‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 5)Chapitre 21 sur 488 · ARME. — ARMEMENT · texte numérisé non relu

ARME. — ARMEMENT

Somme toute, notre organisation militaire est la meilleure qui existe. F, »¢ Béraune, off, supér, d’état- major. ARMEE ( Police d’). Voyes PoLice MILITAIRE.

“ARMEE NAVALE., Pour composer une armée navale il faut au moins vingt-sept vaisseaux de ligne. La tactique veut en effet que armée navigue sur trois colonnes, que chaque colonne soit composée de neuf vaisseaux , que chacune de ces colonnes, qui compose elle-méme une escadre, puisse en certains cas se former sur trois colonnes de trois yaisseaux chacune. Ainsi , une armée nayale, en se subdivisant de la sorte, est formée de trois escadres de neuf vaisseaux, qui forment eux-mémes trois divisions de trois vaisseaux. Ce vaste ensemble, se décomposant en parties homogéues, présente & la mer le tout le plus complet et le plus favorablement divisible que l'on puisse trouver. Aux vaisseaux de ligne dont se compose une armée nayale i] faut ajouter encore le nombre de frégates, corvettes et avisos qui forment ce qu’on appelle lescadre légére, et dont une partie est affectée au service de chacune des divisions de l’armée. Cette escadre, qui n’est pas destinée a combattre en ligne, est chargée spécialement des missions pour lesquelles lamiral ne juge pas a propos de dégarnir ses colonnes. Pendant le combat les frégates et les corvettes parcourent la ligne pour retirer du feu ou pour aider dans leur action les vaisseaux avariés par ’ennemi. Pendant la route que fait l'armée, les frégates dont la marche a été reconnue supérieure servent a transmettre aux divers vaisseaux les ordres verbaux qu’elles recueillent de l’amiral, et qui ne peuvent se transmettre minutieusement par le moyen de signanx; ou bien elles répétent les signaux, ou donnent la chasse aux batiments en vue. Ed. Corsiére, ARMELLINI (Cuarzes), triumvir de la république romaine en 1849, est pé 4 Rome en janvier 1777. Il fit ses études au Collége romain, ou il devint, en 1798, professeur de rhétorique et de littérature grecque. Il fonda Pacadémie lyncéenne et fut regu membre de l’académie archéologique. Le pape le nomma avocat consistorial. En 1809, les Etats Romains ayant été réunis a empire Frangais, Armellini fut nommé conseiller de la cour impériale de Rome. A la restauralion du pape, il fut envoyé & Ancéne comme gouverneur des Marches, puis il siégea ala cour d’appel de Macerata. Rappelé a Rome, il parvint a faire conserver aux Romains le code decommerce frangais 4 peine modifié. Il était revenu au barreau. Pie IX, 4 son avénement, le chargea de préparer différentes réformes. Conservateur municipal, puis prosénateur de Rome, il fut élu député en 1848, et viceprésident de la chambre. Aprés la fuite du pape, il accepta le ministére de l’intérieur sous le gouvernement provisoire, et prononga le discours d’ouverture de l'assemblée constituante. La république ayant été proclamée, Armellini fut élu un des trois triumvirs chargés du gouvernement exécutif. Dans ces fonctions, il s’opposa de tout son pouvoir a toule mesure violente, et s'occupa surtout de mesures Kgislatives. Les progrés de l’armée frangaise dans le siége de la ville de Rome forcérent les triumvirs a donner leur démissicn. L’assemblée nationale romaine leur vota des remerciments. Le 10 juillet 1849, Armellini s’embarqua pour Marseille avec sa famille. « Ne perdez pas courage, disait-il alors a ses amis, la question n’est qu’ajournée et n’est point encore résolue. » flse retiraa Bruxelles, o& il reprit ses études de jurisconsulte en attendant la régénération de Vitalie. C’est [a gwil est mort le 1% juin 1863, ARMEMENT ( Ari militaire). C’est l'ensemble des préparatifs militaires @une armée qui se dispose a entrer en campagne, c’est-a-dire la réunion des troupes, du matériel , des subsistances, sur les points qui doivent servir de base 4 l’opération qu’on projette. L’armement dépend done enti¢rement des plans tracés dans les cabinets, de la nature de la guerre, de la situation et des ressources du pays. Quel que soit son état militaire, une nation a besoin d’un

certain temps moral pour se disposer a entrer en campagne, De toutes les grandes puissances, la France est celle qui, par les ressources de son sol, par ses communications intérieures, par l’organisation de ses troupes et par ses nombreux établissements, peut réunir le plus promptement de grandes masses et les mettre en action. La Russie, malgré ses nombreuses armées , constamment sur le pied de guerre, a besoin de plus de temps que toute autre puissance pour se préparer a la guerre, tant 4 cause de l’immense étendue de son territoire, que de la pauvreté de son sol.

L’armement des places consiste dans la quantité de bouches a feu, de munitions et de tous les objets qui sont nécessaires pour les mettre en état de défense. Ii doit étre proportionné a Vimportance de la place, 4 la force de la garnison et ala durée présumée du siége dont on est menacé.

L’armement dune redoute, dune batterie, consiste dans les travaux a y faire pour la mettre en état de défense et y placer de Vartillerie.

L’armement des bouches a& feu comprend Jes usiensiles nécessaires au tir de ces bouches, comme écouvillons, refouloirs, tire-bourree leviers, boute-feu , seau, etc.

On nommait armement d’honneur aux quinzieme et seiziéme siécles les piéces de ’armure dont la perte déshonorait celui qui les portait, telles que I’épée ou le bouclier. L’armement Whonneur, donné en grande pompe, était retiré avec des cérémonies qui avilissaient ceux qui en étaient jugés indignes.

On appelle armement des troupes Vensemble des armes portatives des différents corps qui composent une armée. Tl varie selon la nature du-service auquel les troupes sont destinées et selon l’espéce d’armes en usage. Chez les anciens, Parc, la fronde et Varbaléte ne se prétant 4 aucune formation réguliére, l’infanterie de ligne n’avait que des armes de main, et les combats se livraient corps a corps. Aujourd’hui, comme les masses ne s’abordent que. rarement et sur quelques points, la force du fantassin réside surtout dans son feu, et les armes de jet doivent constituer la partie importante de son armement. Quant a la cavalerie de ligne, au contraire, comme toute sa force est dans son choc, le sabre et la lance ont constamment été et seront constamment ses armes par excellence. Voyes ARME.

On appelle encore armement tout ce qui est relatif & lentretien des armes du soldat, dont la durée légale est fixée a cinquante ans, sauf les fourreaux de cuir qui ne doivent durer que dix ans pour les sabres et cing pour les baionnettes. Le ceinturon, la bretelle et la giberne ne sont pas compris dans ’armement; ils forment ce qu’on appelle le grand équipement.

Les réparations relatives a l’armement sont de deux espéces : les premiéres, suite de l’usage des armes, sont a la charge du corps; les deuxiémes, qui résultent de l’incurie du soldat, sont payées sur sa masse.

ARMEMENT (Marine). L’armement d'un navire de guerre se compose non-seulement des canons et de lartillerie, quien font un batiment armé, mais encore de tout ce qui contribue a le mettre en état de prendre la mer. C’est par Veffet de l’extension donnée a ce mot armement, que Von dit qu’un batiment marchand arme ou va armer, quoique ce batiment ne prenne ni un seul canon a son bord, ni le plus souvent méme un seul fusil. Mais il suffit qu'on le dispose de maniére a le mettre bient6t en état d’aller a la mer pour qu’on dise qu’il entre en armement.

L’armement d’un navire quelconque se compose de trois parties principales, et suppose trois opérations majeures : la mature ou plutét le mdtage, Varrimage ou la cargaison,, et le gréement.

On divise les différents genres d’armement en aulant d’espéces qu’il y a pour ainsi dire de destinations diverses & donner aux navires. Il y a deux natures principales d’arme ment, l'armement en guerre et Varmement en paix L’ar-

mement en guerre comprend larmement en course, Ce dernier genre d’armement s’applique aux batiments légers du commerce dont pendant la guerre leurs proprictaires veulent faire des corsaires. Lorsque les batiments de guerre arment sur Je pied de paix , ils ne conservent a bord qu’une partie de leur artillerie et de leur équipage. On dit aussi, pour désigner cette espéce d’armement d’un batiment de guerre, que tel vaisseau ou telle frégate arme en fldte. Lorsqu’un yaisseau de ligne armeen /ltte, on lui retire les canons de sa batterie, et on réduit ordinairement a trois cent cinquante hommes son équipage, qui sur le pied de guerre doit étre composé de sept a huit cents hommes. On ne laisse aux frégates armées de cette maniére qu’une partie des piéces de leur batterie et de leurs gaillards.

Il existe encore en temps de guerre, pour les batiments du commerce, un genre d’armement mixte : c’est l’armement en guerre et en marchandise. Les navires ainsi armés par le commerce se nomment des aventuriers. On remplit leur cale d’objets propres 4 la vente, et on place dans leur batterie, s’ils en ont une, ou sur leur pont, quelques piéces de canon pour le cas ou ils auraient 4 défendre leur cargaison contre l’attaque de quelques petits batiments ennemis. Ces sortes d’armements, qui ont plutét pour but une spéculation mercantile quwune tentative belliqueuse, sont presque toujours destinés, pendant la guerre, a aller approvisionner les colonies des objets qui leur manquent. Il est rare que les aventuriers cherchent en route 4 s’emparer des navires marchands qu’ils rencontrent. Leur rdéle est plutdt passif qu’agressif.

Un vaisseau de guerre armé est le miracle de Vindustrie humaine, a dit Voltaire. Ce mot est surtout vrai pour ceux qui savent quelle réunion defforts et quel concours de moyens ing¢nieux président a V’installation en mer d’un vaisseau de ligne. On congoit difficilement en effet que sur un espace aussi restreint homme soit arrivé 4 rassembler tout ce qui fait la force d’une forteresse, tout ce qui est nécessaire a la subsistance de sept a huit cents bouches pendant un an, tout ce qui peut contribuer a l’agrément et a la propreté de tant d’individus, et qu’il soit parvenu enfin 4 imprimer A Vappareil mobile qui porte tant d’objets et tant d’existences la vitesse d’un coursier infatigable et la solidité que n’ont pas méme les édifices que l’art éléve dans nos opulentes cités. Ed. Corsitre,

ARMENIE ,, pays montagneux, situé entre lAssyrie (aujourd’hui Kourdistan) , la Mésopotamie, plaine qui s’étend au sud du Caucase, |’Asie Mineure et la province médique de l’Atropaténe ( aujourd’hui Aderbaidjan ). Cette contrée se divise en grande et petite Arménie. La grande Arménie est un vaste pays, contenu dans un cercle qui a pour centre le mont Ararat, et pour rayon tout l’espace compris entre ce mont et le Caucase, la Mingrélie, l’Iméret, la Gourie, la Géorgie, le Kaket, le Chirwan, le Ghilan, lAderbaidjan et le Kourdistan (voyez tous ces mots). La petite Arménie, qui tient 4 la grande Arménie par la partie la plus étroite, forme comme une presqu’ile , qui s'étend en Asie Mineure depuis Diarbékir jusqu’a la mer Noire, vers Trébisonde, Les deux Arménies se trouvent sous 36° de latitude septentrionale , entre les 52° et 67° de longitude orientale. Ce pays présente un plateau de 330 myriametres carrés de superficie , qui, s’élevant graduellement les plaines au sud du Caucase jusqu’a la Syrie et

4 Mé-opotamie, forme la transition aux plateaux de l’Aderbaidjan et de ’Iran. On y compte un million d’habitants.

Entre Arménie et la Géorgie, traversant le pays des Lazes jusqu’é la er Noire, se trouvent les monts Elkesi, les monts Chaldéens ( Binegueul des Turcs) et les montagnes de Garine d’Erzeroum et de Trébisonde; ausud-ouest des monts Avakadz, depuis PAraxe jusqwaux bords du Tigre, de l’Kuphrate et du lac de Van, s’étend toute la chaine du mont Ararat; au sud-ouest du mont Ararat, le Nbad (l’anciew Niphatds) ; au

sud de l’Araxe vers J’orient, les monts Caspiens ; enfin, entre l’Arménie et la Syrie sont d’autres montagnes, sans nom précis, parmi lesquelles, du cété de la Perse, se trouvent celles que les Turcs appellent montagnes Noires. Les principaux fleuves sont : 'Euphrate, qui prend sa source dans les monts Binegueul, prés d’Erzeroum, et coule vers le sud, entre la petite et la grande Arménie ; le Tigre, qui sort des monfagnes des Kourdes, et coule parallélement a !’Euphrate; le Kour (Cyrus des anciens), qui sort du mont Barkhar dans la chaine du Caucase; l’Araxe, le Tschorokh ( Bathys ou Akampsis ), et le Kisil Irmack (Lalys). Les plus célébres lacs sont : celui de Van, ou Mer salée, qui a, dit-on, 400 kil. de tour; on lappelle aussi lac d’Aghtamar, du nom @une fle fameuse entre toutes celles qui parsément ce lac par son monastére, oti réside un patriarche de lareligion arménienne. On voit encore au bord du lac de Van Ja digue construite par Sémiramis ; le lac Salé, appelé par Jes Turcs et les Persans lac d’Ourmiah; le lac de Sévan, situé au nord et sur la rive gauche de l’Araxe, et qui prend son nom d'une ile trés-connue par son monastére.

Tout le plateau arménien, qui présente, sous le rapport géologique, les caractéres les plus variés, offre des traees nombreuses d’éruptions volcaniques, et il est encore aujourd’hui sujet a de vio'ents tremblements de terre : on se rappelle encore celui de l’été de 1840. Sur les plateaux, la chaleur est excessive en été, le froid trés-rude en hiver, mais le climat est plus doux dans les vallées. Le sol est presque partout excellent; le manque d’eau seul le rend stérile en quelques endroits. On y cultive le riz, le chanyre, le lin, le tabac; les arbres fruitiers, la vigne et les productions des pays du nord y réussissent fort bien; dans les parties les plus basses, on cultive méme avec succés les fruits du sud et le coton, mais toute la contrée souffre de l’absence de foréts. Les montagnes renferment du fer, du cuivre, du plomb, du sel et du naphte. Favorisée par la nature du pays, l'éducation des bestiaux est plus florissante que I’agriculture ; on éléve surtout beaucoup de chevaux. En outre, l’Arménie abonde en miel et en gibier.

Les Arméniens forment la partie la plus considérable de la population; le reste se compose des débris des peuples conquérants qui les ont tour a tour assujettis, et d'un grand nombre de Turkomans, qui se sont établis au milieu d’eux sans renoncer a leurs habitudes nomades, et qui ont donné au pays le nom de Twrkomanie. Dans la partie méridionale on frouve beaucoup de Kourdes; a Tchorokh, des Lazes, originaires de la Géorgie, et partout des Grecs, des Juifs et des Bohémiens. On porte approximativement a un million le nombre des habitants de souche arménienne. Ils appartiennent par leurs caractéres physiques a la race caucasienne ; ils sont bruns, bien faits, et offrent dans leurs traits le type oriental. Leur littérature et leur aptitude aux affaires prouvent qu’ils possédent des qualités intellectuelles ; mais, privés depuis des siécles de toute culture, ils sont tombés dans ignorance et la superstition. Les Arméniens sont chrétiens, et c’est au christianisme qu’ils doivent en grande partie d’avoir conservé leur nationalité dans les persécutions de Vislamisme et au milieu de peuples professant d'autres croyances. Ils forment une église particulidre (voyes ARMENIENNE [ Eglise]) ; quelques-uns seulement se sont réunis a l’Eglise romaine.

L'Arménie ne forme pas un Etat indépendant ; partagée entre la Russie, la Turquie et la Perse, elle comprend les eyalets d’Erzeroum, de Van, de Kars, et une partie de ceux de Marach, de Sivas, de Chehrezour, de Diarbékir, qui appartiennent Ala Turquie ; les anciennes provinces d'Erivan et de Nachitchevan, une partie du Chirvan, la Géorgie ottomane, qui font aujourd’hui partie de la Russie Transcaucasienne; etla partie nord-ouest de la province persane de l'Aderbaidjan. Les localités les plus remarquables sont E rivan, avecenviron 14,000 habitants; Akh alzik , avec 20,000

ames, et le célébre couvent d’Elchmiadzine, siége du Catholicos, dans lArnénie russe; Erzeroum, Van, Bajazid, avec 15,000 habitants; Diarbékir et Erzingan, avec 30,000, dans ’Arménie otlomane.

Les Arméniens, qui. comme leur langue le prouve, appartiennent a la grande famille indo-germanique, sont un des peuples les plus anciennement civilisés du globe. Leur ancienne bistoire , dans laquelle ils ont introduit beaucoup de traditions judaiques, puisées depuis leur conversion au christianisme dans Ancien Testament, est remplie de mythes , en sorte que tout ce qu’on peut y apprendre avec certitude, cest qu’aprés avoir été @abord gouvernés par des rois indépendants, ils finirent par devenir tributaires des Assyriens et des Médes.

L’Arménie reconnait pour fondateur Haig, célébre par la vicloire quil remporta sur Nemrod. Aram, sixitme successeur de Haig, signala son courage contre les Médes et contre Ninus, et régna sur une partie de l’Assyrie; eest lui qui donna son nom a l’Arménie. Son fils Ara repoussa les séductions de Scmiramis, et mourut en la combattant. Longtemps assujettie 4 l'empire de Ninive, PArménie recouvra son indépendance, grace a la bravoure de Baroui*, qu'elle reconnait comme son premier roi. Le neuviéme successeur de Barouir , Dikran 1°" ou Tigrane, cinquante et uniéme de larace de Haig, selon I’histoire générale, régna en Arménie de 565 4 520 avant J.-C., et fut contemporain de Cyrus, qu'il aida a renverser empire des Médes.

Ses descendants ne tardérent pas a étre de nouveau soumis par les Perses. Le dernier d’entre eux périt l’'an 328 ayant J.-C., en combattant contre Alexandre le Grand, qui incorpora |’Arménie 4 son empire.

Aprés la mort du héros macédonien , cette province subit de nombreuses vicissitudes et tomba enlin sous la domination des Séleucides, qui la firent administrer par un gouverneur. Deux de ces gouverneurs, Artaxias et Zariadrés, réussirent 4 se rendre indépendants, entre les années 223 et (90 avant J.-C., pendant la lutte d’Antiochus le Grand contre les Romains, et ils se partagérent le pays, qui fut dés lors divisé en grande et en petite Arménie.

La grande Arménie échut en partage 4 Artaxias, dont la dynastie ne régna que peu de temps, puisque dés le milieu du denxiéme siécle ayant J.-C. ce pays était gouverné par une branche des Arsacides; cette seconde dynastie, fondée par Valarsaces, établit sa résidence a Nisibe. Le prince le plus célébre de cette famille fut Tigrane le Grand, qui aux conquétes de ses prédécesseurs dans |’Asie Mineure et le Caucase, ajouta la Syrie, la Cappadoce, la petite Arménie, et enleva aux Parthes la Mésopotamie, |’Adiabene et l’Atropaténe. La guerre dans laquelle il fut entrainé contre les Romains par son beau-pére Mitlridate, roi de Pont, lui {fit perdre presque toutes ses conquétes, 63 ans avant J.-C. Les attaques des Romains a louest et des Parthes a lest amenérent le déclin rapide du royaume de la grande Arménie. Les successeurs de Tigrane durent reconnaitre la suprematie tantot des uns, tant6t des autres, et, profitant de la faiblesse des rois, les yassaux se rendirent de plus en plus indépendants; pendant un instant, sous Trajan, la grande Arménie ne fut méme plus qu’une province ronaine, Dés lors son histoire n’offre qu’une suite non interrompue de réyoltes et de guerres , d’usurpations et de violences. Si de loin en loin ce royaume semble se relever de son abaissement, c’est pour y retomber bientot. On comprend sans peine que les Sassanides se soient emparés,en 232, de la yrande Arménie, et qu’ils en soient restés les maitres pendant vingt-huit ans.

Le roi Tiridate I1[ parvint avec le secours des Romains , dont i] se reconnut le tributaire, 4 se remetire en possession de ses Etats. Ce fut sous son régne que le christianisme commenca 4 se répandre en Arménie. Les chrétiens curent @abord a souffrir de violentes persécutions ; mais Tiridate

s’étant converti lui-méme, le christianisme devint 1a religion de Etat, et supplanta, non pas toutefois sans des luttes sanglantes, les croyances anciennes, qui vraisemblablement n’étaient au fond que les doctrines de Zoroastre altérées par des mythes grecs et les superstitions de l’Asie moyenne. Il nest pas difficile, en effet, de retrouver dans Aramazt et Mihir les deux plus puissantes divinités arméniennes , les noms d’Ormuzd et de Mithra; mais les Arméniens adoraient en outre une espéce de Vénus, Anaitis, ainsi qu’une foule d'autres dieux, a qui ils sacrifiaient des victimes, usage qui n'est point prescrit par la religion de Zoroastre. Au reste, le christianisme fut impuissant a arréter la décomposition intérieure du royaume ; il ne put pas méme lui procurer le secours efficace des empereurs d’Orient contre les invasions des Sassanides. Au contraire, Grecs et Perses travaillérent 4 Penvia le déct:izer.

En 428 le roi de Perse Bahram V déposa Artésir LV, réunit la grande Arménie a ses Etats, et mit ainsi fin a la dynastie arménienne des Arsacides. L’empereur de Constantinople, qui possédait dja la petite Arménie, profita de Poccasion pour s’emparer d’une faible portion de ’Arménie vecidentale ; mais ses successeurs en furent déposs‘dés en partie par les Sassanides, en partie par les Arabes. Les rois de Perse ve firent guére sentir leur pouvoir a leurs nouveaux sujets que par leurs violentes et inutiles persécutions contre la religion chrétienne. En 632 ils furent détrondés et remplacés par les khalifes. Dans les guerres de ces derniers contre les empereurs d’Orient, l’Arménie eut horriblement a souffrir, et déja Jes Arabes la regardaient comme une proie assurée, lorsque Aschod I, de l’'ancienne et puissante famille des Pagratlides, prit les armes, chassa les oppresseurs de sa patrie, se fit couronner roi en 885, et fonda la troisiéme dynastie arménienne.

Sous ses successeurs la grande Arménie se releva de ses ruines, et jouit d’un bonheur auquel elle n’était pas accoutumée; mais des dissensions qui éclatérent dans la famille méme des Pagratides, a la fin du dixiéme ef au commencement du onzié¢me siécle, laffaiblirent de nouveau, et la mirent dans limpossibilité de résister aux attaques simultanées des Seldjoukides et des Grecs. Aprés avoir fait massacrer, en 1079, le dernier roi de cette race, les empereurs de Constantinople s’emparérent d’une partie de ses Etats, tandis que les Turcs et les Kourdes se rendaient maitres du reste. Un trés-petit nombre de princes indigénes conservérent une indépendance quils perdirent enfin en 1242, par Pinvasion des Mongols. Deux siécles plus tard, en 1472, la grande Arménie devint une province de la Perse; mais Je sultan Sélim Il en conquit la partie occidentale, qu’il réunit a son empire.

La petite Arménie eut pour premier roi Zariadrés, qui monta sur le tréne an 190 avant J.-C. Le dernier de ses descendants périt dans un combat contre Tigrane le Grand, qui réunif sous son autorité les deux Arménies; mais dés l’an 70 avant J.-C. les Romains lui enlevérent sa conquéte, qu’ils donnérent & Déjotarus , tétrarque de la Galatie, Aprés la mort du fils de Déjotarus, la petite Arménie fut partagée entre plusieurs. princes par les Romains, qui la réduisirent plus tard en province. Depuis cette époque elle partagea le sort de ’empire d’Orient jusqu’a la fin du onziéine siécle, oii elle fut alfranchie du joug de Byzance par Rhoupen, parent du dernier roi de la grande Arménie, qui y avait, ainsi que beaucoup de ses compatriotes, cherché un asile contre les fureurs des Tures et des Persans. Les successeurs de Rhoupen étendirent leur domination sur la Cilicie ct la Cappadoce. Ils jouérent un réle important dans les croisades, et acquirent tant de puissance que Léon II, Yun deux, fut couronné roi par lemperenr Henri VI en 1198. Longtemps le royauime de la petife Arménie fleurit sous la dynastie des Rhoupénides, qui sut habilement s’accommoder avec les Mongols et résister pendant des siécles

aux musulmans. Des troubles intérieurs et ’immixtion du pape dans les affaires ecclésiastiques du pays finirent cependant par réduire le royaume a un tel état de faiblesse qu’il succomba, en 137%, sous les attaques du sultan d’Egypte Schaban. Son dernier roi, Léon VI (ou Livon, Livron d’aprés Vertot), de la maison des Lusignan, rois de Chypre, fut emmené captif par le vainqueur ; mais il recouvra la liberté, et vint mourir a Paris, en 1391. Depuis ce temps, la petite Arménie a passé de la domination des sultans d’Egypte sous celle des Turcomans, en 1403, puis, en 1508, sous celle des Persans, a qui les Turcs l’enlevérent bientot aprés.

Malgré la dure oppression sous laquelle ils gémissent, les Arméniens ont conservé fidélement leur caractére national et leur religion. Beaucoup d’entre eux, pour échapper aux révolutions qui ont bouleversé |’Asie dans le moyen age, et surtont pour se soustraire aux persécutions des mahoméfans, ont pris le parti d’abandonner leur patrie et d’aller s’6lablir dans différentes parties de Asie et de l'Europe. On rencontre des Arméniens dans toute l’Asie antérieure et moyenne jusqu’en Chine; on en trouve en Hongrie, en Transylvanie, en Gallicie (environ 10,000 ames) ; ils sont trés-

nombreux dans le midi de la Russie, od ils ont toujours |

été protégés. Ils ont formé des communautés A Pétersbourg, A Moscou; ils se sont établis 4 Londres et 4 Amsterdam ; ils ont un collége avec une église A Paris; enfin tout le monde connait la célébre congrégation des Méchitaristes & Venise. Nulle part cependant ces émigrants n’ont fondé des colonies plus considérables que dans Asie Mineure, ou les empereurs grecs leur offrirent un asile, et 4 Constantipople, ou ils furent transportés par les premiers sultans osmaniis, qui leur accordérent un patriarche particulier. On n’en compte pas moins de 200,000 dans cette ville et ses environs. On évalue A prés de 100,000 le nombre de ceux que Schah Abbas enleva de leur pays, en 1605, et établit dans un des faubourgs d’Ispahan. De ceux-ci beaucoup s’enfuirent dela Perse pour échapper ala tyrannie, et se retirérent dans les Indes orientales, ot Y’on en compte aujourd’hui une quarantaine de mille. Ce n’est que dans ces derniers temps gue le sort des Arméniens s'est amélioré a la suite des guerres de la Russie contre la Turquie et la Perse. Par le traité de Tourkmantchai, les Perses ont cédé aux Russes les provinces de \’Arménie dont ils étaient les ma’tres, celles d’Erivan et de Nachitchevan ; et par celui d’Andrinople, beaucoup d’Arméniens qui habitaient la Géorgie turque passtrent également sous le sceptre du czar. Pendant la durée de la guerre, une foule d’autres avaient déja émigré de la Perse et de la Turquie, et s’étaient fixés dans les provinces russes au sud du Caucase. A l’époque de la guerre d’Orient, les Russes firent une campagne sur les frontiéres de l’Arménie. — *

ARMENIENNE ( Eglise ). Le christianisme pénétra en Arménie dés le deuxiéme siécle ; Eustbe nous apprend que Denys de Corinthe écrivit une épitre aux chrétiens arméniens gouvernés par ’évéque Mérouzanés. Cependant il ne s’y établit solidement que dans le quatriéme siécle, par les travaux apostoliques de Pévéque Grégoire , surnommé Lousavoritch ou Piluminé , qui conyertit le roi Tiridate , ainsi que par la traduction de la Bible, que Miesrob entreprit dans le cinquiéme siécle. Une grande activité intellectuelle se manifesta dés lors dans VEglise arménienne , et il n’était pas rare de rencontrer des Arméniens parmi les jeunes gens qui fréquentaient Pécole d’Athénes. Dans la controverse sur les deux natures, les Arméniens adoptérent le sentiment des monophysites , et protégés par le roi de Perse Khosroés , qui con jt PArmeénie vers 536, ils assemblérent 4 Thiyen un synode qui rejeta les actes du concile de Chaleédoine, Depuis ce temps ils forment une Eglise dissidente, Pendant plusieurs sidcles lEglise arménienne se distingua parmi les Fglises orientales par le nombre de ses savants. Elle regarde comme son plus grand théologien Nersds de Klah , catholicos du douzidme siecle , dont les ouvrages ont été publiés

ARMENIE — ARMENIENNES

dans ces derniers temps & Venise. D’un autre cété, aucung secte n’a montré autant d’aversion contre l'Eglise orthodoxe que l’Eglise arménienne. A différentes époques, notamment en 1145, 1341, 1440, lorsque les Arméniens réclamaient le secours des chrétiens occidentaux contre les mahométans les papes firent des tentatives d’union ; mais les rois presque seuls y souscrivirent , le peuple resta fidéle a ses croyances, comme en 1341, par exemple, lorsque le pape Benoit XII condamna cent dix-sept hérésies de ’Eglise arménienne. On ne trouve donc des Arméniens unis qu’en Italie, en Pologne, en Gallicie, en Turquie, sur le Don, dans le gouvernement russe de I¢katerinoslay, eta Marseille. Ils ont un archevéque primata Constantinople, et cing autres évéques. Ils recon naissent la suprématie spirituelle du pape, s’accordent avec les catholiques sur les dogmes, mais ont conservé une discipline ecclésiastique particuliére. C’est a cette secte qu’appartiennent les moines arméniens du Liban et les Méchitaristes de ‘ile San-Lazaro a Venise.

Lors de l’invasion des Perses, au dix-septiéme siécle, un grand nombre d’Arméniens furent forcés d’embrasser Vislamisme ; cependant la majorité resta chrélienne, et la Porte Jes a toujours protégés contre les prétentions des catholiques. Voici les points sur lesqueis les doctrines de l’Eglise arménienne différent des orthodoxes. E!le n’aimet. comme les monophysites, qwune seule nature en Jésus-Christ ; elle fait procéder le Saint-Esprit du Pére seulement ; dans administration du baptéme , elle pratique trois aspersions et plusieurs immersions ; elle administre la confirmation en méme temps que le baptéme; elle ne méle pas d’eau au vin dans la céne, et emploie du pain levé qu’on trempe dans le vin et qu’on distribue a la ronde; enfin elle ne donne l’extréme-onction qu’aux ecclésiastiques , et aussildt aprés leur mort. Les Arméniens adorent les saints ; mais ils ne croient pas au purgatoire. Ils surpassent les Grecs dans la rigueur du jetine ; et ils ne célébrent pas autant de fétes qu’eux, ils les observent plus strictement. En Turquie ils célébrent le service divin le plus souvent de nuit ; la messe se récite en ancien arménien, le prone se fait en langue vulgaire. Leur constitution hiérarchique différe peu de celle des Grecs. Le catholicos , chef de toute ’Eglise, réside 4 Etchmiadzine , couvent prés d’Erivan sur Ararat, fondé par George de Nazianze , et cédé A la Russie par le traité de Tourkmantchai Chaque Arménien doit y faire au moins un pélerinage dans sa vie. La vente du saint-chréme aux prétres et les offrandes des pélerins fournissent au catholicos les moyens de pourvoir aux dépenses du culte et d’entretenir d’excellentes écoles normales, C’est lui qui inyestit les patriarches de Constantinople et de Jérusalem, les archeyéques et les évéques de P’Arménie , et qui les confirme ou les réyoque tous les trois ans. Les autres ecclésiastiques ont le méme rang el remplissent les mémes fonctions que !es prétres de l’Fglise orthodoxe., Les moines suivent la régle de saint Basile. Les vartabieds , espéce de savants gradués , forment une classe particuliére d’ecclésiastiques ; ils ménent une vie monacale toute consacrée a l’étude, et c'est parmi eux seuls qu’on choisit les vicaires des évéques. Les prétres séculiers doivent se marier une fois ; mais il leur est défendu de convoler en secondes noces.

ARMENTENNE (Ere). Voyes Ene.

ARMENIENNES ( Littérature et langue ), Avant lintroduction du christianisme par Grégoire l'Illuminé, en 319, la civilisation arménienne n’étail, & ce qu'il parait, qu’ua reflet de la civilisation et de la religion des anciens Perses. Sauf quelques chants antiques, conserves par Moise de Khoréne , aucun monument littéraire de ces temps reculés n'est arrivé jusqu’é nous. Le christianisme inspira aux Arméniens une grande prédilection pour la langue et la littérature grecques , et ils traduisirent une foule d’écrivains grecs et syriens, Miesrob inventa, en 406, un alphabet particulier, composé de trente-six lettres, dont on se sert encore

ARMENTENNES — ARMES 39

aujourd@hui pour écrire Varménien. Ce fut surtout du quatriéme au quatorziéme siécle que fleurit la littérature arménienne. On cite un nombre considérable d’historiens et de throniqueurs de cette époque, dont les ouvrages , trop négligés jusqu’ici, seraient d’une grande utilité pour la connaissance de Vhistoire de !’Orient dans le moyen age. Tous ces écrits prouvent que les Arméniens avaient pris pour moddles les prosateurs grecs de la décadence ; cependant ils sont supérieurs A la plupart des autres livres orientaux par le choix intelligent des faits comme par le talent de exposition.

La littérature arménienne commenga a décliner au quatorziéme siécle, et depuis cette époque on rencontre a peine un ouvrage de quelque importance. Les Arméniens ont toujours conservé un vif amour pour leur littérature nationale; aussi partout od ils se sont établis ont-ils fondé des imprimeries, 8 Amsterdam, a Venise, 4 Livourne, comme a Lemberg, & Moscou, Astracan, Constantinople, Smyrne, Ispahan, Madras Calcutta, Batavia, etc. De toutes leurs colonies, aucune n’est plus intéressante que celle des Méchitaristes 4 Venise.

On regarde encore aujourd’hui comme le meilleur modéle de la langne classique la traduction de la Bible, entreprise en 411 par Miesrob et ses disciples, et terminée en 511. Dans YAncien Testament, les traducteurs ont suivi le texte des Septante; mais il s’y est introduit dans la suite de nombreuses interpolations tirées de la Peschito et de la Vulgate. Ellea été publiéead Venise en 1733, in-fol., et réimprimée avec des variantes en 1805, in-4°. Le méme siécle vit naitre de nombreuses traductions d’auteurs grecs dont les ouvrages originaux se sont perdus en tout ou en partie. C’est a cette période qu’appartiennent les traductions de la Chronique d’Eusébe ( publiée par Aucher, Venise, 1818, 2 vol. in-4°), du Discours de Philon (publiée par Aucher , Venise, 1822, in-4° ) et d’autres fragments de ce célébre écrivain ( Venise, 1826, in-4° ), des Homélies de Chrysostome ( Venise, 1826 , 3 vol.), de Sévérien (Venise, 1827), de Basile le Grand ( Venise, 1830), et d’Ephrem le Syrien (Venise, 1836, 1 vol.).

Parmi les historiens et les géographes, on doit citer, comme

les plus connus, Agathangelos , qui vécut au commencement du quatriéme siécle ( Venise , 1835); Zenob Claghetsi ( Venise , 1832); Moise de Khoréne, mort en 487, le meilleur historien d’Arménie ( publ. avec Ja trad. latine par Wiston , Londres, 1736, in-4°, et Venise, 1827), qui a laissé aussi une géographie trad. et publiée par Saint-Martin dans ses Mémoires historiqgues et géographiques sur VArménic (Paris, 1818, 2 vol.); Fauste de Byzance ( Venise, 1882) ; Elisée (Venise, 1828, Description des guerres du roi Wartan contre les Perses , trad. en angl. par Neumann, Lond., 1831), et Lazare de Parb ( Venise, 1793); dans le septiéme siécle, Jean Mamigonensis ( Venise, 1832); dans le neuviéme siécle, Jean Catholicus (trad. en frang. par Saint-Martin; Paris, 1842); dudouziémeet du treiziéme, Matthias Erez d’Edesse, Samuel Anetsi, Vartan, Vahram , etc. Parmi les écrivains modernes , deux méritent une mention spéciale : c'est Michel Tcham-Tchean , auteur d'une Histoire générale d’ Arménie depuis les temps les plus reculés (Venise, 1784-86, 3 vol. in-4°, abrégée; Venise, 1811, trad. en anglais par YArménien Avdall; Calcutta, 1827, 2 vol.), et Luc Indchidcliean , a qui l’on doit une Description de Vancienne Arménie ( Venise, 1822, in-4°) et une Description du Bosphore de Thrace ( Venise , 1794, trad. en italien, Venise, 1831). Les Méchitaristes ont entrepris , sous la direction du pére Tommaseo, de publier une traduction italienne de tous les historiens d’Arménie depuis le quatriéme sitile, y compris les ouvrages de George Oghoulloukian et de Joseph sur les révolutions de l Empire Ottoman sous Sélim IIT, et sur la destruction des Janissaires. Cette vaste collection formera 24 vol., dont le premier, qui contient I’ Histoire d’arménie de Moise de Khorene, a paru a Venise en 1842.

Au nombre des philosophes et des théologiens arméniens les plus remarquables, il convient de placer David, écrivain du cinquiéme siécle, quia traduit et commenté Aristote ( voyez Neumann, Mémoire sur la vie et les ouvrages de David; Paris , 1829); Esniski, qui a composé dans le méme siécle une réfutation des hérétiques ( Venise , 1826); Elisée ( Venise , 1838; en ital., Venise, 1840); Jean Ozniensis, auteur du huitiéme siécle (armen. et lat.; Venise, 1834); Nersés Klajensis , qui vécut dans le douziéme (lat., Venise, 1833, 2 vol. ); Nersés Lampronensis, auteur de Harangues Synodales (Venise, 1812, trad. en allemand par Neumann, Leipzig, 1834). Les Vit# Sanctorum calendarii armeniaci (Venise, 1810-14, 12 vol.) contiennent de précieux renseignements sur l’histoire d’Arménie.

La littérature arménienne est moins riche en wuvres poétiques. Outre les hymnes de l’Eglise arménienne , on ne connait guére que les poésies de Nersés Klajensis (Venise, {830), parmi lesquelles on remarque une élégie sur la prise W@Edesse (Paris, 1828). On doit mentionner encore les Fables de Mechitar Kosch ( Venise, 1790), et celles de Vartan (armén. et frang., Paris, 1825), qui vécurent lun et Vautre dans le treiziéme siécle. On trouvera un tableau complet de la littérature arménienne dans le Quadro della Storia litteraria di Armenia (Venise, 1829) de Somal, ouvrage dont Neumann a donné une trad. libre dans I’ Zssai @une Histoire de la Littérature Arménienne (en allem., Leipzig, 1836 ).

{ La langue arménienne est dure et surchargée de consonnes ; outre un grand nombre de racines indo-germaniques, elle montre des rapports frappants avec les idiomes finnois de la Sibérie et avec d’autres langues de Asie septentrionale ; sa grammaire est trés-compliquée, et, comme les idiomes du nord de l'Europe, elle a un article qui se place a la fin des mots. Cette langue n’a pas de genre, et sa déclinaison se fait par flexion et en dix cas. L’arménien ancien ou littéral n’est plus parlé et ne se retrouve que dans les livres anciens. On peut le considérer comme une langue éteinte. Sa grammaire et la construction de ses phrases la rendent si différente de Vidiome moderne qui en est dérivé, qu’un Arménien ne la comprend pas 4 moins de l’avoir ¢tudiée. Les bons auteurs de tous les temps et de toutes les contrées n’offrent aucune différence dans la langue écrite, qui n’a par conséquent aucun dialecte, et qui est exempte de meiange de mots d’origine étrangére; sa construction ressemble a celle du grec. L’arménien moderne ou vulgaire, surchargé d’une foule de mots tures ef persans, différe surtout du littéraire par la grammaire et la construction des phrases, qui sont totalement changées, par de nouvelles acceptions ef des déviations de sens qui s’y sont introduites. Au lieu des phrases coupées ef extrémement variées de l’ancien arménien, il n’y a que de longues périodes toutes composées réguliérement, et coupées symétriquement selon les régles de la syntaxe turque. KLAPROTH. |

Schroeder (Amst., 1711, in-4°), Petermann (Berlin, (837; abr. avec chrestomathie, 1841), et Cirbied (Paris, 1818, in-8°) ont publié des grammaires arméniennes. Les meilleurs dictionnaires arméniens sont: celui de Mechitar (Venise, 1836-1837, 2 vol. in-4°), le Dictionnaire arménienfrancais (Venise, 181°, 2 vol. in-4°) ,le Dic/ionnaire arménien-anglais d’Aucher (Venise, 1821 , 2 vol. in-4°), et le Dictionnaire arniénien-italien (Venise, 1837, in-4°),

ARMENTIERES, ville de France (dép, du Nord), sur la Lys, est assez bien batie et bien percée, Son industrie est florissante et a doublé depuis vingt ans sa population gui compte 14,917 hab. Ses fortifications ont été détruites.

ARMES (Art militaire). Voyes Are.

ARMES ( Droit). Dans Vintérét de la sécurité publique, la loi a prescrit diverses dispositions relativement aux armes. Quelques-unes sont prohibées d’une maniére absolue; d’autres sont seulement soumises a des mesures de précatk

tion. Ainsi, l’article 314 du Code Pénal punit de six jours a six mois de prison toute personne qui aura fabriqué ou dépité des armes prohihées, et celui qui est trouvé porteur de ces armes, d’une amende de 16 francs 4 200 francs. Les armes prohibées par les lois et les réglements d’administration publique sont les poignards , stylets, tromblons , coufeaux en forme de poignard , pistolets de poche, cannes & épée, batons a ferrement, cannes et fusils 4 vent, en général toutes armes offensives cachées ou secrétes ; art. 471 du méme Code punit des peines de police celui qui a laissé dans la voie publique ou dans les champs des armes ou instruments dont les voleurs pourraient se servir. :

Enfin, les armes et munitions de guerre ont été aussi Vobjet Wune législation spéciale : la loi du 24 mai 1334 a prescrit la peine d’un mois & deux ans de prison et de 16 4 1000 fr. d’amende contre tout fabricant ou détenteur d’armes ou de munitions de guerre.

L’emploi d’armes dans l’exécution d'un crime ou d'un délit devient circonstance aggravante. Ence cas, la loi comprend sous le mot armes tous instruments tranchants , percants et contondants. :

Pour porter des armes de chasse il faut étre muni d’une autorisation nommée port d’armes.

Toute personne, excepté les vagabonds et les gens sans

» aveu, a le droit pour sa défense personnelle de porter des armes autres que celles qui sont prohibées par les lois ou réglements d’administration publique.

ARMES (Art héraldique). Voyez Anmoiries, BLAson et Héracpigue (Art).

ARMES D’HONNEUR. Un arrété, en date du 4 nivése an VIII, avait décidé qu’il serait accordé des armes @honneur aux militaires qui se seraient distingués par des actions éclatantes : ces armes étaient, pour les officiers, des sabres ; pour les sous-officiers et soldats, des fusils ; pour les tambours, des baguettes; pour les troupes a cheval, des mousquetons ou carabines ; pour les artilleurs, des grenades. Les sabres d’honneur donnaient droit 4 une double paye; les autres armes, 45 centimes de haute paye. Cette institution a été supprimée lors de la création de la Légiond’Honneur, A laquelle elle a servi de base, et dans laquelle tous ceux qui avaient regu de ces armes ont été compris de droit, les sous-officiers et soldats comme simples légionnaires, et les officiers avec le titre d’officier.

ARMET. Sous les régnes de Henri I et de ses fils le casque de guerre avait pris, suivant Pasquier, le nom d’armet ; ce mot parait avoir désigné aussi un casque léger et mince, sans ornements, sans visiére et sans gorgerin, que les chevaliers prenaient hors de la mélée, apres s’étre débarrassés du heawme. D’aprés Froissart, il semble que l’armet nest autre chose que ce qu’on a depuis appelé bacinet. — Larmet de Mam brina été a jamais rendu célébre par le spirituel roman de Cervantes.

ARMFELT (Gustave-Mavrice, baron p’), La vie publique de ce gentilhomme suédois, né le 1° avril 1757, offre un exemple remarquable des plus étranges vicissitudes de la fortune. Elle se rattache par de mystérieux liens a Phistoire secréte de la cour de Stockholm, et reste en conséquence entourée de nuages et d’énigmes. Gustave-Maurice était le fils ainé du baron d’Armfelt, général major, Elevé A Vécole militaire de Karlskrona, il entra en qualité d’enseigne dans le régiment des gardes, 4 Stockholm. Sa belle figure et les agréments de son esprit, non moins que le zéle actif quil mit a combattre dans les intéréts du trone les menées du parti aristocratique , lui valurent la faveur toute particulidre de Gustave II, et un avancement rapide. Comblé d’honneurs de toute espéce, il déploya dans la guerre de 1788-1790, contre les Russes, une intrépidité qui justifia la bienveillante protection dont il était objet. 11 était parvenu au grade de lieutenant général, lorsqu’il signa en qualité de plénipotenliaire, le 14 aodt 1790, le traité de paix de Werela, a l’oc-

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