il décide une troupe considérable d’aventuriers aliemands, qui venaient d’étre congédiés, & le suivre; il marche contre la ville, est battu et fait prisonnier. En 1343, un condotiiere célébre, dont M. de Sismondi nous trace le portrait, appelle prés de lui tous les aventuriers mis en réforme par les Etats d’italie, et il compose de ce noyau une espéce de royaume ambulant. Ce partisan, nommé le duc Guarnieri, se contente d’étre un général indépendant; il n’aspire a aucune conquéte ; il change de pays suivant son intérét; il entretient sa compagnie au moyen de contributions qu'il léve sur les contrées qu’il parcourt. « Ce fut la premiére de ces compagnies d’aventure, dit M. Hallam, qui continuérent pendant nombre d’années d’étre le fléau et la honte de Vitalie. » Guarnieri, gorgé de butin, emméne ensuite ses gens de guerre en Allemagne, mais reparait en Italie en 1348, et ravage l’Etat de l’Eglise. C’était a n’en pas finir, En France, sous Frangois 1°", outre les troupes 4 peu prés enrégimentées qui formaient les légions et les compagnies franches qu’on appelait vieilles bandes, il y avait encore dans les armées frangaises des troupes d’aventuriers a pied qui, comme les bandes, se divisaient en compagnies plus ou moins nombreuses; mais elles différaient de ces corps en ce qu’elles étaient levées sans autorisation par d’anciens officiers, qui, sans appartenir a l’armée et sans commission, prenaient de leur propre autorité le titre de capitaines. Elles se joignaient aux armées pour faire la guerre pour leur propre compte ; elles n’étaient point payées par l’Etat, ne vivaient que de pillage, et se livraient a d’horribles exces. Quoiqu’elles ne se formassent d’ordinaire qu’aux approches de la guerre, elles ne se dispersaient pas toujours ala paix. Elles rentraient alors sur le territoire frangais, s’y perpétuaient, et continuaient ay exercer les mémes brigandages qu’en pays ennemi.
Les aventuriers étaient devenus en 1523 un fléau pour certaines parties du royaume. Ils frappaient d’excessives contributions les villes dont ilsinfestaient les alentours, et les assiégeaient mime si elles ne se soumettaient pas a leurs exigences, Frangois 1°" fut obligé de les déclarer ennemis de l'Etat, et d’autoriser ceux qui voudraient les détruire a leur courir sus impunément : « Par nos longues guerres, est-il dit dans "ordonnance , se sont levez quelques avanduriers , gens va-