ARMAGNAC
de Fezensac, issu d’une branche des Mérovingiens , dans le partage qu'il fit de ses Etats en 960, donna le pays d’Armagnac A Bernanp, son fils puiné, dit Je Louche, qui devint la souche de cette puissante maison. A celui-ci succéda GE- RAUD TRINCALION, puis BerNaro II, qui réunit un instant (1040-1052) le duché de Gascogne au comté d’Armagnac. Vers {140 Géraup III, son petit-fils, y réunit le comté de Fezensac, domaine originaire de la maison; mais vers {163 on en détacha, en faveur d’un cadet , un apanage dit le comté de Fezensaguet.
La branche ainée étant venue a s’éteindre en 1245, le comte de Fezensaguet , Géravup V, fils du dernier comte de ce nom, devint comte de tout Armagnac; mais @ sa mort, arrivée en 1285, les séparations de territoires et d’intéréts antérieurement créées continuérent & subsister. Jean I°* (1319-1373) et ses successeurs réunfrent successivement & Armagnac les comtés de Rhodez et de Carlat, les vicomtés de Lomagne et d’Auvillars, le comté de Comminges et celui de Charolais, que Jean III aliéna en 1390, pour se procurer les moyens d’entreprendre une expédition en Italie, afin de rétablir son beau-frére Charles Visconti dans le duché de Milan. Il y périt en 1391. C’est le premier comte d’Armagnac qui ait pris dans ses titres la formule par la grdce de Dieu, que conservérent ses successeurs.
Son frére Bennarp VII lui succéda, en 1391, ef agrandit en 1403 ses domaines héréditaires en faisant la guerre aux Anglais en Guienne et en dépouillant son parent le comte de Pardiac, qu’il fit périr dans une étroite prison, ainsi que ses deux fils. Appelé a la cour de France par Isabeau de Baviére, qui avait songé & mettre ce capitaine expérimenté a la téte de la faction d’Orléans pour |l’opposer a la toute-puissante influence de la faction de Bourgogne, il en devint bientot l’Ame, et mérita méme de lui donner son nom ; car a partir de ce moment Vhistoire oublie qu’il a existé une faction d’Orléans, pour ne plus s’occuper que de la faction d’Armagnac. Aprés l’assassinat du duc d’Orléans par la faction de Bourgogne (1407) , Armagnac prit ouvertement le commandement des partisans de la victime, dont le fils , Louis d’Orléans, devint son gendre , et qu’il ne songea plus qu’a venger. A partir de ce moment il combattit sans tréve ni repos la faction de Bourgogne , qui dominait 4 la cour, et, aprés des succts divers, finit par entrer dans Paris (1413) a la téte de son armée. Bernard d’Armagnac se fit alors chérement payer par Isabeau son appui; car, tout aussitot aprés son entrée dans Paris, il se fit donner par cette reine |’épée de connétahle avec le commandement supréme des armées et des forteresses et l’'administration des finances de ’Etat, l'un et Vautre sans controle ni limites. Quand il eut ainsi concentré entre ses mains tous les pouvoirs, le comte Bernard d’Armagnac ne ménagea plus rien, et rompit ouvertement avec Isabeau. Cette princesse sans foi se jeta alors dans les bras du duc de Bourgogne , qui avait toujours été son ennemi le plus déclaré, et implora son secours et son appui. Le duc de Bourgogne se hata de reprendre les armes, et marcha droit sur Paris, ot le connétable et ses bandes avaient imposé une insupportable tyrannie. Les bourgeois de cette ville, et surtout le bas peuple, avaient en effet presque tous embrassé dans le principe la cause de Jean Sans Peur, duc de Bourgogne, Vassassin du duc d’Orléans. Les Armagnacs, qui avaient 4 venger les atrocifés de tout genre commises par les cabochiens, ne pouvaient dominer sur cette cité que par la terreur, et avaient semé trop de haines pour ne pas recueillir des trahisons. Paris fut donc, grace & la secréte connivence de Périnet-Leclerc, surpris par les troupes du duc de Bourgogne aux ordres de I’Ile-Adam, en juin 1418; et tout aussitét le peuple se souleva en arborant la croix de Saint-André des ducs de Bourgogne. Les partisans du connétable, surpris & Vimproviste, durent se cacher ; car tous ceux d’entre eux qui tombérent entre les mains du peuple
exaspéré furent massacrés sans pitié. Les prisons furent forcées a diverses reprises, et le sang y coula par torrents. Dans une seule journée ’on ne compta pas moins de cing mille cent dix-huit victimes de cette horrible réaction, qui pourtant, nous dit naivement un chroniqueur contemporain, se termina par l’une des plus belles processions qu'il se vit oncques. — Le connétable et son chancelier croyaient avoir trouvé un asile sir chez un obscur maitre magon; mais effrayé par les menaces faites contre ceux qui recéleraient un Armagnac, c’est-a-dire un ennemi de la paix publique , cet homme finit par les livrer 4 la faction de Bourgogne. Tout d’abord il ne leur fut fait aucun mal, sans doute parce que les chefs de la faction victorieuse espéraient amener ainsi Bernard d’Armagnac a ayouer oii ses trésors devaient se trouver renfermés; mais quelques jours aprés, le bruit s’étant tout 4 coup répandu qu’il se tramait un complot pour le délivrer 4 prix d'argent, le peuple furieux envahit sa prison, et I’y massacra. Cela se passait le 12 juin 1418; quelques jours aprés, le duc de Bourgogne envoyait au supplice le bourreau Capeluche, principal acteur des massacres commis en son nom et dans ses intéréts.
Jean IV, qui succéda a Bernard VII en 1418, excita, par des exces de toute sorte, la colére de Charles VII, qui fit instruire son proces et confisquer son comté au profit de la couronne. Toutefois, touché de ses promesses de bonne conduite et de ses marques de repentir, ce monarque consentit a lui accorder, en 1444, des lettres d’abolition. La procédure fut done mise a néant, et le comté d’Armagnac fut restitué & Jean IV.
Le second fils du connétable d’Armagnac, comte de Pardiac , fut le pére du fameux Jacques d’Armagnac , comte de la Marche, qui devint duc de Nemours le 3 avril 1461, et que Louis XI fit périr sur ’échafaud en 1477.
Jean VY, fils de Jean IV, né vers 1420, devenu comte d’Armagnac en 1450, concut pour la plus jeune de ses sceurs, Isabelle, une passion effrénée, qui empoisonna sa vie. Isabelle ayant cédé a ses désirs, des enfants naquirent de ce commerce incestueux , dont le scandale, devenu public, attira sur le comte les foudres de ’Eglise et la colére de Charles VII. Jean V promit de se séparer d’Isabelle; mais il n’en fit rien, et continua d’avoir avec elle les mémes liaisons. Seulement, pour calmer les scrupules de sa sceur, qu’effrayaient les anathémes lancés par VEglise , il eut recours A un référendaire du pape , qui, moyennant une forte somme d'argent, lui fabriqua une fausse bulle pontificale en vertu de laquelle il épousa Isabelle avec toutes les cérémonies de l’Eglise. Charles VIT le fit solennellement condamner par le parlement, qui prononga contre lui la peine du bannissement et confisqua ses biens. Le comte Jean V passa alors en Italie, ot ses protestations de repentir engagérent le pape & l’absoudre du passé. A la mort du roi il rentra en France, et fut méme rétabli par Louis XI dans la jouissance de tous ses domaines et priviléges ; ce qui ne l’empécha pas d'adhérer A la ligue du Bien public, dirigée contre son bienfaiteur. Le comte Jean, redevenu l’un des plus puissants seigneurs du royaume, entretenait constamment sur pied une bande nombreuse d’aventuriers, qui ne vivaient que de pillage. Louis XI marcha contre lui, s’empara de nouveau de ses domaines , et le contraignit (1470) se réfugier encore une fois hors de France. Il ne tarda pas toutefois 4 reparaitre, et, soutenu dans sa rébellion par le propre frére de Louis XI, il se remit en possession de ses domaines héréditaires. Mais A la fin, obligé de se renfermer dans Lectoure, il dut mettre bas les armes, et, au mépris d’une capitulation qui lui garantissait la vie sauve , fut massacré (1472) dans les bras de sa femme, Jeanne de Foix. Cette princesse, qu'il avait Cpousée en 1468, mourut peu de temps aprés dans la prison oi on Vavait jetée, empoisonnée a Paide dun breuvage destiné a faire périr Venfant qu'elle portait dans son sein. Quant A Ja malheureuse et coupable Isabelle, tout
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ce qu’on sait de sa vie ultérieure, c’est qu'elle survécut a son frére.
Cuances 1°", frére puiné de Jean V, enveloppé dans sa disgrace, resta captif pendant quatorze années, en proie aux plus affreux tourments; en 1484, Armagnac fut déclaré confisqué et réuni au domaine de la couronne par lettres patentes de Louis XI. Délivré de sa prison par le roi Charles VIII, Charles 1° d’Armagnac rentra en possession de ses Etats, mais viagrement seulement, et avec privation de tous droits régaliens. A sa mort, arrivée en 1497, le duc d@Alencon, Charles , petit-neveu des deux comtes précédents, revendiqua leurs possessions, au mépris de Parrét de 1481. Le roi Francois 1°", lui ayant fait épouser sa sceur Marguerite, consentit a lui restituer Armagnac, Cuar es II® du nom et le vingt-troisitme dans Yordre de succession des souverains , étant mort sans laisser d’enfants, son héritage passa, avec sa veuve, 8 Henri d’Albret, roi de Navarre, qui par les femmes descendait également de la maison d’Armagnac. Cette province s’étant trouvée de la sorte réunie au royaume de Navarre, Henri IV, en montant sur le tréne de France, en 1589, les réunit l’un et autre a la couronne.
En 1647, des lettres patentes érigérent un nouveau comté d’Armagnac en faveur de Henri de Lorraine, comte d’Harcourt, et sa postérité la possédé jusqu’en 1789.
ARMAGNACS (Faction des ), opposée a celle des Bourguignons et aux Anglais, fut ainsi nommée du connétable Bernard @’Armagnac. Elle finit par devenir le parti du dauphin, fils de Charles VI, qui fut depuis Charles VII. — L’origine de Vhorrible lutte des Armagnacs et des Bourguignons fut la rivalité du duc de Bourgogne et du duc @Orléans pour exercer l’autorité royale, que la démence de l’infortuné Charles VI laissait vacante; et lassassinat du duc dOrléans, frére du roi, dans la rue Barbette (1407), devint le signal de ces longues et sanglantes guerres civiles, qui faillirent faire disparaitre la nationalité francaise sous la conquéte des rois d’Angleterre. Elles ne cessérent qu’en 1435, par le traité dArras.
ARMAND, acteur de la Comédie-Frangaise, naquit RX Versailles en 1773. Fils @un conseillerdu roi, receveur des finances , il devait succéder 4 son pére, lorsque les événements de la révolution vinrent détruire les projets et Yexistence sociale de sa famille. L’inactivité forcée ot se trouyait le jeune Armand et le gout de Ja comédie, dont il se sentit possédé de bonne heure, Je portérent a jouer a Paris quelques réles d’amoureux sur un théatre particulier, dit de Mareux, ot il se fit remarquer par l’élégance et la grace de ses manieres.
A cette 6poque (1794-95), les comédiens du Théatre- Francais avaient été séparés par la violence du gouvernement réyolutionnaire, qui, pendant la ferrewr, avait fait jeter en prison les acteurs et actrices suspects de royalisme : Molé, Fleury, M"® Contat, etc., etc. — Ceux-ci et ceux de leurs camarades qui ayaient partagé leur sort n’ayaient point voulu faire partie dela nouvelle troupe qui s’était établie au théatre de la République , et avaient, le 6 février 1795, transporté leur ancien répertoire au théatre Feydeau, ou ils jouaient alternativement avec les acteurs de VOpéra-Comique. Ce fut alors que, sur le bruit du succes d’Armand au théatre Mareux, Fleury et M'® Contat, ayant été le voir jouer, furent si salisfaits des espérances qwil faisait naitre, qu’ils lui propostrent un engagement avec eux. Il accepta, et débuta en 1796 par le réle de Germeuil , dans les Femmes , comédie en trois actes et en vers, de Demoustiers. En cette circonstance il réalisa ]’espoir que les maftres de la scéne avaient congu de lui, et tint bientot avec un succés complet l’emploi des jeunes premiers Aussi, lorsque les comédiens frangais du théatre Feydeau se réunirent et se formérent en sociétaires avec leurs anciens camarades au théatre de la rue de Richelieu (16 février 1798 ), Armand les suivit, et fit partie de cette
troupe, qui pendant de longues années a présenté le plus parfait ensemble, et laissé dans les fastes de la scéne francaise un souvenir impérissable. M'® Mars avait presque débuté au thédtre Feydeau avec Armand; les deux artistes ne se quittérent & peu prés jamais dans le cours de jeur commune et longue carriére théatrale. — Au milieu de cette élite des plus grands talents, Armand conserva toujours une des premiéres places, moins peut-étre par la hauteur des réles dont il était chargé, que par la bonne grace de ses maniéres, l’élégance de sa tournure, le charme de sa physionomie et de sa taille; dons heureux de la jeunesse , qu’il a pu conserver non-seulement dans lage mdr, mais méme encore dans un age beaucoup plus avancé; et Illusion qu’il produisait sous les traits du personnage le plus jeune était plus compléte encore que celle que produisait M''® Mars, longtemps admirée sous ce rapport, comme sous tant d’autres.
Armand avait été sociétaire du Théatre-Francais presque aussitOt aprés la création de la société, et en 1812 il avait été appelé & Dresde, avec une partie de la Comédie- l'rancaise, par Napoléon, qui lui avait plusieurs fois adressé de flatteuses félicitations. Enfin, aprés trente-quatre ans d’une carri¢re toujours suivie de succés, il se retira du théatre , ou il parut pour la derniére fois le 1°* avril 1830, dans trois de ses rdles les plus brillants ;: Hdouard en Ecosse, V Ecole des Bourgeois, et les Suites d’un Bal Masqué. ll se fixa d'abord a Versailles, et revint 4 Paris, ot il mourut le 17 juin 1852. Il s’appelait Roussel. A. DELAFOREST.
ARMANSPERG ( Josepu-Lovuis, comte pb’), ancien président du conseil de régence du roi de Gréce, Othon I*, né en 1787, 4 Keetzting, dans la basse Baviére , d’une ancienne et noble famille, entra en 1808 dans la carriére administrative; mais en 1813, plein d’enthousiasme pour la cause de la liberté germanique, il rejoignit ’armée bayaroise, et remplit 4 sa suite des fonctions importantes. Aprés la paix de Paris , le département des Vosges et bientdt le pays situé entre le Rhin et la Moselle furent confiés 4 ses soins. Appelé au congrés de Vienne, il y défendit avec chaleur, mais sans succes, les intéréts de la Baviére. Enfin, ayant, en 1816 et 1817, occupé dans les cercles du Rhin et du Danube supérieur des fonctions analogues a celles de préfet, dans lesquelles il fit preuve d’un zéle constamment éclairé pour le progrés et la constitution , il fut placé en 1820 a la téte de la cour supérieure des comptes. Propriétaire dans le cercle du Danube inférieur, il fut élu membre de Ja seconde chambre des états en 1825. 11 manqua de quelques voix seulement la présidence de cette assemblée, mais fut appelé a sa vice-présidence, et prit part a ses principales délibérations. Dans cette position nouvelle, il se placa toujours a la téte de lopposition libérale modérée , et insista vivement pour l'introduction des conseils municipaux en Baviére.
Quand le roi Louis, pére du roi actuel, monta sur le tréne, il manda Armansperg 4 Munich, et tous les projets de loi relatifs 4 la réorganisation de l’administration furent dés lors Pceuvre de ses méditations. 1] passa successivement et rapidement conseiller d’Etat, ministre de intérieur, puis des finances et des affaires étrangéres. En cette qualité, il se montra partisan décidé de la création de union des douanes allemandes, et contribua beaucoup a établir un ordre plus sévére dans la comptabilité publique. Depuis longtemps , par son énergique résistance aux exigences et aux empiétements de la cour de Rome, il s’¢tait attiré la haine de la camarilla de Munich et des congrégations, aux yeux desquelles il combla la mesure de ses torts lors de la session si orageuse de 1831 , par les efforts aussi nombreux que patents qu'il fit pour se rapprocher du parti libéral le plus avancé. Le résultat de cette lutte d’influences de cour fut a la fin de la session la perte de son portefeuille , qu’on échangea contre l’ambassade de Londres. M. d’Armansperg n'accepta point cette compensation, et se retira dans ses terres.
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Depuis 1828 il était conseiller 4 vie du royaume, et, comme tel, membre de la premiére chambre des états. Le 5 octobre 1832 il céda enfin aux instances du roi de Baviére, et consentit a se laisser placer a la téte du conseil de régence créé en Gréce par le traité de mai 1832, et a se charger de la direction des affaires du nouvel Etat. M. d’Armansperg débarqua A Nauplie le 6 février 1833, en méme temps que Je roi Othon. De juin 1835 A 1837, il exerga ces fonctions et eut le titre de chancelier d’Etat. A la fin de année 1836, pendant une tournée que le roi alla faire en Allemagne, il fut investi de pouvoirs illimités. Sans doute, pendant les quatre années qu’a duré son administration, il a fait beaucoup pour la Gréce; mais, environné de mille difficultés, au milieu de partis bien tranchés et pleins de défiance , ayant en outre a se défendre contre les intrigues et les rivalités des envoyés des grandes puissances, et 4 lutter contre la sourde opposition des autres membres de la régence, il n’a plus paru répondre a la confiance de la diplomatie européenne, qui l’avait désigné @une voix unanime comme le seul homme propre aux circonstances. Aussi ne tarda-t-on pas a lui donner pour successeur M, de Rudhart.
On areproché surtout & M.d’Armansperg d’avoir cherché & se rendre indispensable par la création d’une coterie qui lui était personnellement dévouée. Un envoyé étranger, ami particulier de M. d’Armansperg, le ministre d’Angleterre , M. Lyons, n’avait pas craint de déclarer au jeune roi, quand il revint de son voyage, qu’au maintien de M. d’Armansperg se rattachaient non-seulement la tranquillité du pays, mais encore la sécurité de sa propre personne. Ces démarches actives ne furent pas suivies de résultats favorables. M. d’Armansperg recut tout au contraire immédiatement sa démission, & bord méme du vaisseau le Portland, ou il était allé complimenter le roi avant qu’il edt pris terre ; et il quifta en conséquence la Gréce dans les premiers jours de mars 1837.
De retour en Bayiére, M. d’Armansperg vécut éloigné des affaires publiques dans le cercle intime de sa famille. Il mourut 4 Munich le 3 avril 1853. Il n’avait pas d’ennemis personnels , car méme a l’égard de ses adversaires politiques, il avait toujours fait preuve de modération. ‘2
ARMATEDR. Plusieurs dictionnaires donnent au mot armateur une définition qui jamais ne fut plus inexacte que de nos jours. Ils disent que l’armateur d’un navire est le propriétaire de ce navire. C’est tout bonnement celui qui le fait armer : or, il est fort rare dans nos ports que celui qui fait armer un batiment le poss¢de méme en partie. C’est presque toujours pour le compte de plusieurs intéressés qu’un négociant se charge de surveiller les dispositions a prendre pour mettre un navire en état de recevoir une cargaison et de prendre Ja mer, et trés-souvent il arrive q celui qui se charge de présider aux préparatifs de ’'armemen ignore assez complétement les travaux qu’il est censé diriger. Les vrais propriétaires du navire sont les intéressés pour le compte de qui l’armateur agit. L’armateur est celui sous le nom duquel nayigue le navire, et des mains duquel on a recu l'argent nécessaire 4 l'armement. Le véritable armateur, est le capitaine pour ceux qui attachent au mot armer Ja signification qui lui est réellement propre.
Autrefois dans la marine marchande on confondait les noms d’armateur et de capitaine, parce qu’il était assez ordinaire de voir les propri¢taires de navires, marins pour la plupart , commander Jes batiments qu’ils avaient armés pour des spéculations lointaines ou pour faire des découvertes fructueuses. On dit par exemple qu’un riche armateur de Dieppe découvrit une partie de la cote orientale de l'Afrique, et que Duguay-Trouin était fils d'un armateur de Saint-Malo qui s’était enrichi en commandant des corsaires ; ce qui prouve que les possesseurs des navires naviguaient assez généralement alors a bord des hatiments quills avaient armés,
Les armateurs francais qui de nos jours possédentle plus de navires naviguant au long cours n’en ont pas au dela de dix-sept 4 dix-huit expédiés sous leur nom. On citait un riche armateur des Etats-Unis qui comptait, dit-on, guarante trois-mats ou bricks, et cette flotte marchande ne comprenait qu’une assez faible partie de son immense fortune. Cet exemple est peut-étre unique dans les annales de la marine du commerce. Ed. Corpikre.
C’est a 'armateur, propriétaire ou non du navire, de choisir le capitaine, qui devient son préposé ; mais ce n’est pas a lui de former l’équipage. Toutefois Varticle 223 du Code de Commerce dit que le capitaine devra composer l’équipage de concert avec les propriétaires, lorsqu’il sera dans le lieu de leur demeure.
Il y a trois sortes de responsabilités pour les armateurs ; 1° responsabilité des fautes que le capitaine commet dans l’exercice de ses fonctions; 2° responsabilité des emprunts qu’il contracte ; 3° responsabilité des ventes et des nantissements de marchandises qu’il fait en cours de voyage. La responsabilité cesse par l’abandon du nayire et du fret (Code de Comm., art. 216).
Lorsque le navire est armé en course, la responsabilité de l’armateur est déterminée par Varticle 217 ; ilne répond des délits ou des déprédations commis en mer que jusqu’a concurrence de la somme pour laquelle il a donné caution , a moins qu’il n’en soit participant ou complice.
ARMATOLES et KLEPHTES, noms donnés aux capitaines chrétiens qui depuis l’établissement de empire ottoman en Europe surent se maintenir a peu prés indépendants au milieu des montagnes dela Gréce septentrionale. Dans Porigine , on les désignait sous le nom général de klephées , a cause des brigandages qu’ils exergaient dans la plaine ; plus tard on donna celui d’armatoles 4 ceux d’entre eux qui recurent une commission de la Porte. Ce sont les habitants du mont Agrapha qui obtinrent les premiers le privilége @avoir une troupe armée, sous les ordres d’un capitaine, pour le maintien de Vordre dans les villes et les villages voisins. Cette institution se répandit en peu de temps sur tout le continent hellénique. Derniers défenseurs de la liberté et de ’indépendance de la Gréce, les armatoles se rendirent de plus en plus redoutables a la Porte, surtout depuis le commencement du dix-septiéme siécle. Impuissants a se défendre contre leurs audacieuses agressions , les pachas se virent forcés de traifer avec eux , ef, sous la condition d'une conduite paisible , de leur accorder une paye et des vivres , en leur confiant le soin de faire régner la tranquillité dans le pays. Ce fut ainsi que les armatoles gagnérent de plus en plus de force et de puissance ; aussi l’hétairie dut-elle d’abord s’adresser & eux et aux klephtes et tacher de les gagner a sa cause , lorsqu’elle voulut tenter un soulévement contre la Porte.
Rien ne devyait plaire a ces chefs belliqueux plus que ces avances, Leurs forces s’élevaient alors 4 environ 12,000 hommes, les uns tenant garnison dans des forts, les autres errant dans la Gréce septentrionale. Ceux d’entre eux qui se signalérent le plus dans la guerre de Il’Indépendance furent Eustrates, chef de 500 hommes; Gogo; Georges Zongas, Saphakas, tué, en 1827, devant Athénes ; Georges Makry, capitaine de 300 hommes; Karaiskakis, chef de 600 hommes, qui périt aussi sous les murs d’Athénes ; Mitzo Kondojannis, Jean Panuryas, Kaltzodemos, capitaine de 100 hommes, tué devant Missolonghi; Odysseus ; Georges Karatasso, chef de 600 hommes; Christos Mestenopoulos et Mare Botzaris, qui commandait les Souliotes. Les armatoles et les bandes de plusieurs klephtes soutinrent d’abord tout le poids de la guerre de Pindépendance, dans laquelle presque tous se couvrirent de gloire. Voyes Gnice.
ARMATOLIS, d'un mot grec signifiant Cerrifoire des armes. On appelait ainsi des districts, au nombre de treize
’ selon les uns, de dix-sept suivant d’autres, situés dans les
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montagnes de la Gréce, et soumis 4 l’autorité d'un chef d@armatoles. C’étaient les derniers asiles de la liberté et de Vindépendance de la vieille Gréce ; c’est 14 que s'est conservé intact pendant des siécles le noyau régénérateur de la nation hellénique ; c’est dans les armatolis des montagnes de Macédoine, d’Epire et de Thessalie que s’est réfugiée et consolidée la liberté des Mainotes, des Souliotes, des Monténégrins et des Mérinites, toujours si redoutés des Turcs. Quand Mahomet II fit la conquéte de la Gréce, il se contenta de s’assurer du pays plat et des forts, et ni lui ni ses successeurs n’attachérent d’importance a la possession des inaccessibles défilés de ces montagnes. La se dissémina la partie indépendante de la nation, qui, sous les ordres de chefs courageux, continua a faire en détail la guerre aux oppresseurs de la patrie. Voyez Grice.
ARMATURE ou ARMURE. Voyes Amant.
On donne aussi le nom d’armature a un assemblage de différentes barres ou liens de métal pour soutenir ou contenir les parties d’un ouvrage de maconnerie, de charpenterie, de mécanique, d’un modéle de sculpture de terre, d’une figure coulée en bronze, etc.
ARME. On appelle ainsi toutes les machines employées par homme pour rendre plus efficaces ses moyens d’agression et de défense. L’invention des armes remonte au dela des temps historiques ; on congoit en effet qu’un des premiers besoins de homme a dd étre de se défendre contre certains animaux, d’en attaquer d'autres pour en tirer sa subsistance, et de faire la guerre 4 ses semblables pour acquérir ou conserver les objets nécessaires 4 son bien-étre ou a ses passions. Les premiéres armes consistaient sans doute en batons , épieux, massues, pierres, frondes, arcs et fléches (voyes ces mots) ; c'est ce que nous indique aussi histoire des temps héroiques. Plus tard, la découverte des métaux vint accroitre les moyens de destruction; on vit paraitre alors des épées, des lances, des javelots, et bientét on imagina les armes défensives, ainsi qu’on le voit déja au siége de Troie. Il est & remarquer qu’a cette époque, et longtemps aprés , les armes des Grecs étaient en cuivre, et que le fer, assez commun en Orient, était tellement usité parmi eux , qu’Achille donna une boule de ce métal pour prix des jeux funébres qu’il fit célébrer en Yhonneur de Patrocle.
Déja le besoin de résister 4 un ennemi puissant avait conduit 4 envelopper les villes de murailles élevées , et les guerriers, montés sur des chars, avaient fait intervenir la vélocité et la force des chevaux dans le choc des armées.
Enfin, l'homme, trouvant trop faibles les anciens moyens de destruction , eut recours 4 l’emploi d’agents plus compliqués; on vit alors paraitre dans les armées la cavalerie, les éléphants surmontés de tours, les balistes, les catapultes, et plus tard les différentes armes 4 feu; en un mot, toutes les machines que put inventer imagination des hommes, aidée par une civilisation de plus en plus avancée.
Les armes peuvent se diviser en armes portatives, susceptibles d’étre mises en jeu par un seul homme, et en armes non portatives, ou artillerie, exigeant, pour entrer en action, le concours de plusieurs hommes et des moyens de transport plus ou moins compliqués.
Les armes portatives se divisent en armes offensives et défensives ; parmi les armes offensives, on distingue les armes de main, qui servent a frapper directement l’ennemi, ef les armes de jet, qui servent 4 l’atteindre de loin au moyen de projectiles. Les armes offensives des anciens consistaient en piques, poignar ds, épées, sabres, haches, javelots, arcs et frondes; les armes défensives étaient le casque, la cuirasse, le garde-caeur, plaque @airain qui se mettait sur Ja poitrine, l’ocrea ou bottine garnie d’airain, et le bouclicr, qui était plus ou moins grand, et dont la forme était variée.
La pique, en changeant de dimension, prenait un nom différent ; la sarisse était une pique trés-longue ; la lance était plus courte que la sarisse; la Has¢e était une pique de longueur moyenne; le pilum était assez court pour étre lancé a la main, et assez long cependant pour servir de pique contre la cavalerie ; les javelots étaient de longues fléches , qui se langaient a force de bras ; enfin la javeline était une demi-pique dont se servaient également les cavaliers et les fantassins.
Les épées étaient de formes diverses. Les Romains adoptérent l’épée espagnole, qui était longue et tranchante des deux cétés; les épées des Gaulois étaient minces et trésallongées; elles pliaient souvent dans le combat. La dague était une espéce de poignard a fer triangulaire, et dont se servaient les Romains ; le marteau d’armes, dont Charles Martel prit son surnom, portait d’un cdté une téte de marteau et de |’autre une hache ou une pointe ; c’était sans doute une modification de la francisque.
Sous Charlemagne et ses successeurs , la cavalerie devint la principale force des armées ; les chevaliers portaient le casque et la cuirasse compléte ou la cotte de mailles. Le haubert, ou cotte de mailles 4 manches et 4 gorgerin, ne pouvait ¢tre porté que par les grands seigneurs, Les armes offensives étaient le martel, te sabre et la lance.
Vers cette époque l'infanterie tomba en discrédit, et cessa de combattre en masse; alors les armes de main lui devenant inutiles , elle quitta en partie la hache, le javelot et le bouclier, pour prendre arc et la fronde.
Sous les rois de la troisieme race les armées ne furent plus composées que de cavalerie cuirassée ; l’infanterie et la cavalerie non cuirassée devinrent une multitude confuse attachée au service des chevaliers , et ne prenant que rarement part aux combats. Les boucliers étaient plus ou moins grands , en métal, en bois ou méme en osier, et recouverts de cuir ; le bouclier des soldats de rangs chez les Grecs et les Romains était large, haut et convexe au dehors, et ordinairement en bois; celui des armés a la Jégére et des cavaliers était rond ou ovale. Dans la suife on fit usage de boucliers trés-hauts et trés-larges, appelés pavois ou talvas.
Pendant fort longtemps les Grecs, !es Romains et les Gaulois firent usage d’armes en cuivre allié d’étain, et dont le tranchant était durci par le martelage; on ne sait pas bien précisément l’époque ou V’usage des armes en fer et en acier s'introduisit en Europe.
Sous les rois de la premiére race les Francs n’ayaient ni casque ni cuirasse; leur vétement était un sayon de cuir fortement rembourré; ils se servaient d’une petite hache, appelée francisque, qu’ils langaient la main contre leur ennemi; de javelots, dont la lame était garnie de deux crocs ; d’épées et de bouctiers. Vers la fin de cette période les armes défensives devinrent assez communes, et la cavalerie cuirassée commenga a jouer un rdle important dans les armées.
Les armes de la cavalerie de cette époque consistaient en martels, en lances , sabres ou cimeterres, sorte d’épées 4 lame recourbée, et trés-lourdes vers la pointe. A cette époque les chevaliers, couverts d’armures impénétrables et montés sur des chevaux bardés de fer, se servaient de lances, de masses d’armes et de haches destinées a briser les armures; de longues épées, nommées allennelles, flamberges, estocades, avec lesquelles ils percaient leur adversaire au défaut de la cuirasse ; d’espadons , ou épées & deux mains, destinés 4 pourfendre l’ennemi. Dans ce temps de désordre et d’anarchie féodale , toutes les notions de tactique ayant été perdues, un seul chevalier pouvait, 4 la faveur de son armure, braver un grand nombre de fantassins, sans courir d’autre risque que d’étre renversé de cheval et foulé aux pieds.
Vers la fin du douziéme siéele, Richard Coeur de Lion