ARME
ayant adopté l'usage de |’arbaléte, on vit paraitre en Angleterre des corps d’archers redoutables; mais /es Francais ne youlurent se servir que fort tard dune arme que le concile de 1139 avait qualifiée de diabolique. On ne eonnait pas exactement I’époque de l’invention de Parbaléte ; il paratt que cette arme n’était pas connue des anciens, bien quwils fissent usage du scorpion , ou manubaliste, qui n’en différait que par de plus fortes dimensions.
L’arbaléte était une arme redoutable , mais on concoit gu’un corps d’arbalétriers pouvait étre renversé par un petit nombre de chevalicrs : aussi la gendarmerie continuat-elle A faire la force essentielle des armées ; et s'll résulta quelques changements de cette innovation , ce fut peut-étre Pusage d’armures plus épaisses qu’auparavant.
Tl est A remarquer que pendant tout le moyen ge la prouesse ou !’action individuelle avait remplacé |’action factique ou d’ensemble ; de 1a était résulté nécessairement Vabandon des armes de main et ’asservissement des masses; il fallait pour changer cet ordre de choses une réyolution dans les institutions militaires, et cette importante révolution fut produite par !e patriotisme des Suisses. Ce fut alors que Jes paysans de trois petits cantons helvétiques , réunis en bataillons hérissés de piques, brisérent Je joug de l'Autriche , et bravérent l’effort de ses chevaliers.
L’exemple des Suisses ne tarda pas a étre imité: on vit parattre successivement de \’infanterie réguliére en Allemagne, en Flandre, en Espagne et en Italie; mais en France, pays classique de la chevalerie, cette innovation ne fut godtée que fort tard, et nous n’edmes de l’infanterie réguliére que longtemps apres nos yoisins.
Vinyention des armes a feu portatives , qui avait suivi de prés celle de Vartillerie, vint porter le dernier coup aux anciens preux : yainement augmentérent-ils la force de leurs armures , il fallut les quitter, et dés lors ladresse et le courage purent lutter avantageusement contre la force brute, qui auparavant décidait de presque tout 4 la guerre.
Les premitres armes a feu s’appelaient bombardes, du mot grec Boy6o¢, qui veut dire bruit; vers 1380 on commenga a faire usage de petites bombardes, appelées coule- Vrines ou canons & main : ces petites armes consistaient en un tube de fer ou de cuivre, du poids de vingt-cing a cinquante livres, qu’on ¢tablissait sur un petit chevalet en bois quand on youlait tirer.
Dés 1411 on comptait un assez grand nombre de canons 4 main dans les armécs; en 1450 les Brabancons en avaient trois cents pour faire le siége de Bruges. Au temps de Louis XII ces armes, allégées et perfectionnées, devinrent pluscommunes, mais cependant la majeure partie des troupes faisaient usage des armes anciennes. Sous Francois I°" et ses successeurs l’infanterie , organisée régulitrement, prit le corselet, espece de petite cuirasse, le casque ou bourguignotte, la pique et l’épée; are et ’arbalete devinrent plus rares, mais ce ne fut qu’en 1560 qu’ils furent abandonnés. L’usage des armes a feu devenait de plus en plus fréquent; ces armes, appelées arguebuses, pélrinals, pistolets, mousquelts,mousquetons,carabines, fusils, servaient pour Vinfanterie et la cavalerie; néanmoins les piques étaient toujours employées dans l’infanterie ; on en distinguait de plusieurs espéces ; savoir: la pique, le sponton ou demi-pique, la hallebarde, dont le fer trés-large portaitd sa base deux crocs, ou une petite hache et une pointe; la pertuisane, qui était une trés-forte hallebarde. En 1669 Vinvention de la baionnette vint restreindre Tusage de ces armes; cependant l'infanterie conserva encore un tiers de piquiers pour se garantir des charges de cavalerie,
A mesure que les armes a feu se perfectionnaient, la gendarmerie perdait de son importance, et la cayaleric légére ou non cuirassée s’accroissait dans les armées. Vers 1675 Pusage de la cuirasse compléte fut aboli, et on se borna A avoir quelques régiments portant le casque et la demi-cui-
rasse, & peu prés comme nos cuirassiers actuels; enfin, en 1703 la lance et la pique ayant été supprimées, }infanterie fut armée du fusil 4 baionnette, et la cavalerie du mousqueton , du pistolet et du sabre.
Les armes offensives des modernes se divisent en armes & feu portatives, et en armes blanches: \es armes a feu portatives sont le fusil, le mousqueton, le pistolet et la carabine; les armes blanches sont le sabre, l’épée et la lance. Quant aux armes défensives, elles se réduisent au casque et a la cuirasse.
On nomme armes de luxe celles qui, fabriquées pour des particuliers, sont d’un prix plus élevé que les armes de guerre ou de munition, en raison des ornements qu’elles comportent. Les ordonnances relatives 4 la fabrication de ces armes s’opposent & ce qu’elles aient le méme calibre que celles de guerre, sous peined’amende et de confiscation.
Armes & vent. Dans ces armes, l’air comprimé est le moteur dont on fait usage pour lancer des balles. Voyez Fusit A VENT.
Armes blanches. Vers la fin du seiziéme siécle, la cavalerie ayant abandonné l’usage de Ja lance pour prendre les armes a feu portatives , le sabre et I’épée devinrent ses armes principales; car la force du cavalier étant dans son choc, et non dans son feu, qui ne saurait étre redoutable , a cause du mouvement du cheval, on congoit que la cayalerie ne put obtenir de résultats que le sabre ou l’épée a la main. Quelques grands capitaines ont blamé cette innovation , particuligrement Montécuculli, qui appelait la lance la reine des armes; au contraire , d’autres officiers distingués plagaient toute la force de la cavalerie dans la mancuvre du sabre; mais on a reconnu dans la suite que ces opinions étaient trop exclusives, et que si dans certaines circonstances le sabre est préférable 4 la lance, dans d’autres la lance doit lui tre préférée : c’est d’aprés ce principe que certains corps de cavalerie ont été armés de lances. Voyes LANcIERS.
Dans Vorigine Jes modéles de sabres et d’épées étaient fort multipliés ; la forme de ces armes ne dépendait que du caprice des ouvriers ou des chefs de corps, et ce ne fut que successivement qu’on parvint a établir une certaine uniformité indispensable pour les réparations et les remplacements en temps de guerre; quant A la lance, le premier modéle francais date seulement de 1812.
Armes & vapeur. Ces armes ont été inventées par M, Perkins, ingénieur anglais ; leur principe moteur consiste en un fort cylindre creux en fonte ou en fer, fermé de toutes parts, rempli d'eau et chauffé au rouge au milieu d’un fourneau; ce cylindre, appelé générateur, a deux soupapes : la premiére, qui s’ouvre de dehors en dedans, et qui est tenue fermée par la force expansive de Veau, et la seconde, qui souvre de dedansen dehors ; cette derniére est chargéed’un poids qui l’empéche de s’ouvrir, et qui régle la force de la vapeur, Lorsqu’on veut faire fonctionner cette machine, on introduit, au moyen d’une pompe trés-puissante, par la premiére soupape, une certaine quantité d'eau froide par le générateur; alors la seconde soupape, cédant a laction de la pompe, s’ouvre, et laisse échapper la portion d’eau échauffée dans le générateur qui ne peut plus y ¢tre contenu & cause de introduction de |’eau froide. L’eau chassée du générateur arrive dans un canon disposé pour la recevoir, 8’y réduit subitement en vapeur, avec d’autant plus de violence qu'elle était plus chaude, et chasse devant elle le projectile qui lui est opposé. Telle est l'icée principale de Pappareil.
M. Perkins a fait construire une machine qui langait cent cinquante & deux cents balles d'un vingtidme de livre par minute. Ces balles étaient placées dans une trémie et arrivaient successivement dans le canon 4 mesure que la balle inférieure était chassée; maisil parait que ces projectiles étaient lancés avee beaucoup moins de force et de justesse qu’avec le fusil.