‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 5)Chapitre 22 sur 488 · ARMIDE · texte numérisé non relu

ARMIDE

casion duquel l’impératrice de Russie le décora de plusieurs de ses ordres; et son roi, en le nommant, sur son lit de mort, gouverneur de Stockholm, ti donna encore le témoignage le plus flatteur de sa confiance et de son amitié. Un mariage l’avait fait entrer dans la vieille et puissante famille

-des comtes de la Gardie.

Un codicille de Gustave III, que le royal moribond, frappé quelques heures auparavant par Ankarstroem, ne put signer que de la premiére lettre de son nom, ke nommait membre du conseil de régence pendant la minorité de Gustave [V; mais, en l’absence d’une signature complete, le duc de Sudermanie, a qui un testament antérieur confiait la tutelle du jeune roi, refusa de reconnaitre la validité de ce document, qu’il jeta au feu. C’est ce codicille qui probablement fut la cause premiere des haines violentes qui, aprés la mort de Gustave III, ne cessérent plus de poursuivre le baron d’Armfelt. Dés le 7 septembre 1792 on le dépouillait de sa charge de grand-écuyer, pour Venvoyer comme ambassadeur 4 Naples. On a soupconné avec beaucoup de vraisemblance qu’une rivalité d’amour — entre d’Armfelt et le duc de Sudermanie, pour Pune des dames d’honneur attachées 4 la cour (mademoiselle de Rudenskjold , prés de laquelle, dit-on, le baron était plus heureux), donna a la haine du prince éconduit tous les caractéres du plus implacable acharnement. La tendre liaison de d’Armfelt avec mademoiselle de Rudenskjold fut livrée a la connaissance du public par de laches et peut-étre de calomnieuses indiscrétions, pendant qu’on cherchait en méme temps a lui donner Je caractére d’un complot. Les choses en yinrent au point que la pauvre jeune femme, coupable de n’avoir pas accueilli fayorablement les hommages du duc de Sudermanie, fut renfermée dans une maison de correction. Quant 4 Armfelt, exilé au fond de I’Italie, il n’échappa que par une prompte fuite au poignard des assassins stipendiés par le gouvernement suédois et aux réquisitions expresses de ses agents, tandis qu’en Suéde on le flétrissait par contumace, comme traitre a la patrie, le déclarant déchu de ses biens, grades , honneurs, dignités, et méme de sa noblesse.

Il se retira alors A Saint-Pétersbourg; mais ses projets n’ayant point obtenu l’assentiment du cabinet russe, il fut exilé 4 Kalouga, petite ville 4 cent cinquante kilométres au sud-ouest de Moscou, d’ou il réussit 4 s’échapper. Il gagna PAllemagne, ou il séjourna jusqu’en 1799 , époque ot Gustave IV, devenu majeur, le rétablit dans tous ses biens et

dignités. Il lui confia en outre Pambassade de Vienne, et lui

conféra en 1807 le grade de général d’infanterie. C’est en cette qualité qu’il commanda les troupes suédoises dans la Poméranie , et en 1808 l’armée de J’ouest destinée a agir contre Ja Norvége. Dans Vautomne de la méme année il fut appelé, 4 Stockholm, a la présidence du conseil supréme de la guerre, et Glevé a la dignité de seigneur du royaume. Cependant, en 1810 il donna sa démission de tous ses emplois, et vécut dans la retraite. Une liaison avec la comtesse Piper, qui lui suscita de nouvelles tracasseries de la part de la police , Je forca a implorer la protection du gouvernement russe , et 4 prendre méme du service en Russie. Il y recut un accueil flatteur, fut élevé a la dignité de comte , nommé chancelier de l’université d’Abo, president des affaires de la Finlande et membre du sénat russe. 11 mourut & Tsarzkojé-Sélo , au mois d’aodt 1814, généralement estimé et regretté de toute la Finlande. — D’Armfelt a écrit luiméme sa biographie , qui a été traduite en allemand. ARMIDE, une des plus séduisantes héroines de la Jérusalem délivrée, ov Von compte tant d’héromes séduisantes, Isméne, Clorinde, Herminie, a, sur ses immortelles compagnes de gloire l’avantage de caractériser, anjourd’hui comme jadis, comme toujours, la beauté fascinatrice, & laquelle on a peine a résister, de méme qu’a l'aspect d'un site enchanteur on se rappelle malgré soi ces jardins fantas-

ARMIDE — ARMINIUS 4t

fiques éclos au souffle de l'amour, dans lesquels le magicien Hidraot transporta le plus beau et le plus brave chevalier de cette armée des croisés, 0d il y avait aussi tant de chevaliers beaux et braves. Ces jardins, l’ardente imagination du Tasse les jette sur la cime aérienne du mont le plus abrupt des files Fortunées, et, de peur qu’un ceil curieux ne s’avise d’aller contrdler sa découverte , il a soin de prévenir que le nouvel Eden est rendu inaccessible par les immensités les plus arides, par Jes monstres les plus farouches que jamais l’enfer ait enfantés.

Mais l’amitié connait-elle les obstacles? L’armée ne saurait se passer de Renaud; il faut qu’a tout prix elle retrouve Renaud ; et ses plus austéres compagnons d’armes, n’écoutant que la voix de leur cveur, se mettent courageusement a sa recherche. BientOt ces lieux, qui n’ont longtemps été bercés que de concerts d’amour et de bonheur, retentissent de cris de désespoir et de rage. Renaud est parti, et Armide, sortie d’un long évanouissement, se retrouve seule. Oh! alors sa fureur ne connait plus de bornes; la magicienne se redresse en délire, elle frappe lair de sa baguette, elle invoque les puissances infernales, elle ébranle le ciel et la terre , elle enveloppe de lugubres ténébres le thédtre de ses amours; et lorsque le voile funébre s’est déchiré, il n’y a plus la qu'une ile déserte, hideuse , désolée , maudite de Dieu et des hommes. Cependant , ’enchanteresse est partie, elle vole vers l’armée des infidéles, allant demander aux plus braves d’entre eux la téte du perfide.

Quand l’auteur de ce magnifique épisode, auteur de ce sublime poéme, fut devenu fou, quand il s’imagina avoir un démon familier auprés de lui, retiré chez son constant ami le Manzo, il substitua 4 Pimmortelle Gerusalemme liberata sa pale contre-fagon la Gerusalemme conquistada, il en ¢lagua les enchantements et les détails voluptueux , i] se fit insensiblement philosophe et dévot; il soumit enfin son admirable épopée a l’étroit compas de la plus mesquine allégorie.

Dans sa pensée l'armée chrétienne, composée de princes et de soldats, devient la représentation de ’hommelui-méme, composé des puissances supérieures de l’esprit et des forces subalternes du corps. Jérusalem , but auquel on veut atteindre, c’est le bonheur du chrétien. Godefroi est l’intelligence, Tancréde la soumission, Renaud le dévouement. Isméne et Armide sont deux tentations particuliéres de l’enfer : {sméne représente les fausses croyances, qui éblouissent esprit ; Armide, c’est la concupiscence et tous les maux qu'elle engendre. Pour combattre ces ennemis , I’homme posséde des secours internes et externes, entre autres l’écu de diamant que recouvre Raimond, et les anges qui apparaissent, de temps en temps, dans le poéme.

Glick et Rossini ont traité le sujet d’Armide dans des

ras,

ARMILLAIRE ( Sphére), ainsi nommée de armilla, bracelet, parce que les bandes circulaires qui la composent sont assez semblables & des bracelets. Ces différentes bandes de métal, de bois, de carton ou de toute autre matigre , sont destinées a représenter les cercles imaginaires , méridiens, équateur, paralléles, etc., que les géographes ont tracés sur la surface apparente du ciel , pour aider 1’i- magination a concevoir les mouvements des corps célestes. * Tl y a deux espéces de sphéres armillaires, suivant l’en- " droit ov Von y place la terre, savoir : la sphére de Ptolémée et celle de Copernic. La premiére dont l’invention, attribuée par les uns & Thalés, par d’autres & Archiméde, semble cependant revenir 4 Anaximandre, est celle dont on se sert le plus communément; a son centre se trouve une boule re= présentant la terre, que le systéme de Ptolémée suppose immobile , tandis que tous les corps célestes tournent ave tour d’elle dans V’espace de vingt-quatre heures. Dans la sphére armillaire construite d’aprés le systéme de Copernic, le soleil occupe le centre, et autour de cet astre sont

DHT. DE LA CONVERS. — T. Il.

placées, a différentes distances, la terre et les autres planétes, ¥

ARMILLES, brace lets, cercles d’or, anneaux dont les femmes se paraient dans l’antiquité, nolamment en Gréce, et qu'elles portaient soit au poignet, soit au-dessus du conde, soit au-dessus de la cheville. Les hommes qui en mettaient passaient pour efféminés. Il y avait d’autres armilles qui faisaient trois ou quatre tours en spirale, et qui étaient portés au bras par les Médes, les Perses et les Gaulois, Ces armilles entraient aussi dans le costume des Sabins. Les soldats romains en recevaient comme récoimpenses. Z.

On donnait encorele nom d’armilles a des cercles gradués dont les anciens astronomes se servaient pour leurs observations. Suivant le plan dans lequel on voulait les mancuvrer, il y avait des armilles verticales, éyuatoriales, etc. L’astronomie moderne a cessé d’employer ces divers instruments. Les armilles d’Alexandrie, célébres par les observations de Timocharis et d’¥ratosthéne, consistaient en deux cercles de cuivre fixés, ’'un dans le plan de l’équateur, autre dans celui du méridien, et peut-étre un troisiéme cercle mobile, & peu prés comme l’astrolabe déorite par Ptolémée dans son Almageste.

ARMINIA, l'une des fractions de l’association secrete d’étudiants connue en Allemagne sous le nom de Burschenschaft. Apres s’étre constituée vers 1822, elle s’en sépara complétement sept ans apres. L’Arminia était destinge a conserver dans toute sa pureté primitive Pidée-mére de la Burschenschaft; et si tant est qu’elle ail jamais eu un but politique, il n’y a pas de doute qu’elle ait jamais cherché aVatteindre autrement que par la préparation préalable des masses au moyen d’une éducation morale et scientifique. L’université d’Jéna était le centre d’activité et d’efforts de cette société secréte, qui, dans son organisation intérieure, avait conservé les vieilles formes d’indépendante égalité, base premiére de la Burschenschaft, tandis que Yautre fraction, dite Germania, acceptait la direction sévére et absolue de supérieurs mystérieux.

ARMINIANISME, ARMINIENS. Voyesz Arminius et REMONTRANTS.

ARMINIUS. Voyez Hermann.

ARMINIUS (Jacques), ou HARMENSEN, ou HER- MANUS, chef de la secte des Arminiens ou Remontrants, né en 1560, a Oude-Water, dans le sud de la Hollande, et mort a Leyde, ou il était professeur, en 1609, était fils d’un conseiller, dont la mort précoce l’aurait laissé dans Je plus grand embarras sans les secours de queiques bienfaiteurs et du magistrat de Leyde, qui lui permirent de continuer ses études , commencées dans cette derniére ville et achevées & Genéve sous Théodore de Béze, et a Bale sous Gryneus. Il visita ensuite Padoue et Rome. Ses succés lui valurent une place de pasteur 4 Amsterdam, en 1588, et une chaire de théologie 4 Leyde en 1603. Bientdt aprés, une correspondance, qui lui donna occasion de changer ses idées en théologie, fit naitre le parti considérable connu plus tard sous la dénomination d’arminianisme.

Des ecclésiastiques de Delft (prés d’Amsterdam ) avaient publié un livre ou la doctrine de Calvin sur la prédestination était combattue; Martin Lydius, professeur 4 Franeker , s’adressa & Arminius, pour l’engager a réfuter cet écrit. Arminius, en l’examinant, trouva les doutes des théologiens de Delft fondés, et finit, non-seulement par adopter leurs sentiments sur le point en litige, mais par leur donner beaucoup plus de développement, en se prononcant avec force contre le supralapsarisme, c’est-a-dire contre le dogme qui représente la chute d’Adam comme la suite et non comme la cause des décrets de Dieu sur la rédemption.

Cette doctrine fit tout d’abord beaucoup de bruit, et trouva un grand nombre de défenseurs et d’adversaires ardents. Arminius eut & soutenir & Leyde des contestations fort vives, surtout avec son collégue Gomar. Les: plus

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