‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 5)Chapitre 208 sur 488 · BACH · texte numérisé non relu

BACH

4 Dresde. Voici comment on raconte cette lutte musicale : Volumier invita Bach a venir A Dresde, et lui fit entendre Marchand, qui ne savait pas qu'un tel maftre faisait partie de son auditoire. Bach, avec l’agrément du roi, proposa son cartel, qui fut accepté. Au jour marqué Bach vint au rendez-vous; il y trouva une société brillante et nombreuse. On attendit longtemps, mais en vain, son adversaire; Marchand était parti le méme jour par la poste. Bach se fit alors entendre seul, et déploya toutes les ressources de son art. A son retour de Weimar il devint maltre de chapelle du prince d’Anhalt-Keethen. De 1a il fit un second voyage 4 Hambourg pour y voir le célébre Reinken, alors presque centenaire, et joua devant lui pendant plus de deux heures dans l’église de Sainte-Catherine. Le vieux Reinken lui dit : « J'ai cru que cet art allait mourir avec moi, mais je vois qu’il vit encore en yous. » En 1723 le conseil de Leipzig Pappela pour lui confier la direction de la musique de cette ville. Le duc de Weissenfels lui conféra, peu de temps aprés , le titre de maitre de chapelle. La cour de Dresde Yentendit plusieurs fois sur ’orgue en 1736. Bach y recueillit les témoignages les plus flatteurs, et le roi le nomma compositeur de la cour.

Bach fit un voyage 4 Berlin en 1747: le roi de Prusse Frédéric voulut Ventendre 4 Potsdam, et lui donna le théme dune fugue. Aprés qu’il l’eut improvisée en maitre, Frédéric lui demanda une autre fugue a six voix, et Bach Pexécuta sur-le-champ sur Je clavecin, d’aprés un théme de son invention. De retour 4 Leipzig, il écrivit encore sur lethéme du roi un ricercare a trois voix, un autre a six voix , et quelques autres chefs-d’ceuvre, qu’il fit graver, en les dédiant A Frédéric. Une maladie d’yeux, que lopération ne fit qu’aggraver, altéra sa santé au dernier point; il mourut dune attaque d’apoplexie, 4 lage de soixante-cing ans, le 28 juillet 1750.

Tel était Lhomme qui, selon l’expression de Marpurg , réunit en lui seul les talents et les perfections de plusieurs grands hommes. Voici ce qu’en ditle maitre de chapelle Hiller : « Si jamais compositeur a montré toute la force d’un grand orchestre; si jamais virtuose a su se servir des ressources les plus secrétes de ’harmonie, cet honneur appartient sans contredit 4 Sébastien Bach. Personne ne sut mieux que lui embellir les themes les plus secs en apparence par une foule d’idées neuves et étrangéres au motif. Il lui suffisait d’entendre un {héme quelconque pour avoir a l’instant présent devant lui tout ce qu’on pouvait en tirer de beau, de sublime. Ses mélodies étaient étranges, a la vérité, mais pleines d’invention, et ne ressemblaient en rien a celles des autres compositeurs. Quoique son caractére sérieux l’entrainat 4 la musique grave et mélancolique, il pouyait cependant, s’il le fallait, se livrer aussi, surtout dans son jeu, a des idées aimables et légéres. L’exercice continuel dans la composition d’ouvrages a grand orchestre lui avait donné une telle habileté, que dans les partitions les plus compliquées i] embrassait du méme coup d’ceil toutes les parties coincidentes. 1] avait l’oreille si delicate et si subtile que dans l’orchestre le plus complet il découvrait a Pinstant la moindre faute d’exécution. Les symphonistes et les chanteurs devaient ¢tre d’une exactitude extréme; il battait la mesure avec une grande assurance, et marquait les mouvements avec beaucoup de rapidité. Comme virtuose sur l’orgue et sur le clavecin, on doit le regarder comme le plus fert qui ait existé et qui peut-é¢tre existera jamais. Ses compositions, que tout le monde trouve trés-difficiles, étaient pour lui des bagatelles. Tous ses doigts étaient également exercés; il s’était composé un doigté particulier, et, contre l’usage des musiciens de ce temps-la, il se servait beaucoup du pouce. »

C'est A ses ouvrages qu’il devait son étonnante habileté. Ii dit lui-méme que souvent il s’était vu forcé d’employer toute Ja nuit pour exécuter ce qu’il avait écrit pendant le

jour, On assure qu'il a écrit son ouvrage intitulé Temperirtes klavier, composé de fugues trés-compliquées et de préludes, dans un endroit oi le dépit, l’ennui et le défaut de toute espéce d’instruments de musique le forcérent de recourir a cette maniére de passer son temps. Ses pieds exécutaient a leur tour le théme que ses mains avaient déja joué. II trillait avec ses pieds, tandis que ses mains étaient dans une continuelle activité. 1] affectionnait taut la pleine harmonie, dit Burney, que, non content d’employer les pédales avec une constance et une vivacité peu communes, il était dans Pusage de tenir un petit baton dans les dents, pour s’en servir sur les touches que ses mains ou ses pieds ne pouvaient atteindre, A toutes ces qualités extraordinaires se joignaient encore sa grande expérience et le godt exquis avec lequel il sut choisir et lier ensemble les divers registres. Personne ne savait mieux que lui juger des qualités d’un orgue, ou proposer la maniére de le construire. Son collégue Gessner, qui dans la suite devint professeur 4 Goettingue , nous a lJaissé un portrait de ce grand artiste dans une note au 12° chapitre du livre 1° de son édition de Quintilien, que Hiller rapporte également.

La partie de violoncelle était exécutée alors d’une maniére lourde et trainante : Bach inventa une espéce de viole qu’il nomma viola pomposa, montée comme le violoncelle, avec une cinquiéme corde sonnant mi a l’aigu, ce qui donnait beaucoup de facilité pour l’exécution des traits rapides écrits dans un diapason éleyé. Parmi les nombreux ouvrages de théorie et de pratique de cet auteur, qui s’est placé au plus haut degré dans tous les genres, si l’on excepte celui d’opéra, on compte cing oratorios de /a Passion. Une de ces ceuvres sublimes a été exécutée a Berlin en 1829,

BACH (GuILLtaAumE-FRIEDMANN), surnommé Bach de Halle, fils ainé de V'immortel Jean-Sébastien Bach, naquit a Weimar, en 1710. Il était, selon le jugement de ses contemporains, organiste et compositeur d’un trés-grand talent et trés-bon mathématicien. S’il n’eut pas tous les succés qu’il méritait, on doit lattribuer 4 son caractére sombre, a son opinidtreté, qui l’empéchérent de se concilier la bienveillance des personnes qui pouyaient le protéger et le servir.

BACH (C#aAR.LEs-PHILIPPE-EMMANUEL) , deuxiéme fils de Jean-Sébastien, né 4 Weimar, en 1714, est ordinairement désigné par le nom de Bach de Berlin, parce qu’il habita cette ville pendant vingt-neufans. II fit ses premiéres études de musique 4 |’école de Saint-Thomas, a Leipzig. Son pérele prit ensuite sous sa direction, et lui enseigna pendant plusieurs années le clavecin et la composition. Il fonda & Francfort-sur-]’Oder une académie de musique. En 1738 i se rendit 4 Berlin, et deux ans aprés il entra au service de Frédéric II. Il conserva cet emploi jusqu’en 1767, et vécut alors 8 Hambourg pour y remplacer Talemann en qualité de directeur de musique. Avant son départ la princesse Amélie de Prusse lui donna le titre de maitre de sa chapelle en récompense de ses services. Le docteur Burney le connut en 1773. Il jouissait dune honnéte aisance, mais non de toute la considération que méritaient ses talents. Accoutumé, comme on !’était en Allemagne, au style savant, harmonieux, mais plus ou moins lourd , des compositeurs de ce pays, la musique d’Emmanuel Bach, pleine de nouveautés, de charme et de légéreté, et qui s’éloignait des formes. scientifiques , ne fut pas estimée ce qu’elle valait; ce n'est guére qu’en France et en Angleterre qu’on sut l’apprécier. C’est cependant ce méme style, perfectionné par Haydn et Mozart, qui depuis a charmé toute l’Europe. L’injustice de ses compatriotes fit longtemps le tourment de Bach, qu‘ avait la conscience de son talent. « Mais, disait-il 4 Burney, depuis que j’ai cinquante ans, j’ai quitté toute ambition. Je me suis dit : Vivons en repos, car demain il faudra mourir ;. et me voila tout a fait réconcilié avec ma position. » Ce grans artiste mourut 4 Hambourg, le 14 décembre 1788. 11 eut: deux fils, dont un suivit la carriére de Ja jurisprudence,.

et ’autre celle de la peinture : ce sont les premiers membres de la famille Bach qui ne se soient pas livrés a l'étude de la musique. Emmanuel Bach possédait une bibliothéque musicale trés-précieuse. Le nombre des ouvrages qu’il a publiés s’éléve a plus de cinquante. Parmi ses écrits didactiques , on doit placer au premier rang celui quia pour titre : £ssai sur la maniére de toucher le clavecin.

BACH (JEAN-CunisTopHe-FREDERIC ), maitre de concert a Buckebourg, autre fils de Jean-Sébastien, naquit a Weimar, en 1732; il a écrit de la musique instrumentale dans un style qui se rapproche de celui de son frére Emmanuel.

BACH (Jean-Carétien), surnommé le Milanais ou U’Anglais, fils de Jean-Sébastien, mais d’un second lit, maitre de chapelle de la reine d’Angleterre, était né a Leipzig, en 1735. Il voyagea en Italie, ot il écrivit six opéras, des oratorios, de la musique d’église. I] a fait graver 4 Paris, peu de temps avant sa mort, la partition d’un opéra intitulé Amadis des Gaules.

Les biographes allemands signalent encore les noms de Jean-Nicolas Bacu, Jean-Ernest Bacu, Jean-Louis Bach, mattres de chapelle; Jean-Elie Bacu, chanteur ; Jean-Michei Bacn, chanteur et théoricien. Voir !Almanach de Musique, par Forkel, 1784. CasTIL-BLAZE.

BACH (Guitiaume-Frépéric-Ernest ), fils ainé de Bach de Buckebourg et dernier rejeton de cette famille , né le 27 mai 1756, résida pendant quelque temps a Londres auprés de son oncle. A sa mort, il revint en Allemagne par la France et les Pays-Bas, et devint le maitre de musique des différents enfants du roi de Prusse Frédéric-Guillaume IlI. A la mort de la reine Louise, il se retira loin du monde, et mourut a Berlin, le 25 décembre 1845. Plusieurs de ses compositions, dont le nombre est assez restreint, et qui annoncent un bon esprit, ont été publiées. Les plus connues sont un oratorio et les cantates Colomb et les Nymphes du Weser. Ona aussi de lui quelques symphonies, chansons, quatuors, sonates, etc., la plupart ouvrages de circonstance.

BACH (Avexanpre), ancien ministre de l’intérieur en Autriche, est né le 4 janvier 1813, 4 Loosdorf, en Basse- Autriche , ou son pére remplissait des fonctions judiciaires. Il avait 4 peine six ans quand son pére vint se fixer a Vienne, oti il fut bientdt l'un des avocats les plus en vogue. L’ainé de neuf enfants, Alexandre Bach recut une éducation distinguée, passa docteur en droit dés Age de vingtquatre ans, et entra alors dans |’administration , acquérant par la ces connaissances pratiques que rien ne supplée, consacrant les congés qu'il obtenait de ses supérieurs a visiter la plus grande partie de l'Europe et méme quelques contrées de l’Orient. Il y avait neuf ans qu’il était dans les fonctions publiques, quand la mort de son pére le décida a changer de carriére. I] prit la direction de son cabinet, dont Vimmense clientéle le mit immédiatement en rapport avec les personnages les plus haut placés. Lié d’amitié avec les membres de l’opposition dans l’assemblée des états de la basse Autriche, Al. Bach appartenait 4 ce cercle de jeunes hommes qui comprenaient tout ce qu’avait de vicieux !’ancien systéme et combien un changement ¢tait inévitable en Autriche. Lors des événements dont la ville de Vienne fut le thédtre en 1848, il fit partie du comité de la commune provisoire comme député de l’ordre des avocats ; plus tard il fut compris dans le comité des états de la basse Autriche accrue d’une représentation de la bourgeoisie , et au mois @avril ce comité Je nomma !’un de ses délégués au comité central des états provinciaux autrichiens.

Dés sa preiniére apparition sur la scéne politique, Alexandre Bach annonga ses tendances vers les opinions et le systeme que comme ministre il s’est efforcé de faire prévaloir. Partisan de la centralisation de la monarchie autrichienne, il se prononga contre l’indépendance de la Hongrie de méme que contre l’entrée des provinces allemandes de lAutriche dans un Etat fédératif allemand, S'il voulait Vunité pour le

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