ARME
D'aprés ce que nous avons dit dela machine de M. Perkins, on congoit assez facilement qu’on puisse s’en servir pour lancer des balles de fusil; mais il est difficile de croire qu'un cylindre de fer chauffé au rouge puisse résister 4 une force susceptible de lancer une grande quantité de boulets de gros calibre avec autant de violence que la poudre. Le vice radical de cet appareil tient & ce que la résistance du générateur décroit & mesure qu’on le chauffe, tandis que la force de eau augmente au contraire dans un grand rapport ; de la résulte qu’on est obligé de ménager le feu pour prévenir les accidents, ce qui fait que les projectiles sont lancés avec une force beaucoup moindre que dans les canons.
L’usage des armes a vapeur est a peu prés impossible dans la guerre de campagne ; car la nécessité de tenir ces lourdes machines constamment en état de tirer entrainerait la consommation dune énorme quantité de combustible dont le prix total dépasserait celui de nos munitions actuelles, et dont l’approvisionnement et le transport présenteraient de grandes difficultés.
Siles armes A vapeur ne conviennent pas pour la guerre de campagne, elles pourraient étre fort utiles pour la défense des places. En effet, dés que Vassiégeant commencerait a battre en bréche, on pourrait disposer une ou plusieurs machines & vapeur a portée, qui, lancant cing 4 six mille balles par minute, inonderaient la bréche de leurs projectiles a Vinstant oi \’ennemi tenterait d’y donner l’assaut.
Tuinoux, lieutenant-colonel d’artillerie,
Un de nos compatriotes, M. Perrault, ingénieur civil, a inventé une arme A vapeur qui, sans avoir les inconvénients du canon de M. Perkins, parait tout aussi meurtriére. Cette arme est arrivée 4 une telle précision, que M. Arago rapporte étre parvenu, dans une expérience publique, d@ loger tout le flux de balles dans un trou de la grandeur dune piece de cent sous (Discours 4 la Chambre des Députés, séance du 5mai 1845).
On entend encore par arme la totalité des corps qui composent une espéce de troupe; Jes armes principales sont |’ infanterie, la cavalerie, Vartillerie, le génie et la gendarmerie. L/artillerie et le génie sont appelés armes spéciales, a cause de instruction particuli¢re quwils nécessitent. — Voyes ARMES.
ARMEE. Une armée est l’ensemble des troupes qu’une nation entrefient pour sa défense; « c’est une machine, dit Henri Lloyd, destinée & opérer des mouvements militaires; comme les autres machines, elle est composée de différentes parties ; sa perfection dépend de la bonne constitution de chacune de ces parties prises séparément et de leur bon agencement entre elles; leur objet commun doit étre de réunir trois propriétés essentielles, force, agilité et mobilité universelle. » La loi du 12 décembre 1790 sur lorganisation de la force publique définit ’armée : « une force habituelle extraite de la force publique et destinée a agir contre les ennemis du dehors. »
Une armée est différemment nommée suivant sa composition et son but; on dit quelle est combinée lorsqu’elle est composée de troupes de différentes puissances ; l’armée ad observation est celle qui protége un siége; on donne aussi quelquefois ce nom a uncorps de troupes placé sur Ja frontitre pour observer l’ennemi, et appuyer des négociations entamées ; Varmée de réserve est une armée formée en deuxiéme et troisiéme ligne pour alimenter les armées qui pénétrent dans le pays ennemi, ef pour contenir les populations qu’elles laissent derriére elles; l'armcée de secours est celle qui est destinée 4 faire entrer des renforts ou des vivres dans une place assiégée : quelquefois elle oblige l’ennemi a en lever le siége.
Chez les peuples primitifs la guerre ne fut sans doute d@abord que de grandes mélées, et les combattants se ruaient probablement les uns contre les autres sans suivre dordre de bataille, ordre que nous trouvons chez les peu-
ARMEE st
ples plus civilisés. Sans entrer dans de grands détails, nous allons jeter rapidement un coup d’ceil sur la composition de l’armée chez les Grecs et chez les Romains; nous examinerons ensuite l’organisation de ’armée frangaise a différentes époques.
Des armées grecques. La Gréce était une réunion de petites républiques, soit aristocratiques, soit démocratiques ; ce furent les Grecs qui les premiers substituérent laction des masses aux actions individuelles. A Athénes tout homme devait servir son pays de dix-huit 4 cinquante ans. Suivant la population des Etats, quelquefois chaque tribu servait A son tour, quelquefois on prenait dans chacune Welles le nombre d’hommes nécessaire. Lorsque la population était insuffisante , on remplissait les cadres d’étrangers domiciliés dans le pays, et méme d’esclaves. A Sparte il y avait des officiers permanents appelés polémarques, qui maintenaientles traditions. Des services administratifs étaient institués , et les armées avaient a leur suite des bataillons d’ouvriers chargés d’exécuter les divers travaux jugés nécessaires et de fabriquer les armes dont on avait besoin. Les armées des Grecs étaient temporaires; on y suppléait en temps de paix par des rassemblements @hommes de toutes conditions qui étaient journellement exercés aux diverses manceuvres. Les citoyens riches formaient la cavalerie. Ainsi, chez eux les habitudes militaires se contractaient dés Venfance; la tactique élémentaire, qui consistait simplement dans la tenue du soldat dans les rangs, l’escrime et le maniement des armes, s’apprenait dans les gymnases. La tactique générale était enseignée par des hommes spécialement désignés. Comme les grades ef les commandements n’étaient acquis que pour une année, ef que fel général hier pouvait étre soldat le lendemaiwn, toutes les connaissances militaires devaient étre vulgaires pour tout homme qui youuit se faire une position. Le commandement de l’armée était électif; le principe de l’obéissance passive absolue était déja regardé par les Grecs comme la base fondamentale de toute armée : aussi était-il contenu dans la législation.
L’armée grecque se divisait en infanterie, cavalerie et machines. L’infanterie se subdivisait en infanterie de ligne, infanterie légére et infanterie mixte. La premiére se composait des oplites, soldats lourdement armés, ayant pour armes offensives Pépée et la pique longue de dix-sept 4 vingt-quatre pieds; pour armes défensives, le casque, et deux cuirasses, Pune s’atfachant 4 l’avant-bras gauche, l’autre couvrant Ja jambe gauche. Les psilites , soldats destinés & combattre de loin, armés de frondes et de javelots, n’ayant pas d’armes défensives , formaient Vinfanterie légére. L’infanterie mixte était composée de soldats appelés peléastes; leur pique était plus courte que celle des oplites, et ils n’avaient pour toute arme défensive qu’un petit bouclier appelé peléa.
La cavalerie se divisait en cavalerie de ligne et cavalerie légére : les cavaliers de ligne portaient le nom de cataphractes (briseurs ); lourdement armés, ayant pour arme offensive la lance, ils devaient agir par le choc. La cavalerie 1égére, trés-irréguli¢re, se composait de cavaliers scythes, armés d’ares et de fléches, de Tarentins armés de haches, etc., etc. Plus tard, les Grecs crétrent une infanterie 4 cheval, portant le nom de doubles combattants, et dont nos dragons actuels sont une imitation. Leurs armées ne furent suivies de machines de guerre qu’au temps d’Alexandre, époque out on commence a voir des batteries organisées. Quant au commandant de l’armée a Sparte, c’était l'un des deux rois; a Athenes il était élu par le peuple. 11 avait sous lui des officiers chargés d’étudier le terrain, de prendre des renseignements sur l’ennemi, etc.; c’était un véritable état-major.
Ce serait peut-étre ici le lieu, en parlant des Grecs, de mentionner leur phalange, ou ordre de bataille, ordre profond, emprunté par eux toutefois aux Egyptiens et a divers peuples de l’Asie, quoique avec quelques différences dans chacune des diverses républiques de l’Hellénie, Mais nous
croyons devoir renvoyer ce point spécial de science militaire, qui demande a é¢tre traité en détail, aux articles Ba- TAILLE et PHALANGE.
Des armées romaines. — Il faut attribuer une grande partie du suceés des armées romaines a leur sage organisation militaire, 4 leur bonne discipline, a leur empressement a profiter de tout ce qu’elles trouvaient de bon dans VYarmement, l’équipement des peuples qu’elles soumettaient. A Rome non plus les armées n’étaient pas permanentes. Lorsquill y avait lieu & réunir une armée, les tribus s’assemblaient. Les tribuns militaires, partagés en autant de groupes quwil devait y avoir de légions, choisissaient a tour de réle les hommes jusqu’a ce que les légions fussent completes. On pouvait ¢tre appelé & servir de dix-sept a quarante-cing ans; les plus riches ciloyens étaient toujours choisis les premiers, car les Romains pensaient avec raison que ceux qul avaient des biens A défendre et & conserver devaient prendre plus d’intérét a la réussite des opérations militaires que ceux a qui une guerre malheureuse ne pourrait rien faire perdre. La discipline était trés-sévere; les citoyens juraient obéissance passive & leurs supérieurs. Avant la campagne, les chefs étaient lus, mais en campagne l’avancement devenait une récompense. Les armées n’étant pas permanentes, les citoyens en temps de paix étaient exercés devant les magistrats 4 des manceuvres, 4 des marches forcées avec armes et bagages.
L’infanterie romaine se composait d’infanterie de ligne et dinfanterie légére. L’infanterie de ligne comprenait des hastaires, des princes et des triaires; les hastaires et les princes étaient armés d’une petite pique ou grand javelot appelé pilum, la hampe de 1 métre et le fer de 0,5; cette pique se langait contre l’ennemi lorsqu’on s’en approchait pour le com-
battre corps 4 corps; chaque soldat en avait une seconde,
qu’il devait conserver dans le cas oi il faudrait résister a la cavalerie. Ils portaient en outre une épée courte, peu propre a tailler, mais trés-acérée, et qu’ils avaient empruntée aux Espagnols. Les ¢riaires étaient armés d’une pique de 3 métres environ et de l’épée. Ces troupes portaient encore un bouclier de 1",30, ayant la forme d’un demi-cylindre de 0,50 de diamétre, composé de douves recouyvertes de plaques métalliques et garnies d’une pointe au milieu. Une cuirasse consistant en une plaque d’airain fixée sur la poitrine par un systéme de courroies, un casque en métal, et une bottine en lames métalliques couvrant la jambe droite, complétaient leurs armes défensives. Les vélites, choisis parmi les plus pauvres citoyens, étaient armés de petits javelots de 1 métre de long, tels qu’ils pouvaient en tenir sept dans la main. Ils formaient l’infanterie légére, et combattaient toujours en tirailleurs.
La cavalerie romaine, composée d’equifes, montés sur des cheyaux sans selle, sans ¢triers, était fort médiocre. L’infanterie avait pour unité de force la manipule, commandée par deux centurions , dont le plus ancien avait le commandement et s’appelait primipile. La cavalerie était divisée en tur'mes, espéces d’escadrons, commandées chacune par deux officiers, l'un a la droite, Pautre & la gauche du premier rang; seize turmes formaient une aile commandée par un préfet. Ces unités de force étaient trop petites pour le combat: aussi forma-t-on lalégion romaine, composée de 10 manipules de hastaires, 10 manipules de princes, 10 manipules de ¢riaires et de 300 cavaliers. L’armée consulaire se composait de deux Iégions romaines et de deux légions auxiliaires; l’armée double consulaire comprenait quatre légions romaines et quatre légions étrangéres.
Telle fut la composition de l’armée romaine depuis la fondation de la ville éternelle jusqu’a la deuxiéme guerre Punique. A partir de cette époque on devint moins sévere sur les conditions & remplir pour servir : les pauvres, les affranchis et les esclaves mémes purent entrer dans les rangs de l'armée. Marius, frappé des inconvénients des manipules, établit la
cohorte, composée de trois manipules de has/aires, de princes et de triaires, et de 5 a 600 vélites fournis par les alliés ; la légion se composa alors de 10 cohortes; des cayaliers étaient réunis aux ailes en grandes masses. Les machines de guerre, dont on n’avait pas fait usage jusque 1a, furent employées, et couvrirent le front des légions ; la composition de l’armée étant moins pure, la discipline devint plus sévére. Cette organisation dura jusqu’au régne d’Auguste; a cette époque on retrouve encore la légion, mais elle se forme sur une auire ligne de bataille. Un grand nombre de balistes, de catapultes, de machines de guerre embarrassent l’armée; la discipline se relache; Rome tombe sous les coups des barbares, et plusieurs siécles de ténébres succedent 4 empire romain, .
Des armées frangaises. Le moyen Age offre peu d’intéré sous le rapport stratégique; la science militaire n’existe plus; il n’y a plus ni armée ni discipline; les Franes, les Germains, armés de haches, de javelots recourbés, doivent leurs succés 4 leur bravoure individuelle. Chaque propriétaire de terres méne a la guerre un certain nombre de soldats ; le temps de service dure six mois, trois aux frais du proprittaire, trois aux frais de l’Etat. Charlemagne méme n’apporte aucune amélioration a cette organisation; il ne doit ses succés qu’au grand nombre de ses troupes et surtout A sa cavalerie, quidevient l’arme prépondérante. Dans les temps féodaux, les biens donnés en usufruit deviennent des propriétés 4 la condition pour les possesseurs de servir leur souverain; la France est partagée en grands fiefs relevant immédiatement de la couronne; chaque possesscur de ces fiefs a des vassaux de différents ordres, et est fenu de fournir a son souyerain un cerfain nombre de soldats armés et équipés suivant le fief qu’il occupe; le temps de service a leur charge est fixé 4 quarante jours.
Ce n’est qu’aprés les croisades que le progrés se fait sentir ; au lieu des contingents fournis par les vassaux, on soudoie des bandes de mercenaires dont le métier est la guerre; ce furent les grandes compagnies, les plus célébres de ces handes, qui, sous Duguesclin, allérent combattre en Espagne. Charles VII institua les milices des communes; un homme dans chaque commune, exempté @impot, devait a l’appel du souverain se rendre armé et équipé au lieu de rassemblement. Il y avait seize mille communes; ¢’est done la création d’une armée permanente de 16,000 hommes qui prirent le nom de francs-archers (voyes AncuER). La cavalerie fut composée de quinze compagnies de gendarmes, de 100 hommes chacune; chaque gendarme, moyennant une solde journaliére d’environ cinquante francs de monnaie, devait entretenir un écuyer, trois archers, un coutelier, et un certain nombre de varlets. Louis XII dissout le corps des franes-archers, et les remplace par un corps d’infanterie de {0,000 hommes en prenant pour modéle linfanterie suisse, dont il garde méme une partie aA sa solde; Jes Allemands imitent les Suisses, et créent le corps des lansquenets; Vinfanterie espagnole se constitue sur les mémes bases, et devient la premiére infanterie d'Europe; la poudre est inventée , l'emploi des armes a feu vient rendre Pordre profond impossible , le combat a distance est établi de fait, et le fantassin, aussi fort que Je cavalier, lui devient supérieur toutes les fois qu'il peut se couvrir de quelque obstacle.
Francois I** abandonne l’usage des mercenaires, et établit une armée nationale, formée de légions provinciales, composées de piquiers, d’arquebusiers et de hallebardiers. Sous Henrill, le duc de Guise réunit tous les corps d’armée en quatre grandes divisions, qu'il appelle régiments, et qui portent les noms de Picardie, Champagne, Piémont et Navarre; la cavalerie de ligne, toujours composée de chevaliers, perd de son influence; la cavalerie légere se compose de reitres, armés d’épées, de casques et de cuirasses, de carabins faisant fonction de flanqueurs et d’éclairecurs, d’argoulets, armés d'une épée, d'une masse
Warmes, d’une arquebuse, et combattant 4 la débandade. Le maréchal de Boussac crée les dragons armés d’arquebuses, C’est le temps des Coligny, des Henri IV, des Rohan, des Maurice de Nassau, des Gustave-Adolphe, des Turenne, de tous ces grands généraux , dont nous voudrions pouvoir citer toutes les créations , tous les progrés quils firent faire a la tactique, a Porganisation des armées; rappelons seulement qu’d cette époque (1659) on doit la création des grenadiers, des carabiniers, et l’introduction @une discipline sévére dans l’armée.
Sous Louis XIV V’armée francaise se recrutait par enrdlement volontaire et par capitulation. Parcapitulation on entendait un traité passé avec une puissance étrangére qui s’engageait 4 fournir un certain nombre d@’hommes. L’armée francaise étail composée @infanterie, de cavalerie et d’arlillerie. L’infanterie se composait de 250 régiments de un a quatre bataillons ; ces régiments portaient le nom des provinces d’ou ils avaient été tirés ou le titre des colonels 4 qui ils appartenaient; les hommes étaient armés du fusil, de Ja giberne et de l’épée ; ce n’est qu’en 1703 que k fusil 4 baionnette fut adopté. L’unité de force était le bataillon, composé de 12 compagnies, plus celle des grenadiers, placée a la droite. Le régiment était commandé par un colonel, un lieutenant-colonel, un major remplissant les fonctions de Padjudant-major actuel. L’infanterie francaise se formait par brigade, c’est-d-dire par réunion de quatre bataillons ; le carré ne se formait que par brigade. Les feux s’exécutaient de différentes maniéres; les deux premiers rangs mettaient genou en terre, et les deux autres tiraient par-dessus; il y avait encore le feu de belle bande : les deux premiéres files sortaient du rang et faisaient feu, puis les troisiéme et quatriéme, et ainsi de suite.
La cayalerie comprenait: la cavalerie de réserve ou maison du roi, composée de mousquetaires gris ou noirs, de gardes du corps, de chevau-légers et d’une compagnie de grenadiers 4 cheval. La cavalerie de ligne n’avait pour arme que l’épée et le pistolet , et se subdivisait en régiments de trois ou quatre compagnies. La cavalerie légére était formée d'un régiment de carabiniers fort de 100 compagnies et de hussards. Il y avait encore les dragons, sorte de sapeurs & cheval, réparant les routes a lavant-garde et créant des obstacles a l’arriére-garde. L’artillerie se composait d’artillerie de siége et d’artillerie de campagne; pour la servir on créa successivement des compagnies de canonniers, puis un régiment de fusiliers du roi, puis enfin un corps, appelé Royal-artillerie, composé de bombardiers, d’ouvriers et de sapeurs du génie. Les calibres de siége étaient ceux de seize, vingt-quatre et trente-six ; ceux de campagne, de quatre, huit, douze et seize. L’artillerie de campagne était formée en brigades de dix piéces ; elle transportait les cartouches de linfanterie.
Les armées étaient commandées par des princes du sang ou des maréchaux de France ; chaque arme avait des catégories différentes d’officiers ; Vinfanterie, la cavalerie, les dragons, la maison du rvi avaient chacun un maréchal des logis chargé de tous les détails. Les généraux n’avaient pas de commandement fixe ; le jour de bataille on désignait les corps qu’ils devaient commander. En cas de guerre, l’intendant de la province la plus voisine de la guerre était chargé des approvisionnements de l’armée; il y avait un général des vivres pour la manutention et un général des voitures pour les transports, un capitaine des guides potr les renseignements et les espions. L’ordre de bataille était invariable ; Pinfanterie sur deux lignes a deux ou trois cents pas l'une de Vautre ; la cavalerie sur deux lignes aux ailes; l’artillerie en avant vis-a-vis des intervalles. Pour marcher, l’armée s’avancait sur cing colonnes ; au centre l’artillerie, les bagages, Pétat-major, flanqués de deux colonnes d’infanterie, flanqu¢ées elles-mémes de deux colonnes de cavalerie; il fallait pratiquer des routes pour ces colonnes ; ce qui rendait les mar-
ches excessivement lentes; une marche de deux a trois lieues par jour était une marche forcée.
Aprés les vains efforts de modification tentés par le comte de Saint-Germain, l’armée francaise en 1792 étail composée de la maniére suivante : 100 régiments d’infanterie de ligne 4 2 bataillons de 8 compagnies, dont une de grenadiers ; 14 bataillons de chasseurs a pied, ayant méme armement, formaient V’infanterie légére. L’infanterie avait une instruction de caserne , un mauvais recrutement en hommes , et était désorganisée, par l’absence des officiers supérieurs qui avaient émigré. Lors de la guerre contre la Prusse et PAutriche, au moment ou la France avait 4 combattre des armées nombreuses , bien organisées , Passemblée législative proclame la patrie en danger; 500 bataillons de volontaires, composés presque tous d’hommes pris dans les classes élevées de la société , répondirent 4 cet appel; leur composition était bonne, mais ils manquaient d’instruction militaire ; les grades étaient Clectifs. La cavalerie en 1792 était peu instruite, bien montée et rompue aux exercices de manége; elle recut aussi des volontaires, mais tous dans la cavalerie légére; l’artillerie, composée d’officiers plébéiens, était restée ce qu’elle était avant la révolution, c’est-a-dire bien instruite et laissant peu a désirer ; elle fut augmentée de 10,000 cavaliers yolontaires, qui formérent une excellente artillerie 4 cheval.
Le comité de salut public, a la téte duquel était Carnot, réorganisa l’armée. Les corps @infanterie, sous le nom de demi-brigades , se composérent de 3 bataillons, de 9 compagnies chacun, dont une de grenadiers; sur trois bataillons il y en avait deux de volontaires et un tiré des anciens régiments de ligne; la demi-brigade ¢tait commandée par un chef de demi-brigade, trois chefs de bataillon, trois adjudants-majors, trois adjudants, cing officiers, un trésorier, un capitaine d’habillement, et les officiers des diverses compagnies. Des demi-brigades d’infanterie légére furent formées avec les bataillons de chasseurs et les bataillons de volontaires forrés en 1792 sur les frontiéres. A chaque demi-brigade était attachée une batterie de six piéces servie par des voiontaires. L’armée fut diviséeen divisions permanentes ; une division comprenait deux brigades d’infanferie de ligne ou légére, une brigade de cavalerie, dont un régiment de cavalerie légére, et une de dragons ou grosse cavalerie, deux batteries d’artiilerie (outre V’artillerie des brigades), et une conipagnie du génie.
Pour le recrutement, la France fut partagée en trois bans, le premier pour l’armée, le deuxiéme pour la défense des places fortes, le troisitme composé des vieillards et des enfants pour les hdpitaux et les ateliers; on eut ainsi jusqu’a 1,100,000 hommes sous les armes. L’avancement fut a l’ancienneté, puis au choix des commissaires du comité de salut public auprés des armées ; enfin, pour exciter l’émulation, on laissa 4 l’élection les deux tiers des grades d’officiers infériéurs jusqu’a celui de capitaine. Chaque armée était commandée par un général de division nommé temporairement , ayant sous ses ordres des généraux de division, des généraux de brigade et des adjudants généraux, faisant les fonctions de chefs d’état-major ; l’armée était divisée en centre, ailes et réserve, commandés par des généraux de division dits lieutenants du général en chef; la réserve était composée de demi-brigades d’infanterie et de bataillons de grenadiers détachés.
Au camp de Boulogne, en 1805, l’organisation générale de Parmée recut de grandes modifications ; les divisions, au lieu 4’étre formées ce troupes de toutes armes, ne se composérent plus que de troupes de méme arme; on conserva néanmoins a chaque division suivant sa nature une batterie d’artillerie 4 pied ou 4 cheval. Un corps d’armée se composa de plusieurs divisions combinées dans des proportions variables suivant l'importance des opérations 4 accompliir. Les voltigeurs, qui devaient étre portés en croupe par les
cavaliers, furent créés, mais bientét abandonnés, et répartis dans les bataillons d’infanterie, dans chacun desquels ils formérent une compagnie d’élite.
Aprés la paix de Tilsitt, l’empereur s’occupe de réorganiser armée sur un nouveau pied; des cadres nombreux furent constitués pour subvenir aux éventualités des guerres A venir. Cette organisation, qui ne fut complétée qu’en 1809 et 1811, comprenait des régiments d’infanterie de ligne et des régiments dinfanterie légére, ne différant des premiers que par quelques dénominations particuliéres et quelques modifications d’uniforme ; chaque régiment avait cing bataillons, dont un de dépdt commandé par le major, spécialement chargé de J’instruction des recrues; chaque bataillon comptait six compagnies, dont deux d’élite pouvant étre détachées pour former des corps séparés. Outre les régiments d’infanterie nationale, il y avait des régiments étrangers, au nombre de 27 environ; un décret de 1808 attacha a chaque régiment une demi-batterie d’artillerie. La garde nationale fut organisée en cohortes de huit compagnies, dont une départementale au dépot et une de canonniers ; elle servit de noyau a l’armée lors de sa reconstitution en 1813. La cavalerie fut organis¢e en cavalerie de réserve, de ligne et légére. La cavalerie de réserye, comprenant les cuirassiers et les carabiniers, formait 15 régiments de 4 escadrons de 2 compagnies fortes de 120 hommes chacune; la cavalerie de ligne se composait de dragons et de lanciers. Longtemps inférieurs & cause de leur double service, les dragons, qui n’étaient plus que cavalerie, acquirent une réputation méritée. La cavalerie légére comptait 10 régiments de hussards et 24 de chasseurs. L’artillerie fut peu modifiée ; elle se composait de 9 régiments 4 pied et de 6 a cheval.
La réserve de l’armée était formidable, et se composait de la garde impériale , créée au camp de Boulogne, puis augmentée successivement & cause des nombreux services a récompenser. En 1813 la garde se composait de 80,000 hommes, partagés en vieille, moyenne et jeune garde. La vieille garde ¢tait un corps privilégié ; chaque soldat jouissait d’un grade supérieur dans la ligne; pour y entrer il fallait avoir dix ans de service, ou avoir fait une action d’éclat, ou avoir assisté aux campagnes d’Austerlitz, d’léna et de Pologne; son infanterie se composait de 2 régiments de grenadiers et de 2 régiments de chasseurs de 2 bataillons a 4 compagnies. La cavalerie, qui ne quittait jamais l’empereur et était dirigée par lui, comprenait un régiment de grenadiers, un régiment de dragone dit de Pimpératrice, un régiment de chasseurs, un régiment de lanciers rouges, et un régiment de lanciers polonais; Vartillerie n’avait qu’un régiment a pied, un & cheval et un bataillon de train. La moyenne garde formait un corps peu nombreux; les cadres seuls avaient le privilége d’un grade supérieur a celui du reste de Varmée; elle se composait d’un régiment de fusiliers de la garde a 4 bataillons, composé¢s de jeunes gens ayant une position sociale et destinés a devenir officiers, et d’un régiment de garde nationale impériale, corps peu connu, provenant des départements du nord, et qui fut annexé a la garde pour s’étre distingué contre les Anglais en 1809. La jeune garde était fort nombreuse; certains officiers seulement avaient des grades supérieurs dans la ligne; elle comprenait 13 régiments de tirailleurs grenadiers , 13 régiments de tirailleurs voltigeurs, 2 régiments de flanqueurs fusiliers, un régiment de pupilles, composé d’enfants de troupe. La jeune garde avait pas de cavalerie; on peut cependant regarder comme lui ayant été annexé le corps des gardes @honneur, créé en i811.
En 1815, apres les désastres des Cent-Jours, toute Pinfanterie de ligne de la nouvelle armée frangaise fut organisée en légions départementales, qui remplacérent les régiments. Chaque légion avait 2 bataillons de ligne en uniforme blane, Tevers, parements et retroussis de diverses couleurs, suivant le département; un bataillon de chasseurs A pied en
uniforme vert , avec cartouchiéres a l’espagnole; une com pagnie d’éclaireurs & cheval et une compagnie d’artillerie. Par ce remaniement, radical dans la forme comme dans le fond, les puissances coalisées avaient cherché a éteindre dans la nation le souvenir de notre glorieuse armée licenciée sur les bords de Ja Loire. C’étaif un faux calcul. Sous les nouveaux uniformes battaient encore des cceurs frangais, ef chaque département comptait pour le défendre sur la légion recrutée dans son sein et qui portait son nom. Cette organisation provisoire ne pouvait du reste tenir longtemps; elle disparut avec les circonstances qui |’avaient vue naitre, et Yarmée redevint bientot, pour la forme et pour le fond, ce qu’elle était avant nos désastres. De tous les ministres de la guerre qui se succédérent a cette époque, le maréchal Gouvion Saint-Cyr, seul, chercha 4 établir des institutions ; il restaura l’ancienne organisation de l’armée ; le corps d’étatmajor fut fondé, les diverses écoles militaires réorganisées, et leffectif assuré au moyen du recrutement.
Sous le gouvernement de Louis-Philippe, V’armée francaise comprenait trois grandes divisions : les élats-majors, les troupes et la réserve. Sous le nom d’état-major on coms prenait |’état-major général, le corps d’état-major, le corps de Vintendance militaire, l’état-major des places, l’étatmajor particulier de Vartillerie, ’état-major particulier du génie, Les troupes se subdivisaient en troupes de ligne, troupes spéciales, troupes de l’administration. Les troupes de ligne comprenaient l’infanterie, se subdivisant en infanterie de ligne et légére et chasseurs a pied ; la cavalerie,divisée en cavalerie de réserve (carabiniers et cuirassiers), cavalerie de ligne (lanciers et dragons ), cavalerie légére (chasseurs et hussards ) ; les troupes spéciales de Parmée d’Afrique, composées, en infanterie, de bataillons d’Afrique, de zouayes, de tirailleurs indigénes, d’une légion étrangére, et en cavalerie, de chasseurs d’Afrique et de spabis. Les troupes spéciales étaient : V’artillerie, divisée en régiments d’artillerie, régiment de pontonniers, compagnie d’armuriers, train des pares ; le génie, comprenant des régiments st des compagnies douvriers ; la gendarmerie, subdivisée en garde municipale, en gendarmerie départementale, gendarmerie d'Afrique; et enfin les sapeurs-pompiers. Les troupes de administration étaient : les équipages militaires, comprenant l’état-major des parcs , les compagnies d’ouvriers , les ¢quipages; le corps des infirmiers militaires. Laréserve se composaitdes hommes du contingent laissés ou renvoyés dans leurs foyers, La république ajouta 4 ’armée un corps de guides d’état-major et un régiment de gendarmerie mobile. L’empire recréa une garde impériale, dont ces deux corps firent partie, et forma unescadron de centgard es, réunit les régiments W@infanterie légére aux régiments de ligne, augmenta les bataillons de chasseurs a pied, reforma V’artillerie & pied, élendit Pusage des armes rayées, fondit des canons rayés, accrut tous les corps, changea les uniformes, et réorganisa presque tous les services. Le contingent annuel fut augmenté, lexonération admise, le remplacement supprimé, une caisse de dotation créée pour l’armée, les réengagements furent rémunérés, les traitements et les pensions augmentés, la réserve appelée pour un temps sous les drapeaux, etc.
L’armée se recrute par les appels et par les engagements et réengagements volontaires ou administratifs. Sauf quelques exceptions, tout Frangais se doit a la patrie; la durée du service est de sept années (voyes Recnurement). Le grade n’était pas la propriété de lofficier; d’aprés la loi du 19 mai 1834 Vofficier ne pent perdre son grade qu’en vertu d’un jugement solennel entouré de publicité, défense et appel. Une discipline sévére, et qui maintient le dogme de l’obéissance passive absolue, régne dans l’armée; elle s’obtient au moyen de punitions régies par des réglements et on code de justice militaire, etde récompenses qui peuvent se diviser en quatre grandes catégories : 'avancement, les distinctions honorifiques, les positions spéciales et les retraites.