AVENTURIER — AVENTURINE
gabonds, oiseux, perdus, méchants, flagitieux, abandonnez a tous vices, larrons, meurtriers, rapteurs et violeurs de femmes et de filles, blasphémateurs et renieurs de Dieu, cruels, inhumains, immiséricordieux, qui font de vice vertu et sont précipitez en l’abime de tous les maux; loups ravissants faits pour nuire a chacun, et qui ne veulent et ne scavent nul bien ne service faire : lesquels sont coutumiers de manger et dévorer le peuple, le dénuer ét dépouiller de tout son bien , perdre, gater et dissiper tout ce qu’ils trouvent, battre, mutiler, chasser et mettre le bonhomme hors de sa maison , tuer, meurtrir et tyranniser nos pauvres sujets, et leur faire plus d’oppresse, de violence et cruauté que nuls ennemis, fussent-ils Turcs ou infidéles, ne voudroient faire ne penser. »
Les bourgeois d’Autun furent les premiers qui usérent de Pautorisation du roi : ils levérent des milices, marcherent contre les aventuriers, les défirent, en tuérent un grand nombre et dispersérent le reste. La plupart des villes du centre et du midi de la France suivirent si bien cet exemple, que pour un temps le royaume fut délivré de ce fléau. Mais ils reparurent pendant la captivité du roi. Lorsqu’il eut recouvré sa liberté, Pinvasion de la Provence par Charles-Quint mit encore Francois J® dans la nécessité de les employer. Cependant ils ne tardérent pas a se livrer aux mémes désordres, et l’on fut foreé de recourir au méme moyen pour s’en débarrasser. I] n’en est plus question sous Henri IJ, qui ne fulmine aucune ordonnance contre les aventuriers. Mais ils surgissent de nouveau en troupes © nombreuses sous les régnes suivants, 4 ’ombre des guerres de religion. Pas un gentilhomme qui ne se croie en droit de lever des soldats, lesquels n’auront d’autre paye que le pillage. Henri IV, ayant enfin rétabli l’ordre, rassembla toutes les bandes errantes d’aventuriers, et en forma des régiments On trouve méme dans le compte de Il’extraordinaire des guerres de 1590 la mention d’un régiment d’aventuriers fort de quatre compagnies.
Brantéme nous a laissé un portrait trés-peu flatté de ces pillards : « D’autres, dit-il, les ont appelés aventuriers de guerre, et aussi que tels les trouverez vous-mémes dans les vieux romans de Louis XII et de Frangois I**, au commencement, et peints et représentés dans les vieilles peintures, tapisseries et vitres des anciennes maisons; ef Dieu scait comment représentez et habillez, plus a la pendarde vraiment, comme I’on disoit de ce temps, qu’a la propreté, portant des chemises 4 longues et grandes manches comme Bohémes de jadis et Mores, quileur dur ient vétues plus de deux et trois mois sans changer, ainsi que j’ai oui dire a aucuns ; montrant leurs poitrines velves et pelues et toutes découvertes, les chausses plus bigar ées, découpées, déchiquetées et balafrées, usant de ces mots; et la plupart monstroient Ja chair de la cuisse, voire des fesses.... C’étoient, la plupart, gens de sac et de corde, méchans garnimens, échappez a la justice, et surtout force marquez de la fleur de lys sur P’épaule, essorillez, et qui cachoient les oreilles, a dire vray, par longs cheveux hérissez, barbes horribles, tant pour cette raison que pour se montrer effroyables 4 leurs ennemis. »
Terminons en citant ces trois lignes, empruntées 4 Machiavel: « L’Italie dut aux aventuriers d’étre envahie par Charles VII, dévastée par Louis XI, opprimée par Ferdinand, insultée par les Suisses. »
AVENTURIERS (Marine). Voyes Anmement.
AVENTURINE. On raconte qu'un ouvrier de Venise ayant laissé tomber rr hasard, ou, comme on dit, par aventure, un peu de limaille d’un certain composé métallique dans un creuset contenant du verre fondu , fat séduit par l’éclat de ce mélange, qu'il appela aventurine, Depuis, on appliqua le méme nom A plusieurs pierres naturelles qui offraient quelque ressemblance avec Paventurine artijicielle, Celle-ci ne se fabriqua pendant longtemps qu’d