BACON
torts doit retomber d’un cété surleduc de Buck ingham, favori du roi et son nouveau protecteur, dont il ne faisait en cela que servir la cupidité, et de l'autre sur des domestiques infidéles, qui s’enrichissaient en vendant la protection de leur maitre et en l’engageant dans des actes ij. licites dont ils recevaient le profit. Son principal tort fut une excessive faiblesse de caractére. Le roi, qui vit bien que c’était moins 4 Bacon qu’on en youlait qu’au duc de Buckingham lui-méme, Pengagea a ne point se défendre, quoiqu’il edt pu le faire avec avantaye, et aprés sa condamnation, il ne le laissa que pen de temps en prison, lui fit remise de l’amende, et méme lui assura une pension considérable. Au reste, il est 4 remarquer, pour l’honneur de Bacon, que malgré les reproches de cupidité et de corruption qu’on lui adressait, il était sorti pauvre du maniement des affaires, et que dans les arréts qu'il eut a prononcer il respecta toujours la justice, car aucune des décisions qu’il avait rendues en qualité de grand-chancelier ne fut cassée plus tard comme dictée par la partialilé, I] resta éloigné des affaires jusqu’a la fin du régnede Jacques, et consacra plusieurs années a rédiger ou a reviser ses écrits philosophiques; mais a la fin de sa vie il fut publiquement réhabilité, et siégea méme au premier parlement qu’assembla Charles I**. Il mourut en 1626, chez lord Arundel, son ami,
C’est surtout comme philosophe et comme éerivain que Bacon mérite d’étre envisagé : c’est la qu’il se montre tellement supérieur que Von est tenté de lui appliquer avec Voltaire ce que Bolingbroke disait de Marlborough : « C’était un sigrand homme, que j’ai oublié ses vices. » Il avait congu de bonne heure le projet de réformer toutes les sciences, ef méme, comme il le disait, de renouveler l’entendement humain. II consacra a l’exécution de ce projet un ouvrage immense, auquel il travailla toute sa vie, mais dont il n’a puexécuter que quelques parties: la Grande Rénovation ( Instauratiomagna). Frappé de l'état d’imper- — fection et de délaissement ot se trouvaient les sciences, il commence par en faire sentir toute importance et la dignité; puis, les passant toutes en revue, il en donne une
- classification compléte et méthodique, assignant la place de
chacune, et méme indiquant les lacunes qu’il y ayait encore acombler; c’est la le but du traité De la Dignité et de UAccroissement des Sciences ( De Dignitate et Augmentis Scientiarum ), qui forme la premiere partie del’ Jnstauratio,
Mais, reconnaissant que le principal obstacle a l’avancement des sciences se trouvait dans la mauvaise méthode que lon avait suivie jusqu’a lui, et surtout dans la funeste influence exercée par la logique d’Aristote, qui était plus propre & engendrer et & perpétuer les disputes qu’a faire avancer l’esprit humain, il propose de suivre une marche nouvelle, et substitue 4 l’art syllogistique, seul employé jusque la, une méthode fondée sur l’observation de la nature et l’expérimentation, la méthode @induction, qui consiste a s’élever graduellement et patiemment des effets aux causes, des faits particuliers aux faits généraux et aux lois de la nature; il veut que la science ne se borne plus a de yaines et stériles spéculations, mais qu’elle tende sans cesse 4 augmenter la puissance de "homme par des applications utiles; car, répéte-t-il souvent, savoir, c’est pouvoir. C’est JA l’objet d’un ouvrage qui forme la seconde et la plus importante partie de ’ Instauratio magna ;ilVintitula: Novum Organum,ou Nouvel Instrument, pour opposer & la logique d’Aristote, qui était connue sous le nom fastueux @Organon, ou Instrument de l'intelligence. Cet ouvrage opéra la plus henreuse révolution dans les sciences, qui depuis ont marché 4 grands pas dans la carriére des décous vertes ; et valut a Bacon le glorieux titre de pére de la philosophie expérimentale,
Les parties suivantes de sa Grande rénovalion, au nombre de quatre, dans lesquelles il devait recueillir tous