BADAJOZ — BADAUD
Gouvion Saint-Cyr, pour hater la solution de la question.
La maison de Bragance hésitant encore, une armée espa-
gnole, soutenue par une armée francaise , envahit le Portugal, conquit I’Alem-Téjo, et forga le cabinet de Lisbonne a signer, le 6 juin 1801, la paix de Badajoz. Le Portugal cé-
dait & Espagne Olivenza et plusieurs places sur la Gua-
diana, qui devenait la limite des deux royaumes ; il consentait Ane plus recevoir de vaisseaux anglais dans ses ports
du Tage et du Douro. Mais Bonaparte s’indigna de ce qu’on
avait traité sans lui; il refusa de ratifier cette convention,
et fit marcher contre le Portugal une armée sous le com-
mandement de son beau-frére le général Leclerc. Aussitét Pambassadeur de Lisbonne 4 Madrid se hata de signer avec Lucien un nouveau traité, qui différait peu du premier, et auquel Bonaparte donna sa sanction. Le Portugal entra ainsi pour quelque temps dans lalliance francaise.
Badajoz allait devenir neuf ans plus tard le thédtre d’é-
yénements plus dramatiques. Quand, en 1810, le Portugal
se trouva complétement A la discrétion de !’Angleterre par la fuite du régent au Brésil, le chef du gouvernement fran- ¢ais ne put voir sans un amer déplaisir le commandement des forces portugaises entre les mains de Wellington. L’entrée de Joseph Bonaparte dans Séville, le siége de Cadix par le ma-
réchal Soult et l'expédition de Masséna en Portugal avaient
rempli la campagne de 1810 avec plus d’éclat que de succés positifs. Au moment ou s’ouvrait celle de 1811, la disette était sur le point de contraindre Masséna a évacuer sa conquéte.
- Wellington se fortifiait sur la ligne de Torres-Vedras, quand
le maréchal Soult, entamant son plan d’opérations dans le midi de l’Espagne pour attaquer les flancs du général anglais, s’empara d’Olivenza et vint mettre le siége devant Badajoz.
La tranchée fut ouverte le 5 février. 12,000 hommes dé-
fendaient la place; les forces francaises assiégeantes s’éle-
vaient a 15,000 combattants, qui, ayant franchi la Guadiana, débordérent le corps espagnol retranché dans les lignes de Berwick, et le défirent 4 la journée de Guébora. Badajoz fut dés lors plus étroitement serrée; un boulet emporta le général espagnol commandant la place, qui le surlendemain se rendit par capitulation. Mais a peine le maréchal Soult ayait-il eu le temps de pourvoir A la sdreté de la ville conquise , qu’une diversion de |’ennemi sur Cadix le rappelait en Andalousie. Alors le général anglais Beresford et le général espagnol Castanos, repassant la Guadiana, investissent Ja place avec 60,000 hommes. A cette nouvelle Soult réunit ses forces, ef s’avance a grandes journées. Ses deux adversaires 4 son approche lévent le siége, et se portent a sa rencontre de Burgos jusqu’au bourg d’Albuhera, ow fut livrée la bataille de ce nom.
L’ennemi avait perdu ses positions et hattu en retraite; ‘1 célébra cependant cette journée comme un triomphe. Soult, de son cété, bien que rétrogradant sur Séville, s’attribua la victoire. Les cortés de Cadix avaient envoyé une députation au roi Joseph pour traiter de la paix; mais, apprenant a Séville que dans les deux camps on se {faisait honneur du gain de la bataille , la députation, jugeant que si la victoire appartenait aux Frangais elle n’avait point eu de résultat décisif, hésita d’abord a aller remplir sa mission, et puis rebroussa chemin. Quand Wellington revint pousser jui-méme le siége de Badajoz, Soult, alors dans la Sierra- Morena, accourut enoore a la défense de la place. Beresford avait opéré sa jonction avec Wellington, et leurs forces réunies ouvrirent la tranchée. Cependant Soult et Marmont marchaient de Mérida contre Varmée espagnole; le généralissime anglais, fidéle & ses habitudes de temporisation , ne crut pas devoir les attendre; il leva le siége, et repassa la Guadiana. En vain Soult lui présenta la bataille; Wellington la refusa, et rentra en Portugal. Enfin, aprés avoir soutenu trois siéges dans l’espace de treize mois, Badajoz fut enlevée aux Frangais le 6 avril 1812. Le brave général Philippon, avec une garnison de 3,000 hommes, avait opposé
une résistance vigoureuse A une armée assiégeante forte de 50,000. Eug. G. DE MONGLAVE.
BADAMIER. Ce mot qui, d’aprés M. d’Orbigny, nest qu’une corruption de bois de damier, est le nom vulgaire que portent les espéces du genre terminalia de Linné. Les badamiers sont en général de grands arbres, appartenant a la tribu des myrobalanées ou terminaliées, famille des combrétacées ; ils croissent dans les deux Indes.
Le badamier du Malabar (terminalia catappa) est un arbre magnifique, pyramidal, & rameaux étagés; ses feuilles sont grandes, en ovale renversé ou presque en coin; ses fleurs, d’un blanc sale, sont en épis axillaires ; son fruit offre assez de rapport avec nos amandes par sa grosseur et par la bonté de la graine qu’il contient, et c'est pourquoi ce badamier est cultivé sous le nom d’amandier dans les colonies d’Amérique. Dans nos climats il a besoin d’une serre chaude et d'une terre substantielle. Le badamier des Moluques (terminalia moluccana), qui orne les places publiques de Batavia, donne aussi de fort bonnes amandes.
Le badamier benjoin (terminalia benzoin), qui a recu une foule d’autres noms, est l’arbre le plus gros et le plus grand des iles de France et de la Réunion; il produit une sorte de résine tout a fait analogue au benjoin, avec lequel on l’a souvent confondue a fort.
Le genre badamier contient une espéce qui, ainsi que Paylanthe, porte le nom d’arbre du vernis. C'est le terminalia vernix : cet arbre a aussi un suc propre, résineux, caustique, laiteux, qui rend ses exhalaisons dangereuses , et que les Chinois emploient pour enduire une foule de meubles que l’on connaft sous le nom de laque de Chine; il crott a la Chine et aux Moluques, et !’on en mange les graines aprés les avoir torréfiées.
BADAUD. Niais, simple, innocent, qui n’a jamais rien vu. D’ou vient ce sobriquet, qu'on a particuliérement affecté aux Parisiens? L’Encyclopédie en donne une étymologie qui n’a rien d’offensant. Suivant elle, badaw, mot celtique, signifie homme de bateau ou de vaisseau, et Yon a ainsi désigné les habitants de Paris, parce qu’ils faisaient un grand commerce par eau. Mais 4 ce compte, Rouen, Orléans, Nantes, Lyon, Bordeaux, etc., réclameraient a plus juste titre ’honorable épithéte de badauds pour leurs habitants , qui depuis bien des siécles font sur la Seine, la Loire, le Rhone et la Garonne, tout autant de commerce que les Parisiens. I] faut donc chercher une autre origine au nom de badaud. Mercier, dans son Tableau de Paris, le tire de Baudaye ou Badaye, nom d’une des anciennes portes de la capitale; mais 1a il hésite, il s’arréte, il hasarde méme une autre étymologie basée sur un calembour : les Parisiens battirent les Normands, ils furent donc des bat-dos..... Tout cela n’a pas le sens commun. Badaud dérive bien du verbe badare et deson adjectif badaldus, appartenant a la basse latinité, d’o viennent les mots provencgaux bada, badaya (béer, bayer, bailler, bader) et badaire ( qui baille, qui baye, qui ala bouche béante); et ces mots expriment parfaitement Pidée d’un homme qui s’étonne de tout, qui regarde tout en béant aux corneilles. L’orthographe du nom francais est méme absolument identique avec celle des mots provengaux , sauf les deux derniéres lettres, qui en francisent la terminaison. I] y a aussi en provengal le mot plus moderne badaow, qui n’est que la traduction littérale de badaud, et qui ala méme origine. M. Raynouard est entiérement de notre avis 4 cet égard.
On trouve des sots, des niais, des imbéciles partout. Ce n’est qu’a Paris que l’on voit de véritables badauds, et il y a déa longtemps qu’on I’a dit. Sans recourir a des autorités trop anciennes , bornons-nous 4 citer celle de deux grands hommes, aprés lesquels il ne reste rien a dire. On lit dans le Menteur de Corneille, qui date de 1642 :
Paris est un grand licu plein de marchands mélés ; L’effet n'y répond pas toujours a |'apparence;