‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 5)Chapitre 196 sur 488 · AYMON · texte numérisé non relu

AYMON

plus tard, Du moins, quant au livre populaire allemand publié 4 Berlin par Tieck sous le titre de Belle e¢ divertissante histoire des quatre fils Aymon et de leur cheval Bayard, avec faits et gestes héroiques qwils accomplirent contre les paiens au temps de Charlemagne ; il est incontestable que l’auteur s’est plutdt inspiré dela Ch ronique des quatre Fils Aymon, représentés tous les quatre juchés A la suite ’un de Vautre sur le robuste cheval Bayard, chronique imprimée en gros caractéres, sur papier brouillard, pour les foires de village, & Anvers, en 1619, et qu’on rencontre encore aujourd’hui dans quelques chaumiéres perdues de la Belgique et de la Hollande.

En définitive, peut-¢tre serait-on fondé , jusqu’d un cer- {ain point, 4 admettre ’hypothése qui assigne pour source unique aux deux légendes écrites sur ce rnythe une tradition orale beaucoup plus ancienne, qui aurait été le fonds commun ov la poésie populaire aurait puisé,

AYOUBITES. Voyes Eyovnies.

AYR, grand comté maritime de l’Ecosse, au sud-ouest , yeuplé de 200,745 habitants sur 2,974 kilom. carrés de superficie. II est sillonné de cours d’eau qui descendent des montagnes de l’est, et renferme beaucoup de houille, de fer , d’argile et de pierres de taille, L’agriculture y a fait de grands progrés dans ces derniers temps; on vante la beauté de son bétail et Pexcellence de ses fromages. Ce pays, dont les siles ont été chantés par Burns, @ été dans les temps de persécution le boulevard des presbytériens,

Le chef-lieu, Ayr, est une jolie ville, sur la mer; bien qu'une barre rende l’entrée de son port dangereuse, elle fait, surtout avec l’Irlande, un commerce considérable. Jadis place de guerre, elle fut le thédtre des premiers exploits de Wallace. Sa population est de 17,851 ames.

AYRER (Jacos ), aprés Hans Sachs, le plus fécond et le plus important des poétes dramatiques allemands du seiziéme siécle. I] régne beaucoup d’obscurité sur les circonstances de sa vie. Il était vraisemblablement originaire de Franconie, et établit d’abord 4 Nuremberg avec de faibles ressources un commerce de féronnerie. Plus tard il alla, dit-on, se fixer & Bamberg, et c’est la qu’il se fit un renom comme écrivain. Ce qu’il y a de certain, c’est qu’en 1594 il était bourgeois et procureur au tribunal de Nuremberg, contraint qu’il avait été par des discussions religieuses de reyenir dans cette ville; plus tard encore il y remplit les fonctions de notaire impérial ; enfin il y mourut, en lan 1605. Quelques-unes de ses comédies parurent imprimées de son vivant; mais ce furent ses héritiers seu- Jement quien publitrent une partie, réunie sous le titre de : Opus theatricum, ou Trente Comédies et Tragédies merveilleusement belles, etc., avec trente-six autres belles , joyeuses et amusantes farces de carnaval (Nuremberg, 1618, in-fol. ). La préface annonce |a publication prochaine d’une seconde partie, contenant quarante comédies et tragédies ; mais cette seconde partie n’a jamais yu le jour. Ayrer emprunte les sujets de ses drames 4 I’histoire, aux traditions populaires, aux légendes. Tite-Live , Plaute, le Heldenbuch, Frischlin, Boccace, des chroniques, des livres populaires et des documents contempo- Tains sont les sources auxquelles il puise. Comme poéte comique, c’est Vécrivain de cette époque qui approche le plus de Hans Sachs. Chez lui aussi le dialogue dégénére trop souvent en bavardage; mais il est cependant plus régulier. Ses tragédies ne sont que des histoires dialoguées sans yéritable unité @action, de temps ni de lieu, et ou le grave et le plaisant se mélent et se confondent arbitrairement. Il est impossible d’y méconnaitre, notamment dans celle de ses pieces qui est intitulée Pelinoxeria, comme aussi dans les ceuvres de ses contemporains, l’influence du vieux répertoire du thédtre anglais, que des comédiens anglais nomades avaient fait connaitre vers ce temps en Allemagne. On ne saurait toutefois refuser A Ayrer un

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certain talent dramatique, dans la comédie surtout; et il ne laisse pas quelquefois que de réussir 4 bien dessiner un caractére, Son style pur et nerveux l’emporte de beaucoup, par sa facilité et son naturel, sur celui de ses devanciers. Une circonstance curieuse, ¢’est que beaucoup de ses farces de carnaval, sorte de piéces dans lesquelles il est demeuré bien inférieur 4 Hans Sachs sous le rapport de la gaieté et de lesprit, se rapprochent du vaudeville, tant par leur versification toute particulitre que par Ja forme lyrique de leurs strophes , toutes d’égale longueur, quoique coupées inégalement en phrases dialoguées, qu’on chantait sur des airs populaires, et beaucoup sur la méme mélodie. Dans son Thédtre Allemand Tieck a compris cing pieces d’Ayrer.

AYUNTAMIENTO. C’est le nom qu’on donne en Espagne au pouvoir municipal dans les villes. Produit des anciennes institutions romaines, et consolidés pendant les longues luttes contre les Maures, les ayuntamientos acquirent bientot une influence considérable ef une puissance politique dautant plus grande que la noblesse faisait cause commune avec eux. Quoique la réyolte de Juan de Padilla, en 1521, edt détruit cette importance, et que plus tard, sous les Bourbons, les derniers débris des franchises municipales eussent complétement disparu, les souvenirs en resterent toujours vivants dans Je peuple. Aussi, en 1812, les cortés reprirent les bases du vieux systeme en les accommodant aux besoins du temps par une organisation plus démocratique. Abolis par Ferdinand VII a son retour dans ses Etats, rétablis par les cortés en 1821, les ayuntamientos disparurent encore une fois aprés invasion francaise de 1823.

A la suite de divers projets relatifs au rétablissement des ayuntamientos proposés pendant la guerre civile, les dispositions prises sur cette matiére en 1812 furent confirmées par la constitution de 1837. Aux termes de cette loi, les ayuntamientos, avec les alcades qui les président, sont le produit de la libre élection du peuple, et ont dans leurs attributions les matiéres les plus importantes. Le gouvernement a le droit de suspendre provisoirement le cours de leurs délibérations, mais il doit soumettre les arrétés qu'il prend a cet égard a la sanction des cortés, qui seules ont le droit de dissoudre un ayuntamiento.

Les ayuntamientos ont dans leurs attributions la confection des listes électorales et du jury, Vorganisation de la garde nationale, administration de la police dans toute ’étendue de leur circonscription, la répartition et la levée des impots, enfin administration des biens communaux. Quand des conflits éclatent entre le gouvernement et les ayuntamientos , ceux-ci trouvent presque toujours aide et appui dans les députations provinciales inyesties du droit de surveillance.

En 1840 le gouvernement proposa aux cortés le projet d’une nouvelle Joi sur les ayunéamientos, imitation plus ou moins heureuse de la législation francaise sur cette matiére, qui dépouillait les aywntamientos de toute puissance politique, et limitait !e cercle de leur action aux affaires purement communales ainsi que le droit électoral aux plus imposés. Mais linsurrection provoquée par ce projet de loi, contre lequel se prononga Espartero, eut pour résultat Vexil de la reine Marie-Christine, et empécha de le mettre a exécution. Enfin, une loi nouvelle rédigée dans le méme esprit que celle de 1840, et présentée en 1844 a Vinstigation de lareine mére, quwappuyait l’influence francaise, fut adoptée par les cortés, ot les moderados se trouvaient en majorité ; et depuis lors on aessayé de nouvelles modifications, tantét dans un sens, tantdt dans un autre.

AZALIS ( Prenne-Hyacintne ) naquit le 1°" mars 1766, dans la petite ville de Soréze (Tarn ). Son pere ¢tait professeur de musique au collége qu’y avaient fundé les bénédictins. L’enfant y fut admis a lage de six ans. I ny

fit point ce qu’on appelle généralement de bonnes études classiques , peu soucieux qu’il fut toute sa vie du latin et du grec; il excella seulement dans la physique, lhistoire naturelle, la musique; mais le musicien Azais voyait avec répugnance son fils devenir musicien, A seize ans il quitte le college, et suit son pére 4 Toulouse; année suiyante iJ entre chez les oratoriens. Envoyé, apres six navis de noviciat , régent de cinquiéme au collége de Tarbes, il acheva d’y prendre en aversion toules les communauiés en général. L’abbé de Faye, devenu évéque d'Oloron, prit le jeune professeur comme secrétaire; mais on le poussait a embrasser !’état ecclésiastique, et Azais retourna vers son pére,

Ne sachant quelle carriére suivre, il va tenir Vorgue 4 Vabbaye de Villemagne ; puis un gentil-homme du voisinage lui propose d’élever ses enfants, et le voila qui le suit a trois lieues de la. L’orage révolutionnaire ne tarde pas a gronder; le jeune précepteur et le comte ne s’entendent plus. Azais fait plus d’une fois de la confiance qu'il inspire aux patriotes une égide 4 son patron. Ce dévouement finit méme par le comprometire; et, aprés sept ans de préceptorat, il est contraint de fuir le chateau ou il a trouvé une si bienveillante hospitalité.

Azais pére était venu a Bagnéres, auprés du général Darnaud , dont il avait épousé la sceur, et qui commandait le département des Hautes-Pyrénées. Son fils ne tarda pas a Fy joindre. Aprés le 9 thermidor, il ful nommé secrétaire de !’adininistration du district de Bagnéres. 1] ne fit qu’y donner une preuve irrécusable de sa profonde incapacité pour les affaires, Impossible de le suivre dés lors dans sa vie inquiéte et nomade; il passe plus ou moins de temps dans presque toutes les villes du midi sans se fixer dans aucune ; tantot il traite dune éducation , puis d'un mariage, tant6t il se cache pour éviter la réquisilion ou brigue dans le méme but un pupitre a quelque orchestre de théatre. 1) se rapproche enfin de la famille du gentil-homme dont il a élevé jes enfants; il fonde tout prés un pensionnat a Gaillac , et la municipalité invite a s’établir avec ses éléves dans l’ancien collége des jésuites. La ses succés furent brillanis et rapides.

Mais le contre-coup du 18 fructidor vient le menacer dans son obscurilé, I] a publié une brochure véhémente intitulée : le Législateur de Van V. lest poursuivi et condamné a la déportation, 1] se réfugie 4 Toulouse, N’y étant pas en sdrete, il va a Tarbes demander un asile a Vingénieur en chef du département , dont il a élevé l'enfant. Sa retraite est bientdt connue, son hdte en regoil avis de Pautorité elle-méme. Le proscrit quitte la maison, et la nuit méme un homme sor le conduit a 'hopital de la ville, desservi par les swurs de la Charité. La, installé dans les fonctions de secrétaire et de teneur de livres, loin du monde et du bruit, il écrit ses Entretiens de ldme avec le Créateur, et ses Inspirations reliyieuses ou Elévation de U'dme a U'esprit de Dieu. Il comprend pour la premiére fois les destin¢es humaines dirigées par une loi de supréme justice, par une loi de balancement, entremélant sans cesse sur la terre le bien et le mal, le bonheur et le malheur, de maniére a les tenir toujours en équilibre.

Apres dix-huit mois de séjour A I'bdépital de Tarbes, il se décide a se retirer au sein dune famille de Tarbes. Au bout de quelques mois il y est atteint d'une maladie grave, et parmi les personnes qui lui prodiguent leurs soins il retrouve ses bonnes religieuses de hdpital, La convalescence fut longue, et se termina chez une fille ainée de ses hotes, qui habitait Saint-Sauveur, charmant village au pied des Pyrénées. La il composa son livre intitulé : Un Mois de séjour dans les Pyrénées (septembre 1400), On le retrouve ensuite a Bagnéres, achevant deux trailés sur le malheur et sur le bonheur.

Yensau six ans Conséentifs qu'il passa dans les Pyrénées, Azw travailla sans relacie & approlondir son systéine des

AZAIS

Compensations. Sur la fin de ce temps, madame C ottin vint passer 4 Bagnéres la saison dvs eaux chez les mémes hdtes, et cette femme celdbre inspira a notre philosophe un atlachement qui, par degrés rapides, cevint de lamour. Leur mariage fut méme resolu ; mais, d’un commun accord, elle retourna seuie dans la capitale, le laissant a Bagnéres, dot il ne vint a Paris qu’un an plus tard.

La ij retrouva madame Cottin préte & entreprendre un long voyage par générosité , par dévouement; elle cut juste le temps de le recommander au sénateur Garnier, qui le mit en rapport avec Lac¢péde, Hatiy, Cuvier, avec Laplace surtout, qui devint la pierre d'achoppement contre laquelle échouérent d’abord toutes ses tentatives pour faire accueillir ses idées, soit par l'Institut en corps, soit par des savants isolés, Azais, malheureux, écrivit dans quelques journaux ; il imprima en 1806 une introduction 4 sun Essai sur le monde; il ouvrit des conférences publiques.

Il succombait au découragement ; il songeait méme a retourner dans ses Pyrénées, lorsqu’un jeune professeur de mathématiques au prytanée militaire de Saint-Cyr lui offrit de le faire entrer maitre d'études dans cet établissement, 2 accepta, et fut bientot accepté par le général Duteil. Ils étaient tous deux musiciens : Azais ne fut plus mitre d’études, on fonda pour lui une chaire de géographie. Chaque semaine il-accompagnait le général & Paris chez Lacépéde , ou il faisait de la musique avec tout ce que la capitale possédait d’artistes éminents.

Dans les salons du général il distingua une jeune dame, veuve d'un officier mort a Austerlitz, qui, pour surveiiler Péducation de ses deux enfants, éléves de Saint-Cyr, avait loué dans le village une modeste demeure. Aaais s’éprit d’amour pour madame Berger, et leur mariage s'ensuivit. Mais ils ne suivirent pas le prytanée lorsqu’il fut transféré a la Fléche, et vinrent s’établir 4 Paris avec leur petite famille. Malheureusement leurs moyens d’existence étaient des plus bornés.

I] se décida done & publier son livre des Compensations, qui eut promptement deux éditions. Cet ouvrage tui valut une renommée honorable ; mais i] n’en retira que 320 frapes, et sans la genérosité de ses amis i] edt manqué de pain avec sa famille, Mais trois séances qu'il donna & l’Athénée suffirent pour le classer parmi les plus brillants improvisateurs de l’époque, et les salons les plus distingués de la capitale se disputerent sa présence.

Le gouvernement se décida enfin & lui offrir une place @inspecteur de la librairie a Avignon, avec deux bourses dans le lycée de cette ville pour les deux enfants de madame Berger. LA en un an il termina, a ses frais, la pubtication commencée a Paris de son grand ouvrage sur le Systéme universel (8 vol. in-8°). L’année écoulée, i] alla remplir les mémes fonctions & Nancy, et s’y occupa d'un nouvel ouvrage, intitulé Du Sort de l’ Homme.

Cependant l'approchede lennemi jetait 'epouvante sur la frontiére. A Vinstigation du prefet de la Moselle, il commenga un journal ; le Patriofe frangais. Les quelques numeros qui parurent électrisérent les populations, Mais Paris tombait av pouvoir de Petranger; les Beurbons remontairnt sur le trone. Six gendarmes vinrent arréter Azais. Tl fut bientét libre, mais Voceupation de la Lorraine avait plongé dans lo détresse ; ses appointements étaient suspendus ; il fut obligé pour vivre de vendre ses meubles un a un, Puis il écrivit un livre intitulé : de Napoleon et dela France, & la publication duquel la censure s’opposa, et qui ne put paraitre que dans les Cent jours. I salua avee enthousiasme le retour de Mile d'Elbe, et rédigea Tadresse que la garde nationale de Nancy envoyait & Vempereur. Nommé recteur de Vacadémie de cette ville, il eut juste le temps dorganiser dans le pays une fedération,

Aprés Waterloo, il se retire a Toul, puis & Paris, L& il fait plusieurs tentatives pour conjurer le sort; aucune ne lui

AZAIS — AZEDARACH

réussit : a peine s'il obtient de temps 4 autre insertion de quelque article dans les journaux. Entin un libraire accueille le projet congu par Azais et sa femme de continuer Y'Ami des Enfants de Berquin, Ce fut pour lui une planche de salut. A la tin de décembre il fut attaché momentanément au Cunstitutionnel, puis a VAristarque, & Poceasion duquel i! eut une entrevue avec M. le duc Decazes, alors ministre de la police. L’administrat.ur, inflexible pour le journal, se montra trés-gracieux pour lécrivain, dont il avait remarqué les articles; il intéressa méme a son sort madame de Stael, MM. de Humboldt, de Prony, de Jouy, plusieurs autres savants et littérateurs. Un des derniers désirs de madame de Staél avait été de lui étre utile. Trois jours aprés sa mort, son gendre, M. de Broglie, faisait appeler Azais, et six mois plus tard i] recevait de M. Decazes le brevet d’une pension de 6,000 francs. En 1820 il habitait 4 Paris une petite maison solitaire, environnée @un beau jardin, et dont i] devint dans la suite proprictaire. La il écrivit Wabord quelques ouvrages politiques, entre autres plusieurs lettres a M. de Chateaubriand,

En 1821 et 1822 il reparut a l'Athenée. Mais sa pension était réduite d’abord de moitié, et bientot des deux tiers. 1] eut un moment de découragement; ses chéres Pyrénées lui revinrent a l’esprit. Mais il se roidit contre Padversité , resta a Paris, et se remit avec une nouvelle ardeur au travail. 11 publia, sous le titre de Cours de Philosophie generale, ses lecons & PAthénée, lesquelles, en 1826, devinrent, sous une nouvelle forme, I’Explication universelle.

On a beaucoup parlé des conférences tenues par Azais dans

* ses jardins durant les années 1827 et 1828. Deux fois par se-

maine, a la chute du jour, ce clos vaste et tranquille s’emplissait d’une société nombreuse; un modeste amphithéatre, ombragé par de grands arbres, se couvrait d’hommes graves, de jeunes gens studieux, de dames élégantes. Azais arriva't; son age, ses longs cheveux blancs, la simplicité de son maintien et de son costume, son air de bonté, tout dispos: it a une bienveillante attention. Dans son improvisation, toujours élégante et facile, il exposait avec clarté son systéme général des ¢tres et de leurs rapports. Dés 1820 il avait frappé a la porte de l’Académie Frangaise ; mais, faute de savoir-taire, il n’y avait point é1é admis, et cependant i] était déja auteur des nombreux ouvrages que nous avons cifés. De plus, il fit paraitre en 1829 ses Principes de Morale et de Politique; en 1833, son Cours d’ Explication universelle; en 1834, son Idee precise de la verite premiére; en 1835, Dela vraie Médecine et de la vraie Morale ; en 1836, sa Physiologie du Bien et du Mal, ouvrage auquel |’Académie Frangaise assigna sur les prix Montyon une somme de 5,000 francs; en 1839, De la Phrenologie, du Magnétisme et dela Folie; en 1840, la Constitution de PUnivers et ’ Explication generale des mouvements politiques, & laquelle Académie accorda encore une gratification de 2,000 francs.

En 1828 M. de Martignac avait fait porter la pension d’Azais de 2,000 francs a 3,000. Ce chilfre fut maintenu jusqu’en 1841, époque oi il fut abaissé a 2,500. Cependant ses forces diminuaient. Vers le milieu de mars 1844, il éprouva les premiers symptémes d'une maladie qui devait &tre la dernitre. Néanmoins, i] travaillait avec ardeur ; il pensait méne a rédiger son grand ouvrage d'une maniére définitive; c'est alors qu’il fit paraitre de Precurseur philosophique, dernier cri d'un mourant a ses contemporains.

Le 11 octobre, aprés une nuit des plus pénibles, i] éprouva un grand accablement, une anxiété de laine qui Ini inspira le désir @avoir auprés de lui sa femme, ses enfants, et de leur faire ses adieux. Déja cette haute intelligence s’obscurcissait par degrés rapides, et i] ressaisissait seulement a longs intervalles, et a force d’énergie le fil de ses pensées. Ce futle 22 janvier 1845 qu'il exhala son dernier soupir. Le Jendemain un modeste convoi s’acheminait vers le champ

du repos. Point de députations officielles, point d’insignes brillants : Azais n’appartenait & aucune acadétnie; il n'était décoré @aucun ordre.

Pour Je systeme et la doctrine d’Azais, voyez Varticle Comrensations, dont il est Pauteur.

AZALEE («de 6%)é0¢, aride, par allusion aux lieux ou croissent ces plantes ). Les azalées se placent dans la famille des éricacées a cété des rhododendrons. Les fleurs de ces deux genres offrent en effet beaucoup de regsemblance; mais le caractere distinctif des azalées est de présenter cing étamines insérées sur le réceptacle, au lieu de dix qu'on trouve dans les rhododendrons.

Le genre azalée appartient aux régions extra-tropicales de lhémisphére septentrional, Les plantes d’ornement qui le composent sont des arbrisseaux agréables par leur floraison printaniére et par leurs jolis corymbes aux Couleurs éclalantes, passant par toutes les nuances du blane au jaune et au rouge. On cullive les azalées en pleine terre de bruyére, et on les multiplie par rejetons, par marcottes, par greffes sur lazalee du Pont, et entin par les semis, qui ont produit un grand nombre W@hybrides et de variétes. Les espeéces qu’on recherche le plus sont Vlazalee visgueuse , lazalée glauque, Vazaléea fleurs nues, et principalement Pacalee du Pont. Cetle derniére est fortement venéneuse et narcotique, et le miel que les abeilles récoltent sur ses fleurs provoque , dit-on, letourdissement et le délire, ainsi que les soldats de Xénophon Péprouvérent en Colchide.

AZARA (Jos£-Nicoto pb’), né en 1731, & Bordenalés, en Arayon, fit preuve, dés l’époque ou il suivait les cours des universités de Huesca et de Salamanque, du godt le plus vif pour les sciences et les arts; et cette disposition naturelle chez lui ne fit que se développer davantage quand i) eut été nommé chargé daffaires d’Espagne a Rome. Dans cette capitale il se lia intimement avec les artistes les plus cae bres de son temps, et surtout avec Mengs, qui était entré au service du roi d’Espagne. Dans les négociations qu'il fut chargé de suivre avec Clément XIII, Azara déploya une rare habileté diplomatique; et il continua & exercer une grande influence sur toutes les relations de son gouvernement avec le saint-siege, particuli¢rement sous le pontificat de Clément XIV. Il eut une grande part aux résolutions prises a I'égard de Parme et des jésuites, de méme qu’a Pélection du pape Pie VI. En 1796 il fut envoye par sa cour auprés du conquérant de l'Italie, afin de demander grace pour Rome. Bonaparte eut bien vite reconnu en lui un homme d’un esprit distingué ; mais lui-méme produisit dans celle premiére entrevue la plus vive impression sur Azara, Deux ans plus tard celui-ci fut envoyé en mission 4 Paris. Rappelé en 1801 et exilé a Barcelone, il revint a Paris Pannée suivante avec le titre d’ambassadeur; mais € 1803 ses pouvoirs lui furent encore une fois enlevés. Sa santé, déja fort ébranlée, ne put résister a tant de secousses ; i] mourut a Paris, le 26 janvier 1804. Il possédait une précieuse collection de livres, de tableaux et d’antiques ; et if a publie les ouvrages de son ami Mengs, dont il a aussi écrit la vie.

AZARIA (Priéred’), l'un des livres apocryphes de Ancien Testament, attribué sans fondement a Azaria, compagnon de Daniel, avec qui il fut emmené captif a Bahylone aprés la prise de Jérusalem (an 606 av. J.-C.) par Nabuchodonosor,

AZARIAS. Voyez Osias.

AZAZEL , nom que donnent les Hébreux au bouc émissaire.

AZEDARACHI (melia), genre de Ia famille des méliacées et de la décandrie monogynie, originaire de I'Asie, doi: il a été transporte en Europe.

L’azedarach btpenné, appelé aussi faux sycomore ( melia asedarach, L.), eat un arbre assez grand dans I'Inde, ou il croit naturellement, et dans une partie de la région mé-

diterranéenne, ou il a été naturalisé; mais il n’atteint pas d’aussi grandes dimensions sous le climat de Paris, oi on le rencontre dans quelques jardins comme arbre d’ornement. Sa tige est droite et rameuse, son écorce verdatre et lisse, sa racine ligneuse; ses feuilles, 4 folioles entiéres, ordinairement au norabre de cing, et portées par des pétioles , imitent celles du fréne , mais sont plus découpées ef d’un vert beaucoup plus foncé, L*azédarach fleurit en juin ou juillet; ses fleurs, composées de cing pétales lancéolés, longs et ouverts, ontla couleur et l’odeur du lilas; le necéaire est en forme de tube droit, d’un rouge noir, de la longueur des pétales ; dix étamines sont attachées a son sommet, qui est divisé en dix parties; le calice est petit, d’une seule pidce et A cing découpures, Le fruit est charnu, rond, contenant un noyau oblong, marqué de cinq sillons et divisé en cing loges qui contiennent chacune une semence oblongue. Ces noyaux, frés-durs et percés naturellement d’un trou dans le sens de leur longueur, servent en Espagne et en Portugal 4 faire des chapelets : d’ou les noms Warbre saint et @arbre a chapelets donnés a ce végétal.

L’azédarach se multiplie de graines sur couche ; on repique le plant en pots, puis on le rentre en orangerie pendant deux ou quatre ans, et on le met ensuite en pleine terre légére ef 4 une bonne exposition.

L’azédarach toujours vert, autrement nommé lilas des Indes ou margousier ( melia uzedarach semper virens), est moins grand, et ne peut passer V’hiver dehors; ses feuilles et ses fleurs sont 4 peu prés semblables a celles de Pazédarach bipenné, mais ses folioles sont plus profondément dentées. Il fleurit 4 ’Age de deux ans et a la hauteur d@un pied, et donne des fruits qui servent 4 le multiplier comme le précédent; mais il faut le tenir en pot et le ranger en orangerie pendant l’hiver.

Les racines et les fruits de l’azédarach passent pour étre vermifuges ; mais on ne les emploie pas en Europe. Ses fleurs sont regardées en médecine comme apéritives; ses fruits donnent une huile qu’on emploie au Malabar contre les plaies et les piqdres. Ils ne sont pas sans danger pour quelques animaux, tandis que d’autres les mangent impunément et méme avec plaisir. On connait depuis longtemps leur effet pernicieux sur homme.

AZEGLIO (Massimo TAPARELLI, marquis v’), homme d’Etat italien, célébre en méme temps comme artiste, comme publiciste et comme romancier, descend d’une ancienne famille du Piémont. 1] est né en 1801, 4 Turin, ot son pére remplissait de hautes fonctions militaires, et regut sa premiére instruction d’un précepteur ecclésiastique, dont l’extréme sévérité fut pour enfant de quatorze ans la cause de bien des chagrins. Il avait quinze ans quand son pére alla remplir & Rome les fonctions de ministre de Sardaigne, et il I’y suivit. Les dispositions précoces du jeune homme se manifestérent dans cette ville , surtout pour Ja culture des arts, et il s’appliqua avec une ardeur extréme a la culture dela peinture et de la musique. Mais son pére, qui le destinait A la carriére militaire, le fit entrer avec le grade d’officier dans un régiment de cavalerie piémontaise.

La vie militaire s’accordait mal avec le got décidé de Massimo d’Azeglio pour les sciences et les arts; et tous les loisirs qu’elle lui laissait , il les employa avec tant d’ardeur 4 Pétude, qu’il en tomba malade et dut donner sa démission, Un voyage & Rome lui rendit lasanté. En 1820 il était de retour 4 Turin. A Rome, sa passion pour la peinture s’était réveillée avec une nouvelle ardeur, et il obtint alors de son pére, non sans peine toutefois, la permission de se consacrer & cet art, mais avec une pension fort exigué, afin qu'il passat par l’école de la privation. Une année s’était A peine écoulée que déja il s’était fait A Rome une réputation Wartiste, et bient6t il parvint A une remarquable habileté dans la peinture de paysage. On voit au musée et au chateau royal & Turin une foule de tableaux originaux datant

AZEDARACH — AZEGLIO

soit de cette époque de la vie de lartiste, soit d’une époque postérieure encore. Aprés un séjour de huit années a Ro pendant lequel il fit marcher de front l’étude de V’histoire avec la culture de la peinture, il revint & Turin.

Son pére étant venu 4 mourir ( 1830), il se rendita Milan, dont!’école de peinture jetait alors un vif éclat, etil ne tarda pas 4 s’ylier avec Alessandro Manzoni, dont il épousa la fille. Azeglio se fit ensuite non moins avantageusement connaitre dans le monde littéraire par la publication de différents ouvrages. Son premier roman de quelque étendue, Ettore Fieramosco, dans lequel il s’efforcait de réveiller le sentiment national des Italiens, fut accueilli avec le plus vif enthousiasme sur tous les points de la péninsule. Un second roman, Niccolo di Lapi, acquit une célébrité pareille, et agit puissamment sur je sentiment national de ses compatriotes,

Les affaires politiques de V’Italie ne tardérent pas a l’oecuper exclusivement. I] parcourut les provinces, les villes, les bourgades de l’Italie , a V’effet d’imprimer aux esprits une direction patriotique et d’opérer la réconciliation des

partis qui divisaient si malheureusement la patrie commune.

Partout on l’accueillit avec joie et on célébra son nom avec enthousiasme ; partout il donna l’impulsion aux aspirations a la liberté qui se manifestérent en Italie peu de temps aprés la mort de Grégoire XVI. Ses amis Balbo et Gioberti le secondérent alors dans la mission qu’il s’était donnée. Toutefois, jamais Azeglio n’appartint 4 une société politique secréte. 11 poursuivit au contraire toujours l’esprit de conspiration, exhortant sans cesse les impatients 4 la modération. Quand des conspirateurs romains amenérent les tentatives insurrectionnelles de Rimini et de la Romagne, Azeglio se trouvait 4 Turin, ot il s’efforgade déterminer le roi 4 opérer les réformes réclamées par les besoins de l’époque. A peu de temps de 1a il écrivit a Florence son célébre ouvrage Degli ultimi casi di Romagna, dans lequel il flagellait le triste gouvernement pontifical, dissuadait ses compatriotes de recourir 4 toute tentative d’insurrection, et représentait aux princes italiens la nécessité d’une politique nationale. Aprés Pélection de Pie IX comme pape, Azeglio retourna 4 Rome, et c’est 4 son influence qu’on attribue les réformes qui inaugurérent le régne du nouveau souverain pontife. Une série de publications politiques, par exemple, sur la législation de la presse 4 Rome, sur les réformes opérées par le pape, sur ’émancipation des juifs dans les Etats. de PEglise, sur Vincorporation de Lucques 4 la Toscane, sur l’opinion publique en Italie, etc., témoignent de l’'incessante activité qu’il consacra pendant son dernier séjour 4 Rome aux affaires de l’Italie. Il a été publiéen 1851 4 Turin une édition compléte de ses ceuvres politiques.

Lorsqu’a la suite du soulévement de la Lombardie le roi Charles-Albert franchit le Tes-in, Azeglio quitta Rome avec les troupes pontificales chargees d’appuyer le mouvement italien. A Venise il prit du service comme colonel , poste dans lequel il donna de nombreuses preuves de courage militaire. A la bataille livrée sous les murs de Vicence il commandait une légion a la téte de laquelle, aprés avoir opposé a l’ennemi une résistance désespérée, il fut griévement blessé a la cuisse par un coup de feu. A peine guéri, on le retrouve & Florence préchant la modération. Elu

député au parlement sarde, il fut plus tard nommé sénateur, Victor-Emmanuel If lappela 4 la présidence de son conseil des ministres, le {1 mai 1849. Sous son administration, la Sardaigne , sans renier la cause ilalienne, conserva et affermit ses institutions représentatives, en méme temps que son industrie prenait un rapide essor. Un dissentiment avec M. Ca vour, en 1852, le forga de quitter le ministére. En 1855 il vint avec le roi Victor-Emmanuel & Paris. Désigné d’abord pour assister aux conférences de Paris en 1856, il rédigea un mémoire que M, Cavour lut an congrés sur les affaires d'Italie, Au mois de mars 1859

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