AVESNES — AVEUGLE
En matiére criminelle, ’aveu ne fait pas preuve contre son auteur, parce que le systeme des preuves judiciaires repose tout entier sur la conviction du juge; c’est a lui qu’il appartient d’apprécier dans sa conscience le caractére des aveux faits par un prévenu. Jl n’en était pas de méme autrefois ; on attachait une grande importance a obtenir Paveu de laccusé, et pour le lui arracher on avait établi la barbare institution de la torture.
Dans le droit féodal ’aveu avait encore une signification particuliére. C’était la déclaration par laquelle une personne, stipulant pour elle seule ou pour ses héritiers, se reconnaissait dans la dépendance et se mettait sous la protection du roi, d’un seigneur ou d’une communauté, L’aveu en général entrainait trois obligations : 1° de fidélité, a peine de félonie; 2° de service loyal, qui entrainait des redevances pécuniaires et le payement @impdts; 3° de devenir justiciable de la justice du seigneur avoué, sauf deux exceptions pour les procés criminels et ceux relatifs aux immeubles. — L'aveu en dénombrement était un acte que le nouveau vassal devait donner a son seigneur dans les quarante jours a dater de celui ov il avait prété foi et hommage. Le vassal reconnaissait dans cet acte tenir de son seigneur les terres qui y étaient porlées et énumérées,
AVEUGLE. On désigne par le nom d’aveugle toute personne privée de la vue. Cette privation, dit d’Alembert dans l Encyclopédie, devrait, suivant lanalogie , s’appeler aveuglement, mais ce mot n’est usilé que dans un sens moral et figuré, et ce n’est pas le seul de notre langue qui ne se prenne que dans un sens métaphorique. La privation de la vue est appelée céci¢é, du mot latin cxcitas, qui vient lui-méme de czcus (aveugle). Quant a l’étymologie du mot aveugle, Ducange, Ménage et Caseneuve ont voulu la trouver dans le mot aboculus . employé dans la basse latinité ; Yabbé Jauffret la fait venir desmots ab oculis ( sans yeux), qui ont pu donner naissance a celui que nous yenons de citer; et Barbazan, de ceux-ci: avulsus a lumine ( privé de la lumieére ), source qui paraitrait en effet assez vraisemblable sil’on pouvait supposer qu’on se fat d’abord servi d’une périphrase pour exprimer un état malheureusement trop fréquent.
Il y a des aveugles-nés, c’est-a-dire des individus qui viennent au monde privés de la vue, ou plutét dans des conditions organiques qui doivent amener a une époque plus ou moins prochai e la perte de ce sens; des maladies , des accidents peuvent la faire perdre a d’autres, et certainement ce sont les plus a plaindre sous tous les rapports, car l’absence d’un bien que Von n’a pas connu est beaucoup moins sensible que sa perte.
Une des observations qui frappent le plus, et dont on doive tenir le plus de compte dans l’organisation des aveugles , c'est l’espéce de compensation que la nature semble avoir voulu leur offrir, en permettant 4 leurs autres sens d’acquérir un degré de perfection qu’on ne rencontre pas ordinairement chez les individus qui ne sont pas affligés de la méme infirmité. D’Alembert, qui reconnait cette différence, la rapporte uniquement a une cause physique, mais il en fait du reste ressortir tous les résultats : « Il est évident, dit-il, que le sens de la vue étant fort propre & nous distraire, par la quantité d’objets qu’il nous présente a la fois, ceux qui sont privés de ce sens doivent naturellement et en général avoir plus d’attention aux objets qui tombent sous leurs autres sens. C’est principalement a cette cause que l’on doit attribuer cette finesse du toucher et de louie qu’on observe dans certains aveugles , plutét qu’a une supériorilé réelte de ces sens, par laquelle la nature ait voulu les dédommager de la privation de la vue. Cela est si vrai, poursuit-il, qu’une personne deyenue aveugle par accident trouve souvent dans les sens qui lui restent des ressources dont elle ne se doutait pas auparavant : ce qui vient uniquement de ce que cclte personne, étant moins distraite , est devenue plus cap.ble d’attention. Mais c’est principalement , ajoute-t-il,