AVEUGLE
ceil tout seul. Cheselden parle d’autres aveugles-nés a qui il avait abattu de méme la cataracte, et dans lesquels ij avait observé les mémes phénoménes, quoique avec moins de détail. Comme ils n’avaient point besoin de faire mouvoir leurs yeux pendant leur cécité, ce n’était que peu a peu quils apprenaient a les tourner vers les objets. Il résulte de ces expériences que le sens de la vue se perfectionne en nous petit 4 petit; que ce sens est d’aburd trés-confus et que nous apprenons a voir a peu prés comme A parler. Un enfant nouveau-né qui ouvre pour la premiére fois les yeux a la lumiére éprouve sans doute toutes les mémes choses que nous venons d’observer dans l’aveugle-né : c’est le toucher et ’habitude qui rectifient les jugements dela vue,
A la suite des considérations présentées par les deux encyclopédistes, il faut citer V’écrit de M. Dufau, ancien directeur de l’Institution des Jeunes Aveugles de Paris, sur Etat physique, moral et intellectuel des aveugles, avec un exposé complet des moyens propres a améliorer leur sort par l’instruction et le travail. L’auteur traitesuccessivement, avec l’autorité que donne une longue observation, de la conslitution physique des aveugles, de leur caractére moral, de leurs facultés intellectuelles , de leurs sensations et de leurs idées, du tact et de louie , de la cécité et du mutisme comparés ; il expose enfin ex professo le systéme d’éducation intellectuelle, musicale et technologique des aveugles tel qu’il est aujourd’hui compris et pratiqué chez les différents peupies, et les améliorations qu’il conviendrait d’y introduire.
Nous ferons suivre les considérations philosophiques de cet article par quelques détails historiques sur la fondation des principaux établissements consacrés au soulagement et 4 instruction des infortunés affligés de la perte d’un des sens les plus utiles et les plus regrettables. Le premier asile que la bienfaisance ouvrit en France aux jeunes ayeugles fut institué en 1784, grace a la pitié de quelques personnes généreuses. Auparavant, on les entassait sans discernement dans les hdépitaux , ot ils attendaient , dévorés d’ennui, la fin de leur pénible existence, et le gouvernement n’avait encore rien fait pour l’instruction de ces malheureux , condamnés dés leur naissance a passer toute leur vie dans les hospices ou a mendier leur pain de porte en porte. Quelques-uns cependant s’étaient réunis en société, et, sans régle ni mesure, ils exécutaient 4 la porte de quelque café ou dans les lieux de promenade, que!ques morceaux de musique quiexcitaient souventl’hilarité des passants. Nous consacreronsun article spéciala Phospice des Quinze Vingts, dont la fondation remonte a saint Louis, et qui n’a pas cessé de servir de refuge & des pauyres privés de la vue. Rendons hommage a Valentin Haiiy, qui le premier congut le généreux projet d’ouvrir une école aux ayeugles et de consacrer sa vie et sa fortune a leur éducation. Enveloppons dans le méme hommage la Société Philanthropique, qui se chargea de l’administration du matériel des Aveugles, qu’elle établit en 1784 dans une maison de la rue Notre-Dame des Victoires. Rappelons & la mémoire T’illustre et infortuné Bailly, qui le premier procura aux avengles des secours 4 domicile, et le plus persévérant de nos philanthropes, M. de La Rochefoucault-Liancourt, qui obtint pour eux, en 1790, le couvent des Célestins , et mesdames de Planoy, Duménil, de Staél et de Lafayette , dont le zdle ne se ralentit point jusqu’au moment ou Louis XVI ordonna que les aveugles seraient entretenus aux frais de l’Etat, jusqu'au décret de l’Assemblée constituante de 1791, qui statua que les fonds nécessaires a cet établissement seraient faits par le trésor.
Profitant de plusieurs essais qui avaient déja été tentés pour instruire des aveugles de naissance, Valentin Haiy réussit A faire naitre dans l’esprit de ses nouveaux éldves , au moyen du toucher, les idées que la privation de la vue leur avait dérobées, 11 composa des livres et de la musique
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