‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 5)Chapitre 198 sur 488 · AZINCOURT — AZOF · texte numérisé non relu

AZINCOURT — AZOF

Pendant que le sire de Ross était en pourparlers avec ces inilices, l'alarme se mit dans l’armée anglaise. Des fuyards, arrivant de Maisoncelle, ob Henri V avait laissé ses bagages, accoururent annoncer qu'une nouvelle division de 20,000 Frangais venait de tourner la position pour attaquer les Anglais en queue. C’était en effet Robert de Bousnouville, Isambert d’Azincourt et quelques hommes d’armes qui, avec cing ou six cents paysans, plus par amour du pillage que par espoir de rétablir la bataille, étaient tombés sur les chariots, Cette nouvelle irrita extrémement Henri V. Dans la conviction qwil allait commencer une troisiéme action, ce prince ordonna qu’on fit main basse sur quatre mille prisonniers qu’il était fort embarrassé de garder. Douze cents de ces malheureux, tous barons ou chevaliers, avaient déja péri, lorsque Henri V fit cesser ce carnage a l’arrivée d’un message annoncant que les fuyards avaient donné une fausse alerte.

Alors Henri V ordonna 4 ses clercs de parcourir le champ de bataille, et de faire le relevé des morts. Les clercs trouvérent, outre sept princes du sang, plus de six mille barons, chevaliers ou écuyers, l’élite de la noblesse de France; on releva 2,000 blessés trés-griévement, parmi lesquels on distinguait les comtes de Vendéine, de Richemont et le maréchal de Boucicaut. Les Anglais perdirent 1,600 hommes, outre une quantité considérable de blessés. Le duc d’York et le comte d’Oxford, princes de la maison de Lancastre , succombérent dans cette journée.

Malgré sa victoire, Henri V ne se crut pas en sdreté avec une armée aussi affaiblie que la sieane dans un pays ennemi. I] gagna Calais, et huit jours aprés il s’embarquait pour Douvres. Les Francais, que cette terrible défaite avait d’abord jetés dans la consternation, ne firent pas longue tréve 4 leurs discordes , et deux ans aprés Henri V était maitre de Paris et des deux tiers du royaume. Alex. Mazas.

AZINCOURT (0’). Voyez Dazincount.

AZOF ou ASOF, port de mer et place forte de la Russie méridionale, dans le gouvernement d’Ekatérinoslaf , batie sur le Don, non loin de son embouchure dans la mer d’Azof. Les dépéts de limon de ce fleuve ont ensablé le port : la péche forme la principale ressource des habitants , dont le nombre s’éléve & peine & 6.000 Dans l'antiquité, Azof

était, sous lenom de Tanais, une colonie grecque, centre dun commerce fort actif avec les peuples du Septentrion, et qui a diverses reprises rivalisa avec Panticapeum sous le rapport des richesses et de la population. Au moyen Age cette ville dépendait de la nation des Poiowts. Un de ses princes, appelé Azonf, lui donna son nom. Elle appartint ensuite aux Génois, qui Vappelérent Tana. En 1392 elle leur fut enlevée par Tamerlan. En 1471 Tana ou Asof fut prise par les Tures, qui la nomment Asak. Apres s’en étre emparé, Pierre le Grand dut en 1711 la rendre au Grand Seigneur, qui la reperdit en 1733, pour la recouvrer en 1739. La Russie en demeura définitivement propriétaire en 1774.

La ville d’Azof donne son nem au golfe le plus septentrional de la mer Noire, appelé d’aprés elle mer d’Azof. Elle communique avec la mer Noire par le détroit de Kaffa, tandis qu’elle en est séparée par la Tauride. La mer Pourrie est une partie de la mer d‘Azof : les anciens la désignaient sous le nom de Palus Mvotis, et les Tatares ainsi que les Turcs sous celui de Dalek-Denghis, c’est-a-dire mer aux poissons, 4 cause de sa richesse en poissons. Les Tures donnent anssi le nom de mer de Souwasch dla mer d’Azof, 4 cause du fleuve de Souwasch, qui y a sen embouchure, De la la dénomination de mer de Zabbache ou

Zabbachit, qui était en usage au moyen age.

En 1855, pendant la guerre de Crimée, les flottes alliées de l’Angleterre et de la France entrarent dans la mer d’Azof, aprés s’Atre enparées de Kertch et d’Lénikalé, qui en défendent entrée, et détruisirent les navires, les établissements militaires, les pécheries et les magasins de graing

Zz.

\ qu’elles rencontrérent sur ses ctes.

AZOTATE — AZOTITES

AZOTATE. Sel formé par la combinaison de Vacide ; lune cede de Voxygane au cuivre cl passe a I’état de bloxyde,

azotique avec une base. Voye2 Nirrate.

AZOTE. Ce gaz, confondu d’abord avec le gaz acide carbonique, en fut distingué, en 1772, par Rutterford; trois ans plus tard, Lavoisier constatait son existence dans lair atmosphérique. L’azote est incolore, inodore, et transparent. Plus léger que Vaic, dont i} forme la plus grande partie, Pazote est sans action sur l’oxygéne a toute sorte de température. Cependant il existe cinq combinaisons de ces deux corps, dans lesquelles la proportion d’oxygene croit comme de 145: ce sont le protoxyde d’azote, le bioxyde d’asole, Vacide azoteux , l'acide hypoazotique, et Vacide azotique. L’azote et Poxygéne peuvent aussi se méler en toutes proportions, et l’air atmosphérique n’est qu’un de ces mélanges ou il entre soixante-dix-neuf parties d’azote pour vingt et une parties d’oxygéne. Impropre a la respiration, l’azote éteint les corps enflammeés et ne change pas d'état physique, quelque pression et quelque refroidissement qu’on iui fasse subir. On peut Vobtenir de plusieurs maniéres : la plus simple

consis‘ 4 broler quelques grammes de phosphore sous une cloche pleine d’air placée sur la cuve hydropneumatique; le phosphore en brdlant s’empare de l’oxygéne, forme de Vacide phosphorique qui se dissout dans I’vau, et lazote reste isolé dans la cloche. Ce gaz, sans usage dans les arts, est un des agents les plus importants dela nature: il entre dans la composition de la plupart des substances organiques. Notre savant collaborateur M. Dumas a présenté a Yarticle Ain Vexposé du role important que joue l’azote dans la vie animale et végétale. Protuxyde d’azote. Ce gaz, découvert par Priestley en 1772, a été successivement désigné sous les noms de gaz nifreux déphlogistiqué, doxyde nitreux, d’oxyde d’agote et d’oxydule d’azote; celui qu'il porte aujourd’hui indique sa composition proportionnelle par rapport aux autres combinaisons de l’azote et de oxygéne. Il est incolore, sans odeur et d’une saveur légérement sucrée. Il est impropre 4 la respiration. Davy, qui a le premier respiré ce gaz, a éprouvé 4 la suite un sentiment de force trés-marqué. La gaieté extraordinaire et le rire inextinguible qu’éprouyérent plusieurs personnes qui répétérent l’expérience de Davy valurent & ce gaz le nom de gaz Ailarant. Mais chez d@autres il se manifeste un état de faiblesse, d’abattement et de stupeur trés-prononcé , ce qui tendrait a prouver que l’effet n’est pas toujours le méme. Dans tous les cas, ces effets sont passagers. Loin d’éteindre les corps en ignition, le protoxyde d’azote rallume {es bougies qu’on y plonge aprés les avoir éteintes, lorsque leurs méches ont encore quekques points lumineux. II entretient la combustion mieux que lair, parce qu'il céde facilement son oxygéne aux corps combustibles, qui le décomposent tous. L’oxygéne et lair sont sans action sur lui ala température ordinaire. I) est soluble dans l'eau en petite quantité. On le distingue de Yoxygéne en ce que, mélé a deux fois son volume d’hydrogéne, il donne de J’eau et un résidu gazeux, résidu qui manquerait si c’était de Poxygéne. On obtient le protoxyde d’azole en chauffant peu & peu de l’azotate d’ammoniaque bien desséché. a

Bioxyde d’azote. Découvert par Hales, et nommé successivement gaz nitreux, oxyde nitreur, oxyde nitrique, oxyde d’azole, ce gaz invisible éteint les corps enflammés et asphyxie les animaux. Mis en contact avec l’oxygéne a Ja température ordinaire, il s’en empare prompteinent, devient rouge, et passe a l’état d’acide hypoazotique. II est beaucoup moins soluble dans Peau que le protoxyde; car 4 la température de 20° et sous la pression de l’'atmosphére Peau ne peut dissoudre que la vingtiéme partie de son volume de bioxyde d’azote, tanidis qu’elle dissout un peu plus de la moitié de son volume de protoxyde. On obtient le bioxyde @azote en faisant agir de l’acide avotique sur du cuivre en limaille : acide se partage en deux parties , dont

tandis que autre se combine avec le cuivre oxydé et forme de l'azotate de bioxyde de cuivre.

Acide azoteux, Gay-Lussac a prouvé l’existence de cet acide; mais il ne peut étre isolé de ses combinaisons avec les bases , parce que lorsque !’on s’empare de ces bases, il se transforme en bioxyde d'azote et en acide Lypoazotique ou azolique , suivant les circonstances.

Acide hypoazotique. Cet acide est liquide a la température ordinaire ; sa couleur est jaune orangé depuis 28° jusqu’a 15° de chaleur, et jaune fauve a 0°. Peu coloré & — 10°, il est entiérement incolcre a— 20°; au dela de — 40°, il se prend en masse blanche. Comme lacide azotique, il tache la peau en jaune et la désorganise. Soluble dans l'eau en toutes proportions, il se décompose cepenaant toujours en partie lorsqu’on le méle avec ce liquide : si l’on en verse, par exemple, une petite quantité dans une grande quantité d’eau et qu’on agite aussitot, acide est instantanément et presque entiérement décomposé; la partie décompusée produit un tiers de bioxyde W’azote, qui se dégage, et deux tiers d’acide azotique, qui restent dans le liquide unis a la partie non décomposée de l’acide hypoazolique. En versant ensuite successivement de nouvelles portions d’acide dans le méme mélange, la partie décomposée diminue peu a peu, et en méme temps cesse le dégagement de bioxyde d@azote. La couleur du liquide passe pendant ces combinaisons du bleu verdatre au vert, et enfin au jaune orangé. Chauffé a 28°, l’acide hypoazotique entre en ébullition, et se transforme en un gaz rutilant, qui répand dans l’atmosphére de belles vapeurs rouges.

Acide azotique. L'importance de cet acide dans la médecine et dans les arts nous oblige 4 lui consacrer un article particulier; il est plus connu d’ailleurs sous le nom d’acide nitrique.

Autres composés binaires d’azote. La combinaison de Pazote avec /hydrogéne donne lieu a l’azoture d’hydrogéne, conu sous le nom d’ammoniaque.

Lazoture de carbone est plus généralement désigné par le nom de cyanogéne.

Le chlorure d’azote est un composé doué de propri¢tés trés-extraordinaires. I! a été découvert par le savant Dulong, em 18i1. C’est un liquide oléagineux, trés-volatil, dune couleur fauve et d’une odeur trés-piquante et insupportable. Mis en contact avec lair, il s’y vaporise promptement, et le rend impropre a la respiration. Chauffé a 30°, il détone avec violence, et un grand dégagement de chaleur et de lumiére a lieu. Une trés-petite goutte de ce liquide mise en contact avec du phosphore produit une détonation assez forte pour rompre les appareils. Son contact avec le selenium et Parsenic présente les mémes phénomenes. La difficulté d’examiner ce corps, qui détone quelquefois spontanément dans Pair, n’a pas permis de reconnaitre avec exactitude la proportion de ses éléments

Liiodure d’azole détone aussi par son contact avec plusieurs corps. On l’obtient sous forme de poudre noiratre,

L’azote peut ézalement se combiner avec quelques métaux. M. Frémy lui attribue Vaciération du fer.

Le mot azole est formé de & privatif, et de %dov, vie, étymologie qui pourrait faire supposer a ce gaz um pr0prietés delétéres; mais Pazote est au contraire un des principaux agents qui servent a l’entretien de la vie, et son nom indique seulement quwil est incapable de concourir au phenoiméne de la respiration. D‘ Alex. Duckett.

AZOTEUX (Acide). Voyes Azote.

AZOTIQUE (Acide). Voyez Nitrigue (acide).

AZOTITES, sels résultant de la combinaison d'une base et de l'acide azoteux. Ils sont peu connus; on sait sealement que tous les azotites peutres sont insolubles. Les azotites sont sams usage. Aucun d’eux ne se trouve dans la nature, 4i

AZTEQUES. C’est ainsi qu’on nommait les habitants du Mexiquea l’époque of les Européens abordérent pour la premiére fois en Amérique. Vers le onziéme siécle de V’ére chrétienne, la nation des Toltéques disparait mystérieusement et sans bruit des annales du monde, et on voit alors de nombreuses ef farouches hordes de Chicheméques envahir l’Anahuac. Bientét, vers an 1200, les Acolhouas, peuple plus policé, leur succédent. Ils font revivre les derniers débris de la civilisation toltéque, et de leur capitale, Tezcuco, ils fondent, par des conquétes faites au nord de ’Anahuac, un florissant empire appelé Acolhouacan. Au commencement du treizidme siécle les Aztéques , peuple sauvage arrivant du nord du continent, atteignirent les val- Iées du Mexique, ot pendant plus d’un siécle ils errérent a l'état nomade, assujettis m¢me quelque temps aux Colhouans , jusqu’é ce qu’enfin ils fondassent, en 1325, la ville de Tenotchitlan, le Mexico des Européens (ainsi-appelé du dieu de la guerre, Mewitli). Malgré d’incessantes dissensions intérieures et de fréquentes guerres avec I’étranger, le nouvel Etat alla toujours se consolidant, tandis que sa population augmentait de jour en jour. Les Aztéques se firent une grande réputation de courage guerrier. Aussi, au commencement du quinziéme siécle , Nezahualcoyotl, prince célébre des Toltéques , implora-t-il le secours d’Itzcoatl, roi des Aztéques , contre les Tépanéques , qui avaient subjugué les Toltéques et s’étaient emparés de Tezcuco. On fit droit 4 sa demande ; Ja nation des Tépanéques fut anéantie , l’ernpire de Tezcuco rétabli, et tout le territoire conquis sur les Tépanéques distribué aux Aztéques.

Il se forma alors entre Mexico, Tezcuco et le petit Etat de Tlacopan une confédération qui subsista jusqu’a l’arrivée des Européens, et dans laquelle Mexico occupait le premier rang. Le siécle qui suivit ne fut qu’une guerre sans fin. Les instincts belliqueux des Aztéques trouvérent d’abord une satisfaction suffisante dans leurs propres vallées ; mais par la suife ils les entrainérent 4 franchir !es montagnes servant de remparts a |’Anahuac. Sous le regne de Montezuma I* ( 1436- 1464), leur domination s’étendait déja jusqu’aux rives du golfe du Mexique. Aprés avoir été gouverné par une suite de princes remarquables, non moins habiles a tirer parti des penchants guerriers de la nation que des ressources du pays, empire de Montezuma II, au moment oti les Européens arrivérent au Mexique, s’étendait sur les cétes de V’océan Atlantique depuis le 18° jusqu’au 21°, ef sur celles de la mer du Sud depuis le 14° jusqu’au 19° de latitude septentrionale. Quelques princes, par exemple le courageux Ahuitzoti (1482-1502), étaient méme parvenus jusqu’aux derniers confins de Nicaragua et de Guatemala. Les Aztéques n’étaient sans Goute pas maitres de tout le tervitoire qu’avaient autrefois possédé les Toltéques; mais la rapide extension qu’avait prise leur puissance n’en de- ‘Meure pas moins merveilleuse, et frappe d’autant plus l’esprit que, ainsi qu’il était arrivé autrefois aux Romains, elle avait eu une seule ville pour berceau.

La constitution politique des Aztéques était une monarchie élective. Les rois étaient choisis parmi les plus proches parents du monarque défunt, par quatre nobles que désignaient a cet effet les membres de leur propre caste , et leur installation avait lieu avec une grande pompe et de nombreuses cérémonies religieuses. Vivant au milieu d’un faste extréme et vraiment oriental, ils exergaient une autorité a peu prés absolue, avec Vassistance d’une espéce de conseil intime, ef sous la protection d’une garde spéciale, recrutée parmi les seigneurs les plus distingués. La plus éminente noblesse, dans les rangs de laquelle on choisissait les hauts fonctionnaires de la cour et de Etat, se composait d’environ une trentaine d’individus pourvus de grandes possessions territoriales, et pour la plupart astreints A résider dans la capitale. La puissance législative résidait unique-

AZTEQUES

indépendants de ia couronne, formaient un contre-poids 4 toute velléité d’arhitraire de sa part. L’organisation judiciaire était compléte. Les procés se plaidaient par les parties en personne et sans ministére d’avocat; et les débats, les interrogatoires étaient recueillis en caractéres hiéroglyphiques par des greffiers. Les lois se conservaient de ia inéme maniére. Elles ont trait piutét a la sdreté des personnes qu’a celle des propriétés, et, ainsi qu’il convient 4 un peuple habitué a la guerre ef a ses scénes sanglantes, elles portent l’empreinte d'une extréme sévérité. La peine de mort y est appliquée a tous les grands crimes commis contre la société, ef dans le nombre on comprend la prodigalité et Vintempérance.

Un tribunal spécial connaissait des affaires matrimoniales. L’état civil des esclayes faisait l’objet de lois particulieres qui leur étaient trés-favorables. Les revenus royaux provenaient de sources diverses, des domaines de la couronne, des corvées personnelles et de livraisons en nature destinées i Pentretien de la maison du monarque. Les habitants payaient a la couronne une partie du revenu des terres qui leur avaient été réparties par la voie du sort, et les vassaux de la haute noblesse eux-mémes n’étaient pas exempts de cette redevance. Différentes contributions étaient en outre assises sur divers produits de Yindustrie. Dans la plupart des grandes villes, il y avait des garnisons permanentes pour assurer au besoin par la force le recouvrement de l’impdt. Au moyen de grandes voies stratégiques et de messagers se relayant de station en station baties 4 cet effet de huit kilométres en huit kilométres, on entretenait de constantes communications entre la capitale et les parties les plus éloignées du pays. L’art de la guerre était le but supréme de toute ’éducation domestique des Aztéques et de toutes leurs institutions publiques. Avant le commencement de toutes hostilités, ’ennemi était d’abord sommé d’avoir a se soumettre , puis prévenu par une formelle déclaration de guerre. C’était le plus souvent le roi lui-méme qui commandait les armées , dont Vattitude était briilante , la discipline — excellente, et le code militaire d’une sévérité sanguinaire.

Chez eux la religion était étroitement liée a ia constitution civile. L’Aztéque croyait 4 existence d’un créateur su- — préme, invisible, maitre du monde, le Taoél; treize divinités principales et deux cents divinités secondaires lui étaient subordonnées; chaeune d’elles avait un jour qui lui était particulitrement consacré, et devenait Vobjet de solennités particuliéres. A leur téte était placé le dieu protecteur de toute la nation, le terrible Huitzilopochtli, le Mars mexicain. Ses temples étaient les plus vastes, les plus magnifiques ; dans chaque ville de Vempire ses autels ruisselaient du sang des prisonniers de guerre. Les Aztéques croyaient a une triple existence aprés la mort: a un ciel ou les guerriers jouissaient d’un bonheur parfait au sein de yoluptés sans bornes, & un lieu de douce et paisible satisfaction pour ceux qui mouraient de mort naturelle, 4 un enfer enveloppé de ténébres éternelles pour les impies, lesquels formaient, disaient-ils , la plus grande partie du genre humain. On bralait les morts ayec de nombreuses cérémonies, et cette opération, quand il s’agissait de nobles, était accompagnée de sacrifices d’esclaves. La caste sacerdotale, dont immense réseau enveloppait la nation entitre, exergait une influence illimitée sur les affaires publiques et sur la vie privée. L’ordre hiérarchique et les fonctions en étaient trés-exactement déterminés. La classe supérieure présidait aux sacrifices humains, d'autres a la musique, & l'éducation publique, 4 lexécution et a la conservation des hiéroglyphes et des calendriers. La caste tout entiére avait deux grands prétres A sa féte, A en juger par la construction des feocallis (maisons de Dieu), lesquels étaient trés-nombreux et dépassaient de beaucoup en élévation les édifices en pierre dont se composaient les villes;

ment dans le monarque; mais les tribunaux supérieurs, | les eérémonies du culte, aussi nombreuses que diverses, de-

AZTEQUES — AZUNI

vaient ¢tre toutes publiques. Elles consistaient soit en processions de prétres, de femmes , d’enfants, en offrandes de fleurs, de fruits, d’animaux, offrandes et processions généralement paisibles et gaies , soit en sombres et horribles sacrifices humains. Rares a Vorigine, ces sacrifices devinrent plus communs & mesure que lempire s’agrandit, jusqu’ ce qu’ils finissent par étre le complément indispensable de toute grande solennité. Les calculs les plus faibles évaluent A vingt mille le chiffre des hommes qui dans les deruiers temps de l’empire étaient immolés chaque année sur les autels des dieux, et il est probable que le désir de se procurer des victimes de ce genre était le motif qui déterminait le plus souvent les déclarations de guerre. Les cadavres des victimes étaient ensuite dévorés dans de hideux festins, non-seulement pour satisfaire un appétit brutal , mais par obéissance pour la religion.

La principale occupation des prétres consistait néanmoins dans ’éducation de la jeunesse, et a cet effet des édifices particuliers étaient annexés a tous les temples. Ce qu’on se proposait surtout dans cette éducation , c’était dinspirer de bonne heure aux enfants le respect de la religion et de ses ministres. Dans les écoles supérieures, appelées calmécac, la jeunesse destinée au sacerdoce receyait des lecons d’astronomie, de philosophie, Whistoire, etc., et cet enseignement avait lieu au moyen d’espéces d@’hiéroglyphes ou plutét de peintures hiéroglyphiques. Les lois , les rapports des fonctionnaires au gouvernement, les cartes géographiques, étaient également dessinés en caractéres de ce genre, coloriés , sur de la toile de coton, sur des peaux habilement préparées , sur une espéce de papier végétal. A l’époque de l’arrivée des Espagnols il existait une foule de pareils manuscrits, traitant des matiéres les plus diverses; mais le zéle fanatique des prétres et surtout des soldats qui obéissaient 4 leur voix n’a laissé parvenir jusqu’&a nous qu’une trés-faible partie de ces curieux monuments du paganisme. On en voit que!ques-uns dans certaines bibliotheques publiques d’Europe, 4 Dresde par exemple, et ils ont été pour la plupart recueillis dans le splendide ouvrage publié par lord Kingsborough sous le titre de the Antiquities of Mexico (6 vol. in-fol., Londres, {$30 ). ll n’existe plus de vestige des poésies héroiques et de la langue des Aztéques. Il nous en reste fort peu de celles des Acolhouas. Leur systéme de numération, tout ce qui se rapportait chez eux a la confection du calendrier et a la chronologie , suppose des connaissances déja étendues en mathématiques et en astronomie. Leur année solaire se composait de dix-huit mois de vingt jours chacun, ayec cing jours complémentaires ; elle ¢tait par conséquent calculée avec plus de précision que celle des Grecs et des Romains. I] parait aussi que les Aztéques connaissaient la cause des éclipses de soleil.

L’agriculture n’était pas moins avancée chez eux que les autres arts. Elle était entourée de la plus haute considération, étroitement unie aux institutions religieuses du peuple. et constituait la base de Ja prospérité nationale. Les Aztéques exploitaient avec un certain art les mines d’argent , de plomb et d’étain de Tasco, et les mines de cuivre situées dans les montagnes de Zacotollan. On trouvait de l’or dans les riviéres et dans les sables. Ils ne connaissaient pas l’usage du fer, et y suppléaient, pour leurs outils et leurs instruments, par un alliage de cuivre et d’étain, de méme que par l’emploi de pierres d’une grande dureté rappelant te porphyre ou Vobsidienne, et qu’ils nommaient ifz¢/i. Pour certains ouvrages dor et d’argent les orfévres aztéques Vemportaient sur ceux de V’ Espagne. Leur vaisselle de terre et de bois, leurs couleurs brillantes et solides, leurs étoffes analogues a nos broderies , leurs colifichets et parures confectionnés avec des plumes et d’autres matériaux , témoignent d'une grande habileté pratique dans les arts utiles. il nous reste encore de nombreux monuments de leurs sculpteurs et de leurs architectes. Le commerce se faisait

chez eux soit par voie d’échanges , soit 4 l'aide de certains objets de valeurs diverses et servant d’appoint, tels que

tuyaux de plume remplis de poudre d’or, petits fragments d’étain, grains de cacao, etc. La profession de marchand était

entourée d’une considération toute particuliére. On voyait

souvent ceux qui |’exercaient parcourir en caravanes les contrées le plus lointaines de ’Anahuac, quelquefois aussi les pays voisins, placés qu’ils étaient sous la protection immédiate du gouvernement et souvent méme chargés par lui de missions spéciales. Le commerce des esclaves était réputé honorable, et il y avait 4 Atzcapotzalco des bazars spéciaux ow ils étaient mis en vente. La polygamie était permise & tous, mais les classes riches seules en usaient. La femme étail traitée avec les plus grands ¢gards et prenait part a toutes les fétes, A toutes les réjouissances de la vie sociale.

L’empire des Aztéques était arrivé a son apogée quand tout 4 couples Espagnols, vinrent, comme par enchantement, Veffacer a jamais de la liste des nations. Sans doute leurs descendants subsistent encore aujourd’hui confondus avec les Européens dans Jes montagnes et les vallées de |’Anahuac, mais tout ce qui constituait leur caractére particulier comme peuple a complétement disparu. Ainsi que toutes les autres nuances de Ja race rouge, l’Aztéque a une sensibilité de naturel toute particuliére. Il fuit tout tremblant le contact grossier de l’étranger européen. Quand V’influence étrangére vient 4 lui sous la forme d’une civilisation supérieure, il y succombe et disparait. Celui qui connait les Indiens actuels du Mexique a de Ja peine a comprendre comment ils ont jamais pu créer une organisation politique aussi avancée que celle des Aztéques, ou plutét des Tolteques, car la civilisation des Aztéques parait n’avoir été que le dernier reflet de l’antique civilisation tolt¢que. Consultez Veytia, Historia antigua de Mejico (Mexico, 1836); Clavijero, Istoria antica del Messico (4 vol., Ceséna , 1780-1781 ); Torquemada, Monarquia Indiana ( Séyille, 1615); Sahagun, Historia universal de la Nueva Espana (3 vol., Mexico, 1829; reproduit dans le sixiéme volume des Antiquities of Mexico de lord Kingsborough ); Prescott, History of the Conquest of Mexico (2 vol., Boston, 1843).

AZUNI (Dominico ALBERTO), écrivain que ses recherches sur les origines du droit maritime et sur l’histoire en général ont rendu célébre 4 bon droit, né vers 1760, a Sassari, en Sardaigne, mort a Cagliari, en janvier 1827, fut d@abord avocat dans cette derniére ville, puis juge au tribunal de commerce de Nice. Quand une armée frangaise enyahit le comté de Nice, il se retira 2 Florence, ot parut dabord son Sistema universale dei principi del dritto marittimo d’Europa (4 volumes, 1795), dont il fut donné plus tard une édition francaise sous ce titre: Droit maritime de ’ Europe (2 vol., Paris, 1805). Le comté de Nice ayant été réuni 4 la France, Azuni se rendit a Paris, ot il fut parfaitement accueilli. Appelé @ participer aux trayaux préparatoires de la rédaction du Code de Commerce , il fut nommé en 1807 président de Ja cour d’appel de Génes, et année suivante ¢lu membre du Corps législatif. Apres la chute de Empire, il vécut quelque temps sans place et dans Ja misére 4 Génes, jusqu’a ce que la protection du prince qui régna plus tard sous le nom de Charles-Félix lui eut fait obtenir une place au tribunal consulaire supérieur de Cagliari. —

Parmi les autres ouvrages dont on est redevable A cet écrivain, il faut encore citer son Dizionario universale ragionato della Giurisprudenza Mercantile (4 vol., Nice, 1786-1788 ; deuxiéme édition, Livourne, 1822), travail extrémement complet; son excellente Histoire géographique, politique e¢ naturelle de Sardaigne (2 vol., Paris, 1802); Mémoires pour servir a Uhistoire des voyages maritimes des anciens navigateurs de Marseille (Génes, 1813) ; Recherches pour servir a l'histoire de la piraterie (Génes, 1816); Systéme universel des

armements en ccurse et des corsaires en temps de guerre (Génes , 1817).

AZUR, smalt, ou bleu démail, C’est un verre coloré en bleu par Poxyde de cobalt. La fabrication de Vazur est en Saxe lobjet d’une industrie importante. En France, ow elle existe A peine, elle pourrait recevoir des développements avantageux. L’azur réduit en poudre sert & donner au papier cette teinte qu'on nomme azurée; il sert aussi a mettre au bleu le linge et les étoffes blanchies auxquelles on le fixe par de la colle d’amidon, et aussi comme couleur d’émail , de porcelaine, de verre, plus rarement comme couleur d’application. On s’en sert beaucoup dans la peinture @ fresque et a la détrempe. En général, sa nature vitreuse serait un obstacle a sa solidilé si on ne le mélait a la colle, & la gomme ou a huile.

On donne quelquefcis improprement le nom d’azur a d’autres bleus, et notamment au lapis lazuli.

Azur est encore le nom que porte le bleu dans les ar-

moir es. Voyez Eman,

AZURITE, nom donné a un minéral d’un beau bleu qui n’est autre que le carbonate de cuivre; il y en avait & Chessy, prés de Lyon, un minerai presque épuisé aujour- @’hui. La poudre d'azurite constitue les cendres bleues.

AZYME (du grec Goun, levain, avec \’a privatif, c’est-a-dire sans levain ). On appelle ainsi le pain fait de pate non fermentée, le pain sans levain, dont les Israélites mangerent au moment de sortir d’Egypte. C’était aussi chez les Isra¢lites le nom d’une féte ot I’on ne mangeait que des azyines, et oi) les convives prenaient un repas frugal, debout, les reins ceints, comme préts a partir, en mémoire de la prtie d’Egypte. I] se dit encore aujourd’hui des pains sans fevain que les Israélites mangent dans le temps de leur Pque, et du pain que les chrétiens de I’Eglise latine emtoient dans le sacrement de l’Eucharistie.

AZUNI — AZYMITES

La question de savoir si le pain dont on se sert dans la consécration eucharistique doit étre levé ou san3 levain a été un long sujet de dispute entre l’Eglise latine et PEglise orientale, Les Grecs, les Syriens jacobites et maronites, les kophtes et les nestoriens se servert de pain levé, et i parait que cet usage est élabli chez eux depuis les premiers temps du christianisme. Les catholiques romains se servent de pain azyme, et l’on est peu d’accord sur V’époque 4 laquelle cette coutume a commencé; il paraft qu’elle n’a pas toujours été généralement observée. {1 est a peu prés certain néanmoins que Jésus-Christ a consacré !’Eucharistie avec du pain azyme, pnisyue c’était le seul dont il fat permis d’user dans la célébration de la Paque; cette considération , jointe a la lecon que saint Paul fait aux fidéles dans sa premiére Corinthienne : « Purifiez-vous du vieux levain, » etc., a fait conclure que le pain azyine était le plus convenable pour l’Eucharist'e. Les protestants n’ont point adopté cette raison, et ils communientaussi avec du pain levé.

AZYMITES. Michel Cerularius, patriarche ¢e Cons tantinople, donna cette qualification aux catholiques romains quand, au onziéme siécle, l’Eglise grecque se sépara deux , parce qu’ils se servaient pour la sainte communion de pain azyme.

Ce nom devint surtout en usage parmi les Grecs aprés les infructueux efforts tentés en 1439 a Florence pour réunir les deux Eglises; depuis, Pusage du pain levé on du pain sans levain a constitué entre elles une différence essentielle. Les Latins, de leur colé, appellent les Grecs prosymites ou fermentaires.

Le concile de Florence-a pourtant décidé que l'on peut validement consacrer Je corps de Jésus-Christ avec du pain levé ou avec du pain sans levain, et que les prétres grecs aussi bien que les prétres latins peuvent agir suivant le coutume de leur Fglise. Voyez Evcuanistix.

B, consonne. C’est la seconde lettre de l’alphabet dans la langue frangaise, comme dans plusieurs autres, telles que Vhébreu , le chaldéen, le syriaque, Varabe, le grec, le latin, etc.; c’est la premiére dans l'alphabet de lancienne langue ire, la ncuvidine dans l'alphabet éthiopien, la treiziéme dans l’ecriture runique, la vingt-sixiéme dans Vaipnavet arménien, etc. Elle inanque chez les peuples qui en parilant ne ferment jamais la bouche, comme les Ainéricains indigénes du Nord. C'est un son doux produit par une légére pression des lévres suivie de ouverture de la bouche; son facile & rendre, et qui est un de ceux que Venfant fait entendre d’abord. La figure de cette lettre est prise des Latins, qui l’'avaient regue des Grecs (les Grecs modernes et les Russes en ont fait leur v). Le B (1najuscule) est tout a fait semblable au B (béta) des Grecs , et notre b (minuscule) a leur 8. Ceux-ci l'avaient eu des Phéniciens , dont Cadmus apporta les caractéres en Grvce. Son nom ancien chez les Orientaux était Get; beth chez les Phéniciens et les Hébreux, devs en langue runique, et bowki chez les Russes.

Le B est une des lettres que les grammairiens hébreux , chaldéens , syriens et arabes appellent /abiales, parce que les lévres (/abia) sont le principal instrument de la prononciation de ces lettres. Le B a beauco.p d’aflinité avec d’autres lettres labiales, telles que le V, le P, et le @ des Grecs , ou notre F, que nous tenons des Latins. De 1a vient que dans les manuscrits le B et le V sont souvent mis Pun pour l'autre; que les Armeniens ont trés-souvent inis le B pour le P, et le P pour le B; quils disent, par exemple, Betrus au lieu de Petrus, Baulus au lieu de Pazlus, et Apraham pour Abraham, De 1a vient encore que dans la pronunciation latine on ne distinguail pas beaucoup le B et le V, comme il parait par les manuscrits, ou nous trou- Yons amabit pour amavil, et amavil pour amabil, berna pour verna, et autres changements semblables, sur lesquels était fondee Péquivoque d’Aurélien sur l'empereur Bonose, grand buveur; Non ut vivat natus est, sed ul bibat Les Espagnols et les Frangais qui sont voisins des tro.tiéres @Espagne, comme les Gascons et les Basques, ont con-ervé cet usave, ne mettant guere de différence entre le B et le V, quoique le son de ia premiere soit plus fort. On trouve souvent chez les Latins la substitu ion des mots opsequens a obsequens, bolcano a volcano, jubentus a Juventus, bizit a vizit. Plutarque, dans ses Questions Grecques, dit que les Macedoniens changeaient le @ en B, et pronongaient Bilippe, Balacre et Beronice, pour Philippe, Phalacre et Pheronice. Au contraire, ceux de Delphes a la place d’un 1] mettaient un B, disant Babery pour Iabew et Bixpov pour Elxgov, aussi bien que les Eoliens. Les copistes latins ont qnelquetois aussi change le B en M, et tls ont écrit : Muscaude pour Bascuuda, Cumamus pour Cubabus. lis écrivaient suppono, oppono, au lien de subpuno, obpono, et pronongaient optinuit, quoiqu'ils écrivissent obtinurt, comme Ia remarqué Quintilien.

On dit ordinairement d’un ignorant qu'il ne sait ni A ni B; @un homme malin, qu'il est marqué au B, parce que ceux

qui sont borgnes, boiteux ou bossus, sont réputés avoir de esprit et de la malice.

B chez les Latins était une lettre numérale, qui signifiait 300, comme le constate le vers suivant :

Et B trecentum per se retinere videtur,

Quand on mettait un trait horizontal au-dessus, il signifiait 3,000. Chez les Grecs le § signifiait 2, et 2,000 avec un accent en bas. Chez les Hébreux il se prenait aussi pour 2. — En termes de calendrier B est la seconde des sept lettres dominicales. — C’est le caractére par leauel on distingue les monnaies fabriquées dans la ville de Rouen. Le double B (BB) est la marque de la monnaie de Strasbourg.

Dans les formules chimiques B signifie le bore, Ba, le baryum, Bi le bismuth, Br le brome.

En musique, B placé en téte d’une partie sert 4 indiquer par abréviation la partie de basse. B fa si, ou B fa mi, ou simplement B, est le nom du septi¢me ton de la gamme de Guy d’Arezzo.

Sur les inscriptions et sur les médailles B est Pabréviation d’un mot dont il est l'initiale, ou bien dun nom propre, d’un prénom, d’un surnom, d'un titre; il désigne aussi le sé nat, le conseil d’un peuple. Ajouté au nom d’un magistrat, dun préteur, d'un archonte, il indique que ces personnages sont en fonction pour la deuxiéme fois. Deux B accolés ainsi, BB, veulent dire bené, bené, ou trés-bien ; deux B a la fin d'un mot en indiquent le pluriel ; noss c#ss, Nobilissimé Casares; en téte d'une preface, B. L. signifie benevole lector. B. F. dans une dedicace veut dire bone fortune; placées ala téte des ordonnances, ces deux lettres désignaient deux mots de bon augure : bonum fatum. B. VY. sur une pierre tumulaire signitient bené vizit ; B. Q., bene quiescat.

BAADER (Frangois-Xavier ne), philosophe allemand counu par ses tendances mystiques et religieuses, né & Viunich, en 1765, mort dans la méme ville, le 23 mai 1841, étail sujet dans sa jeunesse au somnainbulisine. I! étudia d@abord la médecine a Ingolstadt et a Vienne; mais plus tard il se livra a l'étude de la minéralogie, notamment a Freiberg, sous la direction du celébre Werner, a partir de 1748. Aprés avoir fait un grand nombre de voyages & Vétranger, tantot seul, tantot en compagnie de son frére Joseph, il fut nommeé en isis directeur général des mines en Baviére. Elu membre de Academie des Sciences de Munich, il se trouva amené a faire une étude wute particuliére de la philosoplue de la nature, science sur laquelle le systéme philosoptique de Scheliing était arrive a exercer une grande influence. C’est ainsi qu’il publia successtvernent un grand nombre de petits traites et de dissertations , pat exemple : Materiuur pour la Physiologie élementaire (Hambourg, 1787), Du carrede Pythagore dans la nuture (Tubingue, 1799), etc., qu'il réunit plus tard dans ses J/aterraux pour la Physique dynamique (Berlin, 1809) ef dans ses Giuvres philosophiques (2 vol., Munster, 1831).

A V’époque de Ja fondation de luniversité de Munich, Baader fut nommé 4 la chaire de dogmatique spéculative; fonctions qu’il conserva jusqu’a sa mort, et qui convenaient mieux a sa nature contemplative.

L’idée premiére du systéme philosophique de Videntité répondait 4 ses tendances naturelles vers le mysticisme, mais i] sut lui donner une direction et une application toutes particulitres. Aussi toute sa vie se passa-t-elle 4 poser les bases d’une contemplation dela nature (physiosophie) qui participait en méme temps de la théologie, ou plutét de la théosophie. Il le tenta tant6t directement, tantdt indirectement et d’une maniére polémique, par exemple, dans sa Révision des philosophismes de Vécole de Hegel, dans ses rapports avec le christianisme ( Stuttgard, 1836 ). Dans le méme but, il publia un grand nombre d’écrits, parmi lesquels nous citerons surtout ses Lecons sur la Dogmatique spéculative (Stuttgard, 1828 et 1838) ; Lecons sur une théorie future du sacrifice ou du culte (Munster, 1836). Parmi les écrivains qui ont essayé de réunir systématiquement les idées de Baader, qu'il n’a guére formu- Iées lui-méme que sous forme d’aphorismes, il faut surtout citer Hoffmann et son Introduction aux Doctrines spéculatives de Francois Baader ( Aschaffenbourg, 1836).

Baader essaya aussi d’intervenir comme médiateur dans les querelles de |’Egiise moderne, par exemple dans son Ouvrage posthume intitulé : le Catholicisme oriental et occidental (Leipzig, 1841).

Son frére ainé , Clément-Aloys de BAaver, éditeur de la Baviére Savante, né le 8 ayril 1762, mourut le 23 mars 1838, conseiller de gouvernement et d’école.

Son troisiéme frére, Joseph de BAaper, membre du conseil supérieur des mines en Bayitre, célébre minéralogiste et mécanicien, né a Munich, en 1763, mort en la méme ville, le 20 novembre 1838, s’était beaucoup occupé des perfectionnements a apporter a la construction ces chemins de fer, et avait fait de nombreuses et heureuses expériences pour faciliter la traction. Cependant ses idées ont généra-. lement été peu godtées , faute peut-¢tre d’avoir eu pour elles la sanction de l’expérience. On a de lui, entre autres, Théorie des Pompes aspirantes et foulantes (Baireuth, 1797; nouvelle édition, Hof, 1820); Nouvelles Propositions et inventions pour améliorer les ouvrages hydrauliques employ¢s dans U exploitation des mines et des salines ( Baireuth, 1800; nouvelle édition, Hof, 1820); Sur un nouveau Systeme de Mécanique créatrice (Munich, 1871); Huskisson et les Chemins de fer (Munich, 1830). ,

BAAL, chez Jes Babyloniens Bel, nom générique de Dieu chez les Phéniciens et les Carthaginois, et qui dans le systéme religieux des tribus phéniciennes désignait plus particuliérement leur principale divinité male. A Yorigine Baal était le méme que le soleil, en tant que cet astre gouverne et féconde Ja nature par sa chaleur et sa lumiére. Dans le culte sidéral postérieur des peuples de VAsie centrale, le nom de Baal servil 4 désigner la grande étoile du bonheur, la planéte Jupiter. Son caractére mythologique recut les développements et les formes les plus divers, suivant les temps et les lieux; mais on manque de tout renee ae a cet égard. A Baal on associait d’ordinaire Baaltis , divinité femelle, plus généralement appelée Astarté,

Le culte de Baal était magnifique et bruyant. Les temples de ce dieu, ordinairement entourés de colonnes, étaient construits sur des hauteurs, et on lui faisait de sanglants sacrifices.

Les rapprochements qu’on a vyoulu ¢tablir entre Baal et un des dieux supérieurs ou inférieurs des Grecs sont en général trés-hasardés, Toutefois, la légende d’Hercule et le culte rendu & ce héros ne laissent pas que d’avoir quelque analogie avec le culte de Baal, vraisemblablement parce que Vorigine en était phenicienne,

BAADER — BABATAG

L’Ancien Testament mentionne Baal dans les termes les formes les plus divers ; il lui applique des surnoms différents : le plus connu est celui de Baalsefouf ( dans forme grecque, Beelzebub ).

Beaucoup de noms babyloniens , phéniciens et carthagi nois sont composés du mot Baal : par exemple, Annibal, Asdrubal, etc.

L’introduction du culte tout sensuel de cette divinit parmi les Israélites , sous les rois juifs de ’époque postérieure , excitait le juste courroux des prophetes, qui rivalisaient de zéle et d’indignation pour le flétrir. Aussi les ex. pressions de culte de Baal, prétre de Baal, sont-elles devenues synonymes didoldtrie et de serviteur hypocrite de la Divinité.

BAALBECK. Voyez Baber.

BAANITES, sectateurs d’un certain Baanet, quise disait disciple d’Epaphrodite, et qui renouvela vers 801 les erreurs des manichéens,

BAASA, fils d’Ahia, de la tribu d’Issachar, fut d’abord général du roi Nadab, fils de Jéroboam. Puis, conspirant contre ce prince, il le tua au siége de Gebbethon, et usurpa le tréne d’Israel (953 avant J.-C. ). Il extermina toute la famille de Jéroboam , se souilla de crimes, et s’abandonna a Vidolatrie. Il fut battu par Asa, roi de Juda. Sa dynastie finit avec-son fils Ela, tué en 929 par Zamri, commandant de ses chariots,

BABA, mot ture, qui a la méme signification que papa, pére ou grand-pére. Les habitants d’Alexandrie nommaient ainsi leur patriarche. C’est aussi le nom de quelques personnages orientaux.

BABA, fameux imposteur turkoman, qui, a l’exemple de Mahomet, se faisait passer pour prophéte et envoyé de Dieu dans le douziéme siécle, leva une nombreuse armée, mit & feu et & sang la Natolie ou Asie Mineure, et battit en plusieurs rencontres les troupes du sultan seldjoukide Kai- Khosrou II. Mais les chrétiens, qui formaient une partie de l’armée de ce prince, mirent en déroute ces sectaires l’'an 638 de Vhégire (1240 de J.-C.), en passérent le plus grand nombre au fil de I’épée, et coupérent la téte au faux prophéte.

BABA BAZARLU, Ture contemplateur et 4 demi fou, passa sa vie dans une cellule, ot il ne s’occupait qu’a observer les choses célestes et a lire, non des livres, mais un seul mof,

u, qu'il avait fait écrire en lettres énormes sur la muraille, et qui signifie en arabe celui qui est, VEtre-Supréme.

Avant de monter sur le tréne de Perse, Feth-Ali-Chah s’appelait Baba-Khan., H. AUDIFTRET,

BABA ( Patisserie), giteau d’origine polonaise, dans lq composition duquel entre la plus belle farine, du beurre trésfin, beaucoup d’ceufs, du sucre, du sel, du raisin de Corinthe, du raisin muscat de Malaga, du cédrat confit, de l’angélique confite, du safran, de la créme et du vin de Malaga. Oy croit généralement que c’est le roi Stanislas, beau-pére de Louis XV, qui importa cette espdce de patisserie en France. D’aprés une recette donnée par la comtesse de Kisseleff , née comtesse Potocgka, et parente des Leczinski,le véritable baba polonais devrait se faire avec de la farine de seigle & du vin de Hongrie. On voit quelquefois & Paris, dans le mains de quelques gourmands, ou aux étalages de quelquesuns de nos praticiens , des babas qui ont été fagonnés dans de petits moules ; mais ils se desséchent trop aisément pour que les gens de goat puissent approuver cette méthode économique.

BABATAG, ville forte du sandjak de Silistrie, dans la partie nord-est de la Turquie d'Europe, batie dans une contrée marécageuse entourée de montagnes, possdde une population de 10,000 Ames, une école supéricure et cing mosquées, dont la plus belle est celle que fit construire Bajazet 1°". Ce sultan peupla de Tatares cette ville, qu'il venait de fonder, et lui donna le nom d'un saint dont le tom-

BABATAG — BABENBERG

beau, situé sur une hauteur voisine, est Pobjet de nombreux pélerinages. Babatag fait avec la mer Noire un commerce auquel le port de Kara-Kerman sert d'entrepdt. Dans la plupart des guerres de la Porte contre la Russie , Babatag fut le quartier général de Varmée turque. Au commencement de 1855 les Russes s’emparérent de cette ville dans une reconnaissance et la quittérent aussitot. F BABBAGE (Cuartes), professeur de mathématiques Cambridge, membre correspondant de l’Académie des Sciences morales et politiques de France, Yun des savants .es plus illustres dont s’enorgueillisse aujourd'hui l’Angleterre, est né vers 1790. Parmi ses travaux, i] nous fant tout @abord citer ici ses Tables logarithmiques et trigonomeuriques, qui se distinguent par leur exactitude et la commoaite de leur disposition. La lenteur et la difficulté des opérations qu’exige la construction de ces sortes de tables, surtout lorsqu’elles doivent avoir des proportions étendues, suggérdrent & M. Babbage Vidée de confier ce travail 4 une machine. Chargé par le gouvernement anglais de la réalisation de ce projet, ileut soin, avant d’entreprendre ce travail, d’aller visiter un grand nombre d’ateliers de mécanique et d’étudier les divers systtmes de machines, tant en Angleterre que sur le continent, afin de bien connaitre l'ensemble des forces auxiliaires de la mécanique , et de les pouvoir combiner et utiliser dans sa gigantesque construction. Cette étude préalable lui fournit les matériaux de son ingénieux Traité sur P Economie des Machines et des Manufactures, traduit de Panglais une premiére fois par M. Ed. Biot, et une seconde per M. Isoard, sous le titre de Science économique des Manufactures. M. Babbage y expose dune maniére tréslucide le grand principe de la division du travail, qui est Ia bese de l'industrie manufacturiére. « Cet ouvrage, dit M. Blanqui, est un hymne en faveur des machines. L’auteur en fait ressortir les plus merveilleux résultats avec une exactitude math4matique, et il démontre fort bien tout ce que ’humanité doit gagner en soulagement physique et en dignité morale 4 se débarrasser par les machines de ses plus rudes travaux. »

Enfin M. Babbage commenga sa machine a calculer, qui, pour atteindre son double but d’effectuer les calculs et den écrire les résultats, devait se composer de deux parties distinctes, l’une pour calculer et l'autre pour imprimer. La construction de la premiére de ces parties, commencée vers 1828, étaif A peu prés achevée en 1833, et avec une admirable perfection , lorsque survint une interruption dans les travaux. La seconde partie n’était pas encore alors 4 - moitié terminée, et déja la dépense totale s’élevait A une somme de 17,000 livres sterling (425,000 fr.). Comme le complet achévement de la machine eft au moins exigé le double de cette somme, on renoncga a la terminer, et M. Babbage s’occupa de projets relatifs 4 la construction de machines ok grandes pour toutes les opérations algéoriques. On doit encore 4 ce savant: Observations on the temple of Serapis, e& Pozzuoli (1846), the Exposition of 1854 (1851), dont il ya eu deux éditions, et Passages from the life of a philosopher (1864, 2 vol.), qui sont les mémoires de sa vie. — Babbage est mort le 20 octobre 1871, 4 Londres, BABEL (Tour de). La Bible raconte dans le premier livre de Moise qu’il n’y avait d’abord qu’une seule langue sur toute la terre. Aprés le déluge, les fils de Noé se retirérent yers les plaines de la Mésopotamie, oti ils se mirent A cuire de la brique avec V'intention de batir une ville au milieu de laquelle s’léverait une tour dont le faite atteindrait le ciel. Mais Jéhova détruisit cette audacieuse entve-

prise, en punition de laquelle il confondit les langues, deteue |

Sorte que les hommes ne se comprirent plus entre eux, en méme temps qu’il les dispersa sur tous les points de la terre. La ville fut nommée & cause de cela Babel, nom qui veut dire confusion. Ce récit se rattache d’abord a un fait historique de la plus Laute antiquité, 4 savoir la construction

de la ville de Babylone, qui fut incontestablement l'un dea premiers foyers de la civilisation, La tour de Babel est parfaitement reconnaissable dans le grand temple de Bélus 4 Babylone. Ce temple, d’aprés le témoignage toujours concordant des écrivains classiques, était l'un des édifices les plus remarquables de cette ville, si riche en monuments magnifiques. Hérodote et Diodore nous ont donné la description du temple. Le premier nous représente cet édifice comme un carré de huit stades de circuit, qui, au rapport de Strabon, atteignait une élévation de 625 pieds, Un grand escalier circulaire permettait d’en atteindre le faite, ot se tronvait placé le sanctuaire de la divinité, A laquelle, toutetrois, une statue d’or était consacrée 4 Pétage inférieur. Les murailles en étaient ornées de sculptures semblables aux scénes de chasse assyriennes de Ninive. Cette tour ne seryait pas uniquement aux cérémonies du culte, mais encore @observatoire astronomique.

1 serait diflicile d’indiquer l’époque précise oi ce temple fut détruit. 1] existait @ailleurs encore & ’époque d’Aristote Alexandre le Grand ne le trouva plus qu’en ruines, et fit @muules efforts pour enlever les décombres-de ce gigantesque édifice. Un immense monceau de briques brisées, situé sur la rive occidentale de l’Euphrate, et désigné sous le nom de Birs Nimroud, rappelle le souvenir de cette colossale construction dont M. ¥. Place a exploré [es ruineés,

La tradition que nous venons de raconter contient en outre une explication au sujet de la diversité des langues, encore bien que toutes les races humaines descendent d’une seule et méme souche. Elle y voit un mal, attendu que cette diversité a rendu plus difficiles les rapports des hommes entre eux; elle la présente en conséquence comme une punition immédiate de Dieu; opinion a l’égard de laquelle l’auteur de !a Genése se trouve d’accord avec divers autres philosophes de V’antiquité, notamment avec Platon. Il sera facile de concevoir pourquoi Babylone fut choisie pour le siége de cette confusion des langues, si l’on réfléchit que, cette ville ayant été l’un des grands foyers de la civilisation et de la vie du monde antique, une foule d’individus appartenant aux nations les plus étrangéres les unes aux autres par Vorigine et par lalangue devaient constamments’y rencontrer

Quant au troisiéme point de la tradition qui nous occupe, celui qui donne au nom de la ville de Babel le mot confusion pour synonyme, il serait tout aussi difficile de le démontrer et de le soutenir philologiquement que tant d’autres étymologies plus ou moins hasardées., Evidemment ce nom indiquerait plut6t des sonvenirs se rapportant au culte du dieu Bel ou Baal.

BAB-EL-MANDEB, c’est-d-dire Porte de la Tristesse. C’est le nom du détroit sifué entre l’Arabie et le confinent africain, qui met la mer Rouge en communication avec le golfe d’Aden et lamer des Indes. La presqu’ile d’Arabie se rapproche ici par le promontoire de Djebel Manhali, haut de 288 métres, 4 une distance de 44 kilemétres de la cdte d’Afrique, qui au Ras-Sejan afteint une élévation de 122 métres. Au milieu du détroit, mais cependant plus prés de la cote d’Arabie, est située Pile de Périm, rocher nu et aride, que les Anglais ont fortifié de nos jours, et qui divise le canal en deux passes, dont la plus étroite est du cdoté de PArahie, et la plus large dui cété de lAbyssinie, C’est la premiére que les navires choisissent d’ordinaire, & cause de son bon fond d’ancrage. Tout prés de la cote d'Afrique on rencontre huit petites files, appelées des huit Freres. Le courant dans cette passe est ordinairement d'une grande ViGieitve, ef ia rend extrémement dangereuse pour les baments de petites dimensions. C’est cette circonstance, jointe a laspect nu et désolé des cétes, ainsi qu’aux fréquents coups de vent qui régnent daus ce détroit, qui lui ont fait donner, dit-on, le nom sous lequel il est désigné.

BABENBERG (Comtes de). Cette famille, une des plus anciennes de |’Allemagne, descendait, dit-on, des rots

francs. Dés le neuvieme siécle il est question des Babenberg comme possédant de riches domaines dans ce qu’on appelle aujourd'hui la haute Franconie, et aux environs de Bam berg, villedont le nom provient du chateau de Babenberg, siége de cette famille, situé a peu de distance. Ils devinrent souverains de cette contrée avec le titre de gaugraves dés Yan 908; mais leur importance politique ne date véritablement que du moment ot Léopold I**, l'un de leurs descendants, devint, en 983, margrave d’A utriche. Cette famille s’éteigniten 1246, en la personne de Frédéric le Belliqueux, duc d’Autriche. Une ligne collatérale, fondée par Henri, tils cadet de Henri Jasomirgott ( mort en 1177), et dont les chefs prenaient le titre de ducs d’Autriche Mcedling, s’était éteinte dés I’an 1226, en la personne de Henri le Cruel.

BABENHAUSEN, ancienne seigneurie immédiate de Yempire, aujourd'hui justice seigneuriale des princes Fugger, dansle cercle bavarois de Souabe et de Neuburg, W@une superficie de 124 kilom. carrés, avec une population de 6,762 habitants. Elle a pour chef-lieu le bourg ae Babenhausen, ou se trouvent deux chateaux, un beau parc et 1700 habitants. C’est la que résident les princes de Fugger- Babenhausen.

Cette seigneurie passa, vers le milieu du seiziéme siécle, des mains des anciens sires de Babenhausen dans celles des comtes de Kirchberg , puis succcessivement aux sires de Feerber et aux barons de Rechberg, qui, en 1538, la vendirent aux comtes de Fugger Elle fut médiatisée en 1806. — Il y a une petite ville du méme nom dans le grand-duché de Hesse-Darmstadt : population, 2,350 habitants.

BABEURRE. Voyez Beurne. |

BABIL, BABILLARD, BABILLER. Ce serait bien miracle que dans un Dictionnaire de la Conversation on edt oublié Varticle Babil. Notons @abord que ce mot est formé des syllabes ba bi, qui appartiennent au vocabulaire de l’enfance, expriment des idées relatives a cet age, et imitent le bruit et l’action de parler. Plusieurs savants, Nicod, Grotius, Postel , etc., donnent a ce mot une origine plus relevée, plus iflustre, et le font remonter jusqu’a la tour de Babel. Notre grand Moliére semble avoir adopté cette étymologie dans ces vers du Tartufe :

C’est véritablement la tour de Babylone, Carchacun y babille, et tout le long de l’aune.

Babiller, c’est parler beaucoup sans rien dire, ou, ce qui revient au méme, c’est dire des riens, tenir des discours superflus, insignifiants ; c’est causer, jaser, caqueter, bavarder atort eta travers, comme font les femmes, auxquelles s’applique merveilleusement le mot babil :

Et je sais méme sur ce point Bon nowbre d' hommes qui sout femmes,

Babiller est encore un terme de vénerie. On dit d'un limier qui donne de la voix : Ce limier babille trop ; il faut lui 6ter le babil, le rendre secret. Quel moyen emploiera-t-on pour cela? je l'ignore. Mais s’il est eflicace pour faire taire les chiens, pourquoi n’y aurail-on pas recours pour fermer la bouche aux hommes? Si le Frangais passe pour le plns babillard de tous les peuples, le Parisien est sans contredit le plus babillard de tous les Frangais. On babille dans le cabinet, dans l’antichambre, dans lappartement; ce n’est pas assez, la conversation recommence 4 la porte, elle se continue du haut en bas de l’escalier ; on est trop loin pour s’entendre, et l’on se répete encore ce que lon s'est déja dit. Dans les boutiques, dans les marchés, que de paroles avant de concture la plus petite emplette! Dans les cafés, dans les cabinets de lecture, que de commentaires sur un article de gazette! Dans les rues, sur les quais, sur la riviére, quels flux de paroles précédent et terminent les rixes et les gourmades! On babille dans ies salons comme dans Jes estaminets ; on s’arréle dans les rues pour habiller, au msque d’étre écrasé par les voilures : foreé par Pomni-

BABENBERG — BABINET

bus de se séparer, les interlocuteurs se rejoignent bientét

. pour reprendre leur conversation.

Phocion appelait les babillards larrons de temps. Il les comparait aux tonneaux vides, qui rendent plus de son que’ les tonneaux pleins. Moi qui m’évertue a babiller, tant bien que mal, pour définir le babil et corriger, si je peux, les babillards, sans parvenir 4 me corriger moi-méme, je crains fort qu’on ne m/’accuse, 4 mon tour, de nétre qu’une fulaille, Et pourtant sur ce chapitre j’aurais bien des choses a dire encore. Mais qui m’empéchera de reprendre ma conversation aux mots BAvVARD , BAYARDAUE, Caquet, CagueTace, ete. ?

; H. AvpIFeReT.

Ajoutons seulement qu’une feuille périodique anglaise illustrée par la plume d’Addison a porté le nom du Babillard, et qu'une comédie de Boissy, sous le méme titre, est restée au répertoire de la Comédie-Frangaise,

BABINE ( République de ), société satirique et littéraire, fondée en Pologne au milieu du seiziéme siécle par Stanislas Pszonka, seigneur de Babine, l'un des beaux-esprits de la cour du roi Sigismond-Auguste. Le but de cette réunion était la critique des ridicules des personnages marquants de l’époque. On y décernait des titres et des charges imaginaires, dont la collation avait toujours pour but quelque satire sanglante ; aussi, 4 une époque oi la liberté dela presse n’existait pas, cette association de frondeurs ne laissa-t-elle pas d’exercer pendant un certain laps de temps une influence salutaire et décisive sur les mceurs. Aucun personnage d’un rang élevé n’échappait 4 sa censure, qui receyait tout aussitét une immense publicité, grace a la malignité naturelle d’une société que cette justice souveraine , mais impartiale , satisfaisait dans ses rancunes comme dans ses instincts généreux. Sigismond-Auguste ayant demandé a Pszonka s’il y avait un roi dans sa république : « Vous régnez a Babine comme en Pologne, lui répondit le caustique fondateur ; et tant que vous vivrez, nous ne songerons pas a nous choisir un autre roi. »

Pszonka muurut en 1570. Ses successeurs maintinrent encore longtemps la république de Babine ; mais elle s’affaissa un jour comme celle de Pologne, et disparut dans les troubles du pays. Sea archives avalent été enlevées par les Suédois sous le régne de Jean-Casimir. Le prince Adam Czartoryski, ministre des affaires étrangéres de Russie, obtint en 1802 la restitution d’une faible partie de ces documents, entre autres celle des protocoles de la République lilliputienne , dont les derniers portent la date de 1677.

AVimitationde ce qui se pratiquait en Pologne, plusieurs républiques du méme genre s’étaient formées dans différentes cours de l'Europe. Celle qui avait été établie & la cour de I’électeur de Cleves demeura longtemps célébre en Allemagne. be

BABINET (Jacques) naquit & Lusignan, le 5 mars 1794. Sa famille, qui remplissait de pére en fils des fonctions dans la magistrature, le destinait & la méme carriére; mais le jeune Babinet montra plus de vocation pour l’étude des sciences que pour le droit. Sans doute, les legons de Binet, qu'il suivait au iycée Napoléon, contribuérent beaucoup a développer ceite tendance. 1] quitta le lycée pour entrer a PEcole Polytechnique, et apres A l'Ecole d’artillerie de Metz ; le 5° régiment d’artillerie l’a compté quelque temps dans ses rangs.

Sous la Restauration nous trouvons M. Babinet professeur de physique au collége Saint-Louis. Ses recherches se sont plus particuliérement portées sur optique météorologique et minéralogique; lAcadémie des Sciences et la Société Philomathique renferment dans leurs archives plusieurs mémoires de M. Babinet sur cette partie de Ja physique. C'est aussi A cette époque qu'il) faut rapporter Jes mémoires sur la Mesure des forces chimiques, sur la Masse de la planete Mercure, sur les Couleurs des ré« seaux, sur la Determination du magnétisme terrestre,

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